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Qui a volé la rue Principale ?

          Depuis plusieurs décennies, la gent politique gatinoise tente de faire de la Promenade du Portage un centre-ville de Gatineau. Des dizaines de millions y ont été investis sans trop de résultats depuis une quarantaine d’années si ce n’est la construction de nombreux édifices du gouvernement fédéral qui donnent à la rue une ambiance ottavienne. Et pourtant, la Promenade du Portage a déjà été LE centre-ville.

          C’est en 1875 que l’ancienne Ville de Hull a obtenu son statut de Ville. Elle comptait alors environ 10 000 habitants. Son centre-ville se situait dans une rue alors appelée Main, odonyme qui sera littéralement traduit par « Principale ». À cette époque, la rue y était grouillante d’activités. Outre, six hôtels et tavernes, on y trouvait deux tailleurs, sept magasins divers et épiceries, trois cordonneries, trois forgerons, un horloger, deux journaux, cinq études d’avocat, le bureau de poste, etc. Dix ans plus tard, la rue comptait trois fois plus de magasins, dont des bijoutiers, plusieurs imprimeurs, une banque, de même que le palais de justice et une prison arrachés d’Aylmer. Et en 1896, une ligne de tramways desservait la rue commerciale. Malheureusement, le 26 avril 1900, la ville a été balayée par un vaste incendie qui y a détruit 1 300 bâtiments dont la vaste majorité des immeubles de la rue Principale.

          La reconstruction de la ville et de son centre d’affaires se fera lentement : D’une part, les gens d’affaires peinaient à combler leurs pertes financières et d’autre part, la construction du pont Interprovincial, dit Alexandra, mettait en concurrence les centres-villes de Hull et d’Ottawa. Or, plusieurs années plus tôt, le marchand Basile Carrière s’était opposé à la construction de ce pont, car, disait-il, il drainerait la clientèle hulloise vers les gros commerces du centre-ville d’Ottawa. Il n’avait pas entièrement tort.

Hull principaleÀ la fin de la première décennie du XXe siècle, la rue Principale reprenait ses activités d’antan qui déborderont dans les rues environnantes comme du Pont (Eddy) et Hôtel-de-Ville. Le quartier était même devenu un lieu de divertissement fort prisé. On y trouvait plusieurs cinémas/théâtres, dont l’Éden, l’Eldorado, l’Odéon et le Talbotoscope où le public y était régulièrement convié à des séances de cinéma, de théâtre et de vaudeville.

          La rue Principale, bordée au sud par les grandes usines de la E.B. Eddy, et au nord par une population sans cesse grandissante, était au cœur de la vie hulloise. Ses magasins côtoyaient tant les banques, les bureaux d’avocats, de comptables, de notaires et de médecins que le palais de justice dans la cour duquel on exécutait des condamnés à la peine de mort. La vie nocturne y était trépidante. Fernandel et Tino Rossi sont venus chanter au théâtre Laurier alors que, dans les années 1940 et 1950, le Standish Hall, qui possédait la plus grande salle de bal au pays, y accueillait les grandes vedettes américaines du jazz :Duke Ellington, Louis Amstrong, etc.

Les soirs de fin de semaine, la population de l’Île de Hull aimait marcher rue Principale pour y faire du lèche-vitrine, fréquenter cinémas et restos ou le sexe opposé. Mais cela ne suffisait pas et le centre-ville peinait à se développer : on n’y trouvait pas de magasins à départements comme à Ottawa, lesquels captaient une partie importante de la population de la rive québécoise de l’Outaouais, sauf deux 5¢ 10¢ 15¢ communément appelés « Quinze cents ». D’ailleurs, trois des quatre circuits d’autobus du Transport Urbain ltée avaient leur terminus à… Ottawa ! Ainsi, dans les années cinquante et soixante, les marchands rêvaient-ils de concurrencer les Caplan’s, Freiman, et Larocque de la rue Rideau qui jouissaient d’une clientèle nombreuse. Ils appelaient de tous leurs vœux la construction d’édifices fédéraux au centre-ville, convaincus que cela leur rapporterait une clientèle pléthorique et un succès digne de leurs concurrents ottaviens. Or, à la même époque, l’arrivée des centres commerciaux Place Cartier et Galeries de Hull, est venue mettre fin au développement commercial de la rue Principale.

La déconfiture d’un centre-ville

          La fin des années 1960 et le début des années 1970 ont vu la population de l’Île de Hull diminuer de moitié par suite des expropriations et de la spéculation foncière. L’arrivée des immenses édifices fédéraux, qui ont dépersonnalisé et anglicisé le centre-ville, a entraîné une désaffection de la population locale à égard de la rue Principale dont le nom a été changé en « Promenade du Portage ». Les milliers de fonctionnaires, tant attendus, n’ont pas répondu pas aux attentes des marchands. Le centre-ville avait vécu ! En 1986, Roger Poirier, o.m.i., écrivait, fort à propos : « Qui a volé la rue Principale ? »

          Au début des années 1980, le conseil municipal de Hull décidait de concentrer les boîtes de nuit dans la rue Promenade du Portage, et ce pour mieux les contrôler. Le centre-ville était alors devenu un lieu d’administration fédérale et de divertissements. À la fin des années 1980, on trouve sur celle que l’on surnomme désormais La Strip, et ses environs, près d’une trentaine de boîtes de nuit et tavernes, envahies presque tous les soirs par des milliers d’Otttaviens en goguette. On y faisait la fête, certes, mais on s’y enivrait aussi plus que de raison de sorte que les fins de nuit s’achevaient souvent par des querelles qui se transformaient parfois en drames ; prostitution et commerce de la drogue y fleurissaient, et le crime organisé y avait pignon sur rue. C’est ainsi que la réputation de la Ville de Hull s’est vue entachée par des agissements délictueux des fêtards de la Promenade du Portage, agissements parfois rapportés jusque dans des médias internationaux. Pour contrôler les fêtards et le développement de la criminalité, la Ville a dû engager plus de policiers.

          Enfin, dans les années 1990, la Ville lançait l‘opération « Tolérance zéro ». Elle y a mis tout en œuvre pour retirer les permis de bars où il y avait du grabuge. Par ailleurs, l’Ontario avait décidé d’étendre ses heures de fermeture à 2 heures du matin, et le Québec a aligné les heures de fermeture des bars de l’Île de Hull sur ceux d’Ottawa. La Strip avait vécu. Le pseudo centre-ville est devenu un pôle à forte prédominance administrative avec des restaurants qui visent prioritairement la clientèle des fonctionnaires, et il se confond désormais avec Ottawa. Si vous cherchez un centre-ville, vous le trouverez probablement entre le boulevard Gréber et la montée Paiement.

L'arrivée du cinéma à Gatineau

          Le cinéma[1] a été qualifié, peu après son invention, de « Septième art ». Cela n'est pas étonnant puisqu’il fait rêver depuis maintenant plus de cent ans. Dès sa naissance, il a attiré des foules nombreuses et demeure toujours aussi populaire en ce XXIe siècle d’autant plus qu’il a conquis la télévision dès les années 1950, puis maintenant Internet.

Mais qui a donc inventé le cinéma ? Au moins une quinzaine d'autres personnes, dont les pionniers français Jules Marey et Louis Augustin Aimé Le Prince. Ce dernier, marié à une Anglaise, a conçu une caméra de projection cinématographique et tourné une scène de 2,11 secondes, Scène au jardin de Roundhay, en Grande-Bretagne en 1888 (Voir : Roundhay Garden Scene (1888) - YouTube). En octobre de la même année, il filmait des calèches, des tramways et des piétons sur le pont de Leeds à 16-20 images/seconde.

On ne sait pas où et quand exactement le premier film a été présenté à Gatineau : aucun historien de la région, à ce jour, n’en a dit mot si ce n’est Lucien Brault, dans son histoire d’Aylmer, qui raconte que le cinéma a fait son entrée dans cette ancienne ville en 1909, et Joseph Jolicoeur, dans son Histoire anecdotique de Hull, qui écrit erronément que le premier cinéma de Hull, le Talbotoscope, a ouvert ses portes en 1909.

Une première projection a eu lieu sur la rive droite de la rivière des Outaouais, à Ottawa, devant deux mille spectateurs, le 21 juillet 1896, au West End Park, et ce, au moyen du procédé Vitascope de l’inventeur Thomas Edison. Le spectacle comprenait alors 4 films Edison de 50 pieds (15 mètres) pour un total d’au plus 4 minutes de projection.

L'un des films produit par les frères ottaviens Andrew et George Holland, s’intitulait The Kiss  dans lequel un couple s'embrassait pendant 30 secondes. Et selon l'historienne Georgette Lamoureux, il a scandalisé les spectateurs[2]. Et c’est le 30 mars 1897 que le cinématographe des frères Lumière est présenté à Ottawa dans une salle de la haute ville.

Les vues animées à Gatineau

Il est possible que les premiers films montrés à Gatineau l’aient été soit dans un parc d’attractions soit dans une fête foraine comme c’était le cas ailleurs, ou encore dans une salle comme celle de l’Œuvre de la jeunesse à Hull – elle pouvait contenir plus de 500 personnes – d’autant plus qu’on y présentait des pièces de théâtre depuis 1884. De 1897 à 1906, une certaine comtesse Anne d'Hauterives et son fils Henry parcouraient le Québec, jusque dans les régions les plus éloignées, avec leur Historiographe – c'est ainsi qu'ils avaient nommé leur entreprise et leur projecteur Lumière – au moyen duquel ils montraient aux citadins et aux ruraux « des "vues" historiques et religieuses que le vicomte commentait avec une éloquence reconnue ». Il serait étonnant qu'ils ne soient pas venus en Outaouais d'autant plus qu'ils avaient fait plusieurs projections à Ottawa au mois de mars 1898.

Nous savons toutefois avec certitude qu'une projection cinématographique a eu lieu dans l’ancienne ville Hull le 30 octobre 1898 dans cette fameuse salle de l'Œuvre de la jeunesse. En effet, ce jour-là, le Père Murphy, Le Temps 19100602oblat de Marie-Immaculée et professeur à l'université d'Ottawa, a présenté des : « Magnifiques Vues (sic) à projections illustrées [...] Plus de 100 tableaux comiques, coloriés et animés. » Ce qui fait croire que nous sommes possiblement en présence de vues animées, c'est le mot « animés ». Une autre projection cinématographique se fera à Hull en 1899. En effet, le 14 janvier de cette année, le journal Le Temps a rapporté que Louis d'Odet d'Orsonnens s'apprêtait à montrer à la salle Tellier, le lendemain soir : « [...] une exhibition de tableaux vivants au biomograme [...] » L'article précise que le biomograme est le plus « récent perfectionnement du kinétoscope », ce qui démontre que nous sommes bien là en présence de vues animées. D'Odet d'Orsonnens promettait de montrer « [...] le mouvement des vagues de l'Atlantique, de l'oiseau en vol, de l'homme, etc. 

C’est en 1905 que le cinéma s’est implanté à Gatineau pour y rester : c’était alors le début de la sédentarisation des projections. En effet, cette année-là, Joseph Maxime Lavigne inaugurait la salle de « récréation » Frontenac, rue du Pont (Eddy), à l’angle de la rue Queen (boulevard des Allumettières), dans le secteur Hull.

Il n'y a pas qu'à Hull que des salles de vues animées se sont développées. Le 9 mai 1908, Joseph Théophile Croisetière inaugurait, à Buckingham, une nouvelle salle, réservée à la projection cinématographique, à l’étage d’un bâtiment appelé Cameron’s Hall : le National Theatre. L’ouverture de ce scope a passé presque inaperçue dans la presse locale. Croisetière utilisait un projecteur de marque Cameragraph, procédé Vitascope, fabriqué par Edison. Deux ans plus tard, il construira un nouveau cinéma au 68, rue Main, juste en face de la rue qui conduisait alors au pont qui enjambait la rivière du Lièvre, et le nommait Oasis.

À Aylmer, c’est apparemment Emmanuel Lavigne qui inaugure la première salle de projection de films en 1909. L'année suivante, Alphonse Moussette, futur maire de Hull, ouvre un scope à Masson : l'Eldorado. À Pointe-Gatineau, les vues animées apparaissent en 1911 avec l'établissement d'un certain Albert Crevier.

Quant au cinéma sonorisé, il est apparu à Gatineau en 1929, au cinéma-théâtre Laurier, propriété de Donat Paquin. Il avait été doté du système de sonorisation « Pacent » qui permettait de présenter du cinéma sonore et parlant au moyen d’enregistrements sur disques ou encore sur pellicule de film. Le 12 octobre, le Laurier a affiché un film qui contenait des segments sonorisés, mais au moyen du système RCA Photophone, et ce, pour la première fois en Outaouais. Ce film, qui avait été banni par le Bureau de censure de l’Ontario, avait un titre on ne peut plus provocateur : The Godless Girl (doublé en français en 1930 avec pour titres La fille sans dieu ou Les damnés du cœur). Tourné par Cecil B. DeMille, il met en vedette l’actrice Marie Prévost, née en 1898 à Sarnia, Ontario, que son gérant fait faussement passer pour une Canadienne-Française.

[1] Ce texte est extrait d'un projet d'histoire des cinémas de Gatineau.
[2] LAMOUREUX, Georgette, Histoire d’Ottawa, tome III – Ottawa 1876-1899 et sa population canadienne-française, Ottawa, 1982, page 196.

Amicie Piou Lebaudy, femme de cœur

        Une rue de Gatineau (Québec) porte son nom, mais bien peu de gens connaissent l'histoire de cette femme de cœur, bienfaitrice du collège Saint-Alexandre.

       Née le 27 juillet 1847 à Lyon (France), du mariage de Constance Piou et de Palmyre Le Dall de Kéréon, Marguerite Amicie Piou est issue d’une famille de la grande bourgeoisie provinciale française. Le 13 décembre 1865, à Toulouse, elle épouse le riche financier Jules Lebaudy et monte à Paris où elle tient salon fréquenté par les grandes familles catholiques.

       À la suite de l'effondrement de la banque catholique Union générale en 1882, causé en partie par les manipulations boursières de son mari, Amicie prend conscience, devant son salon déserté, que son mari est un coquin. Elle considère que l’argent de sa fortune est sale. Il lui est pourtant légué à la mort de son mari survenue en 1892. Elle vend alors son logement et s'installe dans un petit deux-pièces dans le quartier Saint-Lazare. Peu de temps après, elle décide de s'investir dans les œuvres sociales. Le 4 mai 1897, à Paris, l’incendie du Bazar de la charité fait pas moins de 136 morts, dont 126 femmes et 10 hommes. Parmi ces femmes, il y a la duchesse d’Alençon (1847-1897), sœur de Sissi, impératrice de l’Autriche. En 1898, le journal Le Figaro lance une campagne de souscription pour venir en aide aux familles des malheureuses victimes qui ne faisaient pas toutes partie de l'aristocratie parisienne. Or, un jour, le journal reçoit en un seul versement une souscription de 937 438 francs ! Mais qui est ce souscripteur anonyme capable de donner presque un million de francs se demandent les Parisiens ? Le journal La Libre Parole révélera son nom : Amicie Piou, veuve Lebaudy.Piou amicie

       Dans la plus grande discrétion, elle finance la fondation du Groupe des Maisons ouvrières (GMO) en 1899, future Fondation de Madame Jules Lebaudy, dont elle reste inconnue de celui-ci jusqu’au lendemain de sa mort (seul le président du Groupe recevait d’elle, directement de main à main et sans reçu, les sommes nécessaires à l’achat des terrains et à la construction de ces groupes d’immeubles). Le GMO s'occupe de construire des immeubles salubres pour les ouvriers et à bon marché en vue de leur location à des personnes n'ayant pas de maison, notamment à des ouvriers ou employés vivant de leur salaire à Paris ou en banlieue parisienne et la construction de l'hôpital de l'Institut Pasteur. Elle aura été l'une des pionnières du logement social. Sa fondation loge aujourd'hui plus de 6 500 personnes.

          Amicie Piou deviendra l’insigne bienfaitrice du Collège Saint-Alexandre de Gatineau. Cette femme, dont on n’a pas réussi à percer le mystère, aura été d’une générosité exemplaire en donnant à Mgr Alexandre Le Roy la somme de 200 000 $ pour l’achat d’une propriété et l’établissement d’une école d’agriculture au Québec. Et c’est en sa présence que l’Institut colonial Saint-Alexandre sera inauguré le 11 juin 1905. Sept ans plus tard, la Congrégation des Pères du Saint-Esprit fondera le Collège apostolique Saint-Alexandre, incorporé en 1914 en vertu des statuts de la province de Québec. Affilié à l’Université Laval et considéré comme l’un des meilleurs collèges classiques au Québec jusqu’en 1967, le Collège est alors devenu un établissement d’enseignement secondaire privé.

       Amicie Piou veuve Lebaudy est décédée à Paris le 3 mai 1917.

Sources :

Armée du salut France, Association humanitaire – Armée du Salut, [en ligne], 2002-2008. [www.armeedusalut.fr] (Consulté le 15 février 2008).
Collège Saint-Alexandre, [en ligne], 2005-2008. [www.college-stalexandre.qc.ca] (Consulté le 15 février 2008).
La Congrégation du Saint-Esprit, [en ligne], s. d. [www.spiritains.qc.ca/fr/Accueil.aspx] (Consulté le 15 février 2008).
FULIGNI, Bruno, L'incendie du Bazar de la charité, Paris, éditions Archipoche, 2019.

GENEANET, Généalogie de Marguerite Amicie Piou par Jacky Lesage.

Un amour trompé

            Je vais ici traiter des délices des amours interdites, car il est bien connu que dans la femme des autres, le diable met une cuillerée de miel et qu’un amant a toutes les qualités et les défauts qu’un mari n’a pas. Un proverbe finlandais dit : l’amour est un champ fleuri et le mariage un champ d’orties. Et c'est au pied de l'autel ou au palais de justice, que les personnes qui unissaient autrefois leur destinée se promettaient réciproquement fidélité.

          Cette conception du mariage, dans lequel la fidélité doit jouer un rôle de premier plan, est apparue avec les philosophes classiques de la Grèce antique. Toutefois, les hommes ont toujours voulu croire que l'exclusivité sexuelle concernait surtout les femmes, particulièrement leur conjointe. La Bible a d'ailleurs fortifié leur conviction. Ainsi, Sarah qui était stérile dit un jour à Abraham : « Voici que le Seigneur m'a empêchée d'enfanter. Va donc vers ma servante, peut-être que par elle j'aurai un fils. » Que demander de mieux ? Abraham ne se fait pas tirer l'oreille longtemps et partage la couche de sa servante. Si nos aïeules n'ont pas eu la même complaisance que Sarah envers leur conjoint, il n'empêche que l'exemple d'Abraham n'est pas resté stérile !

          Les personnes qui commettent l'adultère prennent généralement beaucoup de précautions pour assurer la confidentialité de leurs amours illicites et conserver une réputation irréprochable. Ils vont parfois jusqu'à accomplir des prouesses acrobatiques pour cacher leurs rencontres lubriques. Mais, en dépit d'efforts louables, des amants ont vu leurs relations coupables étalées au grand jour. En voici un exemple.

L'affaire Arsène Daoust

          Arsène Daoust était un homme bien connu à Aumond (près de Maniwaki) où il opérait, depuis 1887, un moulin à farine sur la rivière Saint-Joseph. Âgé de 29 ans, il était allé chercher sa femme, la belle Ernestine Raymond, de 8 ans sa cadette, loin de chez lui, à Saint-André d'Argenteuil à l'hiver de 1888.

          On s'imagine bien que pendant un certain temps Arsène et Ernestine ont vécu des nuits et des jours heureux. Mais 14 ans après les épousailles, les amours s'étaient, semble-t-il, quelque peu émoussées. Non pas qu'Ernestine n’était plus désirable – oh que non ! –, mais l'amour, si jamais amour partagé il y eut un jour, avait peut-être déjà fait place à l'habitude.

          Ernestine était encore à l'âge où les femmes prennent plus de plaisir à commettre les péchés des sens... qu'à les confesser ! De Damase Roy, son cadet d'un an et hôtelier du village, elle s'est fait un amant zélé qui ira jusqu'à lui prodiguer des caresses voluptueuses sous le toit du… mari. Arsène Daoust soupçonnait-il son épouse d'avoir pris un amant? Espérait-il la prendre en flagrant délit? Gageons qu'il ignorait tout des agissements de sa tendre moitié. Car cela va de soi, le mari trompé n'est-il pas toujours le dernier à connaître son infortune ?

          Un soir de janvier 1902, Arsène est revenu à la maison plutôt qu'on Coeur insolites001l'y attendait, et surtout plutôt que l'on y espérait. À la fenêtre d'une chambre du deuxième étage de la maison, on a aperçu le mari qui se dirigeait vers son logis où la moiteur capiteuse du corps repu de la belle Ernestine s'était, selon toute vraisemblance, soudainement transformée en sueurs froides. Ah! ciel, mon mari ! aurait-elle pu s'exclamer – mais c'est plutôt l'enfer qui s'annonçait. Et Ernestine de faire sortir, tout de go, son amant de la maison. C'est à ce moment-là que le meunier de la rivière Saint-Joseph a vu se dérouler, sous ses yeux que nous supposons ébahis, une scène digne des récits de Georges Courteline (1858-1929), fameux romancier français : Damase Roy sortant de chez lui à l'aide d'une corde faite de couvertures de lit et attachée à une fenêtre du deuxième étage de sa maison. Jean de Lafontaine a eu bien raison d'écrire : « Amour, amour quand tu nous tiens, on peut bien dire : « Adieu, prudence! »

          On ne sait comment l'époux trompé a réagi sur le coup de sa découverte, mais l'affaire n'en est pas restée là et toute la vallée de la Gatineau a été mise au courant des plaisirs luxurieux de la chaude Ernestine, des prouesses de l'hôtelier et de l'infortune du meunier de la rivière Saint-Joseph. Parions que dans les chaumières d'Aumond on a chanté en chœur : « Meunier tu dors, ton moulin bat trop vite... »

          La surprise a vraisemblablement été difficile à avaler et le mari, justement courroucé, a engagé des poursuites à l'encontre de l'hôtelier séducteur. Maître Arsène Daoust exigeait en guise de dédommagement la somme de 5 000 dollars pour la perte de... l'affection de sa meunière ! Bien entendu, Damase Roy a contesté haut et fort les allégations du mari dépité. Mais voilà, les deux personnes qui doivent témoigner en sa faveur lui ont fait faux bond et le juge a du donner raison au meunier.

          On ne sait pas sur quel critère le juge s'est fondé pour évaluer le niveau de perte d'affection d'Arsène Daoust, mais ce dernier a eu droit à la piètre compensation de… 250 dollars ! Et la population d'Aumond, bonne enfant et compatissante aux malheurs de son meunier, l'élira, trois ans plus tard, à la mairie du village ! Quant à la belle Ernestine, elle choisira de continuer sa vie maritale avec son mari et n'aura pas d'enfant. Faute de mie, il faut savoir se contenter de la croûte !

SOURCES

OUIMET, Raymond, Histoires de cœur insolites, Hull éd. Vent d’Ouest, 1994.

La crise du logement 1936-1952 : le cas du Creekside

         La Ville de Gatineau est aux prises avec une crise du logement depuis plusieurs années[1]. Rien de nouveau sous le soleil : à la suite de la dépression économique de 1929, la construction domiciliaire était au point mort de sorte qu'une crise de logement sans précédent s'ensuivit. Ainsi, le logement est devenu le plus grave problème social auquel était confrontée la population de l'ancienne ville de Hull, problème en partie causé par le conseil municipal lequel, en 1936, avait modifié le zonage et interdit la construction d'immeubles à logements multiples dans la majorité des quartiers de la ville.

          Dès le début de 1937, des familles érigent des maisons rudimentaires, pour ne pas dire des cabanes, sur la rive ouest du ruisseau de la brasserie, entre le boulevard Montclair et le pont du sentier du ruisseau de la Brasserie (alors un pont de chemin de fer). En 1941, ce secteur de la ville devient un véritable bidonville, nommé Creekside, où vivent dans un grand dénuement plus d'une centaine de personnes. Surnommé, avec mépris, Punaiseville et Puceville, le Creekside est qualifié de honte de la ville par les bien-pensants de tous bords pour qui les pauvres sont les artisans de leur propre malheur. Quoi qu'il en soit, en dépit de la relance de l'économie suscitée par la guerre, la crise de logement ne se résorbe pas. En effet, selon le journal The Standard Magazine (Montréal), du 12 décembre 1942, 34,5 % des logements de Hull sont alors surpeuplés.

          En décembre 1944, la Commission des prix et du commerce en temps de guerre déclare la région de Hull « région surpeuplée » et interdit à toute famille, qui n'y vivait pas avant le 26 février 1945, d'y louer ou d'y occuper un logement sans permis. Mais ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement provincial ne comptent alors un programme de construction de logements à bas prix, ce qui fait dire à l'ancien maire Raymond Brunet (1940-1948) : « Pour la guerre, on avait de l’argent, mais pour des maisons, on n'en a plus ! » En effet, alors que la dette du gouvernement du Canada était de 5 milliards de dollars en 1939, elle est de 18 milliards en 1944. Toutes ces sommes ont été englouties dans la guerre. En 1951, alors qu'au cours des 7 premiers mois de l'année le gouvernement fédéral a accumulé un surplus budgétaire de 700 millions de dollars, il n'y a toujours pas d'argent pour loger les familles pauvres du Creekside. Ce n'est qu'en 1969 que la ville de Hull aura ses premiers logements à caractère social, lesquels serviront d'abord à loger les expropriés par la « rénovation urbaine ».

Une ville surpeuplée

          En dépit de l'interdiction de s'établir à Hull, la population du Creekside ne cesse de croître alors que d'autres familles ont érigé des cabanes à l'extrémité est du parc Jacques-Cartier, et sur le chemin du lac Leamy. En 1951, le Creekside abrite 234 personnes, au début de 1952, plus de 300 et en mai de la même année, il en compte au-delà de 400 ! Les autorités municipales avaient pourtant fait tout ce qu'elles pouvaient pour abriter les sans-logis au cours des années quarante : dans les casernes de pompiers, sous des tentes empruntées à l'armée, au manège militaire et même à l'hôtel de ville. Mais le problème était resté entier faute de construction domiciliaire importante pendant la guerre.

 

Creekside

          Le redémarrage de la construction ne suffit pas à loger tous les sans-abri. C'est ainsi qu'avec des matériaux récupérés – carton, pièces de bois disparates, tôle, etc. –, des familles se sont construit des abris de fortune, d'autres de pauvres maisonnettes. Pas d'eau courante ni toilettes reliées aux égouts dans ces masures le plus souvent dépourvues d'électricité. Les toilettes sont dehors, on s'éclaire à la lampe à l'huile, on lave les vêtements avec les eaux polluées et sales du ruisseau de la Brasserie. Pour éviter de faire de nombreux aller-retour entre bicoques et ruisseau, on ne change pas d'eau pendant le lavage, ce qui fait que les derniers vêtements lavés sont noircis par la crasse laissée par les hardes lavées plus tôt. L'hiver, on pratique des trous dans l'épaisse couche de glace du ruisseau pour se procurer de l'eau. Quant à l'eau potable, on va la chercher dans les maisons des propriétaires compréhensifs les plus proches, soit à 300 mètres au moins du bidonville.

          Pour le journal Le Droit, le Creekside est le refuge de la vermine – cafards, souris et rats – et de la malpropreté. Les bicoques, qui abritent des familles souvent nombreuses, sont pour beaucoup toutes petites et plusieurs sont dépourvues de plancher. Ces gens n'ont pas les moyens de manger plein leur ventre ni de varier leur menu : « Sur la porte du fourneau on voit une soupière décoiffée remplie de nouilles aux tomates », ajoute le scribe du journal Le Droit. À l'une de ses questions, la dame de la maison répond que le contenu de la soupière doit durer de six à huit jours. Elle ajoute : « Nous mangeons suivant nos moyens. » Et cette cabane n'appartient même pas au couple, dont le chef de famille travaille ; il paie un loyer mensuel de douze dollars !

Une colonie d'indésirables ?

          Des groupes de pression de la bien-pensance, convaincus que le Creekside est une source de promiscuité, d'immoralité et de délinquance juvénile, poussent la Ville à déloger, à expulser les résidents du Creekside, puis à détruire la centaine de cabanes dressées le long du ruisseau. Il n'y a pourtant pas de raison de croire qu'une expulsion puisse aider ces familles à se trouver un logement décent.

          Le 4 septembre 1951, le conseil municipal de Hull décide de démolir toutes les masures construites sans permis sur son territoire. On estime leur nombre à environ 110 ou 115, peut-être plus. Le 15 janvier 1952, la Ville ordonne aux résidents du Creekside d'évacuer leur logis au plus tard le 1er mai suivant. L'expulsion de ces familles n'atténuera en rien la pauvreté de ces gens puisqu'au lieu de la combattre elle s'attaque aux pauvres,

L'expulsion

          Le 26 mai 1952, démolisseurs et policiers se présentent au Creekside. Mais les résidents ne se laissent pas faire. Devant l'opiniâtreté de ces gens, la Ville n'a pas le choix de remettre à plus tard leur éviction : elle prolonge de deux mois l'échéance, car elle doit aussi tenir compte du fait qu'une partie importante de la population appuie les gens qui résistent à l'éviction.

          Enfin, tout au cours de l'été, la police locale voit à la démolition du Creekside de sorte que le 23 septembre 1952, le chef de police, Adrien Robert, peut annoncer que toutes les familles ont enfin quitté le bidonville. Mais on n’en a pas fini avec les taudis qui logent encore presque 300 personnes : il reste la cinquantaine de masures, appelées camps, situées au lac Leamy et à Silver Beach, ainsi que des baraques érigées à la Gatineau Boom. Mais c'est là une autre histoire.

          Pour en savoir plus, voir la revue Hier encore, numéro 8, 2016, La misère du Creekside.

Sources :

Archives de la Ville de Gatineau, dossier H005, Bureau du greffier, Ville de Hull ; H015, fonds du Service des arts et de la culture, Ville de Hull ; P120, fonds Théodore Lambert.
ANDREW, Caroline, André BLAIS et Rachel DESROSIERS, « L'information sur le logement public à Hull », Recherches sociographiques, vol. 16, n° 3, 1975, p. 375-383.
LAPOINTE, Pierre-Louis, « Les "Favelas" hulloises », Outaouais, Institut d'histoire régional de l'Outaouais, janvier 1986, p. 25-28.

Le Droit
(Ottawa), 1949-1952, 1957.

La Revue
(Hull), 1949.

The Ottawa Citizen
(Ottawa), 1949.

[1] Extrait d'un article publié dans Hier encore, no 8, 2016, sous le titre de La misère du Creekside.

 

Le pape chez les Servantes de Jésus-Marie

        Jean-Paul II aura été le pape qui a sans aucun doute le plus marqué le XXe siècle. En 1984, il est venu saluer la population outaouaise grâce aux initiatives de l'ancien maire de Hull, Michel Légère, et de l'évêque du diocèse de Gatineau-Hull, Mgr Adolphe Proulx.

       Plus d’un spécialiste de l’histoire et de la politique tient Jean-Pault II pour le responsable du démantèlement du « rideau de fer » et de l’effondrement du communisme. C’est aussi le pape qui a le plus voyagé. Son pontificat est le deuxième plus long de la papauté. Le plus long a été celui de Pie IX (31 ans : juin 1846 à février 1878). Toutefois, certains prétendent que le pontificat de saint Pierre a duré encore plus longtemps, mais c’est loin d’être assuré.

       Jean-Paul II a été le 268e pape (il y a eu 33 antipapes – tous ne s’entendent pas sur le nombre de papes) de l’Église catholique romaine et le 9e pape du XXe siècle. Quand il a été élu le 16 octobre 1978 par le Sacré Collège, il est devenu le premier non italien, depuis 1522, à occuper le siège dit de « saint Pierre ». Son prédécesseur étranger était Adrien VI, un Allemand élu en… 1522 !

Karol Wojtyla dit Jean-Paul II

       Né en 1920, Karol Wojtyla aura été le premier pape polonais de l’histoire de l’Église catholique romaine. Notons que 212 papes (dont 112 Romains, 56 « étrangers) étaient originaires de la péninsule italienne. Il n’était donc pas facile de devenir pape sans être Italien. Encore aujourd’hui, les Italiens sont majoritaires au Sacré Collège. Il faut dire que le pape est l’évêque de Rome. Et quand les papes résidaient à Avignon (1378-1429), ils étaient tous originaires du sud de la France.

       La tradition veut que le premier pape de l’Église romaine ait été saint Pierre lui-même. Mais plusieurs historiens mettent aujourd’hui cette affirmation en question. D’abord parce que saint Jacques, le frère de Jésus, aurait été le premier dirigeant de la petite communauté de Jérusalem et, surtout, parce que l’on ne compte pas la moindre donnée historique sur les trois premiers papes. Ce n’est d’ailleurs qu’en 177 qu’Irénée, évêque de Lyon, a dressé une liste des papes. Tous les papes des quatre premiers siècles ont eu droit au titre de saint, à l’exception d’un seul :Pape hull 1 Libère (352-366). Le mieux connu des papes des deux premiers siècles est saint Clément (88-97). Il a d’ailleurs écrit une Épître, datée de 95 ou 96, qui est le plus ancien texte chrétien original connu. Toutefois, la plus grande partie de sa vie a plus à faire avec la légende qu’avec la vérité.

       Jean-Paul II a été un pape très médiatique. Mais savez-vous que le premier à être filmé a été Léon XIII, et cela a été fait à sa demande (1810-1903, troisième règne le plus long, 25 ans et 5 mois) ?

       Souverain pontife est l’un des titres du pape. Ce titre lui vient directement de Rome où les empereurs étaient des Maximus Pontifex. De fait, la papauté est une monarchie absolue où seuls les princes (cardinaux) sont invités à choisir le pape. On pourrait dire que l’Église catholique est l’héritière de l’Empire romain qui s’est perpétué à travers elle. Cette monarchie, sans doute la plus ancienne de notre histoire, fascine toujours les peuples même si elle est quelque peu anachronique. Et quand le pape voyage, il attire des foules plus qu’aucun autre chef d’État.

Chez les Servantes de Jésus-Marie

       Septembre 1984, le pape Jean-Paul II fait une visite au Canada. Il est prévu qu’il vienne à Ottawa, mais pas du côté québécois de la rivière des Outaouais, et cela chagrine une partie de la population catholique pratiquante. Et ce, d’autant plus que l’Église catholique outaouaise est plus ancienne que l’Église ottavienne : la paroisse de Montebello a ouvert ses registres en 1815 alors que celle d’Ottawa date de 1827.

       Le maire de Hull, Michel Légère (maire de juin 1981 à novembre 1991), croyant et pratiquant, commence alors des tractations avec les autorités religieuses pour obtenir que le pape vienne rencontrer la population outaouaise. Rapidement, il s’aperçoit qu’à l’exception de l’évêque de Hull, Mgr Adolphe Proulx, les autorités religieuses d’Ottawa, archevêque en tête, ne favorisent pas la visite du pape Hull.

       Le maire Légère est un homme qui ne manque pas de front. Ainsi décide-t-il de s’adresser directement au pape. C’est ainsi qu’il lui envoie un long télégramme lui demandant de bien vouloir faire une visite à Hull, ville où l’immense majorité des citoyens est catholique. À Ottawa, certaines autorités religieuses ne sont pas trop contentes de l’intervention du maire qui, contre toute attente (son conseil municipal était plutôt sceptique quant à ses chances), finit par obtenir une réponse favorable. Afin de ne pas déplaire aux autorités religieuses d’Ottawa, on décide en haut lieu ecclésiastique que le pape viendra à Hull non pas pour y rencontrer les autorités religieuses ou civiles hulloises, mais les humbles Servantes de Jésus-Marie. Cet ordre de contemplatives a été fondé par Éléonore Potvin, en collaboration avec l'abbé Alexis-Louis Mangin, à Masson en 1895 et s’est établi à Hull moins de 10 ans plus tard.

       La visite du pape chez les Servantes de Jésus-Marie, religieuses, que la population a longtemps considérées comme les paratonnerres de Hull, se fait dans l’enthousiasme et avec la participation d’une foule nombreuse évaluée à 70 000 personnes. Les cris de « Vive le pape » retentissent, des petites drapeaux blancs et jaunes sont brandis dans les airs à la vue du pape qui salue de gauche à droite ceux qui sont venus l'accueillir aussi chaleureusement.

       Même si le pape sort du couvent avec plus d'une heure de retard sur l'horaire prévu, les milliers de personne venues le voir à son arrivée en fin d'après-midi sont encore là à 20 heures 50. « Viens nous voir, Jean-Paul II » [...] « mon cher Jean-Paul, c'est à ton tour...» chantent-ils quand le pape sort du monastère.

       En souvenir de sa visite, le conseil municipal offre à Jean-Paul II un vélo, blanc et or, fabriqué ici par Cycle Bertrand. Le pape fera don de la bicyclette  aux religieuses. Comme elles sont pour la plupart âgées et qu’elles ne peuvent pas s’en servir, le conseil municipal leur a échangé contre deux tricycles. Le vélo du pape est maintenant exposé au Centre sportif de Gatineau.

SOURCES :

BARBEZIEUX, Alexis de, Histoire de la province ecclésiastique d'Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l'Ottawa, Ottawa, 1897.
Hier encore (Gatineau), no 10, 2018.
Papauté, Encyclopædia Universalis.fr
Site Web, ServantesdeJésus-Marie.org
Wikipédia.

Au temps des années folles

C'était le bon temps ?

          Nous avons bien souvent une vue idyllique des années qui ont suivi la Grande Guerre et que l’histoire appelle les Années folles et nos grands-parents ou arrière-grands-parents, le bon vieux temps. Évidemment, c’était une époque pleine de promesses... qui n’ont guère été tenues.

Reunion de familleAu temps des Années folles, on danse le charleston sur une musique endiablée, et on écoute en rougissant les chansons polissonnes de Maurice Chevalier – Elle avait de beaux petits tétons...– celles plus romantiques de Lucienne Boyer – Parlez-moi d’amour... C’est le temps des changements vestimentaires révolutionnaires, du moins chez les femmes. Elles rangent au grenier les robes à corset, qui leur cachaient le corps du cou jusqu’aux chevilles, et les remplacent par des robes sacs qui découvrent leurs genoux. Et, elles portent désormais les cheveux courts. Les hommes délaissent les guêtres et leur cravate se porte désormais sous le col de chemise. Ils remplacent définitivement la pipe par la cigarette que même des femmes osent fumer en public : « Tu vas brûler en enfer avec ta cigarette », disait alors Zoé Chaput, scandalisée, à sa fille Léonie Mainville ! La montre-bracelet remplace définitivement celle de poche au grand dam des voleurs à la tire qui voient leur travail se compliquer singulièrement.

Le canon réduit au silence, la grippe espagnole vaincue, on est convaincu que le pire est passé. Le monde a besoin d’air et de plaisirs. Ces années folles, années d’insouciances si on en croit le cinéma américain, ne sont pas aussi heureuses que l’on croit, du moins pour les classes laborieuses qui comptent pour la grande majorité de la population. On est si pauvre que les hommes attendent l’âge de 27 ans, en moyenne, pour prendre épouse. Car, ne l’oublions pas, à cette époque, le mâle joue généralement le rôle de pourvoyeur unique de la famille. Et puis, il y a la maladie, dont une fait des ravages épouvantables : la tuberculose.

Un avenir radieux

          À Hull, les bordels font des affaires d’or sous l’oeil bienveillant des autorités municipales. Rue du Pont (Eddy), on joue dans des barbottes et on s’amuse ferme dans de petits bals à l’huile. La science et la technique moderne, qui devaient rendre le monde infiniment heureux, révolutionnent la vie quotidienne. La radio fait son apparition et le cinéma muet attire des foules de plus en plus nombreuses. La population fréquente les cinémas Éden, Odéon ou encore Talbotoscope à Hull, Family Theatre à Aylmer ou Oasis à Buckingham où elle s’entiche du célèbre acteur Rudoph Valentino. Le théâtre aussi est populaire et on vient en grand nombre à la Salle Notre-Dame (Hull), qui compte pas moins de 824 sièges et 4 loges, voir les Léonard Beaulne, René Provost, Ernest Saint-Jean et Wilfrid Sanche qui jouent dans la Légende de Frésimus ou Michel Strogoff. Le dimanche après-midi, la foule vient écouter la fanfare du régiment de Hull, au kiosque du parc Eddy.

Les spectacles sportifs attirent de plus en plus les foules. Au parc Woods, rue Laurier, à Hull, jouent de nombreuses équipes de baseball dont le B. B. surnommé les « bébés roses ». En 1925, on accourt en foule au parc Dupuis pour voir des héros sportifs américains : des joueurs de baseball des Yankees de New York, les célèbres Babe Ruth Cinema edenet Lou Gehrig. Puis c’est l’inauguration du fameux parc Luna (Moussette) qui attire des foules enthousiastes dans ses manèges, dont de superbes montagnes russes, sur sa piste de danse et son pavillon de patin à roulettes.

On s’organise

De plus en plus, les travailleurs se rendent compte que pour améliorer leur sort ils doivent faire front commun, c’est-à-dire se syndiquer. Les syndicats internationaux – américains en fait – ont enrôlé nombre de travailleurs québécois. Depuis peu, l’Église reconnaît aux travailleurs le droit d’améliorer leur sort. Et pour contrer le syndicalisme américain, elle appuie activement la fondation de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada – la future Confédération des syndicats nationaux (CSN) – qui a lieu au cours d’un congrès qui se tient à Hull du 24 au 29 septembre 1921.

Les travailleurs ont beau se syndiquer, les grosses entreprises n’acceptent pas facilement de partager pouvoir et profits. C’est ainsi que se déroule à Hull, en 1924, la grève des 275 allumettières de la E.B. Eddy Matches qui luttent avec l’appui de l’ensemble de la population et des autorités municipales. La solidarité des allumettières leur vaut de gagner plusieurs points. Mais cette victoire sera brève : en 1928, la E.B. Eddy vend la Eddy Matches qui ferme ses portes pour les rouvrir à Pembroke, en Ontario. Heureusement, une nouvelle entreprise s’était établie l’année précédente en Outaouais, la Compagnie internationale de papier (C.I.P.), qui est à l’origine de la fondation de Gatineau erronément appelé Gatineau Mills par la population. Puis, c’est le krach de 1929 qui pousse au chômage des dizaines de millions de travailleurs. Les années folles sont finies.

SOURCES :

Multiples, dont les livres de Lucien Brault sur la région, divers numéros de la revue Hier encore, mes recherches sur les Allumettières et les cinémas de Gatineau. La première photographie vient de ma collection. la seconde de BAnQ-Outaouais, P74 D120 P5.

La funeste année 1955

       Au cours des sept premiers mois de l'année 1955, les incendies firent 10 morts dans l'ancienne ville de Hull aujourd'hui devenue Gatineau. C'était un record dans I'histoire de la ville, qui avait alors moins de 50 000 habitants, à I'exception de 1910, année d'une terrible explosion.

       Hull était alors en pleine décadence économique ; depuis une vingtaine d'années, les usines fermaient et la population s'appauvrissait. Le vieux Hull était dans un état de « taudification » avancée qui donnait prise au feu. Et pourtant, c'est dans un quartier récent qu'une grande tragédie frappa alors une famille hulloise.

       Le soir du 23 juillet 1955, une partie de la famille Laurin s'était attardée à une soirée de fiançailles chez des parents. Étaient restés à la maison, rue Caron, 7 enfants âgés de 2 à 14 ans en compagnie de leur grand-père, Ferdinand Blais, et d'un chambreur, Jacques Nault. En fin de soirée, tous dormaient : les enfants à l'étage supérieur, Ie grand-père dans sa chambre et Ie chambreur sur Ie divan du salon. Malheureusement, Ie four électrique était resté allumé, et une tranche de pain oubliée dedans prit feu.

       Il faisait chaud cette nuit-Ià. Vers 2 h 30, un voisin, Claude Labelle, qui était assis sur son balcon, comme Ie faisait généralement les Hullois  en temps de canicule quand la chaleur du jour avait trop chauffé l'intérieur des maisons, aperçut une grande lueur venant de chez les Laurin. II crut d'abord que l'on venait d'allumer la lumière, mais alla tout de même voir de plus près. Le feu faisait rage dans la cuisine ! Labelle revint chez lui en vitesse, appela les pompiers et téléphona chez les Laurin dans l'espoir de réveiller la maisonnée. Comme personne ne répondait, il courut à la maison et vit que Ie chambreur venait de s'éveiller. Ahuri, ce dernier pensa tout de suite aux enfants qui dormaient à I'étage. II tenta de se rendre à leur chambre, mais les flammes I'en empêchèrent.

       Arrivés sur les lieux, les pompiers réussirent à sauver d'une mort certaine Ie grand-père, âgé de 79 ans. Puis, ils combattirent l'incendie a l'aide de cinq puissants jets d'eau et Ie maîtrisèrent vers 3 h 30. Ils entrèrent ensuite dans la maison où ils firent les macabres découvertes : près de la porte du sous-sol, Ie cadavre de Gilles, 7 ans ; autour de la cuisinière électrique, Lise, 2 ans, et Annette, 14 ans ; dans l'escalier, Nicole,13 ans ; et dans Ie placard de leur chambre, Suzanne, 10 ans, Paulette, 9 ans, et Diane, 5 ans. Peut-on imaginer I'effondrement des parents à leur retour ?

Une mauvaise réputation

       Cet incendie qui anéantit une partie de la famille Laurin, et Funeste annee 1955d'autres - comme celui de la famille Larcher en 1966 - qui firent plusieurs victimes ont contribué à donner à tort une mauvaise réputation à la ville de Hull en matière de sécurité incendie.

       Cette tragédie ne fut pas la dernière de 1955. À cette époque, la rue Montcalm était bordée de constructions de toutes sortes : écoles, hôtel, usines, édifices à logements, maisons, stations-service, magasins. Cette rue, qui débouchait au sud sur la rue Principale et à I'ouest sur Ie boulevard Saint-Joseph, était très animée, car elle reliait l'île de Hull au secteur appelé Wrightville et était située dans un quartier densément peuplé.

       La nuit du 17 novembre 1955, une neige mouillée tombait abondamment sur la ville. Vers minuit quarante-cinq, Ie feu éclata au deuxième étage d'un immeuble à logements de trois étages, situé au 124, de la rue Montcalm. Très rapidement, Ie feu se propagea dans un corridor et gagna Ie troisième étage.

       L'incendie finit par s'éteindre sous les tonnes d'eau déversées par les pompiers. L'immeuble carbonisé ne brillait plus. Ses fenêtres et ses portes béantes ressemblaient à des ouvertures de tombeaux. Puis, les cris se turent. Le ronronnement des camions à incendie et les sanglots étouffés avaient fait place à un triste silence. Au sommet  d'une échelle, un pompier apparut, Ie corps d'une fillette morte dans ses bras. Dans la foule, une femme s'affaissa. Puis, les pompiers sortirent Ie corps d'un garçon, suivi de celui d'un homme. La foule retenait son souffle. Un jeune homme s'écarta brusquement. « Qu'as-tu ? », lui demanda-t-on. Il s'arrêta, les yeux hagards. « On descend Ie corps de mon père », répondit-il. Et il se tourna en sanglots contre Ie mur d'une maison voisine.

       Malgré Ie sacrifice suprême d'un Lucien Deriger, Ie bilan de I'incendie était lourd : 5 morts et 8 blessés. Parmi les morts : Ie jeune Yvon Belisle, Ie garçon qui avait alerté sa mère. On Ie trouva affaissé sur le sol, étouffé par la fumée. Outre Lucien Dériger, les autres victimes étaient Antonin Parent, son épouse Monique Côté et leur fille Diane. L'enfant, que Ie policier avait attrapé, était leur fils Georges, désormais orphelin. Aux funérailles des trois membres de la famille Parent, les pompiers, profondément émus, accompagnèrent les dépouilles mortelles à leur dernier repos.

       Quinze morts en une année, on n'avait jamais vu cela à Hull. Mais avant que l'année 1955 prenne fin, elIe en fit encore deux autres. Cette série d'incendies mortels sans précédent poussa Ie maire Thomas Moncion à ordonner au service d'incendie d'être plus sévère dans les inspections des bâtiments et de mettre en œuvre une campagne de prévention. La décision du maire semble avoir porte-fruit puisqu'au cours des six années suivantes, il n'y eut que 7 décès causés par Ie feu, et Ie funeste record de l'année 1955 n'aura jamais été battu.

Source:

OUIMET, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éd. Vents d'Ouest, 1997, pages 176, 177, 202 à 205.