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Un service d'incendie mal aimé à Hull

           Le projet de construction d’une nouvelle caserne d’incendie dans l'ancienne Ville de Hull en 2011 a fait couler beaucoup d’encre. Ce n’était cependant pas la première fois que la construction d’un tel équipement était rejetée dans l’histoire de la ville. Bien souvent, quand on a voulu moderniser le service d’incendie, des voix se sont élevées pour en contester la nécessité.

          Le 10 août 1906, une partie de la ville de Hull était la proie des flammes ; 38 maisons avaient brûlé dans ce que l’on a appelé le « feu du calvaire ». C’était la troisième fois, en six ans, que les Hullois voyaient leur ville menacée de destruction ; en 1900, un incendie avait rasé plus de 1 300 bâtiments. En dépit de ces destructions, les autorités municipales font peu pour améliorer les services de lutte contre l’incendie qui n’ont qu’une seule caserne, une pompe à incendie manuelle et quelques voitures hippomobiles à échelles.

          Un seul politicien a compris qu'il faut de toute urgence améliorer la protection contre le feu : le docteur Urgel Archambault. Le docteur est relativement nouveau en politique, car il a fait son entrée au conseil municipal en janvier 1905 comme représentant du quartier 3. En 1907, il propose l'emprunt de 20 000 dollars pour la construction de deux casernes d'incendie, l'achat d'une pompe à vapeur et de l’équipement. Le conseil municipal adopte, du bout des lèvres, la proposition du médecin. L'emprunt devant être soumis par référendum à la population, on lui accole un autre règlement d'emprunt pour l'achat d'un nouveau concasseur, l'installation de nouvelles lumières électriques, etc., qui fait grimper le tout à 68 000 dollars alors que le budget de la municipalité n'est que de 108 000 dollars.Caserne no 3 1911 1912

          Douze jours après l'adoption de la proposition du docteur, des citoyens, sous le couvert de l'anonymat, engagent dans les journaux une lutte contre les dépenses prévues aux deux règlements d'emprunt, en prenant bien soin de ne pas contester l'utilité des achats envisagés par la ville. Ils clament bien fort que les pauvres feront les frais de l'emprunt, car on devra augmenter les taxes du fait que la construction de casernes provoquerait l'embauche de pompiers supplémentaires, parce qu'il est dangereux de confier une coûteuse pompe à vapeur à des pompiers inexpérimentés, parce que... n'importe quoi !

Un référendum

          La population n'a plus tellement confiance dans son conseil municipal. Celui-ci a engouffré plus d'un demi-million de dollars dans un nouveau système d'aqueduc peu efficace. On sait que des conseillers municipaux se servent de l'équipement de la ville pour leur propre entreprise, et ce, à des coûts de location franchement bon marché. On décide de tenir un référendum. Comme on le sait, le premier référendum de l'histoire a été remporté par Barabas contre Jésus ! Rien d'encourageant. Aussi, le référendum attendu a lieu le 2 octobre et le règlement d'emprunt pour l'amélioration du service d'incendie est battu par 368 voix contre 28 !

          Le conseil municipal se contente alors de voter un montant de 500 dollars pour continuer à louer, à Tétreauville, un hangar pour remiser la vieille pompe Victoria et un dévidoir à boyaux. Mais Urgel Archambault est tenace. Il sait que les conflagrations coûtent beaucoup plus cher à la collectivité qu'un emprunt d'une vingtaine de milliers de dollars. En juillet 1908, il propose de nouveau l'achat d'une pompe à incendie à vapeur, et ce, au grand dam de la majorité des membres du conseil municipal qui l'accuse de ne pas tenir compte de l'avis exprimé par les électeurs au référendum. Mais, à vrai dire, la population est partagée. Le conseil s'en tient cependant à l'amélioration de l'aqueduc, incapable de comprendre que l'une des nécessités n'exclue pas l'autre, mais la complète. Les compagnies d'assurances qui prennent encore le risque d'assurer des bâtiments hullois ne cessent d'accroître leurs primes et recommandent fortement au conseil, elles aussi, d'investir dans l'achat d'une pompe à vapeur. Mais, celui-ci fait encore la sourde oreille et rejette la proposition du docteur par un vote de 6 contre 4.

Une nouvelle ère

          En 1909, le docteur Archambault quitte la scène politique municipale. L’année suivante, l'échevin Joseph Gravelle, président du comité de police, feu et lumière prend la relève du docteur dans la campagne pour l'amélioration du service d'incendie, et propose l'achat d'une pompe à incendie. Enfin, le conseil adopte la proposition de Gravelle et la nouvelle pompe est mise à l'essai le 20 juin.

          En 1911, le docteur Urgel Archambault revient en politique et conquiert la mairie. Il n'attend pas de midi à quatorze heures pour mettre son programme électoral en oeuvre. Dès le printemps de la même année, il propose d'emprunter une somme de 42 000 dollars pour construire deux casernes d'incendie, acheter des chevaux et de l'équipement. Soumis à la population, le règlement reçoit l'assentiment de la majorité. Archambault porte ensuite le nombre de pompiers de 9 à 15. Les énergiques interventions du nouveau maire profitent rapidement à la ville de Hull, puisque des compagnies d'assurance diminuent leurs prix de 5% en 1912, année de l'ouverture des deux nouvelles casernes, et que la ville n'a plus subi de conflagrations depuis ce temps.

SOURCES :

Procès verbaux du conseil municial de Hull, 1906 à 1912, 2011.

Petite histoire du premier jour de l'année

          Chaque année, à date fixe, douze coups d’horloge sont précédés de bonnes résolutions et suivis d’embrassades. Pourquoi ce jour-là ? En a-t-il toujours été ainsi ? Évidemment, je parle du Nouvel An. Retour sur l’histoire de notre calendrier.

         La conception du temps dans les sociétés disparues est à peu près inconnue. La première mesure du temps était certainement liée à la nécessité de prévoir l’apparition de la pluie et du soleil, pour suivre et contrôler le renouvellement des ressources alimentaires. On pense que l’astrologie constitue la source des calendriers primitifs. Par exemple, à Babylone, la mesure du temps était lunaire. En Égypte antique, le premier jour de l’année était le premier jour du premier mois de la saison de l’inondation des cultures par le Nil. En Chine, le début de l’année était déterminé par chaque empereur, début qui oscillait entre les divers mois de la saison froide.

        En 46 avant notre ère, Jules César, en tant que Pontifex Maximus, a décrété que le début de l’année commençait le premier quantième du mois dédié à Janus (le mois de janvier) et réalignait le calendrier romain qui avait pris 90 jours d’avance (calendrier julien). Divinité aux deux visages, l’un tourné vers l’avenir tandis que l’autre s’attardait encore sur le passé, Janus leur semblait une divinité de bon augure pour glisser au Nouvel An d’autant plus qu’elle était invoquée avant toute autre divinité. C’est donc l’avènement du calendrier julien encore utilisé aujourd’hui par les Églises orthodoxes serbes et russes.

L'influence de l'Église chrétienne romaine

         Janus est un dieu païen. Du coup, les chrétiens cherchèrent d’autres dates, même si le calendrier continuait imperturbablement à aller de janvier à décembre. La seule étape importante leur sembla longtemps Pâques, qui demeure la fête par excellence des orthodoxes. Réuni par l’empereur Constantin en 325, le Concile de Nicée fixa la Résurrection le dimanche suivant la pleine Lune d’après l’équinoxe du printemps. Il s’agissait donc, comme aujourd’hui, d’une date… mobile ! Fallait-il du coup commencer l’année à Pâques? Certains pays l’ont fait, comme l’ancien royaume de France. Mais sous Charlemagne, l’année commençait à Noël.

      Jour de lan 17   La Provence et l’Autriche avaient fixé le début de l’année à l’Annonciation, qui tombe comme il se doit neuf mois avant Noël : le 25 mars. D’autres jours ont été élus. Citons le 1er mars, à Venise le 1er septembre à Constantinople ou le 25 décembre. Il faut dire que le plus grand désordre horloger régnait parallèlement. Ni le commerce ni les transports n’avaient encore exigé le temps GMT. Quoi qu’il en soit, en 1564, le roi de France, Charles IX, fixait le premier jour de l’année au 1er janvier.

         La Franche-Comté, qui était alors terre d’Empire, a adopté le 1er janvier comme début de l'année en 1575, la Lorraine, principauté indépendante en 1579, l’Écosse royaume encore libre en 1600, l’Église romaine en 1622 et la Russie en 1725. Mais ce n’est qu’en 1752 que le Royaume-Uni a adopté cette date. Et parmi les premières mesures d’Atatürk (Turquie), en 1927, a figuré l’adoption du calendrier occidental. Le Japon avait agi de même en 1872.

Un problème de calendrier

         Certains pays n’ont pas eu qu’à changer la date du premier jour de l’An, mais aussi leur calendrier. En effet, parce que pour que le 1er janvier puisse véritablement s’ancrer dans l’année, au XVIe siècle, il restait une réforme à accomplir. Le calendrier julien, remontait comme son nom le suggère à l’Antiquité, était un peu généreux. Au bout d’un millénaire et demi, il accusait une erreur de onze jours sur la réalité. L’Église catholique, qui entendait rythmer l’année, s’est chargée d’y mettre bon ordre. Le pape Grégoire XIII en 1582, a fait directement passer les fidèles du 4 au 15 octobre. Un coup de force scandaleux pour les protestants et les orthodoxes qui aimaient mieux être en désaccord avec les saisons que d’accord avec un catholique. Les premiers attendirent 1700, voire 1752, pour suivre l’exemple. Ainsi, l’année 1701, à Genève, a commencé ainsi non pas le 1er, mais le… 12 janvier.

         L'histoire du premier jour de l'An et de notre calendrier n'est pas finie. En effet, La Révolution française a créé un calendrier basé sur le système décimal. Ainsi, l’année commençait le 1er vendémiaire (22 septembre, premier jour de l’automne. Ce calendrier sera abandonné en 1805. Il n’aurait été employé qu’environ douze ans. Le calendrier républicain sera réutilisé pendant 15 jours et seulement dans le Journal officiel lors de la Commune de Paris en 1871. Une autre réforme, elle, est restée mort-née. La Société des Nations, en 1922, l’ONU, après 1945, ont songé à créer des calendriers universels, avec 13 mois de 28 jours. Les États-Unis y ont opposé leur veto, invoquant les convictions… religieuses de ses habitants.

SOURCES

Attali, Jacques, Histoires du temps, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1982.
La Tribune de Genève (Genève), 31 décembre 2001.
Wikipédia.
 

Une provocation orangiste à Hull en 1911

         

Orange

          De nombreuses organisations religieuses ont pour caractéristique première un certain fanatisme, ce qui les pousse à considérer leurs croyances comme la seule valable. Et quand des fidèles se sentent lésés dans leur croyance, il arrive qu'ils fomentent des provocations. Voilà pourquoi on parle tant, ces temps-ci, d’accommodements raisonnables. 

          L’Ordre d’Orange est une société fraternelle protestante fondée en 1795 en Irlande pour commémorer la victoire de Guillaume d'Orange (Guillaume III d’Angleterre 1650-1702, né Orange-Nassau aux Pays-Bas) sur les catholiques lors de la bataille de la Boyne en 1690. Pendant l'insurrection irlandaise de 1798, l'ordre d'Orange est devenu le principal lien entre le gouvernement britannique et les protestants d'Irlande, alors que les orangistes remplissaient les rangs de la milice volontaire et occupent la majorité des postes de la fonction publique.

      La Grande Loge d’Orange d'Amérique du Nord britannique a été fondée en janvier 1830 à Brockville dans le Haut-Canada (Ontario). En 1844, l'influence électorale des orangistes était telle que John A. Macdonald (premier ministre) est devenu membre de l'ordre. Cet ordre réputé ultra-protestant et fanatique est franchement hostile aux catholiques et aux francophones. On peut même dire qu’il a eu des prises de position racistes au cours du XXe siècle.

Provoquer pour provoquer

      Année après année, l’Ordre a l’absurde tradition de défiler dans les rues des quartiers catholiques de Belfast, en Irlande du Nord, pour rappeler à ses habitants leur défaite de 1690. C’est évidemment une belle façon de mettre le feu aux poudres…

     Au printemps 1911, les orangistes décident de venir célébrer dans l’ancienne ville de Hull (Gatineau) la victoire de leurs coreligionnaires à la bataille de la Boyne. On s’attend à ce que 10 000 à 12 000 orangistes pourraient défiler dans les rues de la ville le 12 juillet, et ce, dans le but de « faire l’éducation du peuple » ! Rapidement s’élève un concert de protestations. Se sentant provoquer dans leur foi catholique, le Cercle Reboul, l’Alliance nationale, l’Ordre des forestiers du Canada, la Congrégation des jeunes gens de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce, et même la Commission scolaire locale demandent au maire Urgel Archambault d’intervenir et d’empêcher les orangistes de venir célébrer à Hull, ville dont la population est à plus de 90% catholique.

      L’ultramontain maire Archambault (il  consacrera la ville au Sacré-Cœur), qui anticipe du désordre, écrit alors au grand maître des orangistes, un certain T. S. Sproule, pour qu’il dissuade son organisation de venir célébrer en Outaouais en tentant de lui faire comprendre que défilé prévu est offensant pour les catholiques. Sproule lui répond que les orangistes n’ont aucunement l’intention de provoquer la population hulloise, mais veulent tout simplement « jouir des droits que tout libre sujet britannique dans un pays protestant qui, par sa constitution, garantit liberté et droits égaux à tous ». Enfin, Sproule écrit qu’il n’a pas le pouvoir de modifier les décisions de son ordre et que le 12 juillet suivant, les Hullois n’auront qu’à vaquer à leurs occupations habituelles…

L'impuissance du maire

      Il y a dans la lettre de Sproule un air de mauvaise foi. En effet, quelques jours plus tard, les citoyens apprennent que le défiler des orangistes traversera toute la ville et qu’il passera même devant l’église Notre-Dame-de-Grâce !

     Les autorités religieuses catholiques de la ville demandent aux fidèles de ne pas intervenir dans la fête orangiste. La population est indignée et le maire Archambault déclare solennellement :

Je me ferais un devoir de saluer et de souhaiter la bienvenue à des anglicans ou des méthodistes qui viendraient célébrer à Hull une fête de leur culte, mais je veux qu’il soit compris que les orangistes viennent ici sans notre autorisation et qu’en même temps, il est impossible de les empêcher de célébrer leur fête dans nos murs.

       Le maire veut que ses commettants comprennent que c’est malgré lui que les orangistes viendront fêter à Hull. Un peu plus tard, il demande à ses concitoyens de déserter les rues le 12 juillet suivant. De fait, le maire ne voit pas d’objection à ce que les orangistes tiennent leur pique-nique annuel à Hull, mais estime que leur défilé est une provocation à l’endroit des catholiques et, plus particulièrement, à l’endroit de la petite minorité irlandaise catholique de Hull, ce en quoi il avait raison.

      Le journal Le Temps appuie évidemment le maire de Hull. Mais les journaux de langue anglaise estiment que ce défilé aura une influence salutaire sur la population en général et sur le maire et la police en particulier. Un pasteur méthodiste exhorte les orangistes à ne pas battre en retraite et déclare : « Cette colonie est anglaise […] ! Et il a raison : le Canada est toujours une colonie anglaise sans constitution, sans nationalité, sans drapeau, sans hymne national.

      Le 11 juillet, soit la journée précédant l’anniversaire de la bataille de la Boyne, l’Ordre d’orange annonce, qu’invité par la loge locale, ses membres défileront à Hull le lendemain et qu’ils seront très nombreux. Dix mille à douze mille membres d’un ordre réputé pour être fanatique qui promet de défiler dans les rues d’une ville d’environ 14 000 âmes a de quoi faire frémir plus d’un maire, plus d’un policier.

      Le 12 juillet 1911, comme promis, les orangistes défilent à Hull. Mais au lieu des 10 000 à 12 000 membres promis, il y en a que quelques centaines qui marchent dans la ville. Et à la demande des orangistes locaux, le défilé s’abstient de passer devant l’église paroissiale. Les rues de la ville sont désertes. Il n’y a qu’un seul incident vite étouffé par la police locale. Quant au pique-nique, il n’attire que 1 200 à 1 300 orangistes. L’un des organisateurs de la fête, le révérend Boyce, conclut la journée en déclarant qu’il fallait rendre justice aux catholiques romains qui n’avaient déclenché aucun incident pouvant offenser les orangistes. Et il ajoute que le maire de Hull avait sérieusement besoin d’un tonique pour ses nerfs !

Sources

Historica.

Le Temps (Ottawa) 4, 5, 6, 11, 12 et 13 juillet 1911.

Ottawa et la reine Victoria : un mythe !

       Six villes canadiennes ont eu le titre de capitale du Canada soit Québec, Kingston, Montréal, Toronto et Québec (incendie du parlement) en alternance et Ottawa. Il y aura bientôt 162 ans, soit le 31 décembre prochain, qu’Ottawa a été désignée capitale du Canada-Uni.

       Québec a non seulement été la capitale du Canada, c’est-à-dire de la Vallée du Saint-Laurent, mais aussi celle de la Nouvelle-France. La ville est restée capitale à l’avènement du régime britannique. Quand le Canada a été divisé en Bas et Haut Canada, Québec a été la capitale du Bas-Canada et Niagara-on-the Lake, puis York (Toronto) ont été successivement capitales du Haut-Canada.

       Mais lors de l’union forcée des deux Canadas, le gouverneur a fait de Kingston la capitale du Canada-Uni. La population du Bas-Canada s’est opposée à ce choix ; elle aurait aimé voir Montréal ou Québec comme capitale. C’est au cours de ce débat (1841) que la ville de Bytown (Ottawa) ait été pour la première fois proposée pour devenir capitale. Mais la ville avait une si mauvaise réputation que la proposition a fait sourire. La question du choix d’une capitale est revenue en 1843. Trois noms ont été de nouveau proposés : Kingston, Montréal, Bytown. Et c’est Montréal qui a été choisie.

Incendie du parlement

       Montréal sera capitale pendant cinq ans, c’est-à-dire jusqu’en avril 1849 quand un groupe de tories a mis le feu à l’édifice parlementaire au moment où la Chambre décidait d’indemniser les familles qui avait subi des pertes matérielles aux mains des Britanniques et des volontaires pendant les troubles de 1837-1838.

       La session parlementaire de 1849 s'est terminée à Toronto. Par la suite, on a décidé d’alterner les réunions de la Chambre tous les 4 ans entre Toronto et Québec pour calmer les esprits. Pour le gouverneur Elgin, Toronto constituait un choix idéal, car elle ne comptait pas moins de 25 loges… orangistes !

       Des journalistes ne voyaient pas d’un bon œil la ville de Toronto. Un Torontois a même écrit que la ville était indigne du Parlement où la police était « condamnée pour incapacité et poltronnerie… » et où le crime restait impuni.

Un pays papiste

       En 1856, John Sandfield Macdonald a estimé que le temps était arrivé où la convocation du Parlement alternativement à Québec et Toronto devait être discontinuée. Ont alors été proposées comme capitale du Canada-Uni les villes de Hamilton, Kingston, Montréal, Ottawa et Québec. La Chambre d’assemblée a alors tenu un vote et Québec l’a emporté par 64 voix contre 56. Pour le Globe de Toronto, il était inadmissible de faire de Québec la capitale du pays « ...dans le centre d’une ville papiste, dans un pays papiste ! » À noter que pour le Globe, le Canada-Est (Québec) était un pays ! Le Globe a même demandé la séparation du pays si Québec devenait capitale.

       Au moment de l’ouverture de la session Ottawade 1856, à Toronto, un journaliste du Canadien a écrit : « Cette multitude qui ne formait qu’une masse compacte, offrait un aspect tellement différent de celui de la population de Québec que je me suis cru, pour un moment, lancé au milieu d’une horde de barbares ! »

       La joie des citadins québécois a été de courte durée, car le Conseil législatif prétendait ne pas avoir été consulté par la Chambre d’assemblée et a refusé de voter le budget nécessaire à la construction des édifices gouvernementaux. Sous cette volte-face, il faut voir l’intense lobbying des fameux barons du bois qui contrôlaient les forêts de l’Outaouais. C’est ainsi que les autorités gouvernementales « auraient décidé » de remettre le problème du choix d’une capitale permanente dans les mains de la reine Victoria.

       Edmund Walker Head, nouveau gouverneur général du Canada, a alors invité les cinq villes principales (Kingston, Montréal, Ottawa, Québec et Toronto) du pays à lui faire parvenir un mémoire à l’appui de leurs prétentions aux titre et rôle de capitale. Head avait alors déclaré qu’il serait inconvenant de sa part de paraître donner un avis au nom du Conseil exécutif sur une question soumise particulièrement à la discrétion de la reine.

Un parti pris

         La reine a-t-elle choisi le lieu de la nouvelle capitale ? En vérité, non. Ça, c’est de l’histoire dite « officielle », celle qu’un certain establishment aime propager pour créer des mythes fondateurs ! En effet, le monarque britannique règne, mais ne gouverne pas De fait, le gouverneur du Canada-Uni, dûment chapitré par les barons du bois, a un parti pris et privément, il écrit un mémoire confidentiel appuyant fortement le choix d’Ottawa (Bytown), et il est presque certain, dit-on, que la vigueur de son exposé a amené la reine à choisir Ottawa à la fin de 1857 (Head se trouvait en Angleterre à ce moment). De plus, les politiciens ne sont pas restés à l’écart : John A. Macdonald et George-Étienne Cartier, copremiers ministres du Canada-Uni, avaient passé une entente : la capitale à Ottawa contre la résidence permanente du gouverneur général… au Québec. Marché de dupes s’il en est un puisque l’entente ne sera pas respectée. En 1858, un vif débat à la Chambre a suivi cette décision : on a dû voter pas moins de 14 fois et il y a eu un remaniement du cabinet avant que le choix d’Ottawa soit confirmé comme capitale d’une confédération qui n’est, de fait, qu’une fédération. Enfin, c’est le 22 novembre 1865 qu’Ottawa est devenue une véritable capitale lorsque s’y est tenue une première réunion du cabinet des ministres. Quant à la première session du Parlement à Ottawa, elle s’ouvrira le 8 juin 1866. Toutefois, malgré son nom, le Canada n’est toujours pas une confédération.

SOURCES

BRAULT, Lucien, Ottawa, capitale du Canada, de son origine à nos jours, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1942, et Hull, 1800-1950, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1950.
Dictionnaire biographique du Canada.
Nos Racines, vol. 7 .

Le journal Le Droit : une histoire de famille

       Nous avons appris, cet été, que le groupe Capitales Médias s'est mis sous la protection de la loi sur les faillites. Cela signifie que le quotidien régional interprovincial, Le Droit, pourrait bien disparaître. Ce serait, me semble-t-il, catastrophique, parce que nous serions en grande partie privés de nouvelles locales d'autant plus que ce journal est le seul qui dessert les Gatinois.

       Ma famille fréquente le journal Le Droit depuis ses tout débuts. Ce quotidien a été fondé à Ottawa en 1913 pour donner une voix aux francophones en lutte contre le Règlement 17 qui restreignait l'utilisation du français dans les écoles ontariennes. La mère nourricière de mon grand-père paternel, Virginie Taillefer Ouimet, a fait partie des gardiennes de l'école Guigues, armée d'une aiguille à chapeau pour interdire aux sbires du gouvernement ontarien d'intervenir contre les enseignantes.

Une femme de coeur

       Virginie s'intéressait, sans aucun doute, à l'instruction puisqu'elle a maintenu mon grand-père, David Turgon dit Ouimet, aux études jusqu'à l'âge de 16 ans, ce qui était assez rare à l'époque. Cette femme avait du courage à revendre : outre mon grand-père, fils de sa sœur Louisa, morte trop jeune, Virginie a aussi pris en élève trois autres enfants soit ceux de son autre sœur, Sophie, aussi décédée dans la fleur de l'âge. Avec une telle mère nourricière, il n'est pas étonnant que mon grand-père ait aussi été un fier abonné au journal Le Droit.Ouimet aurore david copie

       Ma mère a aussi grandi dans un foyer nourricier – elle était orpheline de mère –, celui de sa tante Adéline Mainville et de son oncle Aimé Godin qui vivait à Hull. Lui était marchand de glace et elle, femme de maison. Bien que tante Adéline n'ait fréquenté l'école que deux ans – elle était originaire de l'Île-aux-Allumettes –, et son mari jusqu'à l'âge de dix ans, ils lisaient consciencieusement Le Droit. Cet exercice a fait qu'Adéline a même un jour pu lire avec plaisir la biographie de Châteaubriand, preuve que la lecture quotidienne développe le niveau de compréhension et de culture du lecteur. Par contre, mon grand-père maternel savait à peine lire – il a commencé très tôt à travailler dans les chantiers de l'Outaouais comme marmiton et est devenu veuf à l'âge de 31 ans avec 4 enfants en bas âge. Je me souviens le l'avoir entendu qualifier le journal de « tapisserie » !

Lire pour apprendre

       J'ai donc évidemment grandi dans un foyer abonné au journal Le Droit, quotidien que mes parents lisaient assidûment, et ce, presque jusqu'à leur mort survenue à l'âge de 85 ans. Devant un tel exemple, j'ai commencé à lire Le Droit jeune, c'est-à-dire vers l'âge de sept ans. Je me souviens ne pas avoir alors compris la prononciation du groupe de lettres « ent », parce que parfois il fallait prononcer « en » et parfois « e ». C'est ma mère qui m'a montré à faire la distinction entre le mot qui finit en « en » et le verbe qui se termine en « ent ». Beaucoup plus tard, c'est avec fierté que j'ai participé à la rédaction de la chronique Mémoire vive dudit journal dans les années 1990.

       Il n'est donc pas étonnant que j'appuie le journal Le Droit dont nous avons besoin pour connaître et comprendre l'actualité locale. Une solution : la transformation du journal en coopérative des employés, de préférence à Gatineau où se trouve la grande majorité de son lectorat.

Des communistes à la prison de Hull

      Au cours des années 1930, les luttes sociales au Canada n’étaient pas très différentes de celles qui avaient cours dans d’autres pays du monde. Il y avait des communistes, nombreux (16 000 membres en règle en 1939), et des fascistes (environ 3 000 membres), moins nombreux. Les communistes inquiétaient le pouvoir politique en place parce qu’ils remettaient en question l’ordre social et le capitalisme. Quant aux fascistes, ils inquiétaient moins : plusieurs politiciens, policiers et militaires partageaient leurs idées d’extrême droite et leur racisme, et, de plus, les fascistes étaient… anticommunistes !

      Le 1er septembre 1939, l’Allemagne nazie attaque la Pologne, suivie par l’Union soviétique (l’actuelle Russie), prenant ainsi en sandwich les Polonais. Trois semaines plus tard, la Pologne est dépecée. Le 10 septembre, le Canada déclare la guerre à l’Allemagne (10 septembre), mais fait inexplicable, pas à l’Union soviétique qui est pourtant aussi un agresseur.

      La Gendarmerie royale du Canada (GRC) estime alors qu’il y a un sérieux danger que des sympathisants d’organisations internationales gênent les efforts du Canada dans la guerre. Dans l’esprit de la GRC, les « sympathisants d’organisations internationales » sont les communistes et leurs alliés ; les fascistes ont au moins la qualité de croire dans un « semblant de capitalisme ».

      À la suite des pressions de la GRC, du ministère de la Défense et de politiciens, le gouvernement canadien interdit le parti communiste en juin 1940, de même que l’Ukrainian Farm-Labour Temple Association et, enfin les partis fascistes et nazis. Bien qu'à tendance pro-communiste, les membres de l’organisation ukrainienne ne sont pas communistes pour la plupart.

Les communistes dans la région

      Dès le 17 octobre 1939, je journal Le Droit, dont une grande partie des dirigeants sont membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, réclame l’interdiction immédiate du communisme et des communistes (mais pas des fascistes). Pour l’éditorialiste, le communisme suscite la haine entre les classes sociales et s’attaque au droit de propriété, à la famille, à la morale et aux sentiments religieux. Du même souffle, il suggère l’internement de tous les communistes. Deux ans plus tôt, l’Ordre de Jacques-Cartier, dont le siège social est situé à Ottawa, clamait que le « pire ennemi de l’Église et du Canada français est le communisme. » Admettons-le, l’Ordre n’avait pas tout à fait tort.

      Pour l’Église catholique canadienne, le communisme est toute forme de pensée qui permet de propager l’esprit païen ! Pour la bourgeoisie, c’est toute forme de pensée qui remet en cause la propriété privée. Avec des définitions aussi larges, toute personne ayant des préoccupations sociales pouvait facilement être accusée de communisme. On estime alors que les communistes canadiens, manipulés par Staline, militaient contre l’entrée en guerre du Canada. C’était là une excuse pour se débarrasser le plus rapidement de chefs communistes. Mais il y avait aussi le projet non avoué de casser certains syndicats et des raisons raciales à l’égard des Ukrainiens.

      Quoi qu’il en soit, dès septembre 1939, la GRC commence à procéder à l’arrestation de leaders communistes canadiens de même que de membres de l’Association ukrainienne. Ces personnes sont emprisonnées à Petawawa, près de Pembroke (Ontario), avec des fascistes, dont des membres des colonies allemandes et italiennes du Canada. Évidemment, fascistes et communistes ne font pas bon ménage. La tension est si forte à Petawawa que les autorités n’ont d’autre choix que celui de séparer les camps ennemis.

La prison de HullPrison hull 1938 fonds brunet crao 1

      À cette époque la prison de la rue Saint-François, à Gatineau (secteur Hull), est neuve et encore inoccupée à la suite de problèmes de construction. Le 20 août 1941, les autorités canadiennes y déplacent par train 89 prisonniers communistes, dont 33 Ukrainiens et 15 Juifs. Ceux-ci descendent à la gare du ruisseau de la Brasserie, peu après le souper, sous les yeux d’une importante garde militaire et policière.

      Les prisonniers sont bien traités à Hull et certains se voient même employer aux travaux d’élargissement de la rue Saint-François pour lesquels ils sont payés. Les gardiens en viennent même à fraterniser avec leurs prisonniers : ils leur achètent des livres et jouent souvent aux cartes avec eux. En mai 1942, les autorités remettent aux prisonniers un appareil radio et des haut-parleurs.

      Tout n’est quand même pas rose. Le courrier est censuré et les autorités vont jusqu’à placer des agents provocateurs et de faux prisonniers parmi les vrais pour les espionner. De plus, les prisonniers n’ont pas droit à des visites, même celle de leur famille, avant l’automne 1941. Enfin, les prisonniers manquent de soins médicaux.

      Le 22 juin 1941, Hitler envahit l’Union soviétique. Ainsi, Staline devient alors notre allié. Les prisonniers communistes demandent leur libération afin de participer à l’effort de guerre canadien. Le gouvernement fait la sourde oreille. En décembre 1941, des prisonniers canadiens-français expriment même le désir de s’enrôler pour combattre le fascisme. Des journaux commencent à écrire que ça n’a pas de bon sens de garder ces gens en prison. L’Église Unie du Canada demande leur libération. Mais la GRC et le ministre C. D. Howe, de même que l’Ordre de Jacques-Cartier s’y opposent. En avril 1942, le Parti communiste appuie le plébiscite de Mackenzie King sur la conscription. Au mois de septembre, le gouvernement commence à libérer les prisonniers communistes au grand dam du journal Le Droit et du Comité paroissial d’action catholique de Notre-Dame de Hull.

Sources :

Centre région al d'archives de l'Outaouais, fonds Raymond Brunet.
MARTIN, Michael, The Red Patch, Politiva ; imprisonment in Hull, Québec, during World War II, Gatineau, 2007.

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario (suite)

       Le village de Bytown, la future Ottawa, située sur la rive sud de la rivière des Outaouais, éclôt lors de la construction du canal Rideau. Le village prend rapidement de l'expansion. Dès 1843, la communauté des oblats de Marie-Immaculée s'y établi suivie deux ans plus tard par les sœurs Grises qui fondent, la même année, un orphelinat et un hôpital général. L'évêché de Bytown est créé en 1847. Pendant ce temps-là, Wright's Town (les Chaudières) peine à se développer. Il faudra l'arrivée et le concours de l'Américain Ezra Butler Eddy et du Français Étienne Delille Reboul pour que naisse la Ville de Hull en 1875. Mais Bytown, qui est devenue Ottawa, a pris une avance insurmontable sur la municipalité québécoise. En effet, la ville ontarienne est désignée capitale du Canada-Uni en 1857, puis capitale de la fédération canadienne en 1867. Dès 1871, les sœurs Grises la dotent d'un hospice pour vieillards qui dessert aussi la rive nord de l'Outaouais[1].

       Avant même la transformation de Wright's Town en Ville de Hull, sa population dépendait d'Ottawa pour quantité de services.. En 1900, Hull ne compte ni hôpital, ni orphelinat, ni hospice. Le Pontiac dépend tout autant de l'Ontario. Par exemple, la ville de Pembroke, Ontario, est dotée d'un hôpital dès 1878 et devient le siège d'un évêché en 1898 auquel le Pontiac reste assujetti même si Hull devient évêché en... 1963[2]. Et la petite ville de Renfrew, située non loin d'Ottawa, a son Victoria Hospital dès 1897. Et dire que ce n'est pas avant 1911 que la ville de Hull se dotera d'un hôpital alors que son orphelinat ne verra le jour qu'en 1928[3]. Le premier hôpital de l'Outaouais a été fondé à Maniwaki en 1902 et il sera suivi par celui de Buckingham en 1906. Quant à la Petite-Nation, elle dépend plus de la région montréalaise et d'Hawkesbury (Ontario) pour quantité de services que de Gatineau.

Le siège de l'Église catholique à Ottawa

       Il n'est pas étonnant que l'Outaouais soit dépendante de l'Ontario. Alors que l'Est ontarien s'est d'abord construit sur l'industrie agricole et la fonction publique, Hull 1926l'Outaouais s'est avant tout construit sur l'industrie forestière qui périclitera tout au long du XXe siècle. Comme les services existaient par delà la rivière des Outaouais et que le siège des communautés religieuses les plus importantes – les oblats et les sœurs Grises – était aussi situé dans la capitale fédérale, l'Outaouais n'a pu se développer comme les autres chefs lieu du Québec. Par exemple, il n'y a jamais eu de séminaire à Hull ni même de scolasticat alors qu'il y en avait dans des villes québécoises beaucoup moins importantes que la ville outaouaise. La population de la rive québécoise de l'Outaouais fréquentait le séminaire d'Ottawa, le scolasticat des oblats, le collège séraphique des capucins à Ottawa, le collège universitaire des dominicains à Ottawa, etc. Ce n'est qu'en 1981 que les études supérieures seront offertes en Outaouais avec la création de l'Université du Québec à Hull. Quand on pense que le réseau des universités du Québec a vu le jour en 1968 et que l'Université du Québec à Rimouski a vu le jour en... 1969 ! J'ajoute que l'université d'Ottawa a reçu sa charte en 1889.

       À une exception près, les journaux quotidiens francophones ont tous pignon sur rue à Ottawa, sauf La Tribune de Hull de 1960 à 1964 . Et bien qu'environ 80% des lecteurs du journal Le Droit vivent en Outaouais, ce quotidien est toujours situé à Ottawa. Toutefois, dans le domaine des médias électroniques, l'Outaouais a damé le pion à Ottawa avec sa station radiophonique CKCH fondée à Hull en 1933. Toutes les chaînes télévisées francophones de la région, à part Radio-Canada et TFO, sont situées à Gatineau.

Une région longtemps ignorée

       Depuis toujours, la dépendance de l'Outaouais vis-à-vis l'Ontario semble avoir fait l'affaire du gouvernement québécois qui n'a jamais investi autant dans cette région frontalière qu'en Mauricie où au Saguenay. Quant aux représentants de l'Outaouais à Québec, n'ont jamais été bien exigeants d'autant plus que plusieurs d'entre eux ont souhaité la venue d'un district fédéral. Devant l'inaction du gouvernement québécois en Outaouais, les élites hulloises ont fait appel au gouvernement fédéral dont ils se sont toujours sentis plus proches. Ainsi, en 1910, la Ville de Hull faisait appel à l'aide financière du gouvernement fédéral pour aménager son parc... de l'hôtel de ville. En 1942, le maire Raymond Brunet a même essayé de supprimer sa police municipale pour la remplacer par la Gendarmerie royale du Canada.

       Aujourd'hui, une partie de l'Outaouais peut compter sur ses propres forces pour se développer sauf le Pontiac qui est resté fortement dépendant de l'Ontario. Mais comme la dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario est plus que séculaire, elle est devenue une habitude.

SOURCES :

Archives des Oblats de Marie-Immaculée, Montréal, fonds 2D 20/13.
BARBEZIEUX, Alexis de, Histoire de la province ecclésiastique d’Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l’Ottawa, Ottawa, 1897.
BERTRAND, André, Héritiers, témoins... Un peuple bâtisseur, Gatineau, 1990.
BOUCHER, Louis-Nathalie, La confession de Philemoin Wright, dans Hiedr encore, no 5, 2013, pages 39 et 40.
BOUTET, Edgar, Le bon vieux temps à Hull, tome 1, Hull, éd. Gauvin, 1971.
BRAULT, Lucien, Hull 1800-1950, Ottawa, éditions de l’Université d’Ottawa, 1950.
BROUSSEAU, Françine, Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984.
CARRIÈRE, Gaston, Louis Reboul, o.m.i. 1827-1877, organisateur de la vie religieuse à Hull, Ottawa, Les éditions de l’Université d’Ottawa, 1959.
LAMOUREUX, Georgette, Bytown et ses pioniers canadiens-français 1826-1855, Ottawa, 1978.
Notre-Dame de Grâce, Hull, Québec, 1892, Hull, Société de généalogie de l’Outaouais, 1992.
Le Droit (Ottawa), 1924.
Du premier hôtel de ville à la Maison du citoyen, sous la direction de Lucien Brault, Hull, éditions Asticou, 1981.
NEWTON, Michael, La maison Charron : symbole d'une vision contrariée, dans la rfevue Outaouais, 1988, Le Hull disparu, IHRO, page 11 à 17.

 


[1] Et l'hôpital Saint-Vincent, pour malades chroniques, a vu le jour en 1924.
[2] Gatineau ne deviendra archevêché qu'en 1990 alors que le rôle de l'Église catholique dans la société québécoise n'a plus d'importance.
[3] Pendant de nombreuses années, l'Église ottavienne  et la bourgeoisie franco-ontarienne se sont opposées à l’établissement d’un hôpital, d’un orphelinat et d'un évêché à Hull pour ne pas affaiblir le pouvoir des francophones d'Ottawa.

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario

            L'Outaouais dépend de l'Ontario depuis très longtemps, sinon depuis toujours. À cause de la faiblesse de sa population et des liens entre les populations des deux provinces, une habitude s'est créée en Outaouais de consommer les services offerts par et sur la rive ontarienne de l'Outaouais.

            Soulignons d'abord que de 1840 à 1867, les provinces actuelles de l'Ontario et du Québec étaient confondues dans l'Union des Canadas dont les anciennes colonies des Bas et Haut Canada étaient désormais appelées Canada-Est et Canada-Ouest. Ainsi les deux rives de l'Outaouais étaient unies sous un même gouvernement. Comme la rive nord de l'Outaouais est dotée d'une forêt dense, elle va se développer moins rapidement que la rive sud dont la qualité des terres lui était de beaucoup supérieure. Ainsi, l'industrie du bois va rapidement s'imposer en Outaouais

            C’est au printemps de 1800 que l’Américain, Philemon Wright, fonde le premier établissement permanent sur un territoire qui deviendra plus tard la ville de Hull[1]. Il tente de créer un village dans les environs de l’actuel Musée des civilisations dans les années 1820, mais ses exigences envers les habitants – il préfère le plus souvent louer les terrains èa un  prix particulièrement élevé, selon l'historien Michael Newton,ce qui a pour effet d'inciter les nouveaux venus à s’établir à Bytown (Ottawa)[2] – et l’état de ses finances personnelles ont vite fait de transformer ses efforts d’urbanisation en un échec dont les seuls vestiges sont la maison Charron[3]. La géographe Louis-Nathalie Boucher qui site l'archiviste Pierre-Louis Lapointe écrit dans la revue Hier encore (2013) : « Fondamentalement, Wright voit à demeurer propriétaire du sol. » Elle a aussi cité Joseph Bouchette qui a écrit dans son rapport de 1825 : « Tout le village est la propriété de Philemon Wright and Sons ; circonstance qui explique que sa population et ses établissements tardent à se développer. »

          Cinquante ans après l’arrivée du « fondateur », la future ville de Hull n’est encore qu’une petite bourgade, d’au plus une centaine de personnes employées par les Wright, appelée Wright's Town, par Wright, Chaudières par les francophones et parfois Hull du nom du canton[4]. Un certain John J. Bigsby, qui avait visité le hameau en 1850, a écrit qu’il était composé de : ...half a dozen good houses and stores, a handsome Episcopal Church, and many inferior buildings[5]. À cette époque, le conseil du canton de Hull siège au village de Chelsea.

Un hameau qui stagne

            Il y a peu de catholiques aux Chaudières et ceux-ci obtiennent des secours religieux de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Ottawa, municipalité qui bénéficie d'un personnel religieux catholique depuis 1827. En avril 1840, l’abbé Brady écrit à Mgr Bourget : « Il n’y a à Chelsea ni à Buckingham, ni à Templeton une maison où je puisse me retirer [...] Je me suis donc installé aux Chaudières et là je me trouve au centre de mes missions [...] C’est ici, aux Chaudières, que devrait être construite l’église des deux cantons de Hull et de Templeton si l’on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais ça [sic] été impossible dans le temps. »

          Le 8 octobre 1840, Mgr Bourget ordonne : Les chaudieres en 1830« ...que le canton de Templeton avec le village des Chaudières jusqu’au chemin de Brigham [actuel boulevard Saint-Joseph] y compris la terre d’Andrew Leamy qui est au-delà du chemin, forment la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales de Gatineau. » À cette époque, les habitants du hameau des Chaudières sont peu nombreux et la très grande majorité est de religion protestante. Les catholiques du canton de Hull n’habitent pas sur les bords de la rivière des Outaouais, mais plutôt à l’intérieur des terres, à Chelsea, où on érige la mission Saint-Étienne en 1840.

          Les Chaudières sont bien situées au point de vue géographique. C’est là où le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cage et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Mais les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter les chutes des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown – bordels et tavernes –, le père Durocher fait construire à Hull, en 1846, une chapelle[6] qu’il dédie à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui sera surtout connue sous le nom de « chapelle des chantiers ». Ce premier lieu de culte catholique à Hull sert d’abord et avant tout aux milliers de raftmen qui, en route pour Québec, doivent passer quelques jours aux Chaudières. Et c’est autour de cette chapelle que prendra forme le « village d’en bas », hameau à l’origine de la ville de Hull.

          À partir de 1855, les prêtres du Collège d’Ottawa[7], c’est-à-dire les oblats, commencent à dire la messe à la « chapelle des chantiers » tous les dimanches. Hull a commencé à se développer depuis l’arrivée, en 1851, d’Ezra Butler Eddy (1827-1906) qui y fonde divers établissements, dont une allumière et une scierie. En 1861, on érige en mission la desserte de Hull. Sept ans plus tard, c’est-à-dire en 1868, le père Louis-Étienne Reboul (1827-1877) commence la construction d’une vaste église en pierre dont le sous-sol est ouvert au culte en 1870. En 1871, la paroisse Notre-Dame de Hull est érigée canoniquement et confiée aux Oblats de Marie-Immaculée.

 

À SUIVRE...


[1] Wright est propriétaire de tout le territoire du canton de Hull.

[2] NEWTON, Michael, La Maison Charron : symbole d'une vision contrariée, Outaouais (IHRO), Lù Le Hull disparu, page 13. Notons que Nerwton appelle la partie est du village de Hull le « village d'en-bas». Il est intéressant de savoir que le premier pont qui a relié les deux rives de l'Outaouais, le pont Union, a été construit en 1828 par le colonel John By fondateur de Bytown.

[3] Maison située dans le parc Jacques-Cartier, à la hauteur de la rue Verdun.

[4] Bytown compte alors plus de 7 000 habitants.

[5] Cité par Brousseau, Françine, dans Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, Collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984, page 15. Traduction : ...une demi-douzaine de bonnes maisons et magasins, une jolie église épiscopale et plusieurs bâtiments secondaires.

[6] Grâce à une souscription de 1 000 dollars des hommes de chantier, et à un don deux terrains, situés à l’intersection des actuelles rues Laurier et Papineau, par Ruggles Wright. Notons que les Oblats se sont établis à Bytown en 1844 et qu’ils y assuraient le service à la cathédrale.

[7] La future université d’Ottawa.