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Boucherie à Courcelette - 1916

          Au mois de septembre dernier (2016), je me suis rendu à Courcelette, dans le département de la Somme en France pour voir les lieux cimetière où se sobt battu les soldats du 22e bataillon devenu depuis le Royal 22e régiment

          Au cours de la guerre 1914-1918, la bataille de la Somme (France) a fait rage durant plus de quatre mois (1er juillet au 18 novembre 1916) et aura entraîné plus d’un million de pertes chez les Alliés et les Allemands. Les Canadiens, qui se trouvaient à l’origine dans le secteur d’Ypres, avaient raté les premiers mois de combat, mais ils sont arrivés dans la Somme début de septembre 1916.

          Le 15 septembre, trois divisions du Corps expéditionnaire canadien lancent une attaque sur les lignes ennemies pour capturer les ruines restantes du village de Courcelette défendu par les Allemands. Deux nouvelles armes vont aider les troupes dans leur assaut. Plutôt que d’attendre, comme cela se faisait auparavant, la fin des bombardements de leur artillerie avant de charger au travers de la zone séparant les lignes avancées des deux camps, les Canadiens progressent derrière un barrage d’artillerie « roulant » qui s’enfonce régulièrement dans les lignes allemandes, maintenant les soldats ennemis dans leurs abris, jusqu’à être au contact de l’adversaire, prêts à engager le combat.

          La deuxième nouveauté est le char d'assaut. Six tanks participent à la bataille de F;ers-Courcellete (un char supplémentaire est gardé en réserve). Bien que lents, lourds et difficiles à manœuvrer, ces chars, immenses et imposants, constituent une arme psychologique efficace contre les Allemands. L’équipage de chacun d’entre eux est composé d’un officier et de sept hommes. Cinq fantassins sont également affectés à chaque engin, avec pour mission de débarrasser les victimes susceptibles d’entraver la progression du véhicule.Courcelette

          S’il est vrai qu’aucun de ces chars, sauf un, ne réussit à atteindre ses objectifs — soit en raison d’une panne mécanique, soit parce qu’il se retrouve immobilisé, incapable de poursuivre sa route, soit parce qu’il est frappé par un tir de mortier —, il n’en demeure pas moins qu’ils sèment la terreur dans les rangs ennemis et poussent un certain nombre d’Allemands à se rendre à leur seule vue. Courcelette est prise par le Corps expéditionnaire canadien le premier jour de l’assaut — l’une des rares victoires alliées sur la Somme — au prix de milliers de victimes canadiennes.

          Le lieutenant-colonel Louis-Thomas Tremblay commente cette opération, la première d'envergure à laquelle participe le 22e, en ces termes: «Nous comprenons très bien que nous allons à l'abattoir. La tâche paraît presque impossible avec si peu de préparation dans un pays et sur un front que nous ne connaissons pas du tout. Cependant, le moral est extraordinaire et nous sommes déterminés à montrer que les Canadiens ne sont pas des lâcheurs.» Le 22e bataillon réussit à prendre Courcelette. Tremblay avouera: « Si l'enfer est aussi abominable que ce que j'ai vu à Courcelette, je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi d'y aller.»

          Les pertes occasionnées par la bataille de Flers-Courcelette sont lourdes pour les troupes canadiennes. À lui seul, le 22e bataillon aura perdu, à Courcelette, 776 hommes sur les 900 qui le composaient avant le combat.

          Que reste-t-il, à Courcelette, de ces soldats canadiens-français qui sont morts au combat ? Rien ou presque. Un monument a bel et bien été élevé en mémoire des soldats morts au cours de la bataille de Flers-Courcelette, mais le souvenir des hommes du 22e n'y est aucunement évoqué. Sur le monument, on peut lire le texte suivant :

           L'ARMÉE CANADIENNE PRIT UNE PART GLORIEUSE À LA RUPTURE DU FRONT ALLEMAND SUR CES CÔTES PENDANT LA BATAILLE DE LA SOMME 3 SEPT.-18 NOV. 1916

       Aucune mention du 22e bataillon n'apparaît dans ce lieu commémoratif dont le terrain a été cédé par la France. Ce bataillon n'aurait pas existé, n'aurait pas combattu, son n'aurait été guerre différent dans le Mémorial canadien de Courcelette. Cela m'a rappelé cette réplique de ma mère quand, adolescent, j'avais pensé m'engager dans l'Aviation royale canadienne : « Je n'ai pas fait des enfants pour en faire de la chair à canon ! » Comme elle avait raison.

Sources :

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/la-bataille-de-courcelette/
Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/bilan/pages/evenements/248.html
PÉPIN, Carl, Le blogue de Carl Pépin, https://carlpepin.com/2009/03/16/quand-le-22e-bataillon-canadien-francais-se-fit-massacrer-la-bataille-de-cherisy-ou-la-memoire-quebecoise-impossible/
L'Encyclopédie canadienne, http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/la-bataille-de-courcelette/
Mémorial canadien à Courcelette.

Au diable la politesse !

          Il y a huit ans, j’ai vu, au cours d’un baptême collectif, un père vêtu d’un « marcel », de jeans effilochés, et de bottines de construction, un autre avait gardé sa casquette sur la tête – on l’a vu aussi à la messe dite pour Cédrika Provencher à la suite de sa disparition (c'était un meurtre). Dans un resto, une serveuse m’a récemment dit : C’est quoi tu veux ? Et que dire des jurons à la Mike Ward ? Dans un certain collège de notre région, les autorités ont été si molles qu’elles ont laissé un de leurs professeurs sacrer à tous les quatre ou cinq mots pendant son enseignement, et ce, pendant des années. Bel exemple ! Pas étonnant que les Latino-Américains nous appellent les Los Tabarnacos...

De l'huile dans les rouages

          La politesse, comme l’huile dans les rouages, a pour fonction de polir les gestes, les discours et les comportements dans les interactions humaines. Malheureusement, la bienséance, la politesse et le savoir-vivre sont en voie de disparition avancée.

          Qu’on l’appelle le savoir-vivre, la civilité, la bienséance, les bonnes manières ou la courtoisie, tout le monde sait depuis toujours que sans la politesse la vie en société serait insupportable. La politesse a donc une histoire et les règles qu’elle impose n’ont jamais cessé de changer. Mais même si on ne mange plus avec ses doigts depuis l’invention de la fourchette, si le baisemain venu d’Angleterre nous paraît aujourd’hui démodé, si on ne vouvoie plus ses parents, ses enfants ou son conjoint, et si on ne demande plus la main de sa promise en gant, on devrait encore savoir qu’il ne faut pas mettre ses coudes sur la table et que même si on a une furieuse envie de mettre son poing sur la figure de quelqu’un, il faut savoir lui dire bonjour ou merci.

          La politesse, c’est des règles toutes simples qui nous permettent de pouvoir vivre ensemble sans avoir envie de s’entretuer La politesse c’est d’abord et avant tout le souci de l’Autre. Au XVIIe siècle, Bacon disait : La politesse est le vêtement de l’esprit. Elle doit servir, comme les habits de tous les jours, qui n’ont rien de trop recherché et cachent les défauts du corps : elle ne doit pas empêcher l’esprit d’agir librement.

La Bible

          La première et la plus importante règle en matière de bonne conduite est la gentillesse et la considération des autres. Cette règle immuable émane de la Bible et c’est le deuxième commandement le plus important après celui d’aimer Dieu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

          Dans la Bible on trouve : « Dites toujours "Merci" ;Politesse c'est une façon de faire des éloges aux autres et un principe de base des bonnes manières; n'oubliez pas de dire "Excusez-moi", "S'il vous plaît", "Je vous en prie", "Bonjour" et "Au revoir". » (COLOSSIENS 3:15 ; 1  THESSALONICIENS 5:18 ; 3 JEAN 14).

          Une autre recommandation pleine de bon sens : « Soyez plein d'égards et ne mettez personne dans l'embarras ; traitez les autres comme vous aimeriez que l'on vous traite. Pensez à la façon dont vous pourriez mettre les gens à l'aise. Ne rabaissez jamais personne par des plaisanteries de mauvais goût ou des surnoms malvenus. » (1 CORINTHIENS 13:4 ; PHILIPPIENS 2:4 ; LUC 10:27)

          Ne vous adressez pas à une personne âgée ou à quelqu'un de plus âgé par leur prénom, à moins qu'ils ne vous y aient invité. Levez-vous à l'arrivée d'une personne âgée ou d'un invité dans la pièce, et ne vous asseyez pas tant que vous ne leur avez pas proposé un siège. (1 PIERRE 5:5)

Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas d’hier que l’on enseigne la bienséance.

Le vous

Les Italiens de la Renaissance ont codifié la politesse. Les Français du Grand Siècle ont inventé la galanterie. Puis, on a publié de plus en plus de livres sur le sujet. Le plus connu est sans doute celui de Berthe Bernage publié dans les années 1930.

L’usage du vous a longtemps prédominé dans la société française, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau, auteur de Émile, ou de l’éducation (1762), juste avant la Révolution, recommande ainsi le tutoiement systématique dans la famille. Aujourd’hui, l’usage du tutoiement est de plus en plus répandu, notamment parmi les jeunes générations. On attribue généralement cette évolution à l’influence de la langue anglaise, dans laquelle le pronom « you » est perçu comme l’équivalent du « tu » français, ce qui n’est pas nécessairement vrai. Or, c’est le système scolaire qui l’a fait disparaître au Québec. Ainsi, il y a près de trente ans, ma fille aînée s’est fait menacer, par son professeur de la Secondaire V, de ne pas recevoir de réponse si elle ne le tutoyait pas !...

Les cimetières de l'Outaouais

          C’est au cimetière que l’on se rend compte que la vie a une fin et que personne n’échappe à la mort. En dépit de son caractère définitif, il y a beaucoup à voir dans une nécropole, et même de très belles choses. Dans les cimetières reposent toutes les peines, tous les espoirs et toutes les vanités du genre humain ; l’homme y perpétue l’image qu’il se fait de lui. Fidèle reflet de nos villes, le cimetière immortalise l’individu, mais aussi sa classe sociale et parfois son appartenance ethnique. On trouve là des stèles de toutes les époques de notre histoire locale, des pierres qui marquent les lieux de sépulture d’illustres personnages d’autrefois, des croix de fer si rouillées qu’on n’y distingue plus les noms qui y ont été gravés jadis et, bien souvent, une fosse commune où on y ensevelit les sans-le-sou, les plus humbles de notre société où les pendus, et les individus non identifiés.

          Longtemps, les morts ont été inhumés dans un cimetière qui était situé tout autour de l’église. À cause de la communion qui unit tous les fidèles, l’Église désirait que les morts demeurent près des vivants. Les « meilleures places » étaient celles qui entouraient le mur de l’église, car elles « reçoivent la pluie du ciel qui a dégouliné sur le toit d’un édifice béni… »

          On a aussi inhumé dans les églises. La tradition veut que les plus pieux (ou les plus… riches ou encore les plus puissants…) soient enterrés le plus près possible du chœur et ainsi de suite par cercles concentriques jusqu’aux limites du cimetière. Dans la région, on trouve dans la cathédrale Notre-Dame, à Ottawa, les tombes des évêques et archevêques.

          Le silence de la mort n’a pas toujours été le principal attribut des cimetières. Cimetière Notre-Dame, Hull.Adjacents aux églises, les cimetières avaient, au moyen-âge, un droit de franchise et d’immunité. Ainsi, plus d’un délinquant y vivait de longues années pour échapper au châtiment des autorités (voir à ce sujet La Chambre des dames de Jeanne Bourrin) en vaquant à leurs activités de travail ou de loisirs. Les proscrits y tenaient donc des échoppes ; des foires et même des marchés saisonniers s’y tenaient épisodiquement.

          Nos cimetières regorgent d’art et d’histoire et pourtant nous les visitons si peu. Dans celui de Montebello, le calvaire est l’œuvre du réputé sculpteur sur bois Louis Jobin (1845-1928) dont l’atelier était situé à Sainte-Anne-de-Beaupré. Le Calvaire est composé de trois personnages : un Christ en croix, la Vierge et Marie-Madeleine. Jobin a aussi sculpté une sainte Anne en compagnie de sa fille Marie.

          On trouve encore dans nos cimetières le souvenir de nombreux personnages de notre histoire. Ainsi, dans le cimetière de St. James, boulevard Taché, à Hull, se dresse fièrement, dans un enclos borné par des clôtures de fer, un obélisque de granit rose qui indique le lieu de sépulture des fondateurs de Hull, Philemon Wright, et son épouse, Abigail Wyman. L’obélisque est entouré de monuments plus petits qui marquent les tombes de ses nombreux descendants. Une vieille pierre nous rappelle la mémoire du matelot, Reuben Traveller, qui a participé à la fameuse bataille navale de Trafalgar, en 1805, quand l'amiral Nelson a vaincu la flotte de Napoléon. L’escalier de pierre qui mène à la sépulture de la famille William Francis Scott, ancien maire de Hull, est envahi par des pousses d’arbres et d’arbustes. Plus ou moins bien entretenu, St. James ressemble de plus en plus à un décor pour films d’horreur.

          Boulevard Fournier, à Hull, se trouve le  cimetière Notre-Dame d’une superficie de 13 hectares ; malheureusement, il manque d’arbres comme plusieurs autres cimetières de l’Outaouais. On a commencé à y enterrer les morts en 1872 et de 1886 aux années 1930, on y aurait recueilli plus de 45 000 dépouilles ! Le portail d’entrée en pierre taillée a été construit en 1902 d’après les plans de l’architecte hullois, Charles Brodeur. Il est surmonté d’une statue de l’Ange de la mort sonnant la trompette du jugement dernier. Fabriquée en cuivre martelé, la statue a été réalisée par le fameux sculpteur montréalais Arthur Vincent, (1852-1903) dont c’est la dernière œuvre d’importance.

Pas aussi lugubre que l'on pense

          De nombreuses personnalités sont inhumées au cimetière Notre-Dame de Hull. Parmi celles de stature nationale, notons la comédienne, auteure et critique Laurette Larocque, mieux connue sous le nom de Jean Despréz (1906-1965), et le fondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), Marcel Chaput (1918-1991). Parmi les personnalités locales, notons le père Louis-Étienne Reboul (1827-1877), fondateur de la paroisse de Hull ; l’acteur et metteur en scène René Provost (1903-1966), père du comédien Guy Provost ; la pianiste et poétesse Clara Lanctôt (1886-1958) ; l’allumettière Donalda Charron (1886-1967) qui a dirigé la fameuse grève des « faiseuses d’allumettes » de la E.B. Eddy en 1924 ; Marcelline Dumais (1850-1916), propriétaire de la maison où a commencé le Grand feu de Hull en 1900, le peintre Jean Alie (1925-1997), etc.

 Cimetière de Shawville         Chacun des cimetières de la région a ses particularités et ses célébrités. À Aylmer, le cimetière Saint-Paul est un véritable jardin public de 4,5 hectares. Créé en 1840, il invite les promeneurs à retrouver l’ancienne coutume de visiter ses morts. Dans le cimetière catholique de Buckingham, se trouve la tombe de deux syndicalistes assassinés le 8 octobre 1906 par les sbires de la MacLaren : Thomas Bélanger et François Thériault. À Bryson (Pontiac), une pierre noire en forme de deux cœurs enlacés rappelle le souvenir de la famille... Jolicoeur !

          Il n’y a pas que les grands cimetières, il y en a aussi des petits : dans le West Templeton Cemetery, chemin du rang 3 (sur le bord de l’autoroute 50), reposent les restes de quelques familles d’origine écossaise et plus particulièrement la famille Kerr. Route 148, près du Cheval blanc, se trouve un cimetière privé où sont inhumés les membres de la famille Dunning. Et rue de l’Épée, à Gatineau, on trouve un tout petit cimetière dans lequel il y a les tombes, des familles Barber, Davidson et Langford.

          Il y a aussi en Outaouais une chapelle funéraire privée, celle des Papineau. Construite en 1855 à Montebello, on y a inhumé non seulement le patriote Louis-Joseph Papineau et plusieurs de ses enfants, mais aussi son épouse, Julie, qui a fait l’objet d’une biographie et d’un roman à succès, ce dernier intitulé Le roman de Julie Papineau.

          Tout n'est pas lugubre dans un cimetière, loin de là. Il y a même de quoi sourire sinon rire. Par exemple, à l'entrée du cimetière de Shawville (Pontiac), une pancarte avertit le visiteur : « Entré (sic) à vos propres risques ». À Huberdeau se trouve la tombe d'un certain bien nommé « Mourez », au cimetière anglican de Papineauville on y a inhumé Joseph E. Tuer ! Et à Farrelton on peut voir le monument de Margaret Rose épouse de Norman Blue. Bref, les cimetières sont le miroir des territoires d'autrefois.

La catastrophe de 1870

          La tragédie de Fort McMurray, en Alberta, a eu son pendant au Québec en 1870. Cette année-là, le printemps et l’été sont exceptionnellement chauds partout dans la province. Dès le mois de mai, des incendies se déclarent dans les forêts du canton de Templeton. Au mois de juin, il fait si chaud que le thermomètre atteint la température record de 40°C en Outaouais. En juillet, la sécheresse est telle que de nombreux incendies éclatent spontanément dans les forêts entourant les villages d'Aylmer et de Hull, ainsi que la ville d'Ottawa. Les incendies prennent une ampleur sans précédent et, dans la dernière quinzaine de juillet, une fumée épaisse recouvre les agglomérations urbaines citées. Des feuilles brûlées et des petits morceaux de bois calciné tombent sur les toits des maisons, risquant à tout instant de mettre le feu. La fumée rougit les yeux des habitants et son odeur imprègne maisons et vêtements. Heureusement, une bonne pluie réduit la virulence de l'incendie.

          À la mi-août, un autre incendie de forêt gigantesque menace Hull et Ottawa encore une fois. Il a éclaté sur les bords du lac Constance, à 25 kilomètres à l'ouest d'Ottawa. Sous la poussée du vent, les flammes traversent la rivière des Outaouais pour s'attaquer à la forêt des environs de Breckenbridge, près d'Aylmer. Feu de foretLa population épouvantée abandonne tout derrière elle, se précipite vers la rivière et souvent dans la rivière pour échapper aux flammes. Maisons, récoltes, bestiaux, tout est détruit, brûlé, calciné. Le feu court avec la rapidité du vent vers Hull et Ottawa.

Des villages détruits

          Le 16 août, le village de Bell's Corner, en banlieue d'Ottawa, est rasé par le feu. Trois jours plus tard, on rapporte qu'à Chelsea, un million et demi de mètres de planches ont brûlé aux scieries Gilmour. Deux jours plus tard, le feu sévit à cinq kilomètres de Hull. Plus de 1 500 employés des scieries Eddy, Bronson, Perly, Pattee et Johnston interrompent leurs travaux pour empêcher le terrible fléau d'atteindre le village de Hull. La course des flammes ne semble pas vouloir s'arrêter. Le village de Chelsea brûle, suivi de celui de Rafting Ground (aujourd'hui Cascades). Puis, le feu s'attaque à la cinquantaine de maisons qui composent le petit village minier d'Ironside (ch, Freeman et boul. St-Joseph à Hull connu maintenant sous le nom Le vieux port), situé à trois kilomètres de Hull seulement. Les deux rives de la Gatineau flambent. Plusieurs personnes, dont on n'a jamais réussi à déterminer ni l'identité ni le nombre, n'ont pas le temps de se mettre à l'abri ; elles succombent à la voracité de la conflagration.

          Au même moment, une bonne partie du ciel du Québec est obscurcie par une fumée dense. Au Lac-Saint-Jean et au Saguenay, les incendies de forêt déferlent sur plus d’une dizaine de villages qui seront rayés de la carte. Les forêts de la Gaspésie, de la Côte Nord, de l’Ungava et de la Mauricie brûlent. Le feu ravage l’Outaouais de toute part. Les cantons de Templeton et de Buckingham sont dévastés par les flammes qui projettent des brandons haut dans le ciel et que le vent fait retomber sur le village de Hull et la ville d’Ottawa. En Ontario, les soldats freinent le progrès des flammes en ouvrant la digue Saint-Louis (Hog’s Back) près du canal Rideau : 125 hectares de terres sont inondés. Les familles des campagnes se réfugient par centaines à Ottawa. Sur le chemin Richmond, 2 000 réfugiés, dans le plus total dénuement, se dirigent vers Ottawa. Seul un miracle, croit-on, sauvera Hull, Pointe-Gatineau et Ottawa de la destruction.

Combien de victimes ?

          Enfin, le 20 août, à une heure du matin, un groupe d'hommes rompus à la lutte contre l'incendie débarquent à la gare d'Ottawa pour prêter main-forte à la population outaouaise. Ce groupe est composé d'Alfred Perry, inspecteur du feu de la Feu de foret biscompagnie d'assurances Royal de Montréal, et de plusieurs pompiers de la ville de Montréal qui ont apporté avec eux la pompe à incendie à vapeur Union. Dès le lever du jour, ces hommes se rendent à Chelsea pour combattre l'incendie devenu incontrôlable.

          Les agglomérations de Hull et Ottawa sont une nouvelle fois complètement enveloppées par une épaisse fumée grise qui cache le soleil à la vue de la population. Enfin, avec l'aide des pompiers de Montréal et de plusieurs centaines de personnes venues des environs de Hull, les Hullois creusent un coupe-feu dans la campagne avoisinante. Le vent cesse soudainement de souffler et l’incendie, qui n'a plus rien à consumer, s'éteint enfin.

          Combien de personnes sont mortes dans ces gigantesques incendies ? Combien de bâtiments ont été détruits ? Nous le savons pas, parce qu'à cette époque on tenait peu de statistiques et que les journalistes n'étaient pas assez nombreux pour couvrir l'ensemble du Québec.

Sources :

Les divers journaux d'Ottawa et du Québec.

Ignobles évêques francophobes (suite)

          Avec Fallon, on peut dire qu’une faction de l’Église aura été un puissant instrument d’assimilation des francophones à la langue anglaise en Ontario et même dans le comté de Pontiac, au Québec, comté qui relève encore, de nos jours, du diocèse de Pembroke, Ontario.

          Sans doute raciste, Fallon n'hésite pas à persécuter l’abbé Philip Gnam, curé d’origine néerlandaise, sous des prétextes futiles. Mal lui en a prend, car Gnam poursuivra, avec succès, Fallon devant la Cour suprême de l’Ontario. À Rome, on commence à avoir des doutes sur la valeur Fallon, mais l’évêque est inamovible et... le restera.

Un évêque au cerveau malade ?

          En juin 1912, Fallon triomphe : le gouvernement ontarien impose le fameux Règlement XVII qui abolit les écoles bilingues et, à toutes fins utiles, l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario puisque cette langue ne doit plus y être employée plus d’une heure par jour ; dans certaines écoles, elle sera même bannie des cours de récréation ! Or, selon de nombreux historiens ontariens, ce fameux règlement a sans doute été rédigé, ou à tout le moins inspiré par Mgr Fallon. Ce règlement violait, apparemment, l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

          Le 20 octobre 1919, le Parti des fermiers unis défait les conservateurs aux élections provinciales. Inquiet de voir que le Règlement XVII pourrait être altéré, Fallon déclare aux dirigeants du nouveau gouvernement : « Si vous enlevez la barre d’un T ou le point d’un I du Règlement XVII, je mettrai tout à feu ! » Quel bon chrétien !

          Enfin, âgé de 75 ans, Mgr Fallon meurt le 22 février 1931. Les Francos-ontariens peuvent emfin respirer plus à l’aise. Rendu inoffensif en 1927, le Règlement XVII  n'est abolit qu’en… 1944.

          On peut se demander si Fallon était atteint d’une sorte de maladie psychique. L’historien canadien, Mason Wade, n’a pas hésité lui à qualifier l’évêque de London de paranoïaque. Imaginez : Fallon, membre d’une congrégation française met tout en œuvre pour détruire la langue française… Et cet homme qui appuyait de tout cœur le projet d’indépendance de l’Irlande refusait aux francophones ontariens l’usage de leur langue à l’école et même à l’église !

Au Québec

          Au Québec, dans le comté de Pontiac, les choses ne sont allées guère mieux qu'en Ontario. Faisant parti du diocèse de Pembroke, Ontario, les francophones de ce comté sont aussi maltraités que leurs frères franco-ontariens.

          En 1916, Mgr Patrick Thomas Ryan, évêque de Pembroke, fait appliquer au Québec le programme d’enseignement de l’Ontario régi par le Règlement 17 dont le but est de faire disparaître la langue française. Il vise l’assimilation totale. Mgr Charles Leo Nelligan lui succède de 1937 à 1944. Selon le curé E. Marleau, « il n’est guère prudent[,] sous son épiscopat, de prendre parti pour les francophones ». Mais le pire arrive avec Mgr William Joseph SmitSmith evequeh, en fonction de 1945 à 1971, qui dit à propos d’enfants francophones : « I don’t even consider them as Catholics » et concernant la nomination d’un curé, « I don’t know yet, but there’ll be no damned Frenchmen there ». Quatre prêtres indignés signent une lettre destinée à Mgr Giovanni Panico, délégué apostolique, dans laquelle ils affirment qu’il « existe à Pembroke depuis plusieurs années un plan concerté d’anglicisation des nôtres ». La lettre n'aura aucun effet.

          Des dizaines de protestations auprès des gouvernements et du clergé du Québec ne donnent aucun résultat. Tous ceux en autorité préfèrent fermer les yeux plutôt que de provoquer la colère des Anglos-catholiques. Enfin, grâce à la ténacité de deux députés de Hull, Aimé Guertin et Oswald Parent, le pape Jean XXIII fonde, le 27 avril 1963, le diocèse de Hull. Mais, pour ne pas froisser Mgr Smith, il décide qu’on attendra son départ pour récupérer les paroisses de Quyon à Rapides-des-Joachims. Lorsque Mgr Smith remet enfin sa démission en 1971, son successeur, Mgr Joseph Raymond Windle, sommé de « régler le cas du Pontiac », organise une consultation auprès d’un certain nombre de catholiques et décide de conserver son territoire tel quel. Quelle est la nature de cette consultation? « Pourquoi les successeurs de Mgr Windle (Brendan O’Brian, Richard Smith et Michael Mulhall) ont-ils choisi de maintenir le Pontiac dans leur giron a demandé la Pontissoise Lise Séguin?» Le diocèse a refusé l’accès à ses réponses et aux faits et gestes des Mgrs O’Brien et Smith.

          En 2016, le Pontiac fait toujours partie du dicocèse de Pembroke sans que l'archevêque de Gatineau s'en trouve troublé. Pire encore, les habitants des Rapides-des-Joachims ne peuvent se rendre nulle part au Québec sans passer par l'Ontario. Aucun gouvernement québécois n'a voulu désenclaver cette terre québécoise, ce qui est proprement scandaleux.

Sources :

Bouvier, Luc, Les sacrifiés de la bonne entente, histoire des francophones du Pontiac, éd, Action nationale, 2010.
Choquette, Robert, Langue et religion - Histoire des conflits anglo-français en Ontario, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1977.
Séguin , Lise, Ceci se passe au Québec !, article sur Facebook, 4 mars 2016.
Sylvestre, Paul-François, Il y a 75 ans et Un évêque pyromane dans L’Express, 2006.

Ignobles évêques francophobes

          L'histoire de la francophonie canadienne en est une de nombreuses injustices parce que les francophones ont le malheur de constituer une minorité dans un océan d'anglophones peu respectueux de leurs droits. L'un des ennemi les plus implacables des francophones a été l'ignoble Mgr Michael Francis Fallon, oblat de Marie Immaculée et évêque du diocèse de London en Ontario. Il a passé une bonne partie de sa vie à humilier les francophones et à mettre en œuvre des politiques d'assimilation.

          Aîné de sept garçons, Michael Francis Fallon naît le 17 mai 1867, à Kingston (Ontario) du mariage de Dominic et Bridget Egan Fallon. Il fait des études secondaires au Kingston College Institute, passe une année à l’Université Queen’s de Kingston, puis étudie à l’Université d’Ottawa où il obtient un B.A. en 1889. Il entre par la suite au Grand séminaire d’Ottawa et est ensuite admis au noviciat des pères oblats, d’abord à Aix-la-Chapelle, puis à Rome. En 1894, il décroche un doctorat en théologie au Collège grégorien et, le 29 juillet de la même année, il reçoit les ordres chez les oblats de Marie Immaculée.

Une communauté française

          La communauté des oblats de Marie-Immaculé a été fondée à Aix-en-Provence le 25 janvier 1816 par Eugène de Mazenod, prêtre français de Marseille dont il deviendra évêque en 1837. La congrégation française s'établit au Canada en 1841, à la demande de Mgr Bourget, plus précisément à Montréal et Ottawa. Il est étonnant de constater que les autorités religieuses n’ont pas relevé une fêlure dans le caractère de Fallon, fêlure qui se révélera dès 1897. En effet, Fallon commence sa carrière comme professeur de littérature anglaise à l’Université d’Ottawa où il est nommé vice-recteur en 1896. On dit de lui qu’il secondera le recteur « avec le plus affectueux dévouement et qu’il se consacrera de la manière la plus efficace à la marche régulière et à la prospérité de la grande œuvre confiée à la Congrégation. »

          En 1897, Fallon tourne « le français en ridicule en présence de ses étudiantsFallon canadiens-français. » Notons que les parents de Fallon étaient nés en Irlande. Parlaient-ils encore le gaélique, l’ont-ils même enseigné à leurs enfants ? On ne le sait pas. En 1898, l’Université d’Ottawa, qui était devenue une institution presque totalement anglophone, redevient presque exclusivement française, ce qui ne fait pas l’affaire de Fallon, lequel fait tout de même semblant de se soumettre. Mais il s’active hypocritement en coulisse. Démasqué, il est relevé de ses fonctions et nommé curé de la paroisse Saint-Joseph d’Ottawa. Il dit à qui veut bien l’entendre qu’il est objet « d’une conspiration délibérée ourdie à Montréal et à Ottawa. » Bien qu’il soit devenu curé, il continue à enseigner à l’université où il entretient des relations hostiles avec les francophones

          En 1901, les oblats nomment Fallon supérieur à Buffalo, N. Y. Bien qu’il ait volontiers accepté cette promotion, il écrit plus tard : « À mes yeux, la décision du père Tatin était un ordre. Je ne l’ai pas accepté de bon cœur. » Des amis de Fallon décident de demander publiquement que Fallon reste à Ottawa et certains vont jusqu’à prétendre que l’Université d’Ottawa a été fondée pour servir les catholiques anglophones du Canada, ce qui est faut puisque, dès les débuts, elle a été bilingue.

          Des personnages importants du milieu irlandais d’Ottawa offrent alors 5 000 dollars par année pendant 10 ans à l’Université à la condition que le père Fallon soit nommé recteur et que les catholiques anglophones obtiennent une certaine part dans l’administration de l’Université. Selon Mgr Duhamel, archevêque d’Ottawa, les Irlandais visaient à faire de l’Université une institution exclusivement irlandaise.

          L’université refuse l’offre d’argent sachant bien que la promesse risque de ne pas être tenue d’autant plus qu’une offre semblable avait déjà été faite, contre l’obtention d’un contrat d’un million de dollars du gouvernement Laurier si le confesseur du premier ministre faisait pression auprès de son pénitent. Chose faite et le contrat attribué, la promesse n’avait pas été tenue.

          À Buffalo, Fallon devient citoyen des États-Unis. Plus jamais il ne redeviendra sujet britannique. En dépit de son caractère controversé et bien que sixième sur la liste des candidats au siège épiscopal de London, Ontario, Fallon est nommé évêque le 14 novembre 1909. Le diocèse ontarien comprenait alors de nombreuses paroisses francophones et les relations religieuses entre les francophones et les anglophones allaient relativement bien. Avec Michael Francis Fallon, ce sera la guerre linguistique, car l’homme voue une haine féroce aux journaux, hommes politiques et religieux canadiens-français.

Un évêque méprisant

          Quand l’administrateur apostolique du siège vacant de London, Mgr J. E. Meunier, demande à Fallon s’il accepterait une adresse présentée par le clergé francophone de London, le nouvel évêque rétorque qu’il répondra… plus tard. Deux mois plus tard, Meunier communique à Fallon le texte anglais de l’adresse qu’il se propose de faire à son sacre et ajoute : « Si vous me le permettez, je répéterai en français, mais en quelques phrases seulement. » Fallon accepte et approuve le texte anglais, mais poursuit :

Je ne crois pas sage d’ajouter quoi que ce soit à l’adresse officielle du clergé. Cette addition, même de quelques phrases, me placerait dans une position que je ne veux pas occuper à mon entrée dans le diocèse. Nous devrons donc nous en ternir à l’adresse.

          C’est là une véritable déclaration de guerre aux francophones de son diocèse. Dès 1910, Fallon remet en question les écoles bilingues et l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario. Le Free Press de Détroit, un journal étasunien, écrit : « Le diocèse de London va être le foyer d’agitations d’où se déclencheront les hostilités contre les écoles bilingues. »  Fallon commence à faire des pressions auprès du gouvernement pour interdire l’enseignement du français

          En août 1910, les évêques de l’Ontario délèguent Fallon auprès du gouvernement pour traiter du système scolaire catholique. Dès lors, le vers est dans le fruit : Fallon met tout en œuvre pour bannir le français de l’Ontario. En effet, il estime que le catholicisme ne peut se répandre en Amérique du Nord que si la langue anglaise devient la langue commune de tous les catholiques.

          Au mois de septembre 1910, Fallon interdit l’enseignement du français dans les écoles séparées de son diocèse. Il prive les francophones de prêtres qui parlent leur langue et va jusqu’à empêcher l’emploi de cette langue dans des églises de son diocèse. À suivre...

L'Outaouais à l'urgence

          Quelqu’un a dit que celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la répéter. Il y a 44 ans, la population outaouaise montait aux barricades dans le cadre de la campagne l’Outaouais à l’urgence. Et pourtant, il reste encore de sérieux problèmes dans le domaine de la santé en Outaouais.

         L’Outaouais à l’urgence est un mouvement qui a vu le jour au début des années Morrissette guy docteur1970, dans l'ancienne ville de Hull, dans le but d’obtenir des services de santé adéquats dans la région. L’affaire a débuté par une menace de démission du personnel médical et infirmier de l’hôpital du Sacré-Cœur (Hull). En décembre 1972, le courageux docteur Guy Morrissette déclare :

La clinique d’urgence est bondée […] les ambulanciers, faute de lits disponibles, doivent « décharger » des patients dans des chaises (sic) roulantes, alors qu’il devraient être étendus […] 621 noms figurent sur la liste d’attente actuelle de l’hôpital pour être hospitalisés […] des 350 lits actuels de l’hôpital plusieurs sont occupés par des malades chroniques, des vieillards ou des cas sociaux qui devraient se trouver dans des maisons spécialisées.

          De fait, la région de l’Outaouais était dépendante des services de santé de la province voisine et le gouvernement québécois d’alors préférait verser des millions en frais d’hospitalisation au gouvernement ontarien plutôt que de les investir dans la région. Et en 1966-1967, le taux de mortalité infantile en Outaouais était de 28,5 pour 1 000 naissances alors qu’il était de 25 pour l’ensemble du Québec. Au point de vue de santé, l’Outaouais comptait parmi les régions défavorisées, ce qui est encore le cas en 2016.

Trois hôpitaux

          À cette époque, il n’y avait que trois hôpitaux sur le territoire de l'actuelle ville de Gatineau : Sacré-Cœur et Pierre-Janet (Hull) et Saint-Michel (Buckingham). Ainsi, dès 1972, le conseil d’administration de l’hôpital Sacré-Cœur demande la construction d’un autre hôpital. Le député-ministre du comté de Hull, Oswald Parent, tente de désamorcer la crise en minimisant les problèmes. Devant la cécité du député-ministre et l’immobilisme de Québec, la région s’organise et en janvier 1973, des représentants de 18 syndicats, mouvements et associations communautaires se réunissent au Centre diocésain autour d’une table ronde intitulée « Outaouais à l’urgence »

          Le mouvement vient de prendre son envol. Les députés régionaux, inefficaces dans ce dossier, sont dénoncés. Une grande offensive est lancée : l’opération 25 000, qui consiste à recueillir sur une pétition la signature des personnes « désireuses de voir les politiciens se réveiller ». Pour le député-ministre Oswald Parent, insensible aux problèmes de santé de ses commettants, « La crise à Sacré-Cœur c’est la faute aux religieuses et aux agitateurs ! »

          Le ministre de la Santé, Claude Castonguay vient faire une visite en Outaouais pour désamorcer la crise. Il est escorté dans un autobus placardé ; « Aujourd'hui, on est tous médecins » ; « On est tannée (sic) ». L’Outaouais à l’urgence remet au ministre la pétition qui ne compte pas moins de… 43 000 signatures ! Celui-ci, propose un plan d’action de 19 millions de dollars : création de neuf CLSC dans la région, ajout de 159 lits à l’hôpital du Sacré-Cœur, ajout de 16 lits à l’hôpital Pierre-Janet, la disponibilité de 110 lits pour malades chroniques et de 400 autres pour les personnes âgées. Bien que le ministre refuse la construction d’un autre hôpital, dans l’ensemble, le mouvement Outaouais à l’urgence est satisfait. Le docteur Guy Morrissette pouvait être fier des résultats qu’il avait obtenus en si peu de temps, en collaboration avec de nombreux organismes de la région.

Lâché par ses pairs

          Les services de santé dans la région sont terminés. Du moins affectait-on de le croire. Mais le docteur Morrissette, président du conseil des médecins et dentistes de l’hôpital Sacré-Coeur, n’était pas dupe et savait qu’il y avait encore loin de la coupe aux lèvres c’est-à-dire que des promesses restaient des promesses tant qu’elles n’avaient pas été réalisées. Celui-ci veut continuer la lutte, mais il est abandonné par le frileux corps médical. Afin de garder les coudées franches, Morrissette démissionne de la présidence de son conseil et continue à militer dans le cadre de l’Outouais à l’urgence.

Hopital gatineau          À l’automne 1974, la liste d’attentes de l’hôpital du Sacré-Cœur compte près de 2 000 cas. Les employés sont surchargés de travail et il y a pénurie de personnel médical. Les infirmières de la salle d’urgence menacent de démissionner si les patients (40) des urgences ne reçoivent pas de meilleurs traitements.

          La situation continue de se détériorer. En janvier 1975, 310 employés de l’hôpital du Sacré-Cœur démissionnent de leur poste. Au cours d’une réunion publique, l’Outaouais à l’urgence appuie les démissionnaires. Quelques jours plus tard, le gouvernement québécois met en tutelle l’hôpital du Sacré-Cœur.

          La crise commence à se résoudre à partir du moment où la population outaouaise se prend en main et fait connaître son mécontentement à l’élection générale provinciale de 1976 : le député-ministre et parrain de la région est défait après 20 ans de règne. Un nouveau député, celui de Chapleau, Jean Alfred, se met rapidement à la tâche et le ministre de la Santé peut annoncer, le 24 mai 1978, la construction d’un nouvel hôpital de 300 lits à Gatineau, hôpital dont la construction s’amorce en 1980. Mais, tout n’aura pas été réglé, parce que la population va se satisfaire de peu et sombrer dans l'apathie. En effet, des problèmes importants subsistent encore aujourd’hui.

Sources :

POIRIER, Roger, Qui a volé la rue principale ? Montréal, Les éditions Départ, 1991.
Histoire de l’Outaouais, IQRC, 1994 ; 310 démissions ! Pourquoi elles ont démissionné de l’hôpital de Hull ? CSN, Montréal, 1975.

Le Droit (Ottawa), 16 février 1973.

 


 

L'amour à l'âge mûr

          L'amour est sûrement l'un des plus beaux sentiments qui soient. Mais quand il est révélé par le coup de foudre, il est assurément le plus déraisonnable. Mais, au fait, qu'est-ce que le coup de foudre? C'est quelque chose comme un désir subit et irrésistible du cœur de se fusionner tout entier, sans partage, à la personne avec laquelle on tombe soudainement en amour. Selon Platon, chaque être humain aurait été, à l'origine, composé de deux êtres. Ils auraient été séparés et, depuis, les deux moitiés se cherchent l'une et l'autre. Le coup de foudre se produit donc quand ces deux moitiés sont mises en présence l'une de l'autre. Alors là, quelle ivresse ! On a souvent l'impression que seuls les jeunes gens peuvent vivre le coup de foudre, car il fait faire parfois des folies jugées incompatibles avec l'attitude des personnes d'un certain âge. Mais en fait, ce sont surtout les jeunes gens qui ont une telle opinion, car dans la vie le cœur conserve généralement tant ses désirs, ses espoirs que ses rêves de jeunesse.

Amour age mur 

         Un des meilleurs médecins de Hull, le docteur Gustave Paquet, âgé de quarante-sept ans, était veuf depuis quatre ans et Annonciade Routhier, quarante-neuf ans, depuis quinze ans quand des amies communes aux deux personnes s'étaient mises dans la tête de former un couple de ces âmes esseulées. Très adroitement, les deux dames avaient ménagé une rencontre entre Annonciade et Gustave, laquelle eut lieu un mardi soir. Contre toute attente, à part le fol espoir des deux entremetteuses, le médecin et la jeune veuve se plurent tant qu'on ne peut expliquer la suite des événements que par le coup de foudre réciproque. En effet, ils résolurent de s'épouser, comme ça, le plus rapidement possible, et pourquoi pas le lendemain même de la rencontre. Et le mercredi 15 août 1906, les nouveaux amoureux réussirent à signer un contrat de mariage, à obtenir une dispense de trois bans de mariage et... à se marier en soirée à l'église Notre-Dame-de-Grâce de Hull. Au Texas, on n’aurait pas fait mieux.

Sam et Sarah

          Hier comme aujourd'hui, les amoureux prévoyaient généralement la date et le déroulement de la cérémonie du mariage avec précision de sorte qu'aucune mauvaise surprise ne vienne entraver ou ternir le grand jour des épousailles. Mais l'avenir est imprévisible, surtout quand il dépend en partie d'une autre personne.

          Sam Renaud, un cultivateur du canton de Masham âgé de soixante ans et veuf depuis un certain temps, avait fait la connaissance, à la fin de l'été de 1908, d'une veuve de quarante et un ans du village de Masham et nommée Sarah Meunier. Les deux âmes esseulées ne s'étaient vues qu'à deux reprises en trois semaines quand ce ratoureur de Cupidon, se mettant de la partie, avait poussé Sam à demander Sarah en mariage. Enchantée d'avoir trouvé un protecteur, la veuve avait accepté avec empressement laCoeur jpg proposition du sexagénaire. Cependant, en femme d'expérience, elle avait mandaté son notaire pour qu'il rédige un contrat de mariage dans lequel son soupirant lui ferait la donation d'une somme de 200 dollars, condition préalable à la bénédiction nuptiale. Sans se faire prier le moins du monde et dès le lendemain de la requête de Sarah, c'est-à-dire un vendredi, Sam s'était rendu chez le notaire Timoléon Piché, du canton de Wakefield, où, de sa croix d'illettré, il avait signé le contrat de mariage. Le marché conclu, l'amour de Sam pour Sarah n'eut que plus de valeur. « Nous nous marierons dimanche après la messe », avait dit Sam. « Très bien, cher! » lui avait répondu Sarah! Et le couple s'était séparé pour attendre ce jour où l'un et l'autre consentiraient à nouer l'indissoluble lien conjugal.

          Le sort - ou est-ce la raison? - devait décider autrement de l'avenir des amoureux d'âge mûr. Le dimanche matin, soit le 13 septembre 1908, Sam et Sarah assistaient à la messe en l'église Sainte-Cécile à Masham. Rouge de contentement, Sarah avait pris place à l'avant de l'église et Sam, l'humeur morose, s'était assis tout à l'arrière. Juste au moment où la messe s'achevait, quand le prêtre prononça l'Ite missa est, Sam s'imagina que Cupidon lui avait joué un mauvais tour. Il se leva, hésita un instant puis sortit de l'église sans autre cérémonie, laissant là, l'angoisse au cœur, seule et bouleversée, celle qui prétendait faire le bonheur de sa vie.

          Bien sûr, Sarah s'était sentie humiliée. Qui ne l'aurait pas été à sa place? Elle n'avait pas d'autre choix que de prendre son mal, sa honte en patience et laisser le temps guérir son cœur gonflé de chagrin. Mais voilà, à peine six semaines après l'outrageuse fuite de son ancien prétendant, Sarah apprit que Sam avait épousé une autre femme - elle aussi du village de Masham - en la personne de la veuve Agnès Desjardins. Et à celle-ci, il avait préalablement fait une donation de... 500 dollars. C'en était trop. La veuve ne pouvait plus laisser l'affront impuni et, surtout, son cœur meurtri sans soins, du moins sans consolation. Elle était donc venue à la conclusion que si le temps ne parvenait pas à guérir sa peine d'amour... propre, l'argent saurait bien laver l'affront et rendre son malheur plus confortable. Mais comment obtenir réparation? Elle confia ses états d'âme à un avocat hullois qui déposa une plainte à l'endroit de Sam Renaud pour bris de promesse de mariage. À son avis, seul un dédommagement de 999 dollars pouvait rétablir la cadence des battements de cœur de sa cliente et lui rendre la vie plus supportable. Mais le juge Champagne, de la cour supérieure à Hull, qui croyait que c'était là trop demandé pour un organe qui battait quand même depuis un certain temps, jugea qu'une somme de 375 dollars suffirait à cicatriser la peine d'amour de la quadragénaire de Masham.

Source :

Ouimet, Raymond, Histoires de coeur insolites, Hull, éd. Vent d'Ouest, 1994.

 

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