Blog

Quel Canada 150 ?

       Cette année, le gouvernement canadien appelle à célébrer le Canada 150. Mais qu'est-ce que le Canada 150 ? Selon des journalistes d'Ici Radio-Canada à Ottawa-Gatineau, nous célébrons le 150e anniversaire du Canada. Selon l'animateur Gérald Filion, aussi de de Radio-Canada (7 juin 2017), nous fêtons le 150e anniversaire de la Confédération canadienne

        Posons-nous la question : depuis quand existe le Canada ? De fait, le mot Canada apparaît sur les cartes européennes dès 1543. Quand Champlain vient au pays en 1603, il écrit qu'il se rend « jusqu'au port de Tadoussac en Canada. » Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le Canada est une des colonies de la Nouvelle-France et les gens qui y sont nés n'hésitent pas à prendre le gentilé de « Canadien ».

        Dans les archives de l'Hôtel des invalides, à Paris, on trouve Canada cartele nom de Pierre Foubert, soldat du régiment de Berry, « Blessé a l'Epaule droite par un Coup de fet reçu dev.t Carillon en Canada [...] » Le Canada existait donc en 1758 et bien avant ; c'était clair dans l'esprit des autorités françaises d'alors. Dans l'acte de décès d'une certaine Geneviève Clark (1780-1842), morte à Orléans (France) le 9 novembre 1842, elle est dite « née à Québec au Canada. » Il y a alors un gouvernement, celui de la province du Canada.

        Le Canada a donc plus de 150 ans alors que le Canada actuel n'en a que 68 puisque Terre-Neuve n'en fait partie que depuis 1949. Cela dit, le Canada a obtenu son indépendance en 1931 à la suite du traité de Westiminster.

Une confédération ?

        Le Canada est-il une confédération ? Le constitutionnaliste, professeur à l'Université d'Ottawa et ancien ministre libéral du gouvernement québécois, Benoît Pelletier, a récemment écrit dans la revue Cap-aux-Diamants : « [...] le Canada n'a jamais été une confédération. Ni avant 1867 ni après. Le Canada est bel et bien une fédération, ainsi que l'indique le préambule de la loi de 1867. »

        Ainsi, il semble assez clair que Canada 150 signifie le 150e anniversaire du commencement de la fédération canadienne. Cela dit, le Québec n'est pas signataire de la constitution du Canada. Et pourtant, la constitution canadienne s'applique au Québec sans son consentement. Il y a là un paradoxe saisissant. Ainsi, elle permet qu'un peuple en domine un autre ; c'est légal, mais sûrement pas légitime.

Sources :

CARPIN, Gervais, Histoire d'un mot - L'ethnonyme Canadien de 1535 à 1691, Sillery, Les Cahiers du Septentrion, 1995.
CHAMPLAIN, Samuel de, Brief discours, chapitre 1.
ICI RADIO-CANADA, Ottawa-Gatineau, 7 juin 2017.
JÉRÔME, Bernard, Liste des Sartrouvillois reçus à l'Hôtel des invalides à Paris 1673-1796, in Stemma, cahier no 152, tome XXXVIII, 4e trimestre 2016, page 3554.
PELLETIER, Benoît, L'Acte (sic) de l'Amérique du Nord britannique de 1867 - Principes fondamentaux et évolution du fédéralisme canadien in Cap-aux-Diamants, No 129, printemps 2017.
RDI, Les Affaires, émission spéciale, 20 h, 7 juin 2017.

 

 

 

 

 

Il était une fois l'industrie forestière outaouaise

          Pendant une centaine d'années, la population outaouaise a principalement vécu de l'exploitation de la forêt de la Gatineau, de la Petite Nation et du Pontiac. En effet, la forêt outaouaise a consisté en majeure partie de grands pins blancs et de chênes qui, une fois équarris, étaient exportés en Europe où ils ont été employés, de 1806 à 1840, à maintenir l'hégémonie des flottes commerciales et militaires de l'Empire britannique. Puis, ces arbres, de même que d'autres essences, ont été découpés en planches et exportés principalement vers les États-Unis. C'est cette industrie qui a véritablement donné naissance à nombre de municipalités outaouaises dont Gatineau, l'ancienne ville de Hull et Maniwaki.

 Cages de bois       C'est Philemon Wright qui, le premier, expédie à Québec, par la rivière des Outaouais depuis l'embouchure de la rivière Gatineau, le premier train de bois équarri le 11 juin 1806 ; il le nomme Columbo. Il est composé de 50 cages qui forment un train ; les gens qui pilotent ces trains sont alors désignés sous le nom de raftsmen, c'est-à-dire cageux. Une chanson, la préférée de mon grand-père maternel, a immortalisé ces hommes intrépides :

               Là ousqu'y sont, tous les raftsmen ?
               Là ousqu'y sont, tous les raftsmen ?
               Dans les chanquiers y sont montés.

               Bing sur la ring ! Bang sur la rang !
               Laissez passer les raftsmen
               Bing sur la ring ! Bing, bang !

               Et par Bytown y sont passés
               Et par Bytown y sont passés
               Avec leurs provisions achetées [...]

        Les trains de bois vogueront sur l'Outaouais jusqu'en 1908. Toutefois, la J.R. Booth les ressuscitera provisoirement en 1925 et 1930 pour expédier en Grande-Bretagne le bois nécessaire à la construction des ponts des navires de guerre britannique.

Les Chaudières

        Dès les années 1850, le site des chutes des Chaudières, à cheval sur la frontière Québec-Ontario, se voient occupés par plusieurs scieries – il y en aura jusqu'à 7 à la fois – qui comptent, en 1871, 1 200 scies activées par la seule force hydraulique. À l'usine d'allumettes de la E.B. Eddy, on fabriquait plus de 3 700 allumettes à la minute en 1869. Onze années plus tard, les scieries des Chaudières emploient environ 5 000 travailleurs et un millier de plus en 1888. On y scie alors pas moins 90 millions de mètres linéaires de planches et fabrique aussi des allumettes, des douves, des planches à laver, des portes, des sceaux, etc. Les Chaudières sont alors le complexe industriel le plus important au Canada. En 1901, l'Outaouais façonne aussi d'autres produits dérivés du bois dont 414 877 traverses de chemin de fer, 296 444 cordes de bois et 125 922 poteaux.

        Pour fournir cette industrie en bois, plus de 8 000 personnes travaillaient dans les chantiers forestiers de l'Outaouais l'hiver et, au printemps, 3 500 draveurs assuraient le flottage et le transport des billes de bois sur les rivières (le flottage du bois disparaît en 1992-1993). Métier dangereux que celui de ces hommes : en 1845, la drave a entraîné la mort de plus de 80 draveurs, et en 1846 celle d'une cinquantaine d'entre eux soit par écrasement, noyade où à la suite d'une explosion. En effet, la plupart des draveurs ne savent pas nager et, pour défaire les plus gros embâcles de billes, il leur faut employer des explosifs dont les effets ne sont pas toujours prévisibles. Ces embâcles pouvaient être impressionnants. Par exemple, au printemps 1900, sur la rivière Gatineau, à la hauteur de Cascades, un embâcle de 500 000 billes s'était formé sur une distance d'environ 800 mètres et avait atteint, par endroit, près de 10 mètres de hauteur !

Des employés et des forêts surexploités

        La vie dans les grandes scieries n'était pas des plus faciles et les employeurs ne respectaient guère leurs employés. À la seule E.B. Eddy, il y a eu pas moins de 562 accidents mortels de 1858 à 1888 dont certains concernent des enfants de moins de 14 ans ! Et que dire des allumettières et de leurs collègues masculins qui se voyaient aux prises avec la nécrose maxillaire (genre de mangeuse de chair) causée par le phosphore blanc qui ne sera interdit qu'en 1913 ?

        Non seulement les employés – ils travaillent de 12 à 15 heures par jour pour unDraveurs maigre salaire – étaient exploités par les industriels, mais ces derniers volaient aussi le gouvernement québécois, c'est-à-dire le contribuable. Par exemple, en 1888, un inspecteur s'était rendu compte qu'aux scieries Eddy on coupait plus de bois que l'industriel déclarait en avoir récolté sur les terres publiques, fraudant ainsi la province de milliers de dollars. Ruggles Wright, pourtant juge de paix, faisait la même chose dans les années 1840.

        La forêt outaouaise a été surexploitée et, dès le début du XXe siècle, la production de planches s'est mise à rapidement baisser parce que les réserves de bois de bonne qualité étaient pratiquement épuisées. Ezra Butler Eddy avait prévu le coup, car des 1889, il a commencé à transformer ses scieries pour produire du papier.

        Aujourd'hui, il ne reste plus de scierie à Gatineau et seulement quelques unes dans le reste de l'Outaouais. Mais il y a toujours deux papetières à Gatineau qui emploient moins de 500 personnes. Des grands barons du bois des Chaudières, qui faisaient la pluie et le beau temps en Outaouais, il n y a que leur nom qui, à Gatineau, identifie des rues : Booth, Eddy, Leamy, McLaren...

Sources

Histoire forestière de l'Outaouais,  site Internet http://www.histoireforestiereoutaouais.ca/d3/ consulté le 29 mai 2017.
LAPOINTE, Pierre-Louis, L'homme et la forêt, Québec, Les éditions Gid, 2015.
LEE, David, Lumber Kings & Shantymen, Toronto, James Lorimer and Company Ltd., Publishers, 2006.

La rivière des Outaouais III

LES EXPÉDITIONS MILITAIRES FRANÇAISES           

          Un grand danger guettait les voyageurs qui naviguaient sur l’Outaouais : l’Iroquois qui détruit la Huronie en 1648-1649 et qui est en guerre avec les Français et leurs alliés. Pour échapper au massacre, 400 Hurons s’exilent à l’île d’Orléans, en 1649, par le chemin de l’Outaouais. La magnifique chute des Chaudières est devenue un lieu de tragédies. En 1642, une Algonquine, dont l’Histoire n’a malheureusement pas retenu le nom, est faite prisonnière par des Iroquois qui dévorent ses enfants. Désespérée, elle se jette dans le tourbillon de la chute d’où les guerriers ennemis la retirent pour la tuer de leurs mains.

Une embuscade

En 1661, les célèbres aventuriers Médard Chouart des Groseillers et Pierre-Esprit Radisson, Coureurs des boisainsi que leurs alliés algonquins, tombent dans une embuscade qui leur est tendue près de l’actuel pont Interprovincial, à Hull. Les deux hommes étaient alors en route pour le lac Supérieur. Le voyage s’était poursuivi sans incident jusqu’aux Chaudières quand, à la tête du premier portage, l’avant-garde de l’expédition est accueillie par des coups de fusil et par des cris. Radisson écrit, plus tard : « Un canot va d’un côté, un autre va de l’autre. Quelques hommes atterrissent et courent de tous côtés. C’est la confusion générale. » La troupe se ressaisit rapidement et réussit à mettre pied sur la terre ferme. Elle construit, en moins de deux heures, un petit fortin avec des arbres abattus en toute hâte.

       Les Iroquois observent les Français et les Algonquins tapis dans leur réduit. Ils capturent un Algonquin téméraire qu’ils rôtissent pour ensuite le manger. À la faveur de la nuit, des Groseillers, Radisson et leurs alliés algonquins réussissent à s’échapper de leur fortin à la barbe des Iroquois.

À la conquête de la baie d’Hudson

       Des convois de fourrures, des expéditions militaires amérindiennes et françaises sillonnent régulièrement la rivière des Outaouais. L’une des plus spectaculaires expéditions du XVIIe siècle à franchir les Chaudières est celle du chevalier de Troyes. En 1685, des marchands anglais, dirigés par le traître Radisson, s’établissent à la baie d’Hudson où ils construisent un certain nombre de forts. Le gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Denonville, décide d’expulser les Anglais de la baie et confie le commandement de l’expédition au chevalier Pierre de Troyes. La troupe, composée de 30 soldats des troupes de la Marine et de 70 miliciens, quitte Montréal le 30 mars 1686. Ses officiers sont Canadiens : le premier lieutenant est Jacques Lemoyne de Sainte-Hélène et le second, le fameux Pierre Lemoyne d’Iberville. Les deux frères ont amené avec eux leur frère cadet, Paul, sieur de Maricourt. De Troyes raconte que le 19 avril « ...nous décampames de fort bonheur pour aller à un lieu nommé la chaudière [...] Nous passames la rivière du lièvre [...] et nous fumes camper à deux lieues plus haut (rivière la Blanche) où tous les canots à cinq ou à six nous vinrent joindre le lendemain. »

  Soldat cie franche de la Marine     Le 21 avril, l’expédition s’arrête au pied de la chute des Chaudières où le père Silvy y dit la messe. La troupe ne se remet en branle que le surlendemain. Elle franchit la chute de la Grande-Chaudière, les rapides de la Petite-Chaudière puis les rapides des Chesnes. Le 24 avril, elle atteint le portage des Chats (Quyon). Enfin, le 19 juin, après avoir effectué plus d’une centaine de portages, l’expédition arrive à la baie James qu’elle reconquiert de brillante façon.

Les dernières expéditions

       Quatre ans après l’expédition militaire du chevalier de Troyes, une autre expédition prend le chemin de l’Outaouais pour porter secours au poste de Michillimakinac, menacé par les Iroquois. Le comte de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, décide d’y faire parvenir du secours. Il y dépêche le sieur de Louvigny, avec une troupe de 113 hommes, qui quitte Montréal le 22 mai 1690. Le 2 juin, la troupe fait halte à 3 lieues au-dessus des Chats (Quyon). On aperçoit deux canots iroquois au bout d’une pointe. Louvigny décide d’envoyer à leur rencontre une trentaine d’hommes montés dans 3 canots et une soixantaine d’hommes par voie de terre pour prendre l’ennemi à revers. Devant le feu nourri des Iroquois, la flottille n’a d’autre choix que celui de se retirer après avoir perdu 4 hommes. Pendant ce temps, l’expédition terrestre donne en plein dans une embuscade. Le choc est brutal, le combat sanglant. Après avoir tué une trentaine d’ennemis, les Français retraitent dans leurs canots en amenant avec eux 4 prisonniers dont un sera mangé par les Hurons et les Outaouais. Enfin, l’expédition atteint Michillimakinac sans autres difficultés.

       En juin 1728, une grande expédition militaire française traverse notre région pour la dernière fois. Elle compte pas moins de 400 soldats et miliciens, de même que 700 à 800 Amérindiens. Commandée par le major de Ligneris, elle se rend en Indiana pour y soumettre les Amérindiens de la nation des Renards.

La rivière des Outaouais II

Les explorateurs d'un continent

          À la suite des explorations de Samuel de Champlain, nombre d’explorateurs suivent l’Outaouais pour parcourir l’Amérique du Nord dans tous les sens. Les Français rêvent de posséder l’Amérique et de marier leurs enfants à ceux des Amérindiens pour fonder une nouvelle nation. Le territoire qu’ils explorent est immense. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, ils colonisent ou explorent le Canada de Terre-Neuve aux montagnes Rocheuses et pas moins de 31 des 50 États des États-Unis, des Grands Lacs au golfe du Mexique !

          La route de l’Outaouais permet d’atteindre deux grands réservoirs de fourrures : la baie d’Hudson et les Grands Lacs ou « Pays d’en haut ». Pour se rendre dans les Pays d’en haut, le voyageur qui part de Montréal remonte l’Outaouais jusqu’à la rivière Mattawa, suit ce cours d’eau jusqu'au lac Nipissing pour ensuite naviguer sur la rivière des Français qui se jette dans le lac Huron. À son arrivée à Michillimakinac, poste situé à l’extrémité ouest du lac Huron, le voyageur a parcouru environ 1 200 kilomètres en un peu moins de 40 jours !

À la découverte de l’Amérique

          Le fameux explorateur du Mississippi, Louis Jolliet, est sans doute l’un des hommes les plus connus de l’histoire de la Nouvelle-France à fouler le sol de l'actuelle région de l'Outaouais. Il emprunte cette rivière pas moins de quatre fois entre 1668 et 1672. En 1668, le père Marquette, qui deviendra le compagnon de Jolliet, franchit les chutes des Chaudières alors qu’il s’en va fonder la mission Saint-Ignace à Michillimakinac. En 1669, Cavelier de La Salle, Jollietqui désire découvrir le passage qui lui permettrait d’atteindre la Chine, navigue lui aussi sur l'Outaouais avec 22 compagnons, en route pour les chutes du Niagara où il construit un fort.

          Des dizaines de canots sillonnent avec régularité la rivière des Outaouais soit pour apporter des fourrures à Montréal soit pour conduire des aventuriers et des soldats à la baie d’Hudson ou dans les Pays d’en haut, soit pour échanger des fourrures à Montréal contre des objets fabriqués en France.

          Au XVIIe siècle, le plus grand chef algonquin de l’Outaouais est un certain Paul Tessouat. Il passait pour être la « terreur de toutes les nations, même de l’Iroquois ». On ne pouvait d’ailleurs naviguer au-delà de son fief, l’île aux Allumettes, sans lui acquitter un droit de passage. En 1643, Tessouat descend l’Outaouais pour se rendre à Ville-Marie (Montréal) où il se fait baptiser ; son parrain est Paul Chomedey de Maisonneuve, le fondateur de Montréal, et sa marraine, Jeanne Mance.

La Grande Rivière

          Katche-sippi est le nom que les Algonquins donnent à l’Outaouais et que les Français traduisent par Grande Rivière. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le peuple des Outaouacs, qui habite dans la région de Green Bay (Wisconsin), échange tant de fourrures aux Français que la principale rivière qui conduit à leur territoire finit par prendre leur nom, c’est-à-dire celui d’Outaouais, en français moderne, et plus tard d’Ottawa en anglais. Mais les coureurs des bois ne suivent pas toujours l’Outaouais pour se rendre aux Chaudières. Les frères Gastineau dit Duplessis, par exemple, des Trifluviens qui font la traite des fourrures, viennent à la rencontre des Algonquins au portage des Chaudières, par la Saint-Maurice puis la Gatineau.

Vers la mer de l’Ouest

          En 1684, Daniel de Greysolon du Lhut remonte l’Outaouais pour aller fonder des postes de traite dans l’Ouest et trouver l’océan Pacifique. Il se rend jusqu’à l’extrémité ouest du lac Supérieur et explore une partie du Minnesota . Une ville, Duluth, y pAlgonquin 2orte aujourd’hui son nom. Et bien avant que les automobiles de marque Cadillac roulent sur les routes de l’Outaouais, Antoine Laumet de Lamothe, sieur de Cadillac, futur fondateur de la ville de Détroit (Michigan) remonte la rivière des Outaouais et franchit les Chaudières, en septembre 1694, en route vers Michillimakinac où il remplace le commandant de la place, Louvigny.

          Les plus grands explorateurs du régime français à naviguer sur l'Outaouais sont sans aucun doute les La Vérendrye, père et fils qui, tels des géants, ont chaussé les bottes de sept lieues pour enjamber le continent. Dès l’âge de 14 ans, Pierre Gaultier de La Vérendrye rêvait d’atteindre la grande mer de l’Ouest, l’océan Pacifique ; quatre fois au moins il franchira le « saut des Chaudières ». En juin 1731, il quitte Montréal en route pour Michillimakinac et se rend jusqu’à l’emplacement actuel de Winnipeg ; il refait le même itinéraire en 1738 et 1741, poussant toujours plus loin ses explorations. En 1742-1743, ses fils, Pierre et Louis, parcourent l’est du Montana, les plaines du Wyoming, traversent le Dakota et se trouvent en vue des montagnes Rocheuses le 1er janvier 1743. (À suivre...)

La rivière des Outaouais (I)

AU TEMPS DES PREMIERS EXPLORATEURS FRANÇAIS

          La rivière des Outaouais est sans doute l’un des plus beaux cours d’eau de l’est du Canada. Depuis sa source, à l’est du réservoir Dozois, jusqu’au lac des Deux-Montagnes, la rivière parcourt pas moins de 1 130 kilomètres. Au XVIIe siècle, les Français ont emprunté la rivière pour explorer l’Amérique du Nord de la baie d’Hudson au golfe du Mexique, de Montréal jusqu’aux contreforts des montagnes Rocheuses, et ainsi changer l’histoire du continent. Les explorateurs les plus célèbres de l’histoire de la Nouvelle-France ont voyagé sur l’Outaouais et fréquenté les rives de nos parages, dans de frêles canots d’écorces à la recherche de fourrures, d’or et même de la route de la Chine.

          Les premiers Français qui sillonnent l’Outaouais sont loin de se douter que les Amérindiens en occupent le bassin hydrographique depuis au moins 6 000 ans. Samuel de Champlain a appelé le peuple qui habite l’Outaouais du XVIIe siècle et toute la rive nord du Saint-Laurent, Algoumequins (Algonquins), peuple qui s’identifiait lui-même par le nom Anishnabek, qui signifie « les vrais hommes » ! En Outaouais, trois tribus composaient ce peuple nomade : les Oueskarinis, ou Petite nation, les Kichesipirinis et les Kotakoutouemis.

Les Chaudières

       Le Français Étienne Brûlé est, sans aucun doute, le premier Européen à remonter une bonne partie du cours de l’Outaouais, en 1610, et à franchir les chutes des Chaudières (à Hull). L’année suivante, il est suivi par l’interprète Nicolas du Vignau qui passera l’hiver à l’île aux Allumettes, 150 kilomètres en amont des chutes. Mais c’est Samuel de Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France qui, le premier, laisse un témoignage écrit de son périple sur l’Outaouais et une description de la chute des Chaudières, alors qu’il se rend jusqu’aux Allumettes en 1613. Dans son récit de voyage, il écrit :

« ...nous passâmes un saut [...] large de demie lieue et qui descend de six à sept brasses de haut [...] L’eau tombe en un endroit de telle impétuosité sur un rocher qu’il s’y est cavé par succession de temps un large et profond bassin : si bien que l’eau courant là-dedans circulairement et au milieu y faisant de gros bouillons, a fait que les sauvages l’appellent Asticou, ce qui veut dire chaudière. Cette chute d’eau mène un tel bruit dans ce bassin que l’on l’entend à plus de deux lieues [...] »

       Après le passage de Champlain aux Chaudières, des centaines d’aventuriers,Outaouais allumettes d’explorateurs et de missionnaires français remontent le cours de l’Outaouais pour y chercher des fourrures, découvrir l’immense territoire américain et évangéliser les Amérindiens. En 1615, le récollet Joseph le Caron, dit la première messe, célébrée dans le diocèse de Gatineau-Hull, au pied des chutes des Chaudières. Mais bien avant le Caron, les Amérindiens y tiennent des cérémonies à caractère religieux. À leur arrivée au pied des Chaudières, les Amérindiens faisaient la quête de pétun (tabac) parmi les leurs. Puis, il le plaçait sur un plat de bois autour duquel tous chantaient et dansaient. Après avoir harangué les siens, un chef prenait le plat et jetait son contenu au milieu du tourbillon du « Trou du diable » pour obtenir des faveurs et la protection des esprits qui y habitent.

Des chutes splendides

Plus d’un personnage s’émerveille devant la splendeur des chutes des Chaudières dont le nom français est la traduction des mots Algonquins Asticou et Hurons Anoò ; les Iroquois l’appelaient Tsitkanajoh, c’est-à-dire « chaudière flottante ». Le frère récollet, Gabriel Sagard, qui franchit la chute pour la deuxième fois, en 1624, s’extasie :

« ...le saut de la Chaudière, que nous allons présentement trouver, le plus admirable, le plus dangereux et le plus épouvantable de tous : car il est large de plus d’un grand quart de lieue et demie [...] l’eau tombe de telle impétuosité sur un rocher au milieu de la rivière, qu’il s’y est causé un large et profond bassin : si bien que l’eau courant là dedans circulairement, y fait de très puissants bouillons qui produisent des grandes fumées de poudrin de l’eau qui s’élèvent en l’air. [...] Cette chute d’eau mène un tel bruit dans ce bassin qu’on l’entend plus de deux lieues. »

Algonquins       Ce n’est pas facile de voyager sur l’Outaouais aux eaux entrecoupées de nombreuses chutes et de rapides. Pour remonter son cours jusqu’au lac Témiscamingue, il faut affronter plus d’une vingtaine de portages, et pour atteindre le lac Supérieur, plus d’une cinquantaine, sans compter les nuées de moustiques. Ces portages, qui se font le plus souvent à travers bois, nécessitent des efforts exténuants. Non seulement les portageurs doivent-ils transporter les canots à bout de bras pour franchir et contourner les obstacles, mais aussi de nombreuses marchandises, c’est-à-dire deux à trois sacs par personne et pesant environ 41 kg chacun. (À suivre...)

Peuples martyrs de l'Amérique : les Amérindiens.

        Les Amérindiens ont beaucoup souffert de l’arrivée des Européens sur notre continent. Non seulement ont-ils été dépossédés de leurs terres, mais des tribus ont fait l’objet de quasi-génocides et même de véritables génocides. Par exemple, en 1519, au Mexique, l’Espagnol Hernan Cortès et ses troupes ont massacré plus de 5 000 Amérindiens à Cholula en moins de 6 heures. Il y a eu l’utilisation massive d’esclaves amérindiens dans les mines d’Amérique du Sud. Dès leur arrivée sur le continent, des Européens ont fait ouvertement campagne pour l’élimination des Amérindiens. Ainsi, le poète et médecin américain Oliver Wendell Holmes père considérait les autochtones comme « l’ébauche au crayon rouge d’une humanité primitive. » Aux États-Unis, les autorités ont pratiqué le nettoyage ethnique en déplaçant et forçant des peuples autochtones à Massacre dindiens a hobokenvivre dans des endroits désertiques. Et là, je ne parle même pas de ces nombreuses nations qui ont été décimées par les maladies transmises involontairement, mais en connaissance de cause, par les Européens.

        Les Amérindiens du Canada ont aussi été maltraités. Par exemple, les Béothuks, Autochtones de Terre-Neuve, dont on ne parle jamais. Ils ont été pratiquement exterminés. Traqués par les colons britanniques, ils ont été réduits à une poignée en 1823. La dernière Béothuk connue a été capturée en 1823 par des colons et est décédée en 1829. Il me faut souligner que tuer un Béothuk n’est devenu un crime qu’en 1769 !

        Il y a aussi eu l’affaire Jeffrey Amherst (1717-1797), un général britannique qui méprisait les Amérindiens et les avait en aversion. En 1764, il a suggéré à un subalterne d’employer la variole comme arme de guerre en contaminant des couvertures qui seront distribuées aux membres de la tribu des Delaware qui assiégeaient un fort. Ce criminel a été honoré du nom d’une rue à… Gatineau !

 

Trahisons

        J'ajoute à tout cela que les traités que le colonisateur britannique, puis le gouvernement canadien n’ont pour la plupart pas respectés. Quand il y a eu des pourparlers à la suite de la guerre d’indépendance des États-Unis et de la guerre de 1812-1814, en vue de conclure un traité international, les nations autochtones n’ont même pas été invitées aux négociations bien qu’ils s’agissaient de l’échange et du partage de leurs terres. Le premier ministre du Canada, John A. Macdonald n'a pas hésité à contraindre à la famine les Autochtones de l'Ouest du pays et ainsi causé la mort de milliers d'entre eux. James Daschuck, professeur à l’université de Regina, a souligné ce fait très embarrassant pour Macdonald : « l’inconfortable vérité est que le Canada moderne est fondé sur un nettoyage ethnique et un génocide ».

        En 1763, le chef des Outaouais, Pontiac, allié indéfectible des Canadiens et des Français, avait créé une coalition autochtone pour chasser les Britanniques de leurs terres. Mgr Jean-Olivier Briand (1715-1794), alors évêque de Québec, a alors trahi les Amérindiens en incitant les Canadiens à s’engager dans la milice pour combattre Pontiac et les siens.

L'Outaouais des Amérindiens

        L’Outaouais était autrefois la terre des Algonquins (Anishnabeg) qui ont été depuis chassés du territoire urbain. Ils sont mentionnés pour la première fois quand Champlain les rencontre à Tadoussac en 1603. Il leur rend visite en 1613, il y a donc 400 ans, à l’île aux Allumettes, dans l’actuel comté de Pontiac. Les Algonquins seront, pendant 150 ans, les indéfectibles alliés des Français.

        Ce sont aussi des Algonquins qui ont aidé Philemon Wright, fondateur du canton de Hull, à s’établir à Gatineau. Ils étaient alors loin de se douter que cet établissement entraînerait l’exploitation abusive des forêts qui fera disparaître progressivement le milieu naturel qui les nourrissait.

        Dans les années 1850, on crée des réserves pour les Amérindiens dont les terres sont la propriété de l’État. Ainsi, les Autochtones ne pourront pas obtenir un acte de propriété dans une réserve. Dans l’Ouest, un système de laissez-passer a longtemps interdit aux Amérindiens de quitter leur réserve ! Aujourd’hui, on compte environ 2 300 réserves au Canada dont deux, en Outaouais : Lac Rapide et Kitigan Zibi.

        La réserve de Kitigan Zibi (rivière du Désert), qui compte aujourd’hui plus de 1 400 habitants, est située à Maniwaki. Elle a été fondée en 1853, à la demande des prêtres oblats et du chef Pakinawatik, pour protéger le territoire algonquin de la coupe de bois qui faisait fuir les animaux. Mais dans les années 1920, des troubles ont éclaté quand des entrepreneurs ont décidé d’exploiter les ressources forestières du territoire. Charles Logue, de connivence avec l’agent des Amérindiens, s'est fait donner des droits de coupe et a construit un moulin à scie contre l’avis du chef Chabot. La crise se réglera grâce à deux événements : l’incendie accidentel de la scierie ainsi que la faillite des Logue en 1929. Je souligne que le gouvernement fédéral a décidé de faire instruire les Algonquins en anglais bien qu’ils habitaient surtout au Québec.William commanda copie

        Le plus connu des Amérindiens de l'Outaouais est sans nul doute William Commanda (1913-2011), de son vrai nom (Étoile du matin). Chef de la communauté de Kitigan Zibi de 1951 à 1970, il a été choisi comme chef suprême du seul mouvement visant la création d'un gouvernement autochtone indépendant, le North American Indian Nation Government, en 1945. La création de ce gouvernement se voulait une réponse au gouvernement fédéral qui refusait alors tous droits aux peuples autochtones. Plusieurs de leaders qui ont soutenu la création de ce gouvernement, feront par la suite l'objet de poursuites de la part du gouvernement fédéral et seront été condamnés à des peines de prison pour… conspiration !

        Ancien trappeur et bûcheron, William Commanda a également été connu pour sa parfaite maîtrise de l'art de la construction de canots d'écorce. Mais c'est surtout en tant que gardien des wampums sacrés qu'il a été connu ces dernières années, dont le fameux wampum des Sept Prophéties considéré comme un document fondateur de la nation algonquine. Il a été depuis plusieurs années le guide spirituel d'un mouvement pacifique international, le Cercle des nations.

        Encore aujourd'hui, de nombreuses réserves autochtones du Canada sont privées d'eau courante et d'électricité. C'est le quart monde dans un pays qui compte parmi les plus riches de la planète

Sources :

Daschuck, James, Clearing the plains, 2013.
Dictionnaire biographique du Canada.
LEROUX, Manon, L’autre Outaouais – Guide de découverte du patrimoine, Gatineau, Pièce sur pièce, 2012.
MANN, Charles C.,1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb, Paris, éd. Albin Michel, 2005.
Sites Internet http://canada.grandquebec.com/communautes-autochtones/beothuks/ ; Wikipédia.

L'hiver au temps de jadis

         Ah ! l’hiver ! On dirait que depuis une trentaine d’années les Canadiens ne sont plus adaptés à cette saison ; un grand nombre va le passer qui en Floride qui à Cuba ou à la Martinique. Aujourd’hui, 15 cm de neige constitue une… tempête et pendant cinq mois c’est à qui « chialera » le plus fort. Sommes-nous devenus des mésadaptés saisonniers ? Des « moumounes » ?

        Une forte portion de la population ottavienne et outaouaise ne cesse de maugréer contre l’hiver à la suite d'une tempête de neige. Les journaux sont remplis de lettre des lecteurs qui se plaignent du retard dans le déneigement des rues, d’autres grognent contre les temps froids pendant que des centaines de milliers de snowbirds fuient le pays. J’ai même vu une lettre dans laquelle le signataire demandait à la ville de Gatineau de faire en sorte que ses équipes de déneigement entrent en action avant le début d’un tempête. Pourquoi faire ? Attraper les flocons de neige au vol avant qu’ils ne touchent terre ?

Le temps des adaptations

        Les Amérindiens étaient fort bien adaptés à l’hiver canadien et rapidement, les premiers arrivants européens ont adopté leurs modes de transports et vestimentaires : pensons au toboggan, à la traîne qui servait à transporter du bois ou des marchandises, aux raquettes, aux lunettes de soleil (simples planchettes perforées d’une fente pour diminuer les effets de la réverbération du soleil sur la neige), au parka en peau d’original, d’ours ou de caribou, aux mitasses, aux mocassins et aux chapeaux en poil pour se protéger du froid.Quebec hiver 001

        Les Européens comprennent fort vite que la construction de maisons en pierre comme en Europe répond mal aux nécessités locales, parce que les pierres, gardant le froid, il se forme sur elles un frimas qui transmet une fraîcheur malsaine ; la maison est alors difficile à chauffer. Les colons saisissent alors qu’il vaut mieux construire les maisons en bois avec des toitures à haut grenier pour supporter le poids de la neige. Ensuite, le colon remplace le foyer par le poêle, qui devient l’âme de la maison canadienne, parce que la fonte et la tôle répandent mieux la chaleur (surtout si le tuyau de fumée conduisant à la cheminée courait dans la maison).

        À leurs souliers, les Québécois mettent des grappins sinon il serait presque impossible de gravir les côtes de la Vieille Capitale. Et puis, pendant les longues veillées d’hiver, les Canadiens profitent de l’arrêt des grands travaux pour s’amuser de Noël jusqu’au Mardi gras.

Maudit hiver !

        Il y a toujours eu des personnes pour grogner contre l’hiver. Déjà au XVIIe siècle, le baron de Lahontan écrivait dans son journal : « Je ne puis vous rien dire encore de ce païs, si ce n’est qu’il y fait un froid à mourir. » Mais tous ne voient pas cette saison du même œil. Le père Paul Le Jeune trouve des qualités à l’hiver. Il écrit, en 1632-1633 : « Voicy les qualitez de l’hyver, il a esté beau & bon, & bien long. Il a esté beau, car il a esté blanc comme neige, sans crottes & sans pluye…Il a esté bon, car le froid y a esté rigoureux… Il y avoit par tout quatre ou cinq pieds de neige, en quelques endroicts plus de dix, devant notre maison une montagne.

        Dans la mémoire populaire. les hivers d’antan sont toujours plus rudes que les hivers contemporains, et ce, depuis toujours. Ainsi, en avril 1721, le père Pierre François-Xavier de Charlevoix écrit : « On a beau dire que les hyvers ne sont plus aussi rudes, qu’ils l’étoient il y a quatre-vint ans, & que, selon toutes les apparences, ils s’adouciront encore dans la suite… » On avait oublié que l’hiver de 1667-1668 avait été pluvieux et doux à tel point qu’en février 1668 on naviguait en canot sur le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Lévis !

L'hiver outaouais

        L’Outaouais n’est pas tellement différent du reste du Québec. En 1884, il est tombé pas moins de 5 mètres (16½ pieds) de neige sur la région, l’année suivante, 3½ mètres (11½ pieds). Mais en 1881-1882, il est tombé 17 pieds de neige sur la ville de Québec. Pourtant, on ne relève guère de plaintes dans les journaux du temps, même si la machinerie pour déblayer les rues est inexistante. On tape la neige dans la rue au moyen d’un rouleau. Il arrive évidemment un moment où il faut bien la ramasser. On embauche des hommes qui l’enlèvent à la pelle et la mettent dans un tombereau qui déverse son chargement dans la rivière. Il faut aussi nettoyer les rues du crottin des chevaux et les enfants d’Ottawa donnent à ces hommes le nom évocateur de « crottes-knockers », parce qu’ils frappent à l’aide d’un bâton les pommes de routes gelées pour les amasser en un même endroit.

 Hiver quebec 002       L’hiver de 1905 est tellement dur, qu’à la suite d’une tempête qui souffle pendant 3 jours et aggravée par de forts vents, certains chemins de la région sont couverts de pas moins de… 3 mètres de neige ! Mais la pire tempête enregistrée au Québec est celle des 17 et 18 janvier 1827 : en 48 heures, il est tombé près de 2 mètres de neige sur Montréal. Mais le 2 février 1903, il n’y avait pas un millimètre d’épaisseur de neige dans la région ; l’hiver était fini.

        Enfin, c’est le plus souvent dans la tête que l’hiver est pénible. N’est-ce pas à partir de Noël, la plus belle fête du christianisme, que les journées commencent à s’allonger ? Noël est une promesse : celle de l’enfant qui deviendra un adulte, celle du retour de la lumière, donc d’un printemps qui succédera à l’hiver. Alléluia !

Sources :

Asticou, cahier no 38, juillet 1988.
BAnQ, procès de Jacques Bigeon, 1668.
CARLE, Pierre et MINEL, Jean-Louis, L’Homme et l’Hiver en Nouvelle-France, Montréal, Hurtubise HMH, 1972.


 

Préserver le patrimoine gatinois

       Au Québec, et plus particulièrement à Gatineau, il semble que nous ayons oublié que le monde existait bien avant la « Révolution tranquille » et la télévision. Au nom de la liberté, les générations de l'après-guerre ont fait sauter les valeurs traditionnelles et elles ne laissent aucun cadre de vie à ceux qui les survivront. « Depuis que le monde est monde, les fils se veulent différents des pères. Mais rarement aura-t-on vu, dans l’Histoire, une jeunesse (génération) en si grande rupture avec ses aînés et vice-versa. La faille culturelle donne le vertige : césure brutale d'une tradition par l'anémie des hiérarchies parentales, scolaires, civiques, et qui fait que la jeunesse ne trouve plus même à quoi désobéir...»

       Il est urgent de protéger notre patrimoine. Mais qu'est-il ? La Ville de Gatineau définit le patrimoine comme suit : L'ensemble des éléments, culturels ou naturels, matériels ou immatériels, possédant une valeur de mémoire, reconnus en tant que témoins du passé, de la culture et de l'identité d'une communauté et qui, appropriés et transmis collectivement, méritent d'être protégés, conservés et mis en valeur.

       Pourquoi protéger ce patrimoine ? Parce que sans patrimoine, le monde serait privé de son passé, c'est-à-dire de son histoire, de sa mémoire. Or, l'histoire est utile à la compréhension du monde dans lequel nous vivons. Depuis des millénaires, des femmes et des hommes se sont efforcés à améliorer leur sort et de laisser à leurs enfants un monde plus hospitalier. Ainsi, l'histoire nous permet-elle d'apprendre de leurs expériences, d'éviter leurs erreurs et de poursuivre leurs efforts pour laisser à celles et ceux qui nous suivront un monde meilleur.

       Pour paraphraser l’écrivain canadien, John Saul, je dirais qu'à Gatineau « Nous avons une élite qui s’est édifiée sur – et aux dépens de – la mort de la mémoire. Pas seulement la mémoire du passé lointain. Celle du passé récent aussi [...] Le Saint gregroire de nazianzejpg 1souvenir et l’avenir font partie d’un réseau indissociable qui nous aide à nous rappeler précisément les fondements sur lesquels s’est édifiée notre civilisation et partant, à orienter nos actions de manière à satisfaire nos besoins et à servir nos intérêts. « Ceux qui ne connaissent pas l'histoire, disait le philosophe espagnol George Santayana, sont condamnés à la revivre. » Par ailleurs, les patrimoines architecturaux, artistiques ou techniques servent à découvrir le savoir-faire des hommes du passé pour s'en inspirer.

       Jamais le genre humain n’a eu des moyens de communication aussi puissants que ceux dont il dispose aujourd’hui. Mais ces moyens ne visent qu’un but : celui de faire consommer.

Individualisme et consommation

       Notre monde devient de plus en plus inintelligible. Autrefois, les parents avaient de nombreux enfants, aujourd’hui, ce sont les enfants qui ont de nombreux parents et grands-parents. Certains gamins ne savent même pas ce qu’est un grand-oncle. Ils connaissent parfois un ou deux cousins germains ? « Mais c'est quoi un grand oncle ? » m’a un jour demandé un jeune... adulte !

       L’individualisme actuel est un conditionnement mis de l’avant, entretenu et exploité par les grandes entreprises transnationales qui cherchent à isoler les gens pour pouvoir mieux les contrôler, les dominer et, surtout, les faire consommer. Ce qui a pour effet d’engendrer une solitude qui mène parfois au suicide.

       Le patrimoine, l'histoire et les archives se veulent des instruments de culture qui contribuent à la préservation de la mémoire collective et de notre identité régionale. Et dans un monde où la vie communautaire est en régression, cette mémoire prend encore plus d’importance, car c’est une forme de thérapie contre l’anonymat des grandes villes et la perte des liens familiaux, un refus de la dépersonnalisation.

       Disons tout de suite qu'il n'y a pas de petite et de grande l'histoire ni de petits et de grands patrimoines. Il y a l'histoire, il y a le patrimoine, c'est tout. Selon le professeur de cégep Pierre Corbeil, l'histoire c'est : « ...la perpétuelle reconstruction d'une illusion nécessaire, celle de la continuité de la réalité à travers les générations. C'est la lutte pour préserver l'équilibre mental de tout un univers. [...] C'est la frontière entre l'être et le néant. »Rue Notre-Dame-de-l'île, Hull Aussi, perdre notre patrimoine, qu'il soit architectural, archivistique ou culturel, c'est perdre une partie de notre identité, une partie de notre différence, c'est sombrer dans l'Alzheimer social.

       La recherche de l'identité, d'un sentiment d'appartenance à un groupe, à une culture, passe par la connaissance du passé sur laquelle brode l'imaginaire. Les sociétés et les individus prennent de plus en plus conscience de vivre, de passer, dans le temps, et tous les témoignages de leur passé sont pour eux des repères indispensables. Ainsi le patrimoine peut-il faire comprendre aux immigrants comment la société d'accueil s'est organisée pour survivre, avec son génie et son courage. Elle a résolu les problèmes qui se sont posés dans le temps et dans l'espace, concernant le milieu naturel, les possibilités techniques et la société globale.

Comment préserver ce patrimoine

       Comment préserver notre patrimoine ? Dans un premier temps, il faut pouvoir l'identifier pour ensuite le faire connaître. Par la suite, il faut sensibiliser les Gatinois à l'importance de sa protection, puis le promouvoir, le valoriser et le sauvegarder en étant créatif (transformation de l'usage), par exemple en développant un guide du patrimoine et de rénovation de qualité à l'usage des propriétaires, en créant un musée régional d'histoire, etc. Enfin, il faut instaurer des politiques et des cadres juridiques, mettre eu œuvre des aides financières et reconnaître les efforts de celles et ceux qui le protègent.

       Il y a quand même des choses qui se font à Gatineau. La Ville s'est dotée d'une politique culturelle qui comprend une politique du patrimoine. Elle appuie divers organismes qui font la promotion du patrimoine comme des musées, sociétés d'histoire, la revue Hier encore, etc. Mais peu de bâtiments sont protégés. Il reste donc beaucoup à faire dans ce domaine. Enfin, sachons que la préservation du patrimoine est l'affaire de tous.

Sources :

L'Actualité, 1er mai 1994, page 5, éditorial pris de la revue française « Le Point ».
L'Agora, « Le seul texte d'histoire que vous aurez jamais à lire », vol. 1, no 4, décembre 1993-janvier 1994, page 8.
Conserver le patrimoine pourquoi ?, Site Internet consulté le 17 novembre 2016 à l'adresse suivante : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/28Npatrimoine.pdf
SAUL, John, Les bâtards de Voltaire, éd. Payot & Rivages, coll. Essai, Paris, 1993, p. 478.

×