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Ludger Genest (1847-1910) chef des pompiers de Hull

            Né à Saint-Henri-de-Lauzon, au Québec, le 3 décembre 1847 du mariage de Charles Genest dit Labarre et de Marguerite Beaulé, Ludger Genest[1] est le 12e d’une famille de 22 enfants. Après avoir travaillé dans les chantiers de la Gatineau et de l’Outaouais, il s’enrôle dans le 17e bataillon d’infanterie de la milice de Lévis pour ensuite s’engager dans la police provinciale créée depuis peu. C’est d’ailleurs à titre de policier qu’il est affecté au détachement de Hull en 1874. Cinq ans plus tard, il entre dans la police municipale hulloise à la tête de laquelle il sera nommé l’année suivante.

            En 1883, Ludger Genest, avait essayé d'organiser une compagnie de pompiers volontaires, mais sans succès puisque, en janvier 1885, il n'y en avait toujours pas. En fait, le service d'incendie n'était plus composé que du chef de police et de son assistant qui, à eux deux, n'avaient pas assez de bras pour actionner la pompe Victoria. Quoi qu'il en soit, en juillet 1885, Genest revient à la charge et parvient à former un corps composé d'une compagnie de pompiers et d'une compagnie d'échelles et de crochets composé d'une trentaine de volontaires. Le corps prend le nom de brigade Jacques-Cartier[2] et la ville lui consent une subvention annuelle de 200 dollars jusqu'en 1892. Services de police et d'incendie dépendent désormais d'un seul chef : Ludger Genest.Ludger genest

            Genest est un véritable homme à tout faire. Non seulement est-il longtemps le chef de police et des pompiers de Hull, mais c'est aussi lui qui organise le premier recensement municipal en 1885, et qui numérote, en 1886, les maisons de la ville pour la première fois. De plus, il est un « patenteux » qui essaie constamment d'améliorer le fonctionnement de l'équipement des services publics – eau, feu, police – dont il a la charge. Il invente le dévidoir automatique qui « ...au lieu d'enroûler [sic] ou de dérouler les boyaux sur un cylindre, c'est le cheval qui, tout en continuant sa course fera cet ouvrage. Tout se mut [sic] au moyen de poulies[3]. » Et conscient que la brigade des pompiers doit être sur les lieux d'un incendie dans les délais les plus brefs pour avoir une chance de maîtriser les flammes – après cinq minutes, le feu augmente de volume huit fois à la minute –, et que les minutes passées à atteler les chevaux aux dévidoirs laissent aux flammes le temps de devenir incontrôlables, il conçoit, avec ses hommes, un système ingénieux :

Les attelages des chevaux étaient suspendus au-dessus de travails des dévidoirs, à la hauteur des chevaux; ces derniers viennent d'eux-mêmes [sic] se placer sous leur harnais respectif et par un mécanisme ingénieux de la propre invention du chef Genest, le cheval est attelé en une demie-minute [sic][4].

Un homme mal aimé, mais indispensable

            En 1894, Genest perd la charge de chef des pompiers dans le cadre d’une vendetta politique, mais conserve celle de chef de police. Il reprend son poste de chef des pompiers en 1896 qu’on lui enlèvera à nouveau en 1899. Quasi indispensable, il redevient chef des pompiers en 1901, charge qu’il conservera jusqu’à son décès en 1910.

            Le 18 septembre 1906, la chute principale des Chaudières de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, est à sec. Genest invite alors un groupe d’amis à dîner sur le site rocheux des chutes où il a fait ériger une tente. Après avoir brisé une bouteille de champagne, on allume un feu pour préparer un repas qui est dégusté par une vingtaine de personnes dès la fin du discours de circonstance prononcé par maître Lorenzo Leduc[5].

            Époux de Marie-Louise Laflamme qu'il a mariée en 1876, il meurt à Hull le 1er avril 1910[6]. « […] Différentes vues des funérailles du chef Genest[7] » sont alors présentées au cinéma/théâtre Eldorado, rue Principale. C'est sans doute le premier reportage cinématographique tournée dans l'ancienne ville de Hull[8].

Sources :

Voir Ouimet, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éditions Vents d'Ouest, 1994.


[1] Notons qu’à son baptême, Ludger Genest a reçu le prénom d’Esdras.

[2] À ses débuts, la brigade était composée des personnes suivantes : Ludger Genest, chef; J. Blais, capitaine; V. O. Falardeau, lieutenant; Joseph Séguin, secrétaire; Ferdinand Côté, sergent; J. Carrière, sergent; et les pompiers J. B. Cyr, T. Latour, A. Guilbault, J. Vaillancourt, J. Gagné, D. Grondin, T. Legault, C. Gravelle, J.-B. Saint-Jules, A. Coursol, Noé Carrière, A. Dion, C. Girouard, P. Durocher, T. U. Proulx, Z. Ouellette, Félix Desrochers, Victor Bilodeau, A. Pariseau, L. Lemieux, J. Legault, F. Ouellette, P. Gravelle, J. B. Ménard et E. Tessier.

[3] Le Spectateur (Hull), 14 septembre 1889.

[4] Ibid., 7 février 1890.

[5] Boutet, E. Le bon vieux temps à Hull, Hull, éd. Gauvin, 1971, p.52 et 53.

[6] Il a eu douze enfants dont sept lui ont survécu : sœur Marie de Lourdes (sœur grise), Edgard, Urgel, Oscar, Omer, Alice et Conrad.

[7] Le Temps (Ottawa) 4 avril 1910.

[8] Hull fait partie de la ville de Gatineau depuis 2001.

Louis Étienne Delille Reboul : un prêtre hors du commun II

La fondation de la Ville de Hull 

      En 1866, Louis Reboul se met à la tête des citoyens  du village de Hull pour réclamer l’ouverture de rues, la construction de chemins et de ponts. En 1868, il prône la séparation du village et du canton de Hull aux fins municipales. En organisant la paroisse Notre-Dame, il met en place une structure qui facilitera la fondation de la « cité de Hull » en 1875. Puis, il entreprend des démarches pour doter Hull d’une charte municipale.

       La Ville de Hull fondée, Reboul continue à s’intéresser aux affaires municipales et n’hésite pas à s’engager quand il estime son intervention nécessaire. On fait d’ailleurs souvent appel à lui pour régler des questions épineuses. Un certain nombre de citoyens hullois dont Ezra Butler Eddy, le docteur Graham et, croit-on, Alonzo Wright, avaient réussi à modifier, en catimini, la charte municipale au mépris des intérêts de la population hulloise. Ayant pris connaissance de cette machination, le père Reboul n’hésite pas à en informer le premier ministre du Québec, Charles-Eugène de Boucherville, et à demander justice. Il réussit à faire partager ses convictions par le nouveau conseil municipal qui, après avoir corrigé la charte, délègue les conseillers Charles Delude et Narcisse Trudel, de même que le père Reboul, auprès du gouvernement québécois pour faire adopter les amendements.Eglise ndg 001

       Bien que les affaires municipales, scolaires et sociales prennent la majeure partie de son temps, Louis Reboul ne désintéressera jamais des hommes de chantiers qu’il continue à visiter tous les hivers, pendant deux à trois mois. À partir de l’automne 1876, il souffre de plus en plus souvent de violents maux de tête. Cela ne l’empêche toutefois pas d’entreprendre, le 8 janvier suivant, sa 24e campagne de mission des chantiers. Après la visite d’un 43e chantier, il tombe si gravement malade qu’on doit le ramener en toute hâte à Mattawa (Ontario) où il expire quelques jours plus tard, soit le 2 mars 1877.

La mort de Reboul

          Dès que sa mort est connue, toute la population du village de Mattawa vient lui rendre un dernier hommage. Une foule immense accueille à Ottawa la dépouille de Reboul puis, accompagne les restes du prêtre précédés par la fanfare de Hull qui joue des airs funèbres. Le char s’arrête devant l’église Saint-Jean-Baptiste où le curé de la paroisse chante un libera solennel. Puis, le cortège funèbre reprend sa marche escorté par une compagnie de voltigeurs. Enfin, le cortège défile dans les rues de Hull où on entend les cloches de l’église Notre-Dame pleurer la mort du fondateur de la paroisse. À mesure que la procession avance, la foule recueillie, pressée sur le bord des rues et même montée sur le toit des maisons, ne cesse de croître.

       À l’église de Hull, Mgr Eugène Duhamel, évêque d’Ottawa, qui prononce l’oraison funèbre de Reboul s’écrie : « Citoyens de Hull, vous n’oublierez jamais qu’il a été, je le dirai, le premier et le plus actif parmi ceux qui ont travaillé à la fondation et au progrès de votre jeune cité. » Enfin, on inhume le corps de Reboul dans l’église qu’il a lui-même construite. Son corps sera par la suite tranféré au cimetière Notre-Dame, boulevard Fournier, à la suite de la conflagration qui détruit l'église en 1888.

Sources 

BRAULT, Lucien, Hull 1800-1950, Ottawa, Les éditions de l'Université d'Ottawa, 1950.
CARRIÈRE, Gaston, Louis Reboul, o.m.i., 1827-1877, organisateur de la vie religieuse à Hull, Ottawa, Les éditions de l'Université d'Ottawa, 1959.

 

 

Louis Étienne Delille Reboul : un prêtre hors du commun I

       S’il est un pionnier de l’Outaouais qui mérite notre reconnaissance, c’est bien le père oblat Louis Étienne Delille Reboul. Le journaliste Ernest Cinq-Mars, qui a rédigé la première histoire de l’ancienne ville de Hull, écrivait, en 1908 : « Le R.P. Reboul, se trouvant à Hull en face de tout à commencer, commença tout. »

       Né en France à Saint-Pons (Ardèche) le 4 décembre 1827, Louis Reboul est le septième d’une famille de neuf enfants. Il entre au séminaire en 1840 et quand un père oblat de Montréal se rend en France, sa parole convaincante décide la vocation oblate de Reboul. En 1852, Mgr Joseph Eugène de Mazenod, fondateur des missionnaires oblats de Marie Immaculée, l’élève à la prêtrise.

       En 1853, les Oblats dépêchent Louis Reboul au Canada. Il se rend à Bytown (Ottawa) où sa communauté est établie depuis 1848. Dans un premier temps, il sert d’auxiliaire à Mgr Guigues dans les différentes missions du diocèse puis, de vicaire à La Visitation de South-Gloucester. Dès 1854, Reboul se consacre aux missions. Il passe les étés de 1854 et 1855 à la Baie James et lance l’œuvre des chantiers. En 1856, il est à Maniwaki, lieu à partir duquel il visite les missions de la Gatineau et de la Baie James.

       Au printemps 1858, Reboul est nommé chef de la mission des chantiers. À partir de cette époque, il visite, chaque hiver, une soixantaine de chantiers de l’Outaouais où il dit la messe et confesse les bûcherons de toutes nations. L’hiver terminé, le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cages et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Aux Chaudières (Hull), les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter la chute des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown, le père Durocher avait fait construire à Hull, en 1846, une chapelle qu’il avait dédiée à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui a surtout été connue sous le vocable de « chapelle des chantiers ». On dit que souvent Reboul prêchait aux bûcherons et cageux, à partir du balcon de la chapelle.

       En 1860, l’évêque d’Ottawa charge Reboul de la desserte des catholiqLouis Étienne Delille Reboulues de la future ville de Hull. Dès cette époque, le prêtre ardéchois devient la véritable cheville ouvrière des Chaudières. En 1864, il agrandit la chapelle puis voit à l’organisation de deux écoles, l’une pour garçons et l’autre pour filles. En 1872, il est nommé président de la commission scolaire de Hull qu’il dirigera pendant 5 ans. Il s’attelle à la construction d’une école en pierre pour les garçons et obtient que les Frères des écoles chrétiennes viennent y enseigner.

       La chapelle des chantiers étant devenue trop petite, il commence, en 1868, la construction d’une grande église en pierre qui deviendra le siège de la paroisse Notre-Dame en 1871. Le père Henri Tabaret, supérieur du Collège d’Ottawa, écrit en 1871 : « La construction de l’église avance. Le P. Reboul qui en a la direction s’en donne à cœur joie, car vous savez qu’il n’est jamais plus heureux que lorsqu’il est au milieu des ouvriers. » Au grand déplaisir des Hullois, un autre que Reboul est alors nommé curé de la nouvelle paroisse : le père Charpeney.

L'âme de Hull

       Reboul est alors l’âme de Hull, celui à qui on s’adresse quand il y a des problèmes à régler. Quand le tocsin se fait entendre, il arrive le premier sur les lieux, organise les moyens de protection, applique les échelles et monte sur les toits ou se précipite dans les maisons enflammées pour y arracher des flammes quelque personne ou objet. Son ascendance sur ses concitoyens est considérable. Un jour, deux hommes décident d’aller vider leur querelle sur une petite île sise au beau milieu de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, pensant qu’ils seraient là en sûreté. Deux cents hommes les suivent pour assister à la bataille qui promet d’être spectaculaire, sanglante même. Quand Reboul apprend le projet des deux hommes, il saute dans un canot et arrive bientôt sur la petite île bondée d’hommes excités. Sans hésiter un instant, il sépare les belligérants et met fin au combat, séance tenante. Puis, il réprimande les spectateurs qui bêtement avaient encouragé la violence.

       Hull est alors en très grande partie le fief de la famille Wright, ce qui fait obstacle au progrès de la future ville : 50 ans après l’arrivée de Philemon Wright, Hull n’est qu’un petit hameau d’une demi-douzaine de maisons. Et pourtant, Wright avait reçu des instructions du gouverneur Dalhousie pour l’établissement d’un village qui n’a pas encore vu le jour. Wright et ses descendants acceptent bien de louer leurs terrains aux nouveaux venus, mais refusent de les vendre à ceux qui désirent y construire leur maison. Ce régime de propriété, appelé « constitut », est un sérieux handicap à la fondation et à l’expansion d’un véritable établissement urbain. Pas étonnant que les nouveaux arrivants dans la région choisissent de s’établir à Bytown qui compte alors plus de 7 000 habitants.

       Heureusement, il y a Reboul, véritable homme à tout faire qui a aussi à cœur le bien-être matériel des Hullois avec lesquels il n’hésite pas à travailler à l’aménagement de services collectifs. C’est lui qui obtient du gouvernement les fonds nécessaires à la construction d’un pont sur le ruisseau de la Brasserie dont il surveillera lui-même les travaux. Il ne se contente pas de diriger les ouvriers, mais travaille autant qu’eux, s’exposent au soleil, à la neige, à la pluie et au froid, passant des journées entières avec des vêtements humides ou mouillés, ne pouvant comprendre qu’on put le plaindre. Pas étonnant que les Hullois aient tant aimé cet homme. À suivre...

Le Canada en guerre 1914-1918

          Cette fin d'année marque le centième anniversaire de la Grande Guerre qui s'est terminée le 11 novembre 1918. Cent ans et le monde en subit toujours des répercussions, particulièrement dans les Balkans et au Moyen-Orient.

        Quel a été l'apport du Canada dans cette guerre mondiale qui a mis aux prises les impérialismes européens ? Le Dominion du Canada, qui n'était pas encore complètement indépendant alors, s'est trouvé automatiquement en conflit dès que la Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914. En quelques semaines, le Dominion a levé une trentaine de milliers de soldats, dont plus de 70% étaient nés en Grande-Bretagne. Mal équipés, les Canadiens ont été intégrés à l'armée impériale britannique dès leur arrivée en Europe. Cette armée, qui comprenait des Anglais, des Écossais, des Canadiens, des Australiens, des Néo-Zélandais, des Sud-Africains, des Indiens, etc., était commandée par le maréchal de triste réputation, Douglas Haig, qui sera surnommé le « boucher de la Somme ».

        Rapidement, le flot des engagements volontaires au Canada s'est tari. En effet, nombreux étaient ceux qui ne voulaient pas combattre pour défendre des Européens particulièrement belliqueux, de sorte qu'il a fallu décréter la conscription des Canadiens le 23 août 1917. Sur les 404 395 hommes conscrits, 380 510 ont interjeté aussitôt appel. Au mois de mai 1918, la United Farmers of Ontario a même organisé une marche de protestation sur Ottawa auquel s'est joint le Comptoir coopératif de Montréal ; il y a eu 5 000 marcheurs, dont 2 000 du Québec.

Les Canadiens Français

        Les Canadiens Français étaient, en grande majorité, contre la conscription et pour cause : l'armée canadienne était peu accueillante à l'égard des francophones, la presse anglophone leur était particulièrement haineuse et huit provinces sur neuf avaient déjà aboli l'usage de la langue française. Quoi qu'il en soit, des Québécois ont préféré s'engager dans la Légion étrangère pendant 22e regiment 1914 1918que des journaux de langue française réclamaient l'intégration des effectifs canadiens-français dans l'armée française pour qu'ils puissent combattre et mourir dans leur langue.

        Les soldats canadiens conscrits étaient loin d'être heureux de participer à cette guerre dévastatrice. Un conscrit a raconté en 1917 :

Il [le premier ministre Borden] est arrivé sur la parade avec des officiers, dans l’avant-midi. Il était en voyage en Angleterre, il venait voir les soldats. C’est effronté pas mal ! […] On était une quinzaine de pelotons, trente hommes par peloton […]. Là ça commence, le premier peloton commence à crier « chou ! chou ! chou ! » Pis ça crie ! Pis là les autres en arrière ça crie toute pareil. Oui, oui, les Anglais criaient pareil comme nous autres [rires]. C’étaient tous des Anglais de la province de Québec […].

Il était appuyé sur sa canne et il regardait à terre. Il nous regardait pas.

        Parmi les 425 000 Canadiens envoyés en Europe, il y avait des forestiers, des hommes qui pilotaient des péniches et qui exploitaient des voies ferrées secondaires et aussi de nombreuses infirmières. Plus de 350 000 hommes ont combattu dans les tranchées et 64 944 d'entre eux ont perdu la vie ce qui est énorme compte tenu du nombre de combattants canadiens. Le 15 septembre 1916, à Courcellette (France), le 22e bataillon canadien-français a été annihilé avec 776 morts sur 930 soldats !

Des statistiques

        Le Canada n'a pas fourni que des soldats. Son rôle le plus important a été de fournir des armes et des vivres  aux Alliés comme le montrent les données suivantes :

                                           Production d’armes                                                 Fournitures alimentaires

                                                 65 mns d’obus                                                           42% du blé des Alliés

                                                49 mns de caisses de cartouches                              38% de l’avoine     "    

                                                88 navires                                                                  67% du fromage   "

                                                2 500 avions                                                               2,23% du bœuf      "

        J'ajoute que tout le bacon produit au Canada pendant la Grande Guerre a été envoyé au Royaume-Uni.

        Mais qu'a gagné le Canada dans cette guerre ? Lors de la conférence impériale de 1917, le Royaume-Uni lui a officiellement reconnu un statut d'indépendance partielle. Mais la métropole s'est arrogé le gros lot en s'emparant des champs pétrolifères du Moyen-Orient et en convainquant ses colonies à se sacrifier pour lui. Ainsi, 21% des pertes britanniques ont été des soldats des colonies (dont les Canadiens) alors que les troupes coloniales françaises n'ont compté que pour environ 7% du total des morts français.

Une boucherie

        La Grande Guerre aura été une énorme boucherie dans laquelle les soldats ont servi de chair à canon. Les statistiques suivantes le montrent amplement :

                                                Hommes mobilisés : 65 mns *               Chevaux tués : ±10 mns

                                                     Soldats morts : 9,7 mns                         Obus tirés : 1,4 md

                                                     Disparus/prison. : 8,9 mns                     Habitations détruites : 300 000 (Belgique et France)

                                                     Soldats blessés :  +21 mns                    Usines détruites : 20 000                "           "

                                                     Gueules cassées : 300 000                   Empires démantelés : 4

                                                     Invalides : 6,5 mns                         

                                                     Civils tués : 9 mns

                                                     Veuves : 4 mns

                                                     Orphelins : 8 mns

*mns = millions. mds = milliards

Conclusion

                Les soldats de tous les pays belligérants sont malheureusement morts inutilement. En effet, 21 ans plus tard a éclaté la Seconde Guerre mondiale.

        En ce mois de novembre 2018, et plus particulièrement  le onzième jour, souvenons-nous de ces hommes et de ces femmes qui ont été sacrifiés pour des objectifs impérialistes et politiques.

Ah ! Si les morts de cette guerre

pouvaient sortir de leur tombe,

Comme ils briseraient ces monuments d'hypocrite pitié,

car ceux qui les y élèvent les ont sacrifiés sans pitié !

                               Louis Barthas, soldat

Sources :

CROCHET, Bernard et PIOUFFRE, Gérard, La 1re Guerre mondiale, Paris, éditions de Lodi, 2006.
DJEBABLA-BRUN, Mourad, Combattre avec les vivres - L'effort de guerre alimentaire canadien en 1914-1918, Québec, éd. du Septentrion, 2015.
LEGAULT, Roch et LAMARRE, Jean, La Première Guerre mondiale et le Canada, Montréal, Méridien, 1999.
PÉPIN, Carl, Mise au point sur la participation des  Canadiens à la guerre 14-18,
http://grande-guerre.org/?p=469 Le Québec et la Première Guerre mondiale, Bulletin d’histoire politique, Montréal, VLB, 2009.

Le drame de l'Allumière Canada Match

          15 mars 1933. Les employés de l’Allumière Canada Match – fabrique d’allumettes située dans l’actuelle rue Dumas, à Gatineau *secteur Hull) –, se rendent à l'usine comme tous les jours. Germaine Cyr, 26 ans, a le cœur léger. La veille, ses amis l'ont fêtée en prévision de son mariage prochain. Fiancée depuis Noël, elle s'amuse, chemin faisant, à comparer sa bague de fiançailles avec celle d'une compagne de travail. Émile Paquette, qui a célébré ses 36 ans la veille, doit être aussi joyeux que Laura Lacelle qui elle a 39 ans ce jour-là.

          À 7 h 30, tous les employés sont à leur poste. L'usine est divisée en plusieurs pièces réparties entre le premier étage et le rez-de-chaussée : à l'étage se trouvent le réfectoire qui sert de vestiaire, l'atelier de composition chimique, l'atelier de trempage et d'empaquetage des allumettes et un bureau; le rez-de-chaussée comprend l'atelier de préparation du bois et l'entrepôt d'allumettes. Dans l'atelier principal, une machine trempe les bâtonnets dans une solution composée de phosphore et de soufre puis les dépose sur une courroie où ils sèchent avant d'être mis dans des boîtes empaquetées ensuite dans des caisses.

       Il est environ 10 h 30 quand un paquet d'allumettes s'enflamme brusquement au poste de travail d'Anita Bertrand. Le feu prend aussitôt aux vêtements de la malheureuse, se communique aux milliers d'allumettes qui se déplacent sur la courroie et atteint les boîtes d'allumettes empaquetées qui s'enflamment dans un éclair terrifiant.

Une peur panique

       La panique s'empare des employés. Les ouvrières se mettent à crier d'effroi et au lieu de courir vers la porte extérieure, plusieurs courent au réfectoire chercher leurs manteaux pendant que d'autres se blottissent près d'un mur, loin des fenêtres. Le feu se propage rapidement Allumiere canadaà toute l'étage, dressant un rideau de flammes devant les sorties extérieures ou celle du rez-de-chaussée où les employés auraient pu y trouver refuge. Deux hommes, le chimiste Steve Hulquist et le surintendant Émile Paquette tentent en vain d'apaiser le personnel affolé. Au mépris du danger, ils fraient un chemin jusqu'aux fenêtres à plusieurs des allumettières qui peuvent ainsi sortir de l'usine devenue un bûcher ardent. Un voisin de l'usine, Émile Tessier, installe une échelle sous une des fenêtres du bâtiment (les fenêtres étaient à plus de 3,5 mètres du sol) et en aide plusieurs à s'échapper. Une fille, prise de panique, plonge à travers une fenêtre en brisant les carreaux. Elle meurt sur le coup, la veine jugulaire tranchée. D'autres la suivent et se cassent bras et jambes.

       Le lendemain de l'incendie, une allumettière raconte à un reporter du journal Le Droit (16 mars 1933) : Croyant leur dernière heure venue et terrifiées par la vue des flammes, mes compagnes [...] appelaient désespérément leur mère à l'aide et s'agenouillaient au milieu des flammes pour réciter leur acte de contrition [...]

       Les pompiers tentent d'entrer dans la fabrique, mais comme les portes sont verrouillées de l'intérieur, ils perdent du temps à les défoncer à coups de hache. Ils ne peuvent plus rien faire pour soustraire à la mort les ouvrières restées dans le bâtiment, car l'incendie dégage une chaleur épouvantable. Les fenêtres crevées crachent de longues flammes jaunes et rouges alimentées par le phosphore et le soufre, ce qui rend impossible une intervention par ces ouvertures, sans compter le danger d'explosion. Des pompiers dirigent deux jets d'eau devant six de leurs collègues qui pénètrent dans le bâtiment en flammes pendant que d'autres pompiers lancent huit jets d'eau dans les ouvertures des fenêtres brisées. À 11 h 07 exactement, on trouve le corps d'une première victime puis ceux de quatre autres femmes : Anita Bertrand, 20 ans, Germaine Cyr, 26 ans, Thérèse Labelle, 19 ans, Laura Lacelle, 39 ans et la très jeune Marie-Paule Laviolette, 15 ans. Un mois plus tard, une sixième personne, Léo Larouche, 39 ans, succombera à ses blessures. Bilan final de l'incendie de l'Allumière Canada : 6 morts et 22 blessés.

Défense des propriétaires

       Les propriétaires de la compagnie trouvèrent le moyen de blâmer les victimes pour leur triste sort et l'un d'entre eux déclara à un journaliste du journal Le Droit (17 mars 1933) : ...le terrible holocauste aurait pu être évité si quelqu'un eut la présence d'esprit de faire descendre les ouvrières au sous-sol  (rez-de-chaussée) où il y a deux portes de sortie.

       Facile à dire quand on n'a pas le feu aux trousses ! Le soir même de l'incendie, le coroner commence son enquête. Des employés déclarent avoir trouvé les portes verrouillées en essayant de s'enfuir. Mais la compagnie le nie. À part l'escalier qui conduisait au rez-de-chaussée et les fenêtres, les employés n'avaient pas d'autres issues pour sortir facilement de la fabrique. L'étage ne comptait qu'une porte qui donnait sur l'extérieur et celle-ci avait été calfeutrée à l'aide de guenilles pour l'hiver. Pire, cette sortie était à 3 mètres du sol et n'avait pas d'escalier extérieur ! Le 17 mars, on révèle que l'Allumière Canada a souvent été avertie par le Commissaire aux incendies « ...du danger que constitue leur produit, en ce sens que leur degré de combustion dans la composition employée est au-dessous du niveau reconnu. »

       L'enquête tourna en queue de poisson et le 4 avril 1933, la construction d'une nouvelle fabrique d'allumettes commença à l'endroit maudit : sur ce même emplacement, une fabrique d’explosifs avait auparavant explosé trois fois en 15 ans !

SourceS :

Documentation personnelle.
Le Droit (Ottawa), 1933.

Vivre au XVIIe et XVIIIe siècles

       Dans notre siècle d'abondance, nous avons peine à comprendre combien la vie était rude voilà 300 à 400 ans. Selon Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), ingénieur de Louis XIV, les mendiants et miséreux formaient alors 10% de la population de France, les pauvres, 50%. Ceux qui avaient un peu de biens, mais embarrassés de dettes, 30%. Sur les 10% restant, il n’y avait pas 6 000 familles « qu’on puisse dire véritablement à leur aise. » Les élites nobles et bourgeoises ainsi que l’Église possédaient la terre que travaillait une paysannerie largement illettrée et misérable.

       Les disparités de revenus étaient énormes. Par exemple, la duchesse de Montpensier (1627-1693) dite la Grande Mademoiselle avait une dot de 800 000 livres. Un engagé en Nouvelle-France recevait entre 75 et 100 livres par année. La solde annuelle d'un soldat des compagnies franches de la Marine n'était de 108 livres au XVIIIe siècle.

       Les paysans avaient des conditions de vie particulièrement fragiles. Il suffisait  qu’une récolte s’annonce médiocre pour que le prix des céréales, qui constituaient la base de l’alimentation populaire s’envole, et que les « manouvriers », c’est-à-dire ceux qui ne possédaient rien et louaient leur travail, soient au bord de la famine. Le régime alimentaire des paysans était monotone et précaire. Ils mangeaient des bouillies de céréales et des soupes de légumes, du pain surtout, très peu de viande et quasi exclusivement du porc. La situation était meilleure en Nouvelle-France parce que la nourriture était plus facilement accessible qu'en France, et ce, grâce à ses forêts giboyeuses et ses rivières poissonneuses.

       La vie était pénible, fragile même, et l'hygiène sommaire. On avait très peu de vêtements et souvent pas plus d'une chemise ou d'une robe. En France, un enfant sur quatre mourait au cours de sa première année et il n’y avait guère plus de 2 enfants sur 4 qui arrivaient à l’âge adulte. L’espérance de vie d’une personne de 20 ans dépassait rarement la trentaine d'années. En Nouvelle-France, la vie était plus douce parce que la population était moins dense qu'en France et mieux nourrie. Aussi atteignait-elle les 40 ans au XVIIe siècle. Ainsi, vieillir relevait quasiment du miracle. En 1680, 94,5% de la population avait moins de 46 ans.

Jeune femme a sa toilette       Une simple infection, il y a 400 ans, pouvait conduire directement à la mort quel que soit les moyens financiers du malade parce l'ignorance du médecin était alors abyssale. Aussi soignait-il ses patients avec des saignées qui affaiblissaient le patient ou des médicaments comme des tablettes d'yeux d'écrevisses, de la poudre de corne de cerf, du mercure, des testicules de castor, de la térébenthine, du vitriol de Chypre, etc. Et les sages-femmes procédaient à l'accouchement de leurs parturientes sans même se laver les mains avant d'intervenir.

Les odeurs en milieu urbain

Dans les villes, l'odeur était pestilentielle. L’auteur allemand Patrick Süskind a fait, dans son roman intitulé Le Parfum, une description assez réaliste des odeurs parisiennes de l’époque qui suivit :

À l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton [...] Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient [...] Car en ce XVIIIe siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fut accompagnée de puanteur.

       En effet, à cette époque les citadins vidaient encore leur pot de chambre dans la rue. Il n'était donc pas étonnant d'y trouver des amas d'immondices, des membres de bêtes mortes, des cochons, etc., souvent responsables d'épidémie comme la peste. Les villes du Grand Siècle et de celui des Lumières n'avaient rien avoir avec les images idylliques du cinéma américain.

       Il était difficile d'avoir une bonne hygiène d'autant plus qu'il n'y avait pas d'aqueduc qui dirigeait l'eau vers les logements. À la campagne les paysans pouvaient utiliser l’eau des ruisseaux pour se laver quand elle n'était pas gelée. En ville, y compris dans la noblesse et la bourgeoisie, on pratiquait la « toilette sèche», c'est-à-dire que les personnes se frottaient le corps avec un linge blanc et des onguents, et employaient du parfum pour dissimuler l’odeur. À partir du XVIIIe siècle, la pratique de l’ablution connaît un renouveau progressif dans la toilette avec l’apparition d’objets jusqu’alors inusités comme le bidet et la demi-baignoire italienne.

       En conclusion, nous pouvons nous estimer chanceux de vivre au XXIe siècle. Mais qu'en sera-t-il pour nos petits-enfants ?

Sources :

BURGUIÈRE, André, http://www.vousnousils.fr/2016/11/18/comment-vivait-on-au-xviiie-siecle-596029
LACHANCE, André, Les marginaux, les exclus et l'autre au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Montréal, éditions Fides, 1996.
LACROIX, Claudine, Mortalité adulte et longévité exceptionnelle au Québec ancien, mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de maître es sciences en démographie, Université de Montréal, octobre 2009.
PETITFILS, Jean-Christian, Louis XIV, Paris, éd. Perrin, 1995.
SÜSKIND, Patrick, Le parfum, Paris, Le livre de poche, 1988.

 

Les bébés-boumeurs, une génération égoïste ?

        Que laisseront les bébés-boumeurs aux générations suivantes ? Trop peu sans doute en regard du potentiel dont elle a hérité. Nombreuses sont les personnes qui estiment que les bébés-boumeurs font partie de l'une des générations les plus égoïstes de l'histoire humaine. Génération de consommateurs à outrance, de pollueurs à tout-va et de vandales de nombreux programmes sociaux dans le monde, elle laisserait à sa descendance plus de problèmes qu'elle en a réglés. Fait assuré, si elle a mis à la porte la religion catholique dans de nombreux pays occidentaux, elle est devenue l'adepte inconditionnelle d'une nouvelle religion appelée « Économie ». Au nom du dieu Argent, elle a sapé le système d'éducation québécois qui a déjà été l'un des meilleurs en Amérique du Nord et fait de même avec le système de santé au nom de l'économie.

        La génération des bébés-boumeurs s'enorgueillit d'être progressiste parce qu'elle a créé « les Beatles, des véhicules capables de faire marcher l'homme sur la lune, l'internet, les panneaux solaires, les microprocesseurs, les microordinateurs ; elle a découvert l'ADN, développé le génie génétique, le séquençage de l'ADN [...] ». Mais elle a oublié que les deux ou trois générations précédentes avaient créé les antibiotiques, l'avion, le cinéma, la fusée, la radio, la télévision, la radiographie, etc., et, surtout, développé des outils pour assurer le bien commun des êtres humains en créant la Croix rouge, la Société des Nations, puis l'Organisation des Nations Unies. Amnistie internationale, Médecins dans frontière, etc.

        En effet, les générations de l'entre-deux-guerres et celle d'avant la Grande Guerre ont été productives en matière de bien commun même si les guerres ont ralenti leurs efforts. Avant la fin du XIXe siècle, la génération d'avant 1914 a créé des syndicats pour mettre fin à l'exploitation des ouvriers, des coopératives pour donner du pouvoir économique aux classes ouvrières, la pension de sécurité de vieillesse en 1927, l'aide sociale en 1940 ainsi que l'assurance-chômage en 1941, la gratuité scolaire pour l'école primaire en 1943 et lancé la lutte pour l'égalité des femmes dès la fin du XIXe siècle.

        La génération suivante n'est pas en reste puisqu'elle a conçu, en 1960, le régime d'assurance-hospitalisation du Québec et 10 ans plus tard l'assurance-maladie universelle. Elle a rendu gratuite l'école secondaire en 1961 Hummer copiede sorte qu'en 1964, le gouvernement du Québec créait le ministère de l'Éducation en dépit des vives protestations des autorités religieuses qui, jusque là, contrôlaient « l'instruction publique ». C'était la Révolution tranquille en marche dont on a tant parlé.

        En 1967, le gouvernement québécois créait les Collèges d'enseignement général et professionnel (Cégep) où l'enseignement préuniversitaire et professionnel est gratuit. Un an plus tard, c'était la mise en place du réseau universitaire – les universités du Québec – avec pour mission de faciliter l'accessibilité à l'enseignement universitaire, et ce, à un faible coût. Un an plus tôt était apparu le Régime des rentes du Québec pour améliorer la situation financière des futurs retraités. Toutes ces réalisations, reliées au bien commun, sont celles des générations précédentes, et plus particulièrement de celle de l'entre-deux-guerres, la génération la plus progressiste de notre histoire, qui s'est inspirée de celle de ses pères.

La valeur la plus importante : le fric !

        On ne peut pas nier que les bébés-boumeurs ont amélioré la qualité de vie de leurs contemporains, du moins au Québec, comme bénévoles dans de nombreuses organisations, en créant le système de garderies d'enfants à 5 $ et l'assurance médicament. Mais là où le bât blesse, c'est son rôle dans le développement d'un individualisme forcené qui a entraîné l'abandon des parents dans des foyers pour personnes âgées et le refus d'assurer la pérennité de leur culture par une diminution du taux de natalité, ce qui au Québec est suicidaire. Par ailleurs, dévorés par une quête d'épanouissement personnel, les bébés-boumeurs occidentaux ont fait des droits individuels un dogme qui, selon le philosophe Pierre Manent (un bébé-boumeur), « règne sans contrepoids jusqu'à faire périr l'idée du bien commun. » Ils accordent une telle valeur à l'argent qu'ils congédient des milliers de travailleurs pour faire monter la valeur de leurs actions. Cette génération a transformé le syndicalisme en corporatisme, la médecine en machine à sous... de sorte qu'aujourd'hui tout est calculé à l'aune de l'économie.

        La société des loisirs promise ne s'est concrétisée que pour une fraction de la population et jamais il n'y a eu autant d'inégalités. Le professeur Léo-Paul Lauzon, de l'Université du Québec à Montréal, a récemment écrit :

En 1950, la proportion des femmes âgées de 24 à 54 ans au travail était de 22 % contre 82 % en 2015. Aujourd’hui, les femmes au travail contribuent pour 47 % du revenu familial, soit presque la moitié. Même avec deux salaires, le revenu médian des familles après impôt a augmenté de seulement 13 % en dollars constants au cours des quarante dernières années. Cela ne fait que confirmer cette vérité : la classe moyenne s’effrite et leurs gains annuels stagnent alors que les revenus des nantis (gens d’affaires, médecins, professionnels, etc.) explosent, faisant grossir ainsi les inégalités économiques à des sommets historiques.

        Pourtant, en 1968, les premières cohortes de bébés-boumeurs voulaient révolutionner le monde : elles ont lutté contre la guerre, pour un salaire minimum hebdomadaire à 100 $, puis pour la souveraineté du Québec avant de rentrer dans le rang et se laisser aller à une consommation démesurée.

        Les générations précédentes n'étaient pas parfaites, j'en conviens – elles ont trop aimé la guerre et étaient le plus souvent racistes. Mais que laissent les bébés-boumeurs aux générations suivantes ? Un monde dans lequel il y a moins de guerres et la quasi-disparition des famines naturelles, ce qui n'est pas rien, mais aussi des océans si pollués que dans moins de trente ans il n'y aura plus de poissons ; une pénurie d'eau potable qui sera l'enjeu de guerres à venir ; des milliards de tonnes de déchets toxiques ; des programmes sociaux atrophiés ; des ressources naturelles privatisées, une folle envie de surconsommer... Les bébés-boumeurs laisseront-ils moins qu'ils ont reçu ? C'est du moins ce que prétendent de nombreux historiens et philosophes et c'est pourquoi cette génération se fait souvent traiter, à tort ou à raison, d'égoïste. Par ailleurs, elle-même qualifie sa descendance, les générations X, Y et Z, d'égoïstes et de narcissiques !

        Enfin, l'exemple extrême de l'égoïsme d'une génération est celui de Donald Trump et de ses principaux conseillers, qui font  partie de la première cohorte des bébés-boumeurs. Représentent-ils leur génération ?

Sources :

CLAPIERS, Roselyne de, Les baby-boomers seront égoïstes et dépensiers dans Les Échos.fr, https://m.lesechos.fr/redirect_article.php?id=18246-166-ECH
LAUZON, Léo-Paul, Appauvrissement des travailleurs : le tripotage des chiffres dans le Journal de Montréal (Montréal), 18 juin2018.
MANENT, Pierre, La Loi naturelle et les droits de l'homme, Paris, PUF, 2018, cité dans Le Figaro (Paris), 11 juin 2018.
RAMBAL, Julie, Les papy-boomers, génération sans partage, dans Le Temps (Genève), 5 juillet 2016.
RAVARY, Lise, Égoïstes, les jeunes ?, dans Le Journal de Montréal (Montréal),7 juin 2018.

La religion de nos parents

       Il y a une petite soixantaine d'années, l’Église catholique dominait presque tous les secteurs de la société québécoise, sauf les secteurs industriels. Il faut dire que plus 95% de la population était alors de foi catholique. Par exemple, dans une petite municipalité comme l’ancienne ville de Hull (aujourd'hui incluse dans la ville de Gatineau), outre plusieurs paroisses, l’Église dirigeait le journal local, c’est-à-dire Le Droit d’Ottawa, la station radiophonique CKCH, les centres de loisirs, l’Organisation des terrains de jeux sans compter de nombreuses organisations dans lesquelles la population était enrégimentée : enfants de Marie, Ligue du Sacré-Cœur, Dames de Sainte-Anne, l’Association du Saint-Rosaire perpétuel, la Société de Tempérance, les croisés, les scouts, les guides, les actions catholiques, etc. Il y en avait pour tous les goûts, tous les sexes, tous les âges. Et chacune de ces organisations avait son aumônier. Rien ne se passait dans une paroisse catholique sans que le curé ne le sache. Des curés allaient même jusqu’à débusquer les amoureux qui se caressaient dans les fourrés des parcs…

       Les autorités religieuses régissaient le quotidien de ses fidèles. Par exemple, elles avaient dressé une liste d’ouvrages, appelée l’Index, que les catholiques n’étaient pas autorisés à lire, accompagnée des règles de l’Église au sujet des livres. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture d'ouvrages qui contredisaient ou critiquaient l’Église et d’éviter ainsi que les fidèles ne se détournent de leur foi. À l’Index, on trouvait les livres des auteurs tels Alexandre Dumas, père et fils, Balzac, Victor Hugo, etc. L’Église valorisait alors l'ignorance et la soumission, multipliait les tabous, gérait à coups d'interdits et infligeait une culpabilité morbide même à des enfants innocents.

Le catéchisme

      La pratique religieuse s'apprenait très tôt. Généralement, la maman enseignait auxCatechisme 1954001 enfants à dire leurs prières. Souvent, la première prière apprise s’adressait au « p’tit Jésus » et à l’ange gardien. Puis, selon les convictions de la mère, elle enseignait à l’enfant le Notre Père ou le Je vous salue Marie. À l’école, l’enfant devait apprendre le Catéchisme catholique qui contenait « Ce que nous devons croire, ce que nous devons faire, ce que nous devons avoir pour aller au ciel. » Celui des années 1940 contenait 519 questions et réponses, celui des années 1950, en contenait… 992 ! La prière centrale du catéchisme, celle qu’il fallait absolument savoir par cœur pour faire sa première communion était le Je crois en Dieu qui contient apparemment « les principales vérités révélées que nous devons croire pour aller au ciel. »

      À 7 ans, l’âge de la raison, les enfants faisaient leur première communion, après avoir été confirmés par l’évêque du diocèse, et se confessaient (sacrement de la pénitence) pour la première fois à un prêtre qui les absolvait de leurs péchés. Les catéchismes scolaires de cette époque disaient alors qu’il y avait quatre types de péchés : le péché actuel, le péché mortel, le péché véniel et les péchés capitaux. La confession commençait alors par la formule suivante : « Mon père, bénissez-moi parce que j’ai péché. Je me confesse à Dieu et à vous, mon père… » Ensuite, le pécheur disait « Mon père, je m’accuse de… » Il fallait alors nommer tous les péchés commis en soulignant le nombre de fois qu’ils avaient été commis. Enfin, la confession se terminait par la formule : « Je m’accuse encore de tous les péchés de ma vie ; j’en demande pardon à Dieu, et à vous, mon père, la pénitence et l’absolution. »

      Il y avait plusieurs moments forts dans la pratique du catholicisme. D’abord le baptême qui est le sacrement « qui efface le péché originel et fait d’un enfant un chrétien ; la confirmation qui est le sacrement par lequel « un baptisé devient un parfait chrétien, un apôtre et un soldat du Christ. » Outre ces derniers, il y a cinq autres sacrements : eucharistie (communion), pénitence, extrême-onction, le mariage, et le plus important, au dire des prêtres d’alors, l’ordre, sacrement par lequel un homme (et seul un homme) devient un ministre sacré de l’Église catholique.

Hors de l'Église point de salut !

      Les catholiques étaient appelés à célébrer obligatoirement (donc, aller à la messe) sept fêtes religieuses : Noël, la Circoncision (jour de l’An), l’Épiphanie, Pâques, l’Ascension, la Toussaint et l’Immaculée Conception. Les catholiques devaient s’abstenir de manger de la viande tous les vendredis de l’année, pendant le carême, etc. On leur conseillait fortement de se confesser tous les premiers vendredis du mois. Les catholiques avaient aussi l’obligation de recevoir la communion au moins une fois par année, pendant le temps pascal qui va du mercredi des Cendres au dimanche de la Quasimodo (premier dimanche après Pâques). Ne pas faire ses Pâques c’était être en état de péché mortel. Et mourir en état de péché mortel c’était passer l’éternité en enfer.

Ecole st jos hull 1922      Les catholiques devaient aller à la messe tous les dimanches et les fêtes d’obligations. Le catéchisme des années 1950 dit : « Hors de l’Église, point de Salut ! » Ce qui veut dire que « celui qui par sa faute n’appartient pas à l’Église catholique et meurt sans se repentir ne peut pas aller au ciel. »

      Le péché mortel était alors défini comme une « désobéissance grave qui offense Dieu et nous enlève la vie surnaturelle. » Or mourir avec sur la conscience un seul péché mortel, c’était se condamner à l’enfer pour l’éternité. Désobéir aux commandements de Dieu était un péché mortel ; la contraception était un péché mortel, etc. Dans les classes des écoles décorées d'images religieuses, il arrivait que l'on raconte aux enfants qu’une religieuse, morte à l’âge vénérable de 80 ans, avait commis le seul péché mortel de sa vie la veille de son trépas, ce qui lui avait mérité l'enfer pour l’éternité. Alors que l’on priait autour de son cercueil, elle s'était soulevée pour dire : « Ne priez pas pour moi : je suis damnée ! » Ça enlevait l’envie de faire un péché mortel à moins d'en rire. L’Église de cette époque voyait l'homme comme un monstre, égoïste, veule, lubrique et lâche qui, laissé à lui-même, ne ferait que du mal, à lui-même et à son prochain, bref, essentiellement comme un pécheur.

      Ceux et celles qui avaient publiquement fauté, comme les Patriotes de 1837-1838, ont été inhumés dans des fausses situées à l’extérieur des limites des cimetières catholiques ou même dans des fosses préalablement désacralisées !

Sources :

Le catéchisme des provinces ecclésiastiques, de Québec, Montréal et Ottawa, Québec, 1944.
Catéchisme catholique, Québec 1954.
Le Devoir (Montréal) 12 mars 2008.
Souvenirs d'enfance de l'auteur