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La légende du lac des Fées

          Les chagrins d'amour, qui parfois « durent toute la vie », ne sont pas toujours dus à l'intransigeance des parents. De tout temps, il y a eu des jeunes hommes volages pour briser le coeur de leur fiancée et des jeunes filles capricieuses pour faire subir mille tourments à leur soupirant. L'inconstance amoureuse est au moins aussi ancienne que les relations homme-femme, comme le prouve la plus vieille histoire d'amour de l'Outaouais.

          Il y a de nombreuses lunes, bien avant l'arrivée de l'Européen dans notre région, le territoire de la ville de Gatineau était couvert d'une dense forêt giboyeuse, parsemée de lacs poissonneux. Une paisible tribu algonquine y coulait des jours heureux sur le bord d'un lac aux eaux limpides et profondes, le lac des Fées. Ik8é, la fille du chef, était aimée de deux braves et vaillants guerriers de sa nation. Mais la jeune Amérindienne à l'humeur volage tardait à jeter son dévolu sur l'un ou l'autre de ses valeureux prétendants et elle avait demandé à son père quelle épreuve les deux guerriers devraient subir pour mériter son cœur.

          –Ik8é, dit le père, viens t'asseoir près de moi que je te raconte les Ameriendienneméchancetés que notre peuple a subies. Il y a longtemps, nous étions une nation aimable qui vivait en paix avec ses voisins. Mais de cruels guerriers ont expulsé nos pères de leur territoire de chasse. Ils tuèrent nos hommes les plus braves et amenèrent nos femmes en captivité. Voilà que nos ennemis reviennent une fois de plus. Je dois mobiliser tous mes guerriers et repousser loin de nos rivages cette cruelle nation. De tes amoureux je ferai des chefs dont les noms seront honorés pour toujours. Si par chance l'un deux revenait, sa main tu ne devras jamais repousser.

          –Mais père ! dit la jeune femme, s'il fallait que mon destin soit de traverser seule ce monde terrestre? Mon cœur se briserait et je me jetterais volontiers tout au fond du lac sur les bords duquel nous avons vécu de nombreux jours heureux. Je ne pourrais jamais vivre seule et il serait trop tard pour que je puisse me repentir de mon inconstance.

          Juste à ce moment, un messager arriva en hâte pour informer le vieux chef que l'ennemi était en vue, qu'il dévalait les collines de la Petite Rivière et atteindrait bientôt la Grande Chaudière (rivière des Outaouais, près du pont des Chaudières). Le chef laissa sa fille en pleurs pour mobiliser ses guerriers qu'il lança contre les hordes ennemies. Alors commença la plus sanglante des batailles dont fut témoin la rivière des Outaouais. Le combat fit rage toute la journée près des chutes de la Grande Chaudière et ne prit fin que lorsque mille braves eurent succombé.

          Les deux guerriers amoureux étaient au nombre des morts et leur corps avait été laissé, sans sépulture, sur le champ de bataille. Assise au bord du lac où campait sa tribu, la jeune fille redoutait d'apprendre le sort que la bataille avait réservé à ses soupirants. Angoissée, il lui semblait entendre son cœur crier : « Oh! Trop tard! » Quand enfin son père revint, ses faibles espoirs s'évanouirent.

Iroquois          Viens Ik8é, viens t'asseoir près de moi, lui dit son père, que je te raconte le déroulement du combat et la mort de tes amoureux qui sont tombés près de moi pendant la bataille. Leur bravoure a stimulé nos guerriers.

          Va, dit-elle, aucune parole ne pourra me consoler cher père. Pardonne-moi. Mes jours sont arrivés à leur terme. Je ne puis vivre plus longtemps. La forêt s'est tue, la nature m'appelle : « Pardonne! Pardonne! Adieu! Adieu! »

          Et d'un seul bon, comme une biche effrayée, Ik8é se jeta dans les eaux du lac où elle repose encore aujourd'hui tout au fond, souriante. Depuis ce jour, on raconte que les deux vaillants guerriers amoureux montent la garde autour du lac et rôdent dans les boisés environnants en implorant le Manitou de leur rendre Ik8é disparue à tout jamais. En vain ils continuent à chercher tous deux, sous la neige et la pluie, leur bien-aimée, celle qui de son vivant n'a pas su choisir. Mais telle une fée, Ik8é rôde autour du lac sans pouvoir les consoler. Condamnée à les voir, elle ne peut être vue d'eux et son amour restera toujours sans retour.

          Tel a été et sera le destin de cette fille volage pour des siècles et des siècles. La légende ajoute que si Ik8é avait sagement choisi, ses deux amoureux s'en seraient mieux portés et elle n'aurait pas si chèrement payé son éternité. Les jeunes filles d'aujourd'hui  et pourquoi pas les jeunes hommes?  devraient prendre le temps d'arrêter un moment leurs pas quand elles se promènent près du lac des Fées pour réfléchir au sort d'Ik8é qui, pour avoir refusé de choisir, a perdu le repos éternel.

Note :

Ik8é (Ikoué) est un mot algonquin qui signifie femme (communication de M. Bernard Assiniwi à l'auteur). Anson Gard a donné à l'héroïne le nom de Womena, ce qui est peu vraisemblable. En effet, pourquoi un nom algonquin aurait-il eu une racine étymologique anglaise ?

Source :

Adapté de Gard, Anson, A., The Legend of Fairy Lake dans The pioneers of the Upper Ottawa and the Humors of the Valley, South of Hull and Aylmer Edition, Ottawa, 1906, pp. 105, 106 et 107.

Héros des Chaudières

          On a peine à imaginer, aujourd’hui, à quoi ressemblaient les rives de la rivière des Outaouais, à Hull et même à Ottawa, à la fin du XIXe siècle. Elles sont alors occupées par de hautes piles de planches coupées par les scieries – 6 millions de mètres dans les années 1850, 61 millions en 1871 –, pour la plupart situées aux Chaudières, c’est-à-dire de part et d’autre des chutes des Chaudières. Ces planches sont coupées par 1 200 scies activées par la seule force du courant des chutes. Dans les années 1880, les Chaudières constituent un immense complexe industriel où plus de 5 000 ouvriers suent sang et eau.

          De nombreuses scieries sont établies à Hull. La vie des travailleursChaudieres eddy 1891 de ces scieries est un véritable enfer digne des romans les plus sombres d’Émile Zola : l’ombre de Germinal planait sur les Chaudières ! On y travaille de 12 à 15 heures par jour, 6 jours par semaine, mais seulement 6 mois par année. Les accidents sont nombreux. Rien que dans les scieries de la E.B. Eddy, on a estimé à 562 le nombre d’ouvriers morts dans des accidents de travail de 1858 à 1888 ! Et bien que la loi interdise le travail des enfants avant l’âge de 12 ans, la réalité est tout autre. Dès l’âge de 10 ans, on les emploie dans les cours à bois, dans les écuries des grandes scieries ou au déblocage des machines enrayées parce que leur petite taille leur permet de se faufiler entre les engrenages des mécanismes... qui parfois se remettent en marche subitement. Quand un enfant meurt dans un accident de travail, on déclare qu’il s’est imprudemment aventuré dans la scierie en jouant !

Les allumettières

Si les conditions de travail des hommes sont abominables, celles des femmes, qui œuvrent dans les fabriques d’allumettes, ne sont pas meilleures. La technique de fabrication des allumettes, au début du XXe siècle, est très dangereuse. Les commencements d'incendie sont si fréquents que chaque allumettière travaille à côté d’une chaudière remplie d’eau pour éteindre les commencements d’incendie qui se produisent dix et même vingt fois par jour. Les vapeurs de soufre qui emplissent l’air de la fabrique, très nocives à forte concentration, empoisonnent, parfois mortellement, les ouvrières. C’est ce qui arrive à une jeune hulloise de 17 ans, Catherine de Champlain, qui en meurt le 8 août 1889. Des jeunes filles de 12 ans, employées à l’emballage des boîtes, reviennent à la maison, le soir, fourbues, les mains écorchées par le carton et les doigts tailladés par le papier.

          Les allumettières, qui trempent les petits bâtonnets de bois dans le phosphore blanc pour en faire des allumettes, sont aussi sujettes à une terrible maladie : la nécrose maxillaire, une maladie semblable à la terrible mangeuse de chair. Un écrivain a décrit la nécrose comme : « ...la mort gluante qui se répand dans la bouche. » Il n’y avait qu’une seule façon d’arrêter la nécrose de la mâchoire : l’ablation de l’os atteint, ce qui avait aussi pour effet de défigurer le malade parfois tout autant que la maladie.

          Au XIXe siècle, les Chaudières étaient bien différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui ; le fameux barrage, appelé « ring dam », n’était pas encore construit et au printemps, les eaux de la grande Chaudière bouillonnaient avec une impétuosité impressionnante. On dit que, la nuit venue, quand les scieries s’étaient tues, le bruit de l’eau qui tombait avec fracas sur les rochers s’entendait à cinq kilomètres à la ronde.

Spectacle aux Chaudières

          Les chutes Chaudières constituaient à elles seules un spectacle impressionnant. C’était alors un merveilleux endroit pour accomplir un exploit. D’autant plus que la ville d’Ottawa, devenue depuis peu la capitale du Canada-Uni, comptait parmi sa population une pléthore de correspondants de presse à l’affût de nouvelles spectaculaires.

 Chaudiere farini         La nouvelle notoriété d’Ottawa y attire le funambule Guillermo Farini, de son vrai nom William Leonard Hunt, un homme originaire de Port Hope, Ontario, qui veut hausser sa popularité au pays en franchissant les chutes des Chaudières sur un fil de fer. Farini, 28 ans, n’en est pas à ses premières armes comme casse-cou. À l’été de 1860, il a franchi les célèbres chutes du Niagara à plusieurs reprises devant des milliers de spectateurs ébahis.

          Le 9 septembre 1864, Farini entreprend de franchir les Chaudières. Il tend, au-dessus des chutes de la grande Chaudière, un câble d’acier de 5 centimètres de diamètre et de 225 mètres de long, à 36 mètres au-dessus de l’eau. À 15 heures tapant, devant une dizaine de milliers de spectateurs, pour la plupart entassée du côté hullois de la rivière des Outaouais, Farini commence à marcher avec nonchalance sur le filin d’acier et se rend jusque de l’autre côté de la rivière. Puis il revient sur ses pas et s’arrête juste au milieu des chutes où, après avoir effectué diverses manœuvres acrobatiques, il se suspend au câble d’une seule une main, au-dessus des tourbillons des Chaudières, sous les applaudissements d’une foule enthousiaste.

          Le même soir, Farini donne un second spectacle à 21 heures. La foule est aussi dense qu’en après-midi. Au moment où le funambule éclairé par des centaines de flambeaux s’engage sur le câble d’acier, la foule réussit à monter sur le pont Union (site de l’actuel pont des Chaudières) d’où elle a été exclue lors de la première exhibition. De cet endroit, le spectacle est encore plus impressionnant. Étant incapables de contrôler l’affluence des spectateurs sur le pont et ayant peur que celui-ci ne s’effondre sous leur poids, les autorités demandent à Farini de couper court à son spectacle, ce qu’il accepte de bonne grâce ne voulant pas associer son triomphe à une catastrophe.

          Trente ans après Farini, un certain Louis Beauchamp réussit, à son tour, à captiver la population hulloise quand il plonge dans la rivière des Outaouais du haut du pont des Chaudières, le 7 mars 1894, devant 5 000 spectateurs. On dit qu’il avait mangé deux bananes sous l’eau avant de remonter à la surface. Dix ans plus tard, il répète son exploit et nage jusqu’au pont Interprovincial (Royal Alexandra). En 1933, quatre jeunes gens d’Ottawa sautent à l’eau sous le pont des Chaudières et se laissent emporter par le courant, à une vitesse de 25 kilomètres à l’heure, jusqu’au pont Interprovincial. Ils voulaient démontrer le caractère insubmersible du maillot de bain Triton.

Sources

OUIMET, Raymond, Une Ville en flammes, Hull, éd. Vents d'Ouest, 1974.
PEACOCK, Shane, The Great Farini, Toronto, Penguin Books, 1995.
Journaux : Le Spectateur (Hull) et Le Temps (Ottawa).

Le jour de l'An de jadis

C'est dans le temps du jour de l'An
On s'donne la main et on s'embrasse,
C'est le bon temps d'en profiter
Ça n'arrive qu'une fois par année !

          Le jour de l'An a longtemps été la fête par excellence des Québécois. Tous le célébraient dans la gaieté avec parents et amis. Mais la veille, on passait la « guignolée », mot qui vient de l’expression « Au gui l’an neuf ! » Cette quête était généralement effectuée par des jeunes gens qui allaient de porte en porte  dans les rangs des campagnes ou les rues de la paroisse au son de la musique. On espérait recueillir pour les indigents des aumônes en nature afin d’égayer leur temps des Fêtes.

          Le groupe qui passait la guignolée ne prenait pas d’assaut les maisons ; il y avait un cérémonial à respecter. On entonna d’abord la chanson « La guignolée », que tous connaissaient par cœur, battant la mesure avec de longs bâtons. Le maître et la maîtresse de la maison ouvraient alors la porte et invitaient les guignoleux à entrer. On servait au groupe beignes et rasades de rhum, puis on leur remettait en don diverses victuailles. On visitait ainsi presque toutes les maisons de la paroisse. La quête terminée, on divisait en lots les produits récoltés, avant de se rendre cette fois-ci chez les plus démunis.Benediction

          Arrivait le jour de l’An, lequel est célébré le 1er janvier depuis 1564 ; avant cette année-là, l’année commençait généralement le 1er avril. Cette journée est exceptionnelle, car, la veille, les enfants se sont couchés en pensant aux étrennes qu’ils recevront le lendemain matin. On dit aux enfants que c’est l’Enfant Jésus qui est passé pendant la nuit et qui a laissé des étrennes. Les étrennes sont généralement des bonbons ou des fruits qui seront remplacés, à la fin du XIXe siècle par des jouets, souvent faits maison. La tradition de remettre les cadeaux au jour de l'An s'est maintenue dans plusieurs familles jusqu'au début des années 1960.

          Si Noël était la fête de la petite famille, le jour de l’An rassemblait la parenté, et avec leur trâlée d’enfants, frères et sœurs se retrouvaient chez leurs parents ou grands-parents, après s’être arrêtés chez des amis et cousins pour leur souhaiter la bonne année. Dès que la plus grande partie de la parenté était réunie, le plus vieux des enfants demandait à son père la bénédiction du jour de l’An. Puis on se souhaitait la bonne année et « le Paradis à la fin de vos jours » en se serrant la main ou en s’embrassant. On se mettait ensuite à table dans un brouhaha indescriptible où chacun faisait bombance. Dans certaines familles, on laissait une place vide à la table, la « place du pauvre » au cas où quelque étranger se serait présenté.

          Le repas terminé, on tassait la table. Puis chacun y allait d’une chanson, souvent reprise en chœur, d’autres jouaient une partie carte. Enfin, on commençait à danser au son du violon, puis du phonographe, parfois jusqu’au petit matin, les enfants étant déjà couchés dans tous les lits de la maison, au nombre de quatre ou cinq par lit, sur le sens de la largeur.

La fête des Rois

          Le jour de l’An achevé, le temps des Fêtes continuaient. La fête des « Rois », le 6 janvier, clôturait ce temps de l’année. C’est une très vieille fête préchrétienne. Chez les juifs, les Grecs et les Romains, on élisait un « roi du festin » pour tourner le pouvoir en dérision. En 1512, le Jour de lan 16pape Jules II décida de donner un nouveau sens à la fête des Rois. Dorénavant, les catholiques étaient tenus d’assister à la messe. On fêtera l’Épiphanie, pou rappeler la visite des rois mages à la crèche, un événement précédemment confondu avec la fête de Noël.

          Ce jour-là, au Québec, les paroissiens se présentaient à la messe, mais se retrouvaient par la suite à la maison pour le repas des Rois. Comme au Moyen Âge, on élisait roi, fût-elle une femme, la personne qui trouvait la fève dans le gâteau des Rois. On l’affublait d’une couronne puis on buvait à sa santé. Le repas terminé, on faisait à nouveau la fête jusque tard dans la nuit.

Sources :

Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, éd. cédérom.
Provencher, Jean, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, éd. du Boréal, 1988.
Souvenirs personnels.

Noël d'antan

          Noël est devenue la grand-messe du capitalisme triomphant, la fête de la consommation et des caisses enregistreuses. Ça n’a pas toujours été le cas : Noël a déjà été une fête essentiellement religieuse, familiale, une fête d’amour empreinte de fraternité. Retour sur Noël et le temps des fêtes de jadis.

          Noël, cette fête qui s’est répandue sur toute la planète ou presque, en perdant sa raison d’être, remonte au IVe siècle de notre ère. À cette époque, les Romains célébraient dans la débauche, vers le 25 décembre, au moment du solstice d’hiver, le culte de Mithra, divinité d’origine persane importée par les légionnaires. Mithra était la divinité du « soleil invaincu ».

          À partir du IIe siècle, les chrétiens tentent de déterminer le jour date de la naissance de Jésus. En 354, le pape Libère choisit la date du 25 décembre pour commémorer la naissance de Jésus « le soleil de justice ».

          Jusqu’au XIIe siècle, la grande fête de l’année chez les chrétiens n’est pas Noël,Noel antan messe mais Pâques, car le christianisme du Moyen Âge est avant tout un « christianisme de printemps », c’est-à-dire celui de la résurrection, de la renaissance. En Orient, les chrétiens ont poussé la réflexion sur la nativité et les Occidentaux rapportent des images illustrant la nativité. Petit à petit, il se fait un retournement au profit de Noël qui souligne l’incarnation de Jésus. La tradition de la crèche commence à apparaître ; elle s’inspire de l’évangile de Luc et serait l’œuvre de saint François d’Assise.

          Au XIXe siècle, on se prépare fébrilement à fêter Noël, car par delà la commémoration de la naissance de Jésus, la fête de Noël est le début d’une période de réjouissances qui ne se terminera qu’avec le Mardi gras. Les semaines précédant Noël, les femmes de la maison cuisinent : beignes, galettes à la mélasse, pâtés, tartes, tourtières, viandes, alors que les hommes coulent le vin de cerise, réduisent le whisky et préparent le caribou.

Les trois chandelles

          On attend la messe de minuit en famille. Dans certaines maisons, on allume trois chandelles : une pour les morts, une pour les vivants et une autre pour les enfants à naître. Une heure ou deux avant la messe de minuit, on quitte la maison en berlot, cutter ou à pied, pour se rendre à l’église. Imaginez-vous ce trajet effectué au son des grelots, le crissement des lisses ou des pas sur la neige durcie, le scintillement des étoiles ou, la neige qui tombe en flocons... et la caresse des fourrures sur les joues !… Certaines nuits de Noël peuvent effectivement porter à l’émerveillement. À la campagne, au village, en ville même, tous les chemins, toutes les rues semblent mener à l’église qui est éclairée comme jamais. Trois messes sont alors dites : la messe de minuit proprement dite, avec le fameux Minuit chrétien, la messe de l’aurore et celle du matin.

 Noel antan         Pendant que la famille se recueille à l’église, des femmes restées à la maison préparent le réveillon. Au retour à la maison, on prête attention aux bruits de l’étable, car une vieille légende veut que les animaux se parlent la nuit de Noël.

          Pas de cadeaux à Noël : on mange, on rit au milieu de la nuit. Puis, on va se coucher à l’aube. Le reste de la journée se passe en famille, souvent à chanter.

          Pendant la semaine qui suit Noël, la routine journalière reprend place sauf pour les affaires d’Église. Le curé visite chacun de ses paroissiens et procède à la « quête de l’Enfant Jésus », accompagné de trois marguilliers.

Sources :

Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, éd. cédérom.
Provencher, Jean, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, éd. du Boréal, 1988.
Souvenirs personnels.

L'Affaire Savignac

          Joseph Savignac était un drôle de zigoto. Dans le recensement du Canada de 1901, pour la ville d’Ottawa, il se déclare être Hydro Physician (hydrothérapeute ?) né en France le 28 janvier 1868, ce qui est faux. De fait, notre homme est issu de parents québécois pure laine et a vu le jour dans le comté de Lanaudière au Québec.

          La famille de notre antihéros semble avoir été touchée par l’instabilité psychique ; plusieurs membres de sa famille ont été soignés à l'asile de Joliette et celle de Longue-Pointe. Évidemment, cette caractéristique familiale n’est pas sans avoir eu un certain ascendant sur Joseph qui était toutefois loin d’être débile.

          En effet, on peut avoir un grain de folie tout en étant intelligent et même très intelligent. C’était sans doute le cas de notre homme qui a fait des études au Collège presbytérien de Montréal. Il y a tant et si bien réussi qu’il a été ordonné pasteur vers 1893. On dit même que Savignac parlait couramment l’hébreu en sus du français et de l’anglais. Pendant six mois, iI a exercé son ministère à Montebello et, à ce titre, il a sans aucun doute été en relation avec Joseph Amédée Papineau, qui, on le sait, avait tourné capot.

          Puis, notre homme a quitté subitement Montebello pour Lowell, aux Massachusetts où il a pris en charge une paroisse de confession baptiste pendant un an. Ensuite, Savignac s’est établi à Ottawa où il a fait la rencontre d'une fille de Templeton, Georgiana Mitchell, qu’il épouse en 1895 à l’église presbytérienne de Hull.

          Sitôt marié, Savignac quitte Ottawa pour la Floride où il y cultive des oranges sans grand succès puisqu’il revient à Ottawa en 1897. Il ouvre alors des... bains turcs, rue Albert, qu’il déménagera rue Slater en 1899. Savignac, qui se fait appeler tour à tour « professeur », « hydropathic physician » et « docteur » songe même un instant à construire un navire... transatlantique !

          Les affaires ne rapportant pas trop bien, le « docteur » Savignac se voit dans l’obligation de cesser ses activités. Il décidé de quitter à nouveau la capitale canadienne pour la Californie. Mais voilà, ses beaux-parents ne veulent pas voir leur fille quitter une seconde fois le pays et celle-ci a décidé qu’elle ne le suivrait pas. Et voilà notre homme en beau… maudit !

          Savignac en arrive à perdre les pédales d’autant plus que depuis quelques jours, il a déjà commencé à vendre les meubles du ménage pour payer les frais de voyage. À ce moment, le couple vit au village de Janeville, le futur quartier Vanier à Ottawa.

Un coup de folie

          Nous sommes le 25 septembre 1906 ; 15 heures viennent de sonner à l’horloge du parlement. Il fait beau et le soleil luit de tous ses rayons au-dessus de la capitale. Dans un dernier effort, Savignac tente de convaincre sa femme de le suivre. Mais voilà, sur l’entre fait arrivent les beaux-parents. La belle-mère prend alors à partie son gendre en lui disant qu’il peut bien aller aux États, mais que sa fille ne le suivra pas. Et Savignac de répondre : « C’est bien, je vais voir à ça. » Il quitte alors la maison sans rien ajouter à son propos. Les beaux-parents se dépêchent à aider leur fille à empaqueter ses affaires, quand soudain Savignac entre dans la maison en coup de vent, revolver à la main. Il tire sur sa femme qu’il atteint à un bras et sur sa belle-mère qu’il blesse au dos.

  Ottawa marche 1911        À son beau-père qui lui demande ce qu’il vient de faire, il répond : « Si ma femme ne veut pas venir avec moi en Floride, elle n’ira nulle part ailleurs. » Puis, il dirige son arme en direction du beau-père… et quitte la maison sans tirer.

          Quelques heures plus tard, toutes les polices de la capitale et de l’Outaouais se mettent aux trousses du « docteur » Savignac. Elles sont suivies et parfois devancées par une meute de journalistes de notre région qui rapporte tous les prétendus déplacements du fuyard.

Un bataille digne des western

          Un jour, des rapports indiquent que Savignac se terre à Ottawa, le lendemain à Orléans et sur le surlendemain, à Cornwall ou à Montebello Le pasteur « hydrothérapeute », qui lit les journaux, ri dans sa barbe. Six jours après ses crimes, il reste toujours introuvable. Enfin, les journaux de la capitale annoncent que des policiers d’Ottawa, Dicks et Ryan, viennent de partir en mission secrète pour procéder à l’arrestation du fugitif.

          La scène se passe aux environs de Beauharnois, dans la ferme d’Arthur Hainault. Savignac s’y terre depuis quelques jours, cherchant un moyen de franchir la frontière étasunienne. Renseignés par un batelier du Saint-Laurent, un certain Lalonde, les policiers s’approchent de la ferme en question. Il est 18 heures et la pluie tombe à torrents d’un ciel sombre qui permet aux policiers de camoufler leur arrivée. Les policiers frappent à la porte du fermier qui ouvre. Assis au bout d’une table, les jambes allongées sur une chaise, les vêtements en lambeaux, mais la barbe rasée, le fugitif lit un journal tout grand ouvert et ne porte pas attention aux visiteurs.

          Le batelier présente les policiers au fermier Hainault. Au même moment, Dicks saute sur Savignac qui se défend promptement. « C’est vous Dicks et Ryan ? », lance le fugitif en ricanant. « C’est vous autres qui voulez ma tête, eh bien, si vous la voulez, gagnez-la. » Un de ses pieds atteint Ryan an plein visage alors que d’un crochet, droit ou gauche, il frappe Dicks solidement à la mâchoire. Table et chaises volent à travers la cuisine dans une scène de lutte indescriptible. Épuisé, Savignac tombe par terre. Il sort de sa poche son revolver dont il arme le chien. Un des policiers parvient à l’immobiliser en l’assommant pour ensuite le désarmer. La bataille est finie et l’« hydrothérapeute » vaincu.

          Le prisonnier est ramené à Ottawa où il est accusé de tentative de meurtre à l’égard de sa belle-mère. L’épouse de Savignac a refusé de témoigner dans la cause de son mari, ce dont elle a droit, et refuse tout autant de porter plainte contre lui.

          Joseph Savignac est jugé en janvier 1907. Son avocat plaide alors la folie, c’est-à-dire la « démence temporaire ». Et bien que plusieurs témoins doutent de la santé psychique de l’accusé, les aliénistes ne s’entendent pas entre eux et Savignac se voit condamner à sept ans de bagne après que le jury l’ait recommandé à la clémence de la cour.

Sources :

Le Temps (Ottawa) 25, 26, 27, 28 et 19 septembre, 1er, 2, 3 et 4 octobre 1906, 31 janvier, 1er et 2 février 1907
The Ottawa Evening Journal (Ottawa) 25, 26, 27 et 29 septembre, 1er et 4 octobre 1906, 31 janvier, 1er et 2 février 1907.
Documentation personnelle.

 

Il y a 350 ans : arrivée du régiment de Carignan

1665. La Nouvelle-France, qui ne compte que 3 200 habitants, est en péril, car elle peine à se défendre contre les attaques des  Iroquois. Son développement est compromis. C'est ainsi que Louis XIV daigne venir à l'aide de sa colonie américaine en y faisant parvenir des troupes régulières.

          C'est ainsi qu'il envoie à Québec 20 compagnies de 50 hommes du régiment de Carignan Soldat carignancommandé par le colonel Henri de Chastelard de Salières et 4 compagnies, tirées de la Martinique, commandées par le lieutenant-général des colonies l'Amérique septentrionale, Alexandre de Prouville de Tracy. Ces compagnies appartiennent aux régiments de Lignières, de Chambellé, de Poitou et d'Orléans.

          Les quatre premières compagnies du régiment de Carignan arrivent à Québec à compter du 19 juin sur le navire le Vieux Siméon, les autres au mois d'août et au mois de septembre suivant. Entre temps, le marquis de Tracy est arrivé en Nouvelle-France le 30 juin.

          Jamais la petite colonie n'avait vu autant de soldats, autant de navires en si peu de temps. Dès la fin août, des soldats sont envoyés construire des forts le long de la rivière Richelieu. C'est ainsi qu'apparaissent les forts Sorel, Chambly, Saint-Jean, Sainte-Thérèse et Sainte-Anne.

          À l'automne, les compagnies sont réparties comme suit :

8 à Québec
5 à Montréal
3 à Trois-Rivières
1 à l'Île d'Orléans
2 à Fort Richelieu
2 à Fort Saint-Louis
3 à Fort Sainte-Thérèse

          En quelques semaines, la petite colonie française modifie sa mentalité d'assiégée en esprit offensif. C'est ainsi que les troupes françaises, appuyées de miliciens, se portent à l'attaque des Iroquois en plein hiver de 1666. Les soldats, chaussés de raquettes et tirant des « traines sauvages » tombent sur les Agniers (Mohawks) non loin de Schenectady qui s'enfuient après une escarmouche. Leur chef avait pour nom le Bâtard Flamand parce que son père était Hollandais.

  Tracy        Épuisés et près d la famine, les soldats prennent le chemine du retour. Au cours du printemps 1666, les rapports entre les Français et les Iroquois alternent entre escarmouches et tentatives de pourparler de paix. En septembre, le marquis de Tracy décide de porter un grand coup et, à la tête de 700 soldats, de 400 volontaires canadiens et d'une centaine d'alliés algonquins et hurons, il pénètre au cœur du pays iroquois. Incapable de résister à une telle force, les Iroquois se cachent dans la forêt et se rendent compte que leurs alliés anglais les ont abandonnés. Les Français brûlent quatre villages iroquois et détruisent leurs récoltes de maïs. Enfin, en juillet 1667, les Iroquois signent un traité de paix. Enfin, les colons peuvent s'établir et travailler sans crainte se long du Saint-Laurent et du Richelieu.

          Afin de peupler la colonie, le roi incite les soldats à rester en Nouvelle-France. On offre aux officiers des seigneuries et des terres aux soldats. Une trentaine d'officiers et un peu plus de 400 soldats décident de rester et 283 d'entre eux épouseront des filles du roi. Pour défendre la colonie, on garde 4 compagnies de 75 hommes chacune. Les autres compagnies retournent en France en 1667 et 1668. On estime à une soixantaine le nombres de soldats de ces troupes qui sont morts au pays ; plusieurs auraient succombé à des engelures.

Sources

CHARTRAND, René, Le patrimoine militaire canadien d'hier à aujourd'hui, 1000-1754, Montréal,éd, Art global, 1993.
Répertoire du patrimoine culturel du Québec, site Internet http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=26633&type=pge#.VjBJcSZdFN0

 

Pontiac, chef des Outaouais

          On ignore précisément où et quand est né Pontiac (entre 1712 et 1725), et les témoignages du XIXe siècle ne concordent pas sur l’appartenance tribale de ses parents. Chose certaine, il devient le chef de guerre des Outaouais, tribu algique, de Détroit.

          Des quelque trente premières années de la vie de Pontiac, il ne reste aucune trace. On sait que quelques centaines de guerriers outaouais vivaient aux abords de Détroit au XVIIIe siècle, c’est-à-dire dans une agglomération située en face de la capitale des Pays d’en haut.

          Pontiac est un allié indéfectible des Français. En 1755, pendant la guerre de Sept Ans, une armée britannique commandée par Edward Braddock se met en route pour prendre le fort Duquesne (Pittsburgh). Pontiac aurait été au nombre de 800 à 1 000 Amérindiens qui, avec la garnison française, infligent une terrible défaite aux Anglais non loin du fort menacé. Environ 300 Outaouais de Détroit et 700 de Michillimakinac séjournent au poste jusqu’en 1756. Éclaireurs vigilants, ils multiplient les raids dans les colonies anglaises. Un an plus tard, Montcalm fait venir un certain nombre de ces Algonquiens (algiques) à Montréal. Le marquis les amènera en expéditionPontiac chef 1 contre le Fort William Henry (ou fort George ; maintenant Lake George, N.Y.). Avant d’attaquer, il compte parmi ses effectifs 30 Outaouais du bourg de Pontiac.

          Quand en 1759 une partie des Outaouais décident de passer dans les rangs des Anglais – la défaite française était alors facile à prévoir – méfiant, Pontiac hésite. Mais la succession des événements ne lui donne pas le choix, les Français étant vaincus à Québec puis à Montréal.

Des alliés bien traités par les Français

          Les Français pourvoyaient les Amérindiens en munitions et les comblaient de services gratuits et de présents. Les Anglais ne tiennent pas à maintenir cette habitude. Néanmoins, dans l’attente de règlements régissant de nouveaux rapports commerciaux, le commandant de Détroit, Donald Campbell, essaie tant bien que mal de maintenir les coutumes de troc suivies jusqu’alors par les Français. Sir William Johnson, surintendant des affaires des Amérindiens du Nord, conseille au général Jeffery Amherst, commandant en chef, de permettre qu’on continue à donner des vivres et des munitions aux indigènes. Amherst répond : « lorsque le commerce se fera comme nous l’entendons, ils seront capables de se procurer eux-mêmes ces choses auprès des traiteurs ». Le régime britannique amène d’autres changements dans l’Ouest : désormais, la traite des fourrures ne se pratiquera qu’aux postes et le trafic du rhum sera totalement supprimé.

          Les Amérindiens sont déçus et  ne tardent pas à protester. En juin 1761, selon Campbell, ils incitent « toutes les nations, de la Nouvelle-Écosse jusqu’au pays des Illinois, à prendre la hache de guerre contre les Anglais ». Alarmé, Johnson convoque une grande conférence de paix à Détroit en septembre 1761. Un fort contingent de troupes l’y rejoindra et complétera l’occupation de tous les postes nouvellement conquis. Juste avant d’arriver à Détroit, Johnson reçoit d’Amherst une lettre qui interdit l’usage d’acheter la bonne conduite des autochtones avec des dons. Il trouve la décision si imprudente qu’à la réunion il n’en dit mot aux Amérindiens et leur offre même des présents. Ce n’est pas Pontiac qui tient à Johnson un discours au nom des Outaouais. On ne saurait dire s’il a simplement voulu laisser parler un chef civil plus âgé, Mécatépilésis, ou s’il a choisi de se taire parce que déjà il ne croyait plus à la possibilité d’un accommodement avec les Britanniques. Les harangues finies, non sans amertume, les Amérindiens ont bientôt conscience de la mise en vigueur des mesures secrètes d’Amherst. Au printemps de 1762, à la fin de la saison de la chasse, ils subissent une grave pénurie de rhum, de poudre et de plomb. Johnson exhorte Amherst à revenir aux usages français de la traite, mais le général rejette son avis.

          Le bruit court alors d’une éventuelle reprise de Québec par les Français, ce qui encourage les Amérindiens à la révolte. À l’été de 1762, un conseil se réunit clandestinement au village de Détroit. Des chefs outaouais, sauteux, hurons, potéouatamis et d’autres du lac Supérieur y assistent avec deux Canadiens. On ignore les motifs du rassemblement. En tout cas, ils sont belliqueux et Pontiac en est assurément l’instigateur, car il est chez lui chef de guerre.

          Comme les Ouiatanons dans l’Ouest, les Tsonnontouans animent un foyer de rébellion dans l’Est en 1762. C’est un soulèvement de tous les Amérindiens qu’ils entendent promouvoir.

          Revenu de la chasse au printemps de 1763, Pontiac veut déclencher une réaction armée. Assuré de l’appui et de la venue des Potéouatamis et de Hurons il convoque un premier conseil secret le 27 avril. Environ 460 guerriers s’y rendent. Un plan d’attaque est élaboré. Trois jours plus tard, 40 à 60 Amérindiens s’introduisent dans le fort Détroit. Ils prétextent vouloir « danser Le Calumet » aux occupants et reconnaissent l’état de la garnison et la situation des magasins.

          Une deuxième conférence a lieu chez les Potéouatamis. Le projet de rébellion se précise. En mai 1763, Pontiac décide d’assiéger le fort de Détroit et de dresser des embuscades à ses approches. Des victimes parmi les fermiers sont vite faites et, en amont de la rivière, des Sauteux attaquent un détachement dont ils tuent quatre hommes parmi lesquels deux officiers. La révolte s’étend à tous les Pays d’en haut et d’éclatantes victoires en marquent l’ampleur.

Exterminer les Amérindiens

          Les Ouiatanons, Kicapous et Mascoutens s’emparent du fort Ouiatanon (près de Lafayette, Ind.) le 1er juin et, le lendemain, les Sauteux prennent Michillimakinac. Les troupes anglaises abandonnent par la suite le fort Edward Augustus (Green Bay, Wisc.). Le 27 mai précédent, en Pennsylvanie, les Loups et les Tsonnontouans avaient occupé. l’établissement de William Chapman, puis assiégé le fort Pitt (autrefois le fort Duquesne). Tôt en juin, les Chaouanons rejoignent les Loups. Les Tsonnontouans brûlent Venango (Franklin, Penn.) vers le 16 juin et, quelques jours plus tard, ils se rendent maîtres du fort de la rivière au Bœuf (Waterford, Penn.). Le 21 juin, en compagnie de 200 Outaouais, Hurons et Sauteux de Détroit, ils s’emparent du fort de la Presqu’île (Erie, Penn.).

 Amherst         Les capitulations des postes anglais augmentent considérablement le prestige de Pontiac à l’ouest des Appalaches. Les Anglais ne tardent pas à réagir en envoyant des troupes dans les régions rebelles. Pire encore, l’ignoble Amherst (il a de nombreuses municipalités et rues à son nom) et le colonel Henry Bouquet mettent au point un plan : fournir aux Amérindiens des couvertures infectées de la variole afin d’exterminer les Amérindiens, plan qui sera partiellement mis en œuvre.

          Enfin, la nouvelle de la signature du traité de Paris fait son œuvre. Pontiac se voit abandonner par plusieurs des siens. Mais il ne délaisse pas pour autant ses activités rebelles et fomente des troubles un peu partout. Enfin, il consent à la paix à la condition que les Britanniques ne considèrent pas la cession des forts français des Illinois comme leur donnant droit de posséder le pays entier et de le coloniser : les Français n’étaient installés chez eux qu’à titre de tenanciers et non de propriétaires ce que les Anglais acceptent (traité non respecté). Pontiac devient alors loyal à la couronne britannique au grand dam de plusieurs de ses alliés. C’est ainsi qu’une tribu d’Illinois décide la mort de Pontiac qui est assassiné le 20 avril 1767 à Kaskakia, Illinois. Des Français emportent alors son corps de l’autre côté du Mississipi et l’enterrent à Saint-Louis (Missouri), avec tous les honneurs.

Sources :

Dictionnaire biographique du Canada.
Lester, Normand, Le livre noir du Canada anglais, Montréal, Les Intouchables, 2001.

La tragédie du mont Obiou

          1950 a été décrétée « année sainte » par le pape Pie XII et à cette occasion, il invite les catholiques du monde entier à faire pèlerinage à Rome.

          L’année sainte correspond à une année déterminée durant laquelle le pape proclame des célébrations pouvant produire des indulgences plénières. Celles-ci « remettent les peines temporelles dues pour les péchés » et s’obtiennent à quatre conditions : confession, communion, visite de quatre basiliques majeures et prières. Depuis 1470, le jubilé se fait tous les 25 ans. L’année jubilaire de 1950 est dite « Année du grand pardon » ou « Grand retour ».

          On sait combien le pèlerinage était populaire au Québec. Pensons à ceux de Sainte-Anne-de-Beaupré, du Cap-de-la-Madeleine ou de l’oratoire Saint-Joseph. Pour faire connaître l’appel du pape, quatre évêques forment, dès le début de 1950, un comité national canadien pour transmettre l’invitation.

 Annee sainte         Des milliers de Canadiens, dont dix mille francophones, se rendent à Rome et les journaux publient les noms des partants de même que des photos de groupes de pèlerins qui s'y rendent par avion ou par bateau.

          Un des groupes de pèlerins, composé de 120 personnes âgées en moyenne de 48 ans, dont Mgr Maurice Roy et le ministre Camille Pouliot, monte à bord du navire Columbia le vendredi 13 octobre 1950, à Québec. Ces pèlerins ont payé leur voyage 860 $ chacun. À cette époque, cette somme est relativement importante compte tenu du fait que le salaire moyen d’un ouvrier ne dépassait guère les 2 000 $ par année. Pour 40 des 120 de pèlerins, il n’y aura pas de retour.

          La traversée de l’océan est difficile : tous les pèlerins souffrent du mal de mer. Ils ont peine à assister aux conférences données sur le navire par les prêtres qui les accompagnent. Enfin, le groupe débarque à Lisbonne (Portugal) le 22 octobre ; il entreprend un véritable marathon de visite de lieux dits « miraculeux ». À peine arrivé, le groupe se rend à Fatima où il prie pendant deux heures pour la conversion de la Russie.

          Deux jours plus tard, il a déjà quitté le Portugal et se trouve en France, plus précisément à Lourdes. Le 25 octobre, il est à Tours et il assiste au dévoilement d’une dalle-souvenir à l’Ermitage Saint-Joseph : c’est-là que mère Marie de l’Incarnation avait révélé son projet de mission en Nouvelle-France. Par la suite, il groupe se rend à Paris, et après un pèlerinage au Sacré-Cœur de Montmartre, il parvient, le 29 octobre, à la basilique de Lisieux.

          Enfin, le 31 octobre, les pèlerins canadiens arrivent à Rome où, dès leur arrivée, ils suivent une procession de la basilique Sainte-Marie-Majeure jusqu’à Saint-Pierre. Et le lendemain, avec 700 000 autres fidèles et 650 cardinaux et évêques, ils assistent à la proclamation du surprenant dogme de l’Assomption de la Vierge.

          Le pèlerinage n’est pas fini. Après avoir été reçu en audience par le pape (12 personnes), le groupe assiste à la béatification de Marguerite Bourgeois. Plusieurs pèlerins n’hésitent pas à dire qu’ils se croient dans « l’antichambre du Ciel ». Plusieurs sont dans l’antichambre de la mort et ne le savent pas.

Un terrible accident

          Le 13 novembre 1950, 40 des 120 personnes du groupe de pèlerins prennent l’avion pour revenir au pays. L’appareil, baptisé le Pèlerin canadien, est un DC-4 Skymaster exploité par la compagnie aérienne Curtiss-Reid Air Tours de Cartierville. Pendant la guerre, ce même appareil avait servi au transport de l’amiral américain C.W. Nimitz.

          Le vol qui devait partir à 8 h est retardé par suite d’une audience accordée par le pape à tous les Canadiens qui se trouvent alors à Rome. La compagnie aérienne en profite pour faire l’inspection des quatre moteurs du DC-4. En début d’après-midi, 40 des 120 pèlerins montent à bord de l’avion en compagnie de 18 ou 20 autres personnes. (Mgr Vachon, archevêque d’Ottawa, avait annulé son voyage de retour à la dernière minute.)

          À 14 h 16, l’avion s’envole ; le plan de vol prévoit une escale à Paris après le contournement des Alpes. Vers 17 h 3, l’aéronef qui a subitement dévié de sa route se fracasse sur le mont Obiou à 2 700 mètres d’altitude et entraîne dans la mort tous les occupants.         Pendant trois jours, une centaine de sauveteurs alpins retirent des débris les restes des occupants de l’appareil de même qu’une imposante masse de dollars américains liés par un fil rouge. Des rumeurs circuleront autour du massif de l’Obiou sur des enrichissements inattendus dans la région. Parmi les débris de l’appareil, on trouve un lot de montres dorées, astucieusement disposées en auréoles et qui auraient échappé au douanier parce que la poitrine d’une femme s’offrait alors comme un sanctuaire inaccessible.

          Les corps des victimes sont d’abord entreposés dans un dépositoire à GrenobleDc4 puis inhumés temporairement, en juin 1951, au Petit Sablon, cimetière magnifiquement situé dans la perspective du mont Saint-Eynard (un dernier corps sera trouvé en septembre 1951). Enfin, en 1955, 53 victimes reçoivent leur sépulture définitive à La Salette-Fallavaux.

          Un des passagers, l’abbé Romano Mocchiutti, prêtre de rite byzantin, verra sa dépouille mortelle transportée en Italie en Alfa-Roméo, limousine qu’un carrossier a transformée pour l’occasion. Or, cet abbé était membre de l’organisation anticommuniste ProRussie et devait être attaché au secrétariat outaouais du délégué apostolique, Mgr Antoniutti.

Un mystère

          Que cachait donc l’avion ? Souvenons-nous qu’en 1950, nous sommes en pleine guerre froide. En 1949, le Vatican émettait un décret menaçant d’excommunication les Français qui « apporteraient leur concours aux communistes ». La chasse aux communistes, appelée « maccarthysme » (du nom du sénateur américain du même nom), est en cours depuis le mois de février, et la guerre en Corée fait rage depuis le mois de juin. De nombreux religieux sont arrêtés et enfermés dans des camps de concentration derrière le « rideau de fer ».

          L’abbé Mocchiutti aurait-il transporté, dans ses bagages, des documents secrets destinés à desservir les intérêts soviétiques dans la guerre de Corée ? C’est la thèse du géographe Louis-Edmond Hamelin. Pour empêcher ces documents de se rendre à destination, les services secrets soviétiques mettent en place l’opération ZACHVAT, consistant à détourner l’avion, sans doute vers l’Autriche. L’équipe de l’opération est composée de deux personnes : une certaine Valentina, une ravissante tigresse russe de 36 ans, et d’un Méditerranéen, Amilcar, gorille obéissant aveuglément à Valentina.

          Mais deux personnes pour détourner un avion à une époque où cela n’est pas encore courant, c’est peut-être trop peu. Quoi qu’il en soit, il y a peut-être eu lutte dans l’appareil qui a brusquement dévié de sa course pour enfin s’écraser sur l’Obiou le 13 novembre 1950. Le Canada ne mènera aucune enquête officielle sur ce fameux écrasement.

Sources:

Hamelin, Louis-Edmond, L’Obiou : Entre Dieu et Diable, éd. du Méridien, 1990 ; journaux d’époque ; documentation personnelle.

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