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La tuberculose : fléau du XXe siècle

          La tuberculose, longtemps appelée la peste blanche, a hanté nos parents et nos grands parents. Dès que quelqu’un toussait, crachait du sang, on s’éloignait de lui. Presque éradiquée de l’Amérique du Nord depuis les années 1970, elle revient dans de nombreux pays, dont des villes des États-Unis (New York par exemple) où les pauvres sans le sou ont de la difficulté à recevoir des traitements médicaux.

          La tuberculose a été la maladie emblématique du XIXe siècle, que l'on connaissait, au Canada français, sous le nom consomption, et en Europe sous celui de phtisie. C’était la maladie romantique par excellence, affligeant de préférence les poètes et les âmes sensibles. Alexandre Dumas fils, dans son oeuvre maîtresse La dame aux camélias, Dame aux cameliasnous en fournit un exemple célèbre. Cette maladie était tellement à la mode que pour ressembler aux tuberculeuses, les femmes évitaient le soleil pour avoir la peau blanche, dessinaient au crayon bleu leurs veines pour les rendre apparentes et mettaient de l’atropine dans leurs yeux pour les rendre plus sombres !

Les sanatoriums

          La tuberculose n’était pas une maladie facile à guérir. Un médecin allemand, Herman Brehmer, lui-même guéri de la tuberculose des poumons après un séjour dans l’Himalaya, a ouvert un premier sanatorium en 1856. Convaincu que l’air froid de la montagne l’avait sauvé, le médecin avait mis au point une cure, basée sur l’exposition au grand air, l’alimentation et le repos, qui va se répandre en Europe et faire la fortune de nombreux établissements alpestres. Cela donnait aux médecins l’illusion de faire quelque chose. Au départ, les sanatoriums étaient réservés à une clientèle de privilégiés et ressemblaient à des hôtels de luxe en montagne. À défaut de meilleur remède, la cure sanatoriale s’est propagée aux États-Unis, puis au Canada, où le premier établissement a été construit en 1897 au lac Muskoka.

          On ne connaissait pas le caractère contagieux de la maladie qui était tenue pour être une tare héréditaire. Ce n’est qu’en 1865 que le Français Antoine Villemin a prouvé que la tuberculose était causée par un organisme spécifique et contagieuse. Mais il faudra attendre l’Allemand Robert Koch et plus de 45 ans avant que les sceptiques soient convaincus du caractère pernicieux de la maladie.

          Dans l’imaginaire populaire, le poitrinaire de l’ère romantique est devenu un cracheur de bacilles, et la maladie de la Dame aux camélias un symbole de la saleté, du désordre et de la promiscuité associé à l’industrialisation. Elle suscitait la honte et le rejet des personnes infectées. Le sanatorium est alors devenu partie d’une vaste stratégie visant à prévenir la contagion en isolant les malades et en leur enseignant l’hygiène.

          En 1909, la tuberculose était, au Québec, la maladie infectieuse la plus répandue et la plus meurtrière, responsable d’au moins 33 000 décès entre 1896 et 1906. Un an plus tôt, un premier sanatorium québécois avait vu le jour à Sainte-Agathe. Considérée comme l’ennemi public numéro un, les autorités organisent une véritable croisade contre la tuberculose. Dans les années 1920, on a ouvert des sanatoriums publics. En 1951, on recensait pas moins de 18 sanatoriums dans la province. L’Outaouais s’est vu doté d’un sanatorium en 1935 : le sanatorium Saint-Laurent, à Hull (aujourd’hui l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet). À Ottawa, le sanatorium Lady Grey Hospital (rue Carling) avait ouvert ses portes en 1910.

          Ces sanatoriums étaient de véritables stationnements àSanatorium st laurent tuberculeux organisés pour recevoir et traiter le plus grand nombre de patients possible. Certains étaient équipés de laboratoires et de salles de chirurgie dits « modernes ». Tout en appliquant la cure, les médecins cherchaient d’autres moyens pour soigner les malades, car les sanatoriums ne suffisaient pas à endiguer l’épidémie.

Les traitements

          Parmi les opérations pratiquées, surtout à partir des années 1930, la plus courante était la collapsothérapie. Cette intervention consistait à provoquer un affaissement du poumon, pour y réduire la quantité d’oxygène. Cette intervention pouvait causer de sérieuses complications et même la mort du malade. Elle entraînait des déformations thoraciques et des déviations de la colonne vertébrale. Parfois, elle semblait contenir l’étendue des lésions ! Parmi les gens atteints de tuberculose active, 50 p. 100 mouraient, 25 p. 100 demeuraient des malades chroniques pendant de longues années et 25 p. 100 connaissaient une guérison spontanée. Le seul fait de se reposer entraînait parfois la guérison.

          Tout au long du XXe siècle, la mortalité due à la tuberculose n’a cessé de diminuer. Non pas à cause des sanatoriums, mais surtout à cause des facteurs socioéconomiques, l’amélioration de l’hygiène et l’alimentation, ainsi que la vaccination et les antibiotiques.

Sources :

BOURDON, Marie-Claude, Dans les couloirs du sanatorium, Québec Science (Montréal) avril 2008, pp. 37-40.

CÔTÉ, Louise, En garde ! – Les représentations de la tuberculose au Québec dans la première moitié du XXe siècle, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2000, pp. 32 et 33.

Le Petit Journal (Montréal), 6 novembre 1927.

 

Un triste imbroglio familial

            Le jour du mariage d’Adélard Godin avec Dorilda Levert[1], en 1909 à Hull, les invités à la noce sont loin de se douter que la vie ne fera pas de cadeaux au jeune couple. Peu instruit, Adélard est un homme ingénieux, un patenteux comme on disait dans le temps. Il a construit, seul, un très beau canot automobile qu'il fait voguer sur la rivière des Outaouais. Son sens inné de la mécanique l'a conduit à travailler dans la carrière de la Federal Stone où il dirige des travaux de concassage.

            Après sept ans et demi de mariage, les Godin forment un couple heureux entouré de trois beaux enfants. Le matin du 24 mai 1915, Dorilda a toutes les raisons de croire que la vie continue à lui sourire. Dehors, ça sent bon le printemps et, dans son ventre, elle a peut-être commencé à sentir les premiers remuements du bébé dont elle est enceinte depuis un peu plus de trois mois. Comme elle ne perd jamais une occasion de montrer à son mari combien elle l'aime, Dorilda a préparé, pour le dîner, un beau gâteau, car c'est le jour du vingt-neuvième anniversaire de naissance d’Adélard[2]. Mais midi est passé et Adélard n'est pas revenu à la maison. Dans la rue, elle a vu la plupart des maris des voisines regagner le foyer conjugal. Mais le sien n'est pas parmi ceux-là qui, étrangement, devisent à voix basse. Enfin, un homme s'approche de Dorilda et lui annonce que son mari vient de se faire tuer accidentellement à la carrière. La douleur est immense.

            Qu’était-il était arrivé au jeune contremaître de la carrière ? Il semble qu’il seAime raoul godin tenait près d’un concasseur mécanique quand sa chemise s’est coincée dans la courroie d’entraînement de cette puissante machine. Il aurait eu beau crier « Au secours ! », « Help ! », les ouvriers de la carrière, qui étaient tous unilingues d’origine polonaise, n’auraient pas compris les appels à l’aide d’Adélard. Aussi, a-t-il été broyé par le concasseur.

            Du jour au lendemain, la vie devient très difficile pour la jeune veuve qui vient tout juste d'avoir vingt-cinq ans. Mais Dorilda est une femme courageuse et pour subvenir aux besoins des siens, elle transforme une partie de son logement en épicerie. C'est peut-être derrière son comptoir que, deux ou trois ans après la mort de son mari, la jeune épicière fait la connaissance d'un jeune homme veuf, Philippe Boucher.

Catastrophe familiale

            Philippe Boucher s'amourache de la jeune veuve et un jour de l'été 1918, il la demande en mariage. Dorilda n'hésite sans doute pas à accorder sa main à cet homme qui l'aime assez pour lui proposer d'adopter les quatre enfants qu'elle a eus de son défunt mari, Adélard. Au mois d'août de la même année, le mariage est célébré à l'église Notre-Dame-de-Grâce de Hull. Dorilda croit renouer avec le bonheur. Mais un mois et demi plus tard, la grippe espagnole fait son apparition au Québec et, dès le 7 octobre, la panique commence à s'emparer de la population hulloise, car on compte dans la ville environ 700 cas de grippe. Une dizaine de jours plus tard, Dorilda Levert se sent malade à son tour et le 20 octobre elle ferme les yeux pour ne plus jamais les rouvrir.

            Pour Philippe Boucher, c'est la catastrophe. En deux mois et demi, il a été marié, il a pris en charge quatre enfants et il est redevenu veuf. Que faire? Il n'est pas le père légal des enfants de sa femme parce que, dit-on, la famille s'est opposée à leur adoption – on a probablement voulu s'assurer que l'homme était capable d'être un bon père. Quoi qu'il en soit, il est facile de comprendre qu'à cette époque il était difficile, voire impossible pour un homme seul, de travailler et d'élever en même temps quatre enfants. Boucher est donc mis devant un problème difficile à résoudre. Et c'est là que les témoignages divergent sur le comportement du malheureux époux. Les uns disent qu'il les a lâchement abandonnés[3] et d'autres affirment qu'en homme de coeur il a voulu les garder avec lui[4], mais que la famille légale s'y est opposée. Quoi qu'il en soit, les enfants sont dispersés, placés à l'orphelinat et plus tard, chez les parrains et marraines.

            Qu'est-il vraiment arrivé? Dorilda était propriétaire de sa maison située au 115, rue Saint-Laurent (aujourd’hui boulevard des Allumettières). Elle n'avait sûrement pas eu le temps de faire un testament avant sa mort et on aurait peut-être craint que son mari s'empare de la maison. Comme les familles Godin et Levert avaient des droits sur la maison, on n'aurait pas voulu que les titres de propriété soient transférés à Philippe Boucher. Mais ce n’est là que pure spéculation. En effet, qui peut se vanter connaître le fin fond de l’histoire sans document à l'appui ?

 

[1] Il était le fils de François Godin et d’Herménéline Vanasse et elle la fille de Jean-Baptiste Levert et de Délima Lacasse.

[2] Communication de Thérèse Godin-Séguin à l'auteur, le 28 juin 1993.

[3] Communication de Monique Godin Robidoux à l’auteur en janvier 2010.

[4] Communication de Cécile Brazeau Godin à l’auteur en octobre 1997.

Le 26 avril 1900

       Hull, le soir du 25 avril 1900. La famille Guimond - Napoléon, 21 ans, son épouse Malvina Forget, 19 ans, et leur enfant de 8 mois, Lorenzo -, quittait la Petite Ferme pour emménager au 101 de la rue Chaudière (Saint-Rédempteur), sur la falaise surplombant le petit lac Minnow. Le lendemain matin – un jeudi –, un soleil radieux luttait contre le fort vent du nord-ouest qui balayait les toits de bardeaux noircis des maisonnettes. Jusqu'à ce jour, le printemps avait été plutôt doux, et en ce matin tragique du 26 avril le mercure indiquait 17,2°C. Napoléon Guimond s'était levé de bon matin pour aller travailler. La plupart des hommes étaient au travail et les femmes à la maison avec les enfants.

       Vers 10 heures 45, la jeune épouse de Napoléon activa le poêle pour préparer le dîner. Mais la cheminée qui était prit feu une quinzaine de minutes plus tard. De l'autre côté du lac Minnow, une dame Robinson essaya, par des gestes larges et des grands cris, d'avertir la jeune femme qui, occupée à la préparation du repas du midi, ne s'était aperçue de rien. Des voisines, qui avaient entendu les cris puis remarqué les langues de feu léchant les planches de bardeaux, alertèrent l'infortunée locataire. Mais comme le vent soufflait à plus de 65 km à l'heure, les flammes embrasèrent rapidement le toit de la maisonnette pour se communiquer à une grange, puis aux maisons avoisinantes qui étaient entassées les unes contre les autres.Grand feu hull vi copie 1

       Les pompiers furent promptement appelés sur les lieux. Mais, à leur arrivée, l'incendie était déjà devenu conflagration. On manda tout de suite à Hull la brigade des pompiers d'Ottawa qui, malgré ses deux pompes à incendie, ses huit dévidoirs à boyaux et sa voiture à échelle pivotante, fut tout aussi impuissante devant l'océan de flammes qui déferlait sur la ville. La chaleur était telle qu'aucun pompier ne pouvait s'approcher à moins de 30 mètres du brasier. Puis la brigade des pompiers E.B. Eddy et la brigade Union sont entrées en action, sans plus de succès. L'incendie se déplaçait à un rythme d'enfer. Des fragments de bardeaux en feu, poussés par le vent, se détachaient des toits des maisons pour aller choir sur d'autres toits de bardeaux qui s'enflammaient à leur tour. Les scieries firent alors entendre leurs sifflets dont le chant, lugubre appelait les milliers de travailleurs à combattre l'incendie qui menaçait les grandes industries des Chaudières. Devant l'intensité des flammes qui enveloppaient les maisons les unes après les autres et la chaleur insupportable qui leur grillait le visage, les pompiers retraitaient. À 11 heures 30, le feu avait déjà consumé une partie des rues Chaudière, Wright, Wellington et Main (promenade du Portage). Au milieu des maisons qui flambaient comme des torches pour ensuite s'effondrer dans d'affreux craquements, la population apeurée se hâtait de mettre ses meubles à l'abri. Des gens affolés et chargés de ce qu'ils avaient de plus précieux emplissaient les rues, se coudoyant, se bousculant et semant ici et là des parties de leur fardeau. Des femmes effarées sortaient de leur maison en toute hâte et imploraient les passants de sauver leurs biens. Le crépitement des flammes, l'écroulement des maisons, le hennissement des chevaux effrayés, accompagnés par le roulement d'une centaine de voitures chargées d'effets mobiliers qui défilaient dans les rues produisaient un vacarme assourdissant. Ceux qui n'avaient pas de voitures transportaient leurs effets d'un endroit à l'autre, et au fur et à mesure que l'élément destructeur progressait.

Le tiers de la ville en feu

       La ville baignait dans une atmosphère épouvantable. Vers 11 h 45, le feu s'attaqua aux cours à bois de la compagnie Eddy et de la Hull Lumber. Puis, une colonne de feu traversa la rue Bridge (Eddy) pour s'attaquer à la manufacture de papier où elle brûla 10 000 tonnes de papier. Ce fut ensuite au tour de la manufacture d'allumettes à prendre feu; elle contenait 20 000 caisses de bâtonnets phosphorés. À 13 heures, le tiers de la ville était la proie des flammes furieuses et vociférantes qui ravageaient tout sur leur passage; Hull était devenue une immense fournaise. Les petites maisons de bois s'enflammaient comme des boîtes d'allumettes et ne mettaient pas plus d'une douzaine de minutes à brûler. Celles construites en pierres vomissaient, par leurs fenêtres crevées, des tourbillons de fumée grise et noire. La ville brûlait dans un ronflement formidable et le feu courait le long des trottoirs de bois comme des torrents sortis de l'enfer.

       Le vent soufflant du nord-ouest projeta une nuée de débris embrasés de l'autre côté de la rivière. Cela mit le feu à un hangar de la scierie Booth et aux innombrables piles de planches de bois qui propagea la conflagration dans tout le Flat et les faubourgs environnants - Rochesterville et Hintonburg -, jusqu'à la Ferme expérimentale.

  Grand feu hull 1900 bis copie 2     L'incendie était terrifiant. Les flammes, poussées avec rage par le vent qui rugissait, s'étendaient de Hull à Ottawa sur une distance de six kilomètres. C'était une véritable mer de feu déchaînée; 75 millions de mètres de planches de bois brûlaient. On aurait dit que la terre elle-même flambait. De la colline parlementaire, on aurait dit que toute la ligne d'horizon était en feu. L'intensité des flammes était telle que les poutres de fer du pont des Chaudières se tordaient sous l'effet de la chaleur, écrasant la pompe à incendie de la E.B. Eddy après avoir coupé la retraite à plusieurs pompiers d'Ottawa. L'atmosphère était remplie de feu et l'air était suffocant malgré le vent.

       Peu après minuit, les flammes s'apaisèrent faute de vent et de combustible. Plus de 12 000 personnes étaient désormais privées d'abri alors qu'une dizaine de citoyens avait péri.

Source :

Ouimet, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éd. Vents d'Ouerst, 1994.

1957 : La grippe asiatique

          Depuis le début du mois de mars, nous sommes aux prises avec une épidémie, celle de la grippe COVID-19. Ce virus n’est pas le premier à frapper la région. Il y a eu celui de la grippe espagnole en 1918, de la grippe asiatique en 1957, de la grippe de Hong-Kong en 1968 et le SRAS en 2003. La grippe asiatique A(H2N2) a créé un véritable remue-ménage en Outaouais en 1957.

         Le 13 juin 1957, à la une, Le Devoir signale qu'une épidémie de grippe se propage à une vitesse foudroyante en Asie. Un biochimiste anglais écrit, dans le Lancet, que le nouveau virus pourrait être l'une des conséquences des retombées radioactives provenant des expériences nucléaires. Deux jours plus tard, voilà de premiers cas de grippe aux États-Unis provenant de voyageurs descendus de bateau quelques jours plus tôt à San Francisco.

     Jusqu'à la fin de juillet, on ne parle plus de grippe ; l'heure est aux vacances. Mais, bientôt, il faut y revenir. Le directeur adjoint de l'Institut microbiologique de Montréal, Jean Tassé, affirme que l'épidémie est la pire que le monde ait connue depuis la grippe espagnole de 1918 et on songe à fabriquer un vaccin. Il dit : « Bien que très peu ou pas de mortalités accompagne la propagation de la grippe, relativement peu de personnes ont pu l'éviter dans les pays affectés (sic). » L'Association médicale américaine souligne que la grippe touche maintenant « plusieurs villes américaines », mais qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer pour l'instant.

Asiatique

        Ce n'est qu'à la mi-août que la grippe « asiatique » – on l'appelle ainsi pour la première fois – commence à occuper beaucoup d'espace dans la presse écrite. À Huntsville, au nord de Toronto, à l'occasion d'un grand rassemblement de 1600 jeunes filles venues de 16 pays fêter le centenaire de l'Association des guides du Canada, plus de 150 d'entre elles attrapent la grippe. Par bonheur, aucune n'en meurt. Les malaises sont toujours les mêmes : forte fièvre à l'occasion, maux de tête et de gorge, malaises musculaires, rhume. Mais rien de plus.

          Au tout début de septembre, un paquebot en provenance du Havre (France) et de Southampton (Angleterre), l'Ivernia, jette l’ancre à Québec. Soixante-quatre des 945 passagers sont atteints de la grippe. On oblige ceux-ci à débarquer et à se faire soigner dans quatre hôpitaux de la région. Le bateau file à Montréal et cinq autres passagers présentent les mêmes symptômes à leur descente.Grippe 1957

      Le 8 septembre, une semaine après la rentrée scolaire, le Séminaire de Trois-Rivières ferme ses portes à cause de l'épidémie de grippe et les 350 pensionnaires sont isolés pour une période de temps indéfinie.

Au Québec et en Ontario

      À Hull, on fait état de nombreuses absences dans la semaine du 15 septembre. Le 16 septembre on ferme l’école Larocque de même qu’une école à Masham. À Ottawa, le taux d’absence est resté au beau fixe. Mais on ne parle pas encore d’épidémie au Canada. Pourtant, à Sudbury, il y a déjà 5 000 personnes touchées par la grippe asiatique. À Kirkland Lake, le taux d’absence des élèves des écoles de la ville est de 25 p. 100. Le 20 septembre, on signale trois morts en Ontario. Ottawa est touchée : 1 200 élèves sont grippés. Le lendemain, on estime qu’un Ottavien par foyer et la moitié des infirmières des hôpitaux de la ville sont aux prises avec le virus A(H2N2). On ferme de plus en plus d’écoles pour arrêter la progression du virus : le 23 septembre c’est au tour de toutes les écoles d’Aylmer.

      Au mois d’octobre, le taux d’absence dans les écoles d’Ottawa est de l’ordre de 10 %. À Hull, la situation s’aggrave ; les religieuses ferment l’hôpital du Sacré-Cœur le 1er octobre et n’acceptent plus que les cas d’extrême urgence et de maternité. Le lendemain, c’est au tour de l’hôpital Général d’Ottawa de fermer ses portes. Le 3 octobre, on ferme les 18 écoles de Hull.

      Heureusement, il y a fort peu de décès. Le 4 octobre, on en dénombre 8 en Ontario, 4 au Québec, et 1 en Colombie-Britannique. On commence à vacciner la population, mais on n’a pas commandé suffisamment de vaccins pour inoculer l’ensemble de la population. Le vaccin est diffusé par priorité : d’abord les employés des hôpitaux et… la famille royale qui arrivera à Ottawa à la mi-octobre.

      Le remède miracle n’existe pas. Les standards téléphoniques des Unités sanitaires du Québec et les pharmacies sont débordés d’appels. Il y a des ventes records d’aspirines et de désinfectants. Les religieuses du couvent Sainte-Jeanne-d'Arc de Shawinigan auraient trouvé le remède miracle : porter sur soi un morceau de camphre. « Il semble que toutes les élèves aient profité du conseil. Quelques rares cas de grippe ont été signalés », écrit le quotidien Le Nouvelliste.

      Dès le 10 octobre, l’épidémie de grippe asiatique s’affaiblit en Outaouais. Les journaux en parlent de moins en moins et consacrent leurs premières pages à la visite royale. Le 15 octobre la reine Elizabeth II passe à Hull en coup de vent. Ce jour-là, toutes les écoles de la ville ont ouvert leurs portes et les élèves de l’Île de Hull sont massés sur le parcours du couple royal pour accueillir Sa Majesté.

La mortalité

      On estime que, dans le monde, la grippe asiatique a fait environ 1 500 000 morts, dont 98 000 aux États unis. Et selon le journal Le Droit du 22 octobre 1957, il n’y aurait eu que 52 mortalités au Canada, dont 26 en Ontario et 11 au Québec.

SOURCES

Le Devoir (Montréal), 22 août 2009.

Le Droit (Ottawa), septembre et octobre 1957

Le Nouvelliste (Trois-Rivières), septembre et octobre 1957.

La Presse (Montréal), septembre et octobre 1957

 

Le départ des filles du roy pour Québec (suite)

          En 1680, l’intendant des Antilles françaises, Jean-Baptiste Patoulet, était un personnage bien connu en Nouvelle-France puisqu’il y a été le secrétaire des intendants Talon et Bouteroue. À cette époque, la Martinique manquait de filles à marier. Patoulet s’est-il souvenu que quelques années plus tôt il avait été témoin du même problème dans la colonie laurentienne ? Quoi qu’il en soit, en juin 1680, le roi demandait l’envoi de 150 filles aux « Isles ». Le 24 du même mois, Mademoiselle de Mouchy, alors supérieure de la Salpêtrière, était « ...priee d’examiner les filles de ceste maison depuis quinze ans jusques a 30 ans est dans la maison qui seront capables pour passer aux Isles et entrer dans le nombre de cent cinquante par demande du Roy pour le mois de septembre. »

          Le 22 juillet, le marquis de Seignelay, secrétaire d’État à la Marine, écrivait à Patoulet que le roi avait résolu de faire embarquer, sur le vaisseau Le Croissant, 150 filles tirées de l’hôpital. Et du même souffle il ordonnait à l’intendant de prendre soin des filles jusqu’à ce qu’elles soient mariées. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, la tâche de trouver des filles aptes au voyage et à l’établissement dans la colonie n’a pas été facile. Quoi qu’il en soit, la supérieure a Navire du XVIIe sièclechoisi 128 filles. Elles ont quitté la Salpêtrière le 27 octobre et se sont embarqué au Havre le 30 octobre et 14 novembre suivant. Voilà comment un décret royal changeait le cours d’une vie[1] ! À la fin du mois de novembre 1680, M. Barbier a fait lecture au bureau de direction de l’hôpital d’une lettre de M. des Moulins qui a « esté chargé de la conduitte des filles envoyées à la Martinique. » Ce rapport est éloquent[2] :

Elles furent conduittes depuis la maison jsuqu’au batteau par Madelle de Mouchy la Supérieure accompagnée de Mr des Varennes [?] Commandant de la Compgnie des Archers des officiers et principales officieres de la maison.

Elles entrerent toutes a sept heurs du mattin dans un batteau couuert armest qui les conduisit jusqu’au Pont rouge[3] ou Melle de Mouchy les fut attendre en carrosse pr les voir embarquer dans le fond ou l on avait deja place cinquante ballots pour les filles plombés par les commis de la douane.

Par ordre du Bureau les sœurs Lechantre et de la Boissiere officieres de la maison choisies par Melle de Mouchy se chargerent charitablement de les conduire jusqu’à la Martinique et les directeurs avaient pourveu à leur sûreté pour l’allee et le retour par des lettres de M. le marquis de Seignelay qui suivant l’ordre du Roy manda au capitaine du vaisseau et a l’intendant d avoir soin de ces deux sœurs pour les defrayer a la table du capitaine pendant tout les voyages et de les renvoyer avec toute securité.

M. de Bellinzani, chargé de ces sortes d’embarquement, [...] sur le même sujet à M. l’Intendant des Isles.

Conclusion

          Les archives de l’Assistance publique de Paris sur le transport des contingents des Filles du roi de 1670 et de 1680, en Nouvelle-France et à la Martinique, analysés à l’aune de la déclaration de Marie Chamois et de celle de sa mère, Jacqueline Girard, permettent de croire que des filles du roi ne sont pas venues en Amérique de leur propre volonté, mais à la suite d’un ordre des autorités françaises qui voulaient assurer le peuplement des colonies d’Amérique.

 


[1] Notons que quelques mois auparavant, le roi avait envoyé des filles à Madagascar.

[2] Musée de l’assistance publique de Paris, Registre des Séances et délibérations de Messieurs les Commissaires Directeurs de cette Maison de Saint-Denis de l’Hospital général, ditte la Salpêtrière, commençant en 1677. Registre A.P. 574. Je remercie M. Jacques Lacoursière, éminent historien, qui m’a mis sur la piste des Archives de l’assistance publique de Paris. Je souligne toutefois que ce document a aussi été publié dans un article signé par Pierre Bardin, intitulé Convois des filles pour les îles dans la revue Généalogie et histoire de la Caraïbe, numéro 120, novembre 1999, et dans un article de Nicole Mauger et de Raymond Ouimet intitulé Catherine de Baillon : une exclue ? publié dans la revue L’Ancêtre, automne 2002.

[3] Le pont Rouge reliait l’île de la Cité à l’île Saint-Louis.

Le départ des filles du roy pour Québec

          On se plaît souvent à croire que toutes les Filles du roi sont venues au Canada volontairement pour y chercher mari. Mais est-ce si sûr ? Ce serait oublier qu’au XVIIe siècle, la France ne manquait pas d’hommes. Ainsi, on peut avancer que ce n’est sans doute pas de façon délibérée que certaines émigrantes ont quitté la France. Tel est le cas de Marie-Claude Chamois, cette jeune femme qui faisait partie du contingent des Filles du roi de 1670. Dix-huit ans après son arrivée en Nouvelle-France, elle a déclaré :

          [...] qu’au Commencement du mois de may 1670 ayant esté nommée avec plusieurs autres filles de l’hospital pour aller en Canada par ordre du Roy [...][1]

          C’est on ne peut plus clair : Marie-Claude Chamois avait dû se conformer à un ordre du roi ! Dans un document rédigé en 1686 par devant le notaire François Genaple, un témoin hautement crédible a laissé un témoignage important dont voici un extrait éloquent[2] :

          ...Elle certifie et ateste en son ame et conscience Il a environ les années gbjc soixante & unze soixante douze et soixante quatorze Elle a receu pendant chacune des années lettres de Paris a elle escrites et adressees par une personne nommée la veufve Chamois par lesquelles elle la prioit de s’informer de Marie Chamois sa fille venüe en ce pays quelques années auparavant et de vouloir employer son credit auprès des puissances de ce pays pour la faire repasser en France ; d’autant plus quelle n’avoit passé en ce pays que par les pratiques de son beaufrere et de sa sœur quy s’estoient efforcé de sen defaire par ce moyen...

          Qui était ce fameux témoin ? Anne Gasnier en personne, veuve Jean Bourdon et directrice des Filles du roi. Reprenons les dernières lignes du témoignage : quelle n’avoit passé en ce pays que par les pratiques de son beaufrere et de sa sœur quy s’estoient efforcé de sen defaire par ce moyen [...] Filles du royPas d’erreur possible : des membres de la famille de Marie Chamois, dont sa propre sœur, voulaient se débarrasser d’elle. Ils n’ont pas hésité à la chasser du cercle de ses proches et de son milieu ! Peut-on raisonnablement croire que cette Marie Chamois ait été la seule et unique fille du roi à subir ce traitement ? En tout cas, encadrée comme Marie et ses compagnes l’étaient, elles pouvaient difficilement se soustraire à la volonté du roi comme nous allons le voir ci-dessous.

Des filles étroitement encadrées

          Un document conservé au Musée de l’Assistance publique de Paris montre comment les filles à marier envoyées en Amérique étaient encadrées, pour ne pas dire étroitement surveillées. Voici la transcription de ce document inédit[3] :

26 avril 1670

          Messieurs de Pujol et Grenapin ont fait récit de ce qui s’est passé hier à la sortie des filles de l’hôpital que l’on envoie au Canada. Qu’à 2 h du matin celles de La Pitié entendirent la messe de monsieur le recteur et ensuite son exhortation. À 4 h elles partirent invitées par le sieur Champagne suivi d’une brigade d’archers et furent jusques au bord de la Seine au droit du pont de Bièvre, où elles trouvèrent celles de la Salpétrière qui venaient d’arriver. Toutes montèrent dans un grand bateau préparé en chantant Veni Creator dans ce bateau elles descendirent le long de la rivière jusques au droit du pont de Louvre ou était un grand foncet de Rouen, sur lequel se trouve monsieur Grenapin administrateur qui avait distribué tous les archers, tant ceux du grand prévost qui doivent escorter les filles jusques à Rouen que ceux de l’hôpital aux environs pour empeschement par l’intrusion et qu’aucun entrat dans le foncet Que les filles pour la commodité desquelles on avait mis 300 bottes de paille on l’avait couvert de toiles bien tendues et divisé en deux parties pour mettre dans l’une les filles de La Salpêtrière et dans l’autre celles de La Pitié et au milieu les hardes. Que mademoiselle de Mouchy après les avoir exhortées leur declara que l’intention du bureau était que celles de La Salpêtrière et de La Pitié fussent soumises à la conduite de le sieur Orienne et qu’à 10 h du matin elles partirent après avoir imploré la bénédiction du Ciel pour leur voyage par le chant de Veni Creator.

          Le document laisse entendre que c’est pour leur protection que les filles étaient encadrées par des archers – hommes d’armes chargés d’assurer l’ordre –, c’est-à-dire pour empêcher des personnes, autres que les Filles du roi et leurs accompagnateurs, de pénétrer dans le foncet[4]. Mais, nous venons de le voir, Marie Claude Chamois, qui faisait partie de ce contingent, a bel et bien déclaré être venue en Nouvelle-France par ordre du roi et non de son propre chef.

À SUIVRE...


[1] Archives nationale de France, section ancienne, Parlement de Paris, X3b 1662, cité par Yves Landry, dans Les Filles du roi au XVIIe siècle, Montréal, Leméac, 1992, p. 101, d’après un document trouvé par Mme Andrée-Hélène Bizier. Marie Chamois n’avait sans doute pas la mémoire des dates puisque c’est à la fin du mois d’avril que les Filles du roi ont quitté Paris et non au mois de mai. Elle s’est toutefois embarquée sur un transatlantique au mois de mai.

[2] Archives et Bibliothèque nationale du Québec, min. François Genaple, 5 novembre 1686. Sylvio Dumas a cité une partie de cet extrait dans Les filles du roi en Nouvelle-France, Cahiers d’Histoire, Société historique de Québec, Québec, 1972, page 140. Le témoignage en question est d’autant plus étonnant qu’au cours du procès qui s’est déroulé en 1693, la veuve Chamois a refusé de reconnaître sa fille.

[3] Archives de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, Extrait du Bureau de l’Hôpital général, 1656-1790, 45FossD/3 45 D1C, population. L’auteur remercie M. Jean-Claude Trottier qui l’a aidé à en faire la transcription.

[4] Le foncet était un bateau de transport fluvial lourd qui pouvait atteindre des tailles considérables et qui naviguait sur la Seine.

Un service d'incendie mal aimé à Hull

           Le projet de construction d’une nouvelle caserne d’incendie dans l'ancienne Ville de Hull en 2011 a fait couler beaucoup d’encre. Ce n’était cependant pas la première fois que la construction d’un tel équipement était rejetée dans l’histoire de la ville. Bien souvent, quand on a voulu moderniser le service d’incendie, des voix se sont élevées pour en contester la nécessité.

          Le 10 août 1906, une partie de la ville de Hull était la proie des flammes ; 38 maisons avaient brûlé dans ce que l’on a appelé le « feu du calvaire ». C’était la troisième fois, en six ans, que les Hullois voyaient leur ville menacée de destruction ; en 1900, un incendie avait rasé plus de 1 300 bâtiments. En dépit de ces destructions, les autorités municipales font peu pour améliorer les services de lutte contre l’incendie qui n’ont qu’une seule caserne, une pompe à incendie manuelle et quelques voitures hippomobiles à échelles.

          Un seul politicien a compris qu'il faut de toute urgence améliorer la protection contre le feu : le docteur Urgel Archambault. Le docteur est relativement nouveau en politique, car il a fait son entrée au conseil municipal en janvier 1905 comme représentant du quartier 3. En 1907, il propose l'emprunt de 20 000 dollars pour la construction de deux casernes d'incendie, l'achat d'une pompe à vapeur et de l’équipement. Le conseil municipal adopte, du bout des lèvres, la proposition du médecin. L'emprunt devant être soumis par référendum à la population, on lui accole un autre règlement d'emprunt pour l'achat d'un nouveau concasseur, l'installation de nouvelles lumières électriques, etc., qui fait grimper le tout à 68 000 dollars alors que le budget de la municipalité n'est que de 108 000 dollars.Caserne no 3 1911 1912

          Douze jours après l'adoption de la proposition du docteur, des citoyens, sous le couvert de l'anonymat, engagent dans les journaux une lutte contre les dépenses prévues aux deux règlements d'emprunt, en prenant bien soin de ne pas contester l'utilité des achats envisagés par la ville. Ils clament bien fort que les pauvres feront les frais de l'emprunt, car on devra augmenter les taxes du fait que la construction de casernes provoquerait l'embauche de pompiers supplémentaires, parce qu'il est dangereux de confier une coûteuse pompe à vapeur à des pompiers inexpérimentés, parce que... n'importe quoi !

Un référendum

          La population n'a plus tellement confiance dans son conseil municipal. Celui-ci a engouffré plus d'un demi-million de dollars dans un nouveau système d'aqueduc peu efficace. On sait que des conseillers municipaux se servent de l'équipement de la ville pour leur propre entreprise, et ce, à des coûts de location franchement bon marché. On décide de tenir un référendum. Comme on le sait, le premier référendum de l'histoire a été remporté par Barabas contre Jésus ! Rien d'encourageant. Aussi, le référendum attendu a lieu le 2 octobre et le règlement d'emprunt pour l'amélioration du service d'incendie est battu par 368 voix contre 28 !

          Le conseil municipal se contente alors de voter un montant de 500 dollars pour continuer à louer, à Tétreauville, un hangar pour remiser la vieille pompe Victoria et un dévidoir à boyaux. Mais Urgel Archambault est tenace. Il sait que les conflagrations coûtent beaucoup plus cher à la collectivité qu'un emprunt d'une vingtaine de milliers de dollars. En juillet 1908, il propose de nouveau l'achat d'une pompe à incendie à vapeur, et ce, au grand dam de la majorité des membres du conseil municipal qui l'accuse de ne pas tenir compte de l'avis exprimé par les électeurs au référendum. Mais, à vrai dire, la population est partagée. Le conseil s'en tient cependant à l'amélioration de l'aqueduc, incapable de comprendre que l'une des nécessités n'exclue pas l'autre, mais la complète. Les compagnies d'assurances qui prennent encore le risque d'assurer des bâtiments hullois ne cessent d'accroître leurs primes et recommandent fortement au conseil, elles aussi, d'investir dans l'achat d'une pompe à vapeur. Mais, celui-ci fait encore la sourde oreille et rejette la proposition du docteur par un vote de 6 contre 4.

Une nouvelle ère

          En 1909, le docteur Archambault quitte la scène politique municipale. L’année suivante, l'échevin Joseph Gravelle, président du comité de police, feu et lumière prend la relève du docteur dans la campagne pour l'amélioration du service d'incendie, et propose l'achat d'une pompe à incendie. Enfin, le conseil adopte la proposition de Gravelle et la nouvelle pompe est mise à l'essai le 20 juin.

          En 1911, le docteur Urgel Archambault revient en politique et conquiert la mairie. Il n'attend pas de midi à quatorze heures pour mettre son programme électoral en oeuvre. Dès le printemps de la même année, il propose d'emprunter une somme de 42 000 dollars pour construire deux casernes d'incendie, acheter des chevaux et de l'équipement. Soumis à la population, le règlement reçoit l'assentiment de la majorité. Archambault porte ensuite le nombre de pompiers de 9 à 15. Les énergiques interventions du nouveau maire profitent rapidement à la ville de Hull, puisque des compagnies d'assurance diminuent leurs prix de 5% en 1912, année de l'ouverture des deux nouvelles casernes, et que la ville n'a plus subi de conflagrations depuis ce temps.

SOURCES :

Procès verbaux du conseil municial de Hull, 1906 à 1912, 2011.

Petite histoire du premier jour de l'année

          Chaque année, à date fixe, douze coups d’horloge sont précédés de bonnes résolutions et suivis d’embrassades. Pourquoi ce jour-là ? En a-t-il toujours été ainsi ? Évidemment, je parle du Nouvel An. Retour sur l’histoire de notre calendrier.

         La conception du temps dans les sociétés disparues est à peu près inconnue. La première mesure du temps était certainement liée à la nécessité de prévoir l’apparition de la pluie et du soleil, pour suivre et contrôler le renouvellement des ressources alimentaires. On pense que l’astrologie constitue la source des calendriers primitifs. Par exemple, à Babylone, la mesure du temps était lunaire. En Égypte antique, le premier jour de l’année était le premier jour du premier mois de la saison de l’inondation des cultures par le Nil. En Chine, le début de l’année était déterminé par chaque empereur, début qui oscillait entre les divers mois de la saison froide.

        En 46 avant notre ère, Jules César, en tant que Pontifex Maximus, a décrété que le début de l’année commençait le premier quantième du mois dédié à Janus (le mois de janvier) et réalignait le calendrier romain qui avait pris 90 jours d’avance (calendrier julien). Divinité aux deux visages, l’un tourné vers l’avenir tandis que l’autre s’attardait encore sur le passé, Janus leur semblait une divinité de bon augure pour glisser au Nouvel An d’autant plus qu’elle était invoquée avant toute autre divinité. C’est donc l’avènement du calendrier julien encore utilisé aujourd’hui par les Églises orthodoxes serbes et russes.

L'influence de l'Église chrétienne romaine

         Janus est un dieu païen. Du coup, les chrétiens cherchèrent d’autres dates, même si le calendrier continuait imperturbablement à aller de janvier à décembre. La seule étape importante leur sembla longtemps Pâques, qui demeure la fête par excellence des orthodoxes. Réuni par l’empereur Constantin en 325, le Concile de Nicée fixa la Résurrection le dimanche suivant la pleine Lune d’après l’équinoxe du printemps. Il s’agissait donc, comme aujourd’hui, d’une date… mobile ! Fallait-il du coup commencer l’année à Pâques? Certains pays l’ont fait, comme l’ancien royaume de France. Mais sous Charlemagne, l’année commençait à Noël.

      Jour de lan 17   La Provence et l’Autriche avaient fixé le début de l’année à l’Annonciation, qui tombe comme il se doit neuf mois avant Noël : le 25 mars. D’autres jours ont été élus. Citons le 1er mars, à Venise le 1er septembre à Constantinople ou le 25 décembre. Il faut dire que le plus grand désordre horloger régnait parallèlement. Ni le commerce ni les transports n’avaient encore exigé le temps GMT. Quoi qu’il en soit, en 1564, le roi de France, Charles IX, fixait le premier jour de l’année au 1er janvier.

         La Franche-Comté, qui était alors terre d’Empire, a adopté le 1er janvier comme début de l'année en 1575, la Lorraine, principauté indépendante en 1579, l’Écosse royaume encore libre en 1600, l’Église romaine en 1622 et la Russie en 1725. Mais ce n’est qu’en 1752 que le Royaume-Uni a adopté cette date. Et parmi les premières mesures d’Atatürk (Turquie), en 1927, a figuré l’adoption du calendrier occidental. Le Japon avait agi de même en 1872.

Un problème de calendrier

         Certains pays n’ont pas eu qu’à changer la date du premier jour de l’An, mais aussi leur calendrier. En effet, parce que pour que le 1er janvier puisse véritablement s’ancrer dans l’année, au XVIe siècle, il restait une réforme à accomplir. Le calendrier julien, remontait comme son nom le suggère à l’Antiquité, était un peu généreux. Au bout d’un millénaire et demi, il accusait une erreur de onze jours sur la réalité. L’Église catholique, qui entendait rythmer l’année, s’est chargée d’y mettre bon ordre. Le pape Grégoire XIII en 1582, a fait directement passer les fidèles du 4 au 15 octobre. Un coup de force scandaleux pour les protestants et les orthodoxes qui aimaient mieux être en désaccord avec les saisons que d’accord avec un catholique. Les premiers attendirent 1700, voire 1752, pour suivre l’exemple. Ainsi, l’année 1701, à Genève, a commencé ainsi non pas le 1er, mais le… 12 janvier.

         L'histoire du premier jour de l'An et de notre calendrier n'est pas finie. En effet, La Révolution française a créé un calendrier basé sur le système décimal. Ainsi, l’année commençait le 1er vendémiaire (22 septembre, premier jour de l’automne. Ce calendrier sera abandonné en 1805. Il n’aurait été employé qu’environ douze ans. Le calendrier républicain sera réutilisé pendant 15 jours et seulement dans le Journal officiel lors de la Commune de Paris en 1871. Une autre réforme, elle, est restée mort-née. La Société des Nations, en 1922, l’ONU, après 1945, ont songé à créer des calendriers universels, avec 13 mois de 28 jours. Les États-Unis y ont opposé leur veto, invoquant les convictions… religieuses de ses habitants.

SOURCES

Attali, Jacques, Histoires du temps, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1982.
La Tribune de Genève (Genève), 31 décembre 2001.
Wikipédia.