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Ottawa et la reine Victoria : un mythe !

       Six villes canadiennes ont eu le titre de capitale du Canada soit Québec, Kingston, Montréal, Toronto et Québec (incendie du parlement) en alternance et Ottawa. Il y aura bientôt 162 ans, soit le 31 décembre prochain, qu’Ottawa a été désignée capitale du Canada-Uni.

       Québec a non seulement été la capitale du Canada, c’est-à-dire de la Vallée du Saint-Laurent, mais aussi celle de la Nouvelle-France. La ville est restée capitale à l’avènement du régime britannique. Quand le Canada a été divisé en Bas et Haut Canada, Québec a été la capitale du Bas-Canada et Niagara-on-the Lake, puis York (Toronto) ont été successivement capitales du Haut-Canada.

       Mais lors de l’union forcée des deux Canadas, le gouverneur a fait de Kingston la capitale du Canada-Uni. La population du Bas-Canada s’est opposée à ce choix ; elle aurait aimé voir Montréal ou Québec comme capitale. C’est au cours de ce débat (1841) que la ville de Bytown (Ottawa) ait été pour la première fois proposée pour devenir capitale. Mais la ville avait une si mauvaise réputation que la proposition a fait sourire. La question du choix d’une capitale est revenue en 1843. Trois noms ont été de nouveau proposés : Kingston, Montréal, Bytown. Et c’est Montréal qui a été choisie.

Incendie du parlement

       Montréal sera capitale pendant cinq ans, c’est-à-dire jusqu’en avril 1849 quand un groupe de tories a mis le feu à l’édifice parlementaire au moment où la Chambre décidait d’indemniser les familles qui avait subi des pertes matérielles aux mains des Britanniques et des volontaires pendant les troubles de 1837-1838.

       La session parlementaire de 1849 s'est terminée à Toronto. Par la suite, on a décidé d’alterner les réunions de la Chambre tous les 4 ans entre Toronto et Québec pour calmer les esprits. Pour le gouverneur Elgin, Toronto constituait un choix idéal, car elle ne comptait pas moins de 25 loges… orangistes !

       Des journalistes ne voyaient pas d’un bon œil la ville de Toronto. Un Torontois a même écrit que la ville était indigne du Parlement où la police était « condamnée pour incapacité et poltronnerie… » et où le crime restait impuni.

Un pays papiste

       En 1856, John Sandfield Macdonald a estimé que le temps était arrivé où la convocation du Parlement alternativement à Québec et Toronto devait être discontinuée. Ont alors été proposées comme capitale du Canada-Uni les villes de Hamilton, Kingston, Montréal, Ottawa et Québec. La Chambre d’assemblée a alors tenu un vote et Québec l’a emporté par 64 voix contre 56. Pour le Globe de Toronto, il était inadmissible de faire de Québec la capitale du pays « ...dans le centre d’une ville papiste, dans un pays papiste ! » À noter que pour le Globe, le Canada-Est (Québec) était un pays ! Le Globe a même demandé la séparation du pays si Québec devenait capitale.

       Au moment de l’ouverture de la session Ottawade 1856, à Toronto, un journaliste du Canadien a écrit : « Cette multitude qui ne formait qu’une masse compacte, offrait un aspect tellement différent de celui de la population de Québec que je me suis cru, pour un moment, lancé au milieu d’une horde de barbares ! »

       La joie des citadins québécois a été de courte durée, car le Conseil législatif prétendait ne pas avoir été consulté par la Chambre d’assemblée et a refusé de voter le budget nécessaire à la construction des édifices gouvernementaux. Sous cette volte-face, il faut voir l’intense lobbying des fameux barons du bois qui contrôlaient les forêts de l’Outaouais. C’est ainsi que les autorités gouvernementales « auraient décidé » de remettre le problème du choix d’une capitale permanente dans les mains de la reine Victoria.

       Edmund Walker Head, nouveau gouverneur général du Canada, a alors invité les cinq villes principales (Kingston, Montréal, Ottawa, Québec et Toronto) du pays à lui faire parvenir un mémoire à l’appui de leurs prétentions aux titre et rôle de capitale. Head avait alors déclaré qu’il serait inconvenant de sa part de paraître donner un avis au nom du Conseil exécutif sur une question soumise particulièrement à la discrétion de la reine.

Un parti pris

         La reine a-t-elle choisi le lieu de la nouvelle capitale ? En vérité, non. Ça, c’est de l’histoire dite « officielle », celle qu’un certain establishment aime propager pour créer des mythes fondateurs ! En effet, le monarque britannique règne, mais ne gouverne pas De fait, le gouverneur du Canada-Uni, dûment chapitré par les barons du bois, a un parti pris et privément, il écrit un mémoire confidentiel appuyant fortement le choix d’Ottawa (Bytown), et il est presque certain, dit-on, que la vigueur de son exposé a amené la reine à choisir Ottawa à la fin de 1857 (Head se trouvait en Angleterre à ce moment). De plus, les politiciens ne sont pas restés à l’écart : John A. Macdonald et George-Étienne Cartier, copremiers ministres du Canada-Uni, avaient passé une entente : la capitale à Ottawa contre la résidence permanente du gouverneur général… au Québec. Marché de dupes s’il en est un puisque l’entente ne sera pas respectée. En 1858, un vif débat à la Chambre a suivi cette décision : on a dû voter pas moins de 14 fois et il y a eu un remaniement du cabinet avant que le choix d’Ottawa soit confirmé comme capitale d’une confédération qui n’est, de fait, qu’une fédération. Enfin, c’est le 22 novembre 1865 qu’Ottawa est devenue une véritable capitale lorsque s’y est tenue une première réunion du cabinet des ministres. Quant à la première session du Parlement à Ottawa, elle s’ouvrira le 8 juin 1866. Toutefois, malgré son nom, le Canada n’est toujours pas une confédération.

SOURCES

BRAULT, Lucien, Ottawa, capitale du Canada, de son origine à nos jours, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1942, et Hull, 1800-1950, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1950.
Dictionnaire biographique du Canada.
Nos Racines, vol. 7 .

Le journal Le Droit : une histoire de famille

       Nous avons appris, cet été, que le groupe Capitales Médias s'est mis sous la protection de la loi sur les faillites. Cela signifie que le quotidien régional interprovincial, Le Droit, pourrait bien disparaître. Ce serait, me semble-t-il, catastrophique, parce que nous serions en grande partie privés de nouvelles locales d'autant plus que ce journal est le seul qui dessert les Gatinois.

       Ma famille fréquente le journal Le Droit depuis ses tout débuts. Ce quotidien a été fondé à Ottawa en 1913 pour donner une voix aux francophones en lutte contre le Règlement 17 qui restreignait l'utilisation du français dans les écoles ontariennes. La mère nourricière de mon grand-père paternel, Virginie Taillefer Ouimet, a fait partie des gardiennes de l'école Guigues, armée d'une aiguille à chapeau pour interdire aux sbires du gouvernement ontarien d'intervenir contre les enseignantes.

Une femme de coeur

       Virginie s'intéressait, sans aucun doute, à l'instruction puisqu'elle a maintenu mon grand-père, David Turgon dit Ouimet, aux études jusqu'à l'âge de 16 ans, ce qui était assez rare à l'époque. Cette femme avait du courage à revendre : outre mon grand-père, fils de sa sœur Louisa, morte trop jeune, Virginie a aussi pris en élève trois autres enfants soit ceux de son autre sœur, Sophie, aussi décédée dans la fleur de l'âge. Avec une telle mère nourricière, il n'est pas étonnant que mon grand-père ait aussi été un fier abonné au journal Le Droit.Ouimet aurore david copie

       Ma mère a aussi grandi dans un foyer nourricier – elle était orpheline de mère –, celui de sa tante Adéline Mainville et de son oncle Aimé Godin qui vivait à Hull. Lui était marchand de glace et elle, femme de maison. Bien que tante Adéline n'ait fréquenté l'école que deux ans – elle était originaire de l'Île-aux-Allumettes –, et son mari jusqu'à l'âge de dix ans, ils lisaient consciencieusement Le Droit. Cet exercice a fait qu'Adéline a même un jour pu lire avec plaisir la biographie de Châteaubriand, preuve que la lecture quotidienne développe le niveau de compréhension et de culture du lecteur. Par contre, mon grand-père maternel savait à peine lire – il a commencé très tôt à travailler dans les chantiers de l'Outaouais comme marmiton et est devenu veuf à l'âge de 31 ans avec 4 enfants en bas âge. Je me souviens le l'avoir entendu qualifier le journal de « tapisserie » !

Lire pour apprendre

       J'ai donc évidemment grandi dans un foyer abonné au journal Le Droit, quotidien que mes parents lisaient assidûment, et ce, presque jusqu'à leur mort survenue à l'âge de 85 ans. Devant un tel exemple, j'ai commencé à lire Le Droit jeune, c'est-à-dire vers l'âge de sept ans. Je me souviens ne pas avoir alors compris la prononciation du groupe de lettres « ent », parce que parfois il fallait prononcer « en » et parfois « e ». C'est ma mère qui m'a montré à faire la distinction entre le mot qui finit en « en » et le verbe qui se termine en « ent ». Beaucoup plus tard, c'est avec fierté que j'ai participé à la rédaction de la chronique Mémoire vive dudit journal dans les années 1990.

       Il n'est donc pas étonnant que j'appuie le journal Le Droit dont nous avons besoin pour connaître et comprendre l'actualité locale. Une solution : la transformation du journal en coopérative des employés, de préférence à Gatineau où se trouve la grande majorité de son lectorat.

Des communistes à la prison de Hull

      Au cours des années 1930, les luttes sociales au Canada n’étaient pas très différentes de celles qui avaient cours dans d’autres pays du monde. Il y avait des communistes, nombreux (16 000 membres en règle en 1939), et des fascistes (environ 3 000 membres), moins nombreux. Les communistes inquiétaient le pouvoir politique en place parce qu’ils remettaient en question l’ordre social et le capitalisme. Quant aux fascistes, ils inquiétaient moins : plusieurs politiciens, policiers et militaires partageaient leurs idées d’extrême droite et leur racisme, et, de plus, les fascistes étaient… anticommunistes !

      Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie attaque la Pologne, suivie par l’Union soviétique (l’actuelle Russie), prenant ainsi en sandwich les Polonais. Trois semaines plus tard, la Pologne est dépecée. Le 10 septembre, le Canada déclare la guerre à l’Allemagne (10 septembre), mais fait inexplicable, pas à l’Union soviétique qui est pourtant aussi un agresseur.

      La Gendarmerie royale du Canada (GRC) estime alors qu’il y a un sérieux danger que des sympathisants d’organisations internationales gênent les efforts du Canada dans la guerre. Dans l’esprit de la GRC, les « sympathisants d’organisations internationales » sont les communistes et leurs alliés ; les fascistes ont au moins la qualité de croire dans un « semblant de capitalisme ».

      À la suite des pressions de la GRC, du ministère de la Défense et de politiciens, le gouvernement canadien interdit le parti communiste en juin 1940, de même que l’Ukrainian Farm-Labour Temple Association et, enfin les partis fascistes et nazis. Bien qu'à tendance pro-communiste, les membres de l’organisation ukrainienne ne sont pas communistes pour la plupart.

Les communistes dans la région

      Dès le 17 octobre 1939, je journal Le Droit, dont une grande partie des dirigeants sont membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, réclame l’interdiction immédiate du communisme et des communistes (mais pas des fascistes). Pour l’éditorialiste, le communisme suscite la haine entre les classes sociales et s’attaque au droit de propriété, à la famille, à la morale et aux sentiments religieux. Du même souffle, il suggère l’internement de tous les communistes. Deux ans plus tôt, l’Ordre de Jacques-Cartier, dont le siège social est situé à Ottawa, clamait que le « pire ennemi de l’Église et du Canada français est le communisme. » Admettons-le, l’Ordre n’avait pas tout à fait tort.

      Pour l’Église catholique canadienne, le communisme est toute forme de pensée qui permet de propager l’esprit païen ! Pour la bourgeoisie, c’est toute forme de pensée qui remet en cause la propriété privée. Avec des définitions aussi larges, toute personne ayant des préoccupations sociales pouvait facilement être accusée de communisme. On estime alors que les communistes canadiens, manipulés par Staline, militaient contre l’entrée en guerre du Canada. C’était là une excuse pour se débarrasser le plus rapidement de chefs communistes. Mais il y avait aussi le projet non avoué de casser certains syndicats et des raisons raciales à l’égard des Ukrainiens.

      Quoi qu’il en soit, dès septembre 1939, la GRC commence à procéder à l’arrestation de leaders communistes canadiens de même que de membres de l’Association ukrainienne. Ces personnes sont emprisonnées à Petawawa, près de Pembroke (Ontario), avec des fascistes, dont des membres des colonies allemandes et italiennes du Canada. Évidemment, fascistes et communistes ne font pas bon ménage. La tension est si forte à Petawawa que les autorités n’ont d’autre choix que celui de séparer les camps ennemis.

La prison de HullPrison hull 1938 fonds brunet crao 1

      À cette époque la prison de la rue Saint-François, à Gatineau (secteur Hull), est neuve et encore inoccupée à la suite de problèmes de construction. Le 20 août 1941, les autorités canadiennes y déplacent par train 89 prisonniers communistes, dont 33 Ukrainiens et 15 Juifs. Ceux-ci descendent à la gare du ruisseau de la Brasserie, peu après le souper, sous les yeux d’une importante garde militaire et policière.

      Les prisonniers sont bien traités à Hull et certains se voient même employer aux travaux d’élargissement de la rue Saint-François pour lesquels ils sont payés. Les gardiens en viennent même à fraterniser avec leurs prisonniers : ils leur achètent des livres et jouent souvent aux cartes avec eux. En mai 1942, les autorités remettent aux prisonniers un appareil radio et des haut-parleurs.

      Tout n’est quand même pas rose. Le courrier est censuré et les autorités vont jusqu’à placer des agents provocateurs et de faux prisonniers parmi les vrais pour les espionner. De plus, les prisonniers n’ont pas droit à des visites, même celle de leur famille, avant l’automne 1941. Enfin, les prisonniers manquent de soins médicaux.

      Le 22 juin 1941, Hitler envahit l’Union soviétique. Ainsi, Staline devient alors notre allié. Les prisonniers communistes demandent leur libération afin de participer à l’effort de guerre canadien. Le gouvernement fait la sourde oreille. En décembre 1941, des prisonniers canadiens-français expriment même le désir de s’enrôler pour combattre le fascisme. Des journaux commencent à écrire que ça n’a pas de bon sens de garder ces gens en prison. L’Église Unie du Canada demande leur libération. Mais la GRC et le ministre C. D. Howe, de même que l’Ordre de Jacques-Cartier s’y opposent. En avril 1942, le Parti communiste appuie le plébiscite de Mackenzie King sur la conscription. Au mois de septembre, le gouvernement commence à libérer les prisonniers communistes au grand dam du journal Le Droit et du Comité paroissial d’action catholique de Notre-Dame de Hull.

Sources :

Centre région al d'archives de l'Outaouais, fonds Raymond Brunet.
MARTIN, Michael, The Red Patch, Politiva ; imprisonment in Hull, Québec, during World War II, Gatineau, 2007.

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario (suite)

       Le village de Bytown, la future Ottawa, située sur la rive sud de la rivière des Outaouais, éclôt lors de la construction du canal Rideau. Le village prend rapidement de l'expansion. Dès 1843, la communauté des oblats de Marie-Immaculée s'y établi suivie deux ans plus tard par les sœurs Grises qui fondent, la même année, un orphelinat et un hôpital général. L'évêché de Bytown est créé en 1847. Pendant ce temps-là, Wright's Town (les Chaudières) peine à se développer. Il faudra l'arrivée et le concours de l'Américain Ezra Butler Eddy et du Français Étienne Delille Reboul pour que naisse la Ville de Hull en 1875. Mais Bytown, qui est devenue Ottawa, a pris une avance insurmontable sur la municipalité québécoise. En effet, la ville ontarienne est désignée capitale du Canada-Uni en 1857, puis capitale de la fédération canadienne en 1867. Dès 1871, les sœurs Grises la dotent d'un hospice pour vieillards qui dessert aussi la rive nord de l'Outaouais[1].

       Avant même la transformation de Wright's Town en Ville de Hull, sa population dépendait d'Ottawa pour quantité de services.. En 1900, Hull ne compte ni hôpital, ni orphelinat, ni hospice. Le Pontiac dépend tout autant de l'Ontario. Par exemple, la ville de Pembroke, Ontario, est dotée d'un hôpital dès 1878 et devient le siège d'un évêché en 1898 auquel le Pontiac reste assujetti même si Hull devient évêché en... 1963[2]. Et la petite ville de Renfrew, située non loin d'Ottawa, a son Victoria Hospital dès 1897. Et dire que ce n'est pas avant 1911 que la ville de Hull se dotera d'un hôpital alors que son orphelinat ne verra le jour qu'en 1928[3]. Le premier hôpital de l'Outaouais a été fondé à Maniwaki en 1902 et il sera suivi par celui de Buckingham en 1906. Quant à la Petite-Nation, elle dépend plus de la région montréalaise et d'Hawkesbury (Ontario) pour quantité de services que de Gatineau.

Le siège de l'Église catholique à Ottawa

       Il n'est pas étonnant que l'Outaouais soit dépendante de l'Ontario. Alors que l'Est ontarien s'est d'abord construit sur l'industrie agricole et la fonction publique, Hull 1926l'Outaouais s'est avant tout construit sur l'industrie forestière qui périclitera tout au long du XXe siècle. Comme les services existaient par delà la rivière des Outaouais et que le siège des communautés religieuses les plus importantes – les oblats et les sœurs Grises – était aussi situé dans la capitale fédérale, l'Outaouais n'a pu se développer comme les autres chefs lieu du Québec. Par exemple, il n'y a jamais eu de séminaire à Hull ni même de scolasticat alors qu'il y en avait dans des villes québécoises beaucoup moins importantes que la ville outaouaise. La population de la rive québécoise de l'Outaouais fréquentait le séminaire d'Ottawa, le scolasticat des oblats, le collège séraphique des capucins à Ottawa, le collège universitaire des dominicains à Ottawa, etc. Ce n'est qu'en 1981 que les études supérieures seront offertes en Outaouais avec la création de l'Université du Québec à Hull. Quand on pense que le réseau des universités du Québec a vu le jour en 1968 et que l'Université du Québec à Rimouski a vu le jour en... 1969 ! J'ajoute que l'université d'Ottawa a reçu sa charte en 1889.

       À une exception près, les journaux quotidiens francophones ont tous pignon sur rue à Ottawa, sauf La Tribune de Hull de 1960 à 1964 . Et bien qu'environ 80% des lecteurs du journal Le Droit vivent en Outaouais, ce quotidien est toujours situé à Ottawa. Toutefois, dans le domaine des médias électroniques, l'Outaouais a damé le pion à Ottawa avec sa station radiophonique CKCH fondée à Hull en 1933. Toutes les chaînes télévisées francophones de la région, à part Radio-Canada et TFO, sont situées à Gatineau.

Une région longtemps ignorée

       Depuis toujours, la dépendance de l'Outaouais vis-à-vis l'Ontario semble avoir fait l'affaire du gouvernement québécois qui n'a jamais investi autant dans cette région frontalière qu'en Mauricie où au Saguenay. Quant aux représentants de l'Outaouais à Québec, n'ont jamais été bien exigeants d'autant plus que plusieurs d'entre eux ont souhaité la venue d'un district fédéral. Devant l'inaction du gouvernement québécois en Outaouais, les élites hulloises ont fait appel au gouvernement fédéral dont ils se sont toujours sentis plus proches. Ainsi, en 1910, la Ville de Hull faisait appel à l'aide financière du gouvernement fédéral pour aménager son parc... de l'hôtel de ville. En 1942, le maire Raymond Brunet a même essayé de supprimer sa police municipale pour la remplacer par la Gendarmerie royale du Canada.

       Aujourd'hui, une partie de l'Outaouais peut compter sur ses propres forces pour se développer sauf le Pontiac qui est resté fortement dépendant de l'Ontario. Mais comme la dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario est plus que séculaire, elle est devenue une habitude.

SOURCES :

Archives des Oblats de Marie-Immaculée, Montréal, fonds 2D 20/13.
BARBEZIEUX, Alexis de, Histoire de la province ecclésiastique d’Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l’Ottawa, Ottawa, 1897.
BERTRAND, André, Héritiers, témoins... Un peuple bâtisseur, Gatineau, 1990.
BOUCHER, Louis-Nathalie, La confession de Philemoin Wright, dans Hiedr encore, no 5, 2013, pages 39 et 40.
BOUTET, Edgar, Le bon vieux temps à Hull, tome 1, Hull, éd. Gauvin, 1971.
BRAULT, Lucien, Hull 1800-1950, Ottawa, éditions de l’Université d’Ottawa, 1950.
BROUSSEAU, Françine, Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984.
CARRIÈRE, Gaston, Louis Reboul, o.m.i. 1827-1877, organisateur de la vie religieuse à Hull, Ottawa, Les éditions de l’Université d’Ottawa, 1959.
LAMOUREUX, Georgette, Bytown et ses pioniers canadiens-français 1826-1855, Ottawa, 1978.
Notre-Dame de Grâce, Hull, Québec, 1892, Hull, Société de généalogie de l’Outaouais, 1992.
Le Droit (Ottawa), 1924.
Du premier hôtel de ville à la Maison du citoyen, sous la direction de Lucien Brault, Hull, éditions Asticou, 1981.
NEWTON, Michael, La maison Charron : symbole d'une vision contrariée, dans la rfevue Outaouais, 1988, Le Hull disparu, IHRO, page 11 à 17.

 


[1] Et l'hôpital Saint-Vincent, pour malades chroniques, a vu le jour en 1924.
[2] Gatineau ne deviendra archevêché qu'en 1990 alors que le rôle de l'Église catholique dans la société québécoise n'a plus d'importance.
[3] Pendant de nombreuses années, l'Église ottavienne  et la bourgeoisie franco-ontarienne se sont opposées à l’établissement d’un hôpital, d’un orphelinat et d'un évêché à Hull pour ne pas affaiblir le pouvoir des francophones d'Ottawa.

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario

            L'Outaouais dépend de l'Ontario depuis très longtemps, sinon depuis toujours. À cause de la faiblesse de sa population et des liens entre les populations des deux provinces, une habitude s'est créée en Outaouais de consommer les services offerts par et sur la rive ontarienne de l'Outaouais.

            Soulignons d'abord que de 1840 à 1867, les provinces actuelles de l'Ontario et du Québec étaient confondues dans l'Union des Canadas dont les anciennes colonies des Bas et Haut Canada étaient désormais appelées Canada-Est et Canada-Ouest. Ainsi les deux rives de l'Outaouais étaient unies sous un même gouvernement. Comme la rive nord de l'Outaouais est dotée d'une forêt dense, elle va se développer moins rapidement que la rive sud dont la qualité des terres lui était de beaucoup supérieure. Ainsi, l'industrie du bois va rapidement s'imposer en Outaouais

            C’est au printemps de 1800 que l’Américain, Philemon Wright, fonde le premier établissement permanent sur un territoire qui deviendra plus tard la ville de Hull[1]. Il tente de créer un village dans les environs de l’actuel Musée des civilisations dans les années 1820, mais ses exigences envers les habitants – il préfère le plus souvent louer les terrains èa un  prix particulièrement élevé, selon l'historien Michael Newton,ce qui a pour effet d'inciter les nouveaux venus à s’établir à Bytown (Ottawa)[2] – et l’état de ses finances personnelles ont vite fait de transformer ses efforts d’urbanisation en un échec dont les seuls vestiges sont la maison Charron[3]. La géographe Louis-Nathalie Boucher qui site l'archiviste Pierre-Louis Lapointe écrit dans la revue Hier encore (2013) : « Fondamentalement, Wright voit à demeurer propriétaire du sol. » Elle a aussi cité Joseph Bouchette qui a écrit dans son rapport de 1825 : « Tout le village est la propriété de Philemon Wright and Sons ; circonstance qui explique que sa population et ses établissements tardent à se développer. »

          Cinquante ans après l’arrivée du « fondateur », la future ville de Hull n’est encore qu’une petite bourgade, d’au plus une centaine de personnes employées par les Wright, appelée Wright's Town, par Wright, Chaudières par les francophones et parfois Hull du nom du canton[4]. Un certain John J. Bigsby, qui avait visité le hameau en 1850, a écrit qu’il était composé de : ...half a dozen good houses and stores, a handsome Episcopal Church, and many inferior buildings[5]. À cette époque, le conseil du canton de Hull siège au village de Chelsea.

Un hameau qui stagne

            Il y a peu de catholiques aux Chaudières et ceux-ci obtiennent des secours religieux de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Ottawa, municipalité qui bénéficie d'un personnel religieux catholique depuis 1827. En avril 1840, l’abbé Brady écrit à Mgr Bourget : « Il n’y a à Chelsea ni à Buckingham, ni à Templeton une maison où je puisse me retirer [...] Je me suis donc installé aux Chaudières et là je me trouve au centre de mes missions [...] C’est ici, aux Chaudières, que devrait être construite l’église des deux cantons de Hull et de Templeton si l’on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais ça [sic] été impossible dans le temps. »

          Le 8 octobre 1840, Mgr Bourget ordonne : Les chaudieres en 1830« ...que le canton de Templeton avec le village des Chaudières jusqu’au chemin de Brigham [actuel boulevard Saint-Joseph] y compris la terre d’Andrew Leamy qui est au-delà du chemin, forment la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales de Gatineau. » À cette époque, les habitants du hameau des Chaudières sont peu nombreux et la très grande majorité est de religion protestante. Les catholiques du canton de Hull n’habitent pas sur les bords de la rivière des Outaouais, mais plutôt à l’intérieur des terres, à Chelsea, où on érige la mission Saint-Étienne en 1840.

          Les Chaudières sont bien situées au point de vue géographique. C’est là où le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cage et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Mais les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter les chutes des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown – bordels et tavernes –, le père Durocher fait construire à Hull, en 1846, une chapelle[6] qu’il dédie à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui sera surtout connue sous le nom de « chapelle des chantiers ». Ce premier lieu de culte catholique à Hull sert d’abord et avant tout aux milliers de raftmen qui, en route pour Québec, doivent passer quelques jours aux Chaudières. Et c’est autour de cette chapelle que prendra forme le « village d’en bas », hameau à l’origine de la ville de Hull.

          À partir de 1855, les prêtres du Collège d’Ottawa[7], c’est-à-dire les oblats, commencent à dire la messe à la « chapelle des chantiers » tous les dimanches. Hull a commencé à se développer depuis l’arrivée, en 1851, d’Ezra Butler Eddy (1827-1906) qui y fonde divers établissements, dont une allumière et une scierie. En 1861, on érige en mission la desserte de Hull. Sept ans plus tard, c’est-à-dire en 1868, le père Louis-Étienne Reboul (1827-1877) commence la construction d’une vaste église en pierre dont le sous-sol est ouvert au culte en 1870. En 1871, la paroisse Notre-Dame de Hull est érigée canoniquement et confiée aux Oblats de Marie-Immaculée.

 

À SUIVRE...


[1] Wright est propriétaire de tout le territoire du canton de Hull.

[2] NEWTON, Michael, La Maison Charron : symbole d'une vision contrariée, Outaouais (IHRO), Lù Le Hull disparu, page 13. Notons que Nerwton appelle la partie est du village de Hull le « village d'en-bas». Il est intéressant de savoir que le premier pont qui a relié les deux rives de l'Outaouais, le pont Union, a été construit en 1828 par le colonel John By fondateur de Bytown.

[3] Maison située dans le parc Jacques-Cartier, à la hauteur de la rue Verdun.

[4] Bytown compte alors plus de 7 000 habitants.

[5] Cité par Brousseau, Françine, dans Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, Collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984, page 15. Traduction : ...une demi-douzaine de bonnes maisons et magasins, une jolie église épiscopale et plusieurs bâtiments secondaires.

[6] Grâce à une souscription de 1 000 dollars des hommes de chantier, et à un don deux terrains, situés à l’intersection des actuelles rues Laurier et Papineau, par Ruggles Wright. Notons que les Oblats se sont établis à Bytown en 1844 et qu’ils y assuraient le service à la cathédrale.

[7] La future université d’Ottawa.

Le pont Royal Alexandra : lien centenaire entre Gatineau et Ottawa

       Il y a à peine deux ans, on projetait d'illuminer le pont Interprovincial, dont le nom officiel est Royal Alexandra, d'autant plus que les autorités fédérales et locales le considéraient comme un joyau patrimonial. Puis, il y a moins d'un mois, les autorités fédérales ont annoncé qu'elles prévoient le détruire d'ici cinq à dix ans, et ce, sans avoir consulté les autorités locales, pour le remplacer par une nouvelle structure. On peut dès lors penser que la voix des citoyens et celles des autorités locales ne pèseraient pas lourd dans les décisions s'il fallait que la région soit englobée dans un district fédéral. C'est une habitude à la Commission de la capitale nationale de décider sans tenir compte des populations locales.

       C'est en 1868 que le gouvernement du Québec commence à réfléchir à la construction d'un second pont sur l'Outaouais pour relier le canton de Hull à la capitale fédérale, Ottawa. Ce projet de pont ne suscite guère d'intérêt chez les Hullois d'abord soucieux d'obtenir un pont sur la Gatineau alors que les autorités de Pointe-Gatineau font la promotion d'un pont qui relierait leur village à Ottawa. Toujours est-il qu'en 1890, un regroupement d'hommes d'affaires, de députés, de sénateurs et de quelques citoyens proposent de construire un pont à péage pour les trains, les voitures et les piétons entre la pointe Nepean, à Ottawa, et la ville de Hull. Les conseils municipaux de Hull et d'Ottawa approuvent le projet, bien que le Sénat mettent en question son esthétique, qui prévoit que le début de la construction du pont commence en 1892 pour se terminer en 1895.

La construction du pont

       Le lancement des travaux a lieu le 20 avril 1892, mais la construction Construction pont interprovincial facebook 1est sitôt reportée de plusieurs années à cause de problème de financement. Grâce à l'investissement de la Ottawa Northern and Western Railway, danjs la compagnie Ottawa Interprovincial Bridge, l'entreprise H.J. Beemer, de Montréal, entreprend les travaux le 7 octobre 1899. Le montage de la structure d'acier est confié à la compagnie Dominion Bridge de Lachine. La construction des fondations constitue une tâche difficile à cause d'une couche de dépôts de bran de scie et de déchets, accumulée au fond de la rivière depuis un siècle, qui pouvait atteindre une épaisseur de plus de 15 mètres.

       Le pont doit avoir 5 travées, large de 19 mètres et d'une longueur de 563 mètres. La voie ferrée passera au centre avec une seule voie pour les voitures alors que le tramway électrique passera de chaque côté. La travée principale du pont, de 169 mètres, est la plus longue au Canada en 1901 et la quatrième au monde. Les tours des piliers culminent à 29 mètres. Le Grand feu de 1900, qui détruit 40% de la Ville de Hull, ralentit à peine les travaux de construction du pont. En effet, le 12 décembre 1900, une locomotive y fait un parcours d'essai et le 18 février 1901, à 9h19, on ouvre officiellement le pont à la circulation. Un certain Noël Valiquette, propriétaire de l'Hôtel Cottage, à Hull, brise la traditionnelle bouteille de champagne sur la locomotive du premier train régulier qui franchit le pont le 22 avril 1901. Outre Pont interprovincial wikipediala locomotive et son fourgon, le convoi, en provenance de Gracefield, était composé de quatre wagons neufs de passagers. Un certain Jean Lauzon, de la rue Saint-Hyacinthe, a été le premier hullois à acheter son billet de train pour se rendre à Ottawa.

Un changement de nom

       À l'inauguration du pont, celui-ci est tout simplement appelé pont Interprovincial. Mais de nombreuses personnes l'appellent du nom de son constructeur, Beemer. Puis en septembre 1901, on change son nom pour Royal Alexandra, en l'honneur de l'épouse du roi George X, Alexandra du Danemark (1844-1925), durant la visite du duc de Cornwall (il deviendra le roi George V en 1910), fils de ladite reine. Toutefois, jusque dans les années 1980, tant la population que les médias continuent à l'appeler pont Interprovincial.

       Le pont Interprovincial est sans contredit le pont le plus imposant de la rivières des Outaouais. Alors que celui de Québec, inauguré en 1917 et dont la structure est aussi métallique, Pont interprovincial 1972a été désigné lieu historique national du Canada en 1995, Travaux publics Canada prétend que le pont Royal Alexandra coûte trop cher en entretien. Plus que celui de Québec ? On peut se permettre d'en douter d'autant plus qu'il est connu que les ponts à structure d'acier[i] peuvent être réparés par section au lieu d'être démolis. Alors, quel est l'objectif caché du gouvernement fédéral dans ce dossier ?

Sources :

BRAULT, Lucien, Les liens entre deux villes - les ponts historiques entre Ottawa et Hull, co-édition Ville de Hull et City of Ottawa, 1989.
FRANCOEUR, Louis-Gilles, « Les pont d'acier ne sont plus de mise au Québec », dans Le Devoir du 23 avril 2009, Montréal.
Le Temps (Ottawa), 1896-1901.

 

[i] Le tablier du pont Royal Alexandra a été refait en 1946 et en 2009-2010.

L'assassinat du courrier de la Banque Provinciale

          La crise économique commencée en 1929, perdure. La vie dans l'ancienne ville de Hull[1] est bien difficile ; outre son taux de chômage qui frôle les 37% de la main d’œuvre active, son taux de mortalité est de 18,2 pour 1 000 habitants, soit le plus élevé du Québec[2]. Pour subvenir à ses besoins, une famille de 5 personnes a besoin de 2 000 $ par année, mais peu d’emplois permettent de gagner un tel revenu. Par exemple, les hommes qui ont le bonheur (?) de travailler dans les chantiers sont traités comme des serfs. Les syndicats catholiques protestent, en 1932, contre les salaires qui y sont payés dans la région de la Gatineau où les employés de la forêt touchent de 0,06 $ à 6 $ par mois.

       Pendant ce temps-là, les riches font preuve de talent à défendre leurs biens, ce qui contraste avec la soumission et la patience qu’ils prêchent aux pauvres. Des marchands haussent les prix. Un propriétaire de maisons à logements, rue Laval, augmente ses loyers de 22% en 1931 et de 23% l'année suivante. 

       Si les chômeurs rêvent d’un avenir meilleur, les petits travailleurs, Banque provinciale 1935qui œuvrent pour un salaire de misère, n’aspirent pas moins à de plus beaux jours eux aussi. Et que faire pour réaliser leurs souhaits si ce n’est que de prendre exemple sur la politicaillerie et les affairistes qui manipulent les lois selon leur bon plaisir et, malgré la dépression, arrivent, grâce à des combines immorales, à se payer champagne, femmes et voitures ?

Le braquage du courrier

       Le 4 décembre 1935, Paul Lafleur, 28 ans, et Armand Nadeau, 19 ans, quittent la Banque Provinciale de la rue Principale vers 10 heures. Ils transportent une sacoche remplie d’argent – 16 610 $ – qu’ils doivent remettre à l’Hôtel des monnaies. Ces deux jeunes hommes sont comme cul et chemise : ils ont travaillé ensemble à la Banque Provinciale de Verdun et ont été mutés, ensemble, 8 mois plus tôt à Hull.

       À la sortie du pont Interprovincial qui relie Hull à Ottawa, l’automobile emprunte la rue Saint-Patrick. Au coin de la rue McKenzie, juste en face de l’Imprimerie nationale, le feu de circulation passe au rouge et l’automobile des commis s’arrête. Revolver au poing, un homme parlant anglais s’engouffre brusquement dans l’automobile par une portière arrière. L’arme pointée en direction du conducteur, il lui ordonne de faire demi-tour et de revenir à Hull.

       L’automobile des commis de banque reprend le chemin de Hull sous la menace d’un bandit armé : Nathan Boverman, un Étasunien d’origine russe vivant à Springfield, Mass. L’automobile des commis est suivie par une voiture occupée par deux autres bandits : Charles Donnelly (des Cèdres) et Émile Lajoie, de Montréal.

 Nathan boverman      L’automobile emprunte le chemin de la Pointe-Gatineau (bd Fournier) puis s’engage dans un sentier derrière le cimetière. Les bandits prennent la sacoche, bandent les yeux de Lafleur et retournent à leur véhicule, sauf un, Nathan Boverman, qui a peur d’être reconnu parce que le jeune Nadeau l’avait regardé avec insistance dans le rétroviseur. Il braque son arme sur la tête du jeune commis qui le supplie de ne pas le tuer, mais de seulement lui tirer dans les jambes. Boverman, un dur de dur, ne l’écoute pas et abat le jeune homme de trois balles dans la tête, puis rejoint ses comparses.

Arrestation des bandits

       Les bandits en fuite, Lafleur qui est anéanti par la mort de son collègue, se rend sur le chemin de la Pointe-Gatineau en criant : « Police, police, j’ai été volé ! » Un automobiliste arrête et le prend en charge.

       La police est convaincue que les bandits ont bénéficié de l’aide de complices à l’intérieur de la banque. Trois jours après le braquage, le fameux chef des détectives de la Police provinciale, Louis Jargailles annonce : « Les révélations que nous ferons bientôt frapperont de stupeur le Canada tout entier… »

       L’un des membres du gang, peut-être tenaillé par des remords, se met à table et dénonce ses complices. Le 8 décembre, la police provinciale trouve la cachette du bandit étasunien, Nathan Boverman, alias Ted Montin, rue Sherbrooke, à Montréal. Comme il a juré que jamais on ne le prendrait en vie, les policiers ne prennent pas de risque et l’abattent de deux balles alors qu’il tente d’atteindre son arme. Le lendemain, le chef Jargailles, annonce avoir arrêté onze personnes dont deux femmes, et le lendemain, trois autres hommes.

       Le dévoilement des noms des membres du gang cause une véritable commotion dans la ville parce que plusieurs des truands sont des jeunes hommes issus de bonnes familles de Hull acoquiné au milieu des bars de la région et de gangsters de Montréal. Et pour cause : dans cette liste apparaissent les noms deux compagnons de travail de Nadeau et un ancien employé de la Banque Provinciale. Le premier d’entre eux est… Paul Lafleur, celui-là même qui conduisait Nadeau et neveu d’un député bien connu ; le deuxième, Jean Beausoleil, 21 ans, employé de la Banque Provinciale ; un troisième, Georges Chénier, 21 ans, fils d’un restaurateur bien connu et ancien employé de la Banque provinciale, et un quatrième, Georges Potvin, 33 ans, vendeur d’automobiles. Les autres membres du gang sont de Montréal et d’Ottawa.

Multiples condamnations

       De fait, l’affaire a mal tourné. Le complot a bel et bien été ourdi à Hull, mais il n’était pas prévu que l’un des hommes abatte Nadeau. Boverman était un ancien boucher qui, la prohibition venue, s’était recyclé dans la contrebande d’alcool. Celle-ci abolie, il n’est pas revenu à ses anciennes amours. Il s’est plutôt spécialisé dans le vol à main armée aux quatre coins de la Nouvelle-Angleterre. Sa tête mise à prix, il s’est rabattu sur Montréal.

       Sous la pression du premier ministre Taschereau, les autorités de la Justice annoncent qu’ils vont faire diligence. Le premier procès commence à la Saint-Valentin 1936. On y apprend que le jeune Armand Nadeau ne faisait pas partie du complot de vol et que les membres du gang qui travaillaient à la banque devaient recevoir 3 500 $ pour leur travail.

       La Justice a tenu parole et les bandits sont rapidement condamnés. Lafleur est puni de 20 ans de prison ; Chénier, 15 ans ; Beausoleil, 10 ans ; Émile Lajoie, prison à vie ; Charles Donnelly, 25 ans . Les autres seront condamnés au temps passé en prison, sauf Potvin et 2 autres comparses qui seront relaxés par manque de preuves.

       Toutefois, la police ne mettra jamais la main sur l’un des chefs de la bande, un certain Hermann Laroche. Enfin, de nombreuses personnes concluront que si les banques payaient plus leur personnel, leurs employés seraient plus honnêtes.

Source :

BAnQ, fonds Romulus Beauparlant, P022, art. 6.


[1] Aujourd'hui Gatineau.

[2] Taux de mortalité pour l’année 1935. Ce taux était de 10,7 pour l’ensemble du Québec. Annuaire statistique, Québec 1936, département des Affaires municipales, de l’industrie et du commerce, 1937.

Ludger Genest (1847-1910) chef des pompiers de Hull

            Né à Saint-Henri-de-Lauzon, au Québec, le 3 décembre 1847 du mariage de Charles Genest dit Labarre et de Marguerite Beaulé, Ludger Genest[1] est le 12e d’une famille de 22 enfants. Après avoir travaillé dans les chantiers de la Gatineau et de l’Outaouais, il s’enrôle dans le 17e bataillon d’infanterie de la milice de Lévis pour ensuite s’engager dans la police provinciale créée depuis peu. C’est d’ailleurs à titre de policier qu’il est affecté au détachement de Hull en 1874. Cinq ans plus tard, il entre dans la police municipale hulloise à la tête de laquelle il sera nommé l’année suivante.

            En 1883, Ludger Genest, avait essayé d'organiser une compagnie de pompiers volontaires, mais sans succès puisque, en janvier 1885, il n'y en avait toujours pas. En fait, le service d'incendie n'était plus composé que du chef de police et de son assistant qui, à eux deux, n'avaient pas assez de bras pour actionner la pompe Victoria. Quoi qu'il en soit, en juillet 1885, Genest revient à la charge et parvient à former un corps composé d'une compagnie de pompiers et d'une compagnie d'échelles et de crochets composé d'une trentaine de volontaires. Le corps prend le nom de brigade Jacques-Cartier[2] et la ville lui consent une subvention annuelle de 200 dollars jusqu'en 1892. Services de police et d'incendie dépendent désormais d'un seul chef : Ludger Genest.Ludger genest

            Genest est un véritable homme à tout faire. Non seulement est-il longtemps le chef de police et des pompiers de Hull, mais c'est aussi lui qui organise le premier recensement municipal en 1885, et qui numérote, en 1886, les maisons de la ville pour la première fois. De plus, il est un « patenteux » qui essaie constamment d'améliorer le fonctionnement de l'équipement des services publics – eau, feu, police – dont il a la charge. Il invente le dévidoir automatique qui « ...au lieu d'enroûler [sic] ou de dérouler les boyaux sur un cylindre, c'est le cheval qui, tout en continuant sa course fera cet ouvrage. Tout se mut [sic] au moyen de poulies[3]. » Et conscient que la brigade des pompiers doit être sur les lieux d'un incendie dans les délais les plus brefs pour avoir une chance de maîtriser les flammes – après cinq minutes, le feu augmente de volume huit fois à la minute –, et que les minutes passées à atteler les chevaux aux dévidoirs laissent aux flammes le temps de devenir incontrôlables, il conçoit, avec ses hommes, un système ingénieux :

Les attelages des chevaux étaient suspendus au-dessus de travails des dévidoirs, à la hauteur des chevaux; ces derniers viennent d'eux-mêmes [sic] se placer sous leur harnais respectif et par un mécanisme ingénieux de la propre invention du chef Genest, le cheval est attelé en une demie-minute [sic][4].

Un homme mal aimé, mais indispensable

            En 1894, Genest perd la charge de chef des pompiers dans le cadre d’une vendetta politique, mais conserve celle de chef de police. Il reprend son poste de chef des pompiers en 1896 qu’on lui enlèvera à nouveau en 1899. Quasi indispensable, il redevient chef des pompiers en 1901, charge qu’il conservera jusqu’à son décès en 1910.

            Le 18 septembre 1906, la chute principale des Chaudières de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, est à sec. Genest invite alors un groupe d’amis à dîner sur le site rocheux des chutes où il a fait ériger une tente. Après avoir brisé une bouteille de champagne, on allume un feu pour préparer un repas qui est dégusté par une vingtaine de personnes dès la fin du discours de circonstance prononcé par maître Lorenzo Leduc[5].

            Époux de Marie-Louise Laflamme qu'il a mariée en 1876, il meurt à Hull le 1er avril 1910[6]. « […] Différentes vues des funérailles du chef Genest[7] » sont alors présentées au cinéma/théâtre Eldorado, rue Principale. C'est sans doute le premier reportage cinématographique tournée dans l'ancienne ville de Hull[8].

Sources :

Voir Ouimet, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éditions Vents d'Ouest, 1994.


[1] Notons qu’à son baptême, Ludger Genest a reçu le prénom d’Esdras.

[2] À ses débuts, la brigade était composée des personnes suivantes : Ludger Genest, chef; J. Blais, capitaine; V. O. Falardeau, lieutenant; Joseph Séguin, secrétaire; Ferdinand Côté, sergent; J. Carrière, sergent; et les pompiers J. B. Cyr, T. Latour, A. Guilbault, J. Vaillancourt, J. Gagné, D. Grondin, T. Legault, C. Gravelle, J.-B. Saint-Jules, A. Coursol, Noé Carrière, A. Dion, C. Girouard, P. Durocher, T. U. Proulx, Z. Ouellette, Félix Desrochers, Victor Bilodeau, A. Pariseau, L. Lemieux, J. Legault, F. Ouellette, P. Gravelle, J. B. Ménard et E. Tessier.

[3] Le Spectateur (Hull), 14 septembre 1889.

[4] Ibid., 7 février 1890.

[5] Boutet, E. Le bon vieux temps à Hull, Hull, éd. Gauvin, 1971, p.52 et 53.

[6] Il a eu douze enfants dont sept lui ont survécu : sœur Marie de Lourdes (sœur grise), Edgard, Urgel, Oscar, Omer, Alice et Conrad.

[7] Le Temps (Ottawa) 4 avril 1910.

[8] Hull fait partie de la ville de Gatineau depuis 2001.

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