Biographies

Ludger Genest (1847-1910) chef des pompiers de Hull

            Né à Saint-Henri-de-Lauzon, au Québec, le 3 décembre 1847 du mariage de Charles Genest dit Labarre et de Marguerite Beaulé, Ludger Genest[1] est le 12e d’une famille de 22 enfants. Après avoir travaillé dans les chantiers de la Gatineau et de l’Outaouais, il s’enrôle dans le 17e bataillon d’infanterie de la milice de Lévis pour ensuite s’engager dans la police provinciale créée depuis peu. C’est d’ailleurs à titre de policier qu’il est affecté au détachement de Hull en 1874. Cinq ans plus tard, il entre dans la police municipale hulloise à la tête de laquelle il sera nommé l’année suivante.

            En 1883, Ludger Genest, avait essayé d'organiser une compagnie de pompiers volontaires, mais sans succès puisque, en janvier 1885, il n'y en avait toujours pas. En fait, le service d'incendie n'était plus composé que du chef de police et de son assistant qui, à eux deux, n'avaient pas assez de bras pour actionner la pompe Victoria. Quoi qu'il en soit, en juillet 1885, Genest revient à la charge et parvient à former un corps composé d'une compagnie de pompiers et d'une compagnie d'échelles et de crochets composé d'une trentaine de volontaires. Le corps prend le nom de brigade Jacques-Cartier[2] et la ville lui consent une subvention annuelle de 200 dollars jusqu'en 1892. Services de police et d'incendie dépendent désormais d'un seul chef : Ludger Genest.Ludger genest

            Genest est un véritable homme à tout faire. Non seulement est-il longtemps le chef de police et des pompiers de Hull, mais c'est aussi lui qui organise le premier recensement municipal en 1885, et qui numérote, en 1886, les maisons de la ville pour la première fois. De plus, il est un « patenteux » qui essaie constamment d'améliorer le fonctionnement de l'équipement des services publics – eau, feu, police – dont il a la charge. Il invente le dévidoir automatique qui « ...au lieu d'enroûler [sic] ou de dérouler les boyaux sur un cylindre, c'est le cheval qui, tout en continuant sa course fera cet ouvrage. Tout se mut [sic] au moyen de poulies[3]. » Et conscient que la brigade des pompiers doit être sur les lieux d'un incendie dans les délais les plus brefs pour avoir une chance de maîtriser les flammes – après cinq minutes, le feu augmente de volume huit fois à la minute –, et que les minutes passées à atteler les chevaux aux dévidoirs laissent aux flammes le temps de devenir incontrôlables, il conçoit, avec ses hommes, un système ingénieux :

Les attelages des chevaux étaient suspendus au-dessus de travails des dévidoirs, à la hauteur des chevaux; ces derniers viennent d'eux-mêmes [sic] se placer sous leur harnais respectif et par un mécanisme ingénieux de la propre invention du chef Genest, le cheval est attelé en une demie-minute [sic][4].

Un homme mal aimé, mais indispensable

            En 1894, Genest perd la charge de chef des pompiers dans le cadre d’une vendetta politique, mais conserve celle de chef de police. Il reprend son poste de chef des pompiers en 1896 qu’on lui enlèvera à nouveau en 1899. Quasi indispensable, il redevient chef des pompiers en 1901, charge qu’il conservera jusqu’à son décès en 1910.

            Le 18 septembre 1906, la chute principale des Chaudières de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, est à sec. Genest invite alors un groupe d’amis à dîner sur le site rocheux des chutes où il a fait ériger une tente. Après avoir brisé une bouteille de champagne, on allume un feu pour préparer un repas qui est dégusté par une vingtaine de personnes dès la fin du discours de circonstance prononcé par maître Lorenzo Leduc[5].

            Époux de Marie-Louise Laflamme qu'il a mariée en 1876, il meurt à Hull le 1er avril 1910[6]. « […] Différentes vues des funérailles du chef Genest[7] » sont alors présentées au cinéma/théâtre Eldorado, rue Principale. C'est sans doute le premier reportage cinématographique tournée dans l'ancienne ville de Hull[8].

Sources :

Voir Ouimet, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éditions Vents d'Ouest, 1994.


[1] Notons qu’à son baptême, Ludger Genest a reçu le prénom d’Esdras.

[2] À ses débuts, la brigade était composée des personnes suivantes : Ludger Genest, chef; J. Blais, capitaine; V. O. Falardeau, lieutenant; Joseph Séguin, secrétaire; Ferdinand Côté, sergent; J. Carrière, sergent; et les pompiers J. B. Cyr, T. Latour, A. Guilbault, J. Vaillancourt, J. Gagné, D. Grondin, T. Legault, C. Gravelle, J.-B. Saint-Jules, A. Coursol, Noé Carrière, A. Dion, C. Girouard, P. Durocher, T. U. Proulx, Z. Ouellette, Félix Desrochers, Victor Bilodeau, A. Pariseau, L. Lemieux, J. Legault, F. Ouellette, P. Gravelle, J. B. Ménard et E. Tessier.

[3] Le Spectateur (Hull), 14 septembre 1889.

[4] Ibid., 7 février 1890.

[5] Boutet, E. Le bon vieux temps à Hull, Hull, éd. Gauvin, 1971, p.52 et 53.

[6] Il a eu douze enfants dont sept lui ont survécu : sœur Marie de Lourdes (sœur grise), Edgard, Urgel, Oscar, Omer, Alice et Conrad.

[7] Le Temps (Ottawa) 4 avril 1910.

[8] Hull fait partie de la ville de Gatineau depuis 2001.

Louis Étienne Delille Reboul : un prêtre hors du commun II

La fondation de la Ville de Hull 

      En 1866, Louis Reboul se met à la tête des citoyens  du village de Hull pour réclamer l’ouverture de rues, la construction de chemins et de ponts. En 1868, il prône la séparation du village et du canton de Hull aux fins municipales. En organisant la paroisse Notre-Dame, il met en place une structure qui facilitera la fondation de la « cité de Hull » en 1875. Puis, il entreprend des démarches pour doter Hull d’une charte municipale.

       La Ville de Hull fondée, Reboul continue à s’intéresser aux affaires municipales et n’hésite pas à s’engager quand il estime son intervention nécessaire. On fait d’ailleurs souvent appel à lui pour régler des questions épineuses. Un certain nombre de citoyens hullois dont Ezra Butler Eddy, le docteur Graham et, croit-on, Alonzo Wright, avaient réussi à modifier, en catimini, la charte municipale au mépris des intérêts de la population hulloise. Ayant pris connaissance de cette machination, le père Reboul n’hésite pas à en informer le premier ministre du Québec, Charles-Eugène de Boucherville, et à demander justice. Il réussit à faire partager ses convictions par le nouveau conseil municipal qui, après avoir corrigé la charte, délègue les conseillers Charles Delude et Narcisse Trudel, de même que le père Reboul, auprès du gouvernement québécois pour faire adopter les amendements.Eglise ndg 001

       Bien que les affaires municipales, scolaires et sociales prennent la majeure partie de son temps, Louis Reboul ne désintéressera jamais des hommes de chantiers qu’il continue à visiter tous les hivers, pendant deux à trois mois. À partir de l’automne 1876, il souffre de plus en plus souvent de violents maux de tête. Cela ne l’empêche toutefois pas d’entreprendre, le 8 janvier suivant, sa 24e campagne de mission des chantiers. Après la visite d’un 43e chantier, il tombe si gravement malade qu’on doit le ramener en toute hâte à Mattawa (Ontario) où il expire quelques jours plus tard, soit le 2 mars 1877.

La mort de Reboul

          Dès que sa mort est connue, toute la population du village de Mattawa vient lui rendre un dernier hommage. Une foule immense accueille à Ottawa la dépouille de Reboul puis, accompagne les restes du prêtre précédés par la fanfare de Hull qui joue des airs funèbres. Le char s’arrête devant l’église Saint-Jean-Baptiste où le curé de la paroisse chante un libera solennel. Puis, le cortège funèbre reprend sa marche escorté par une compagnie de voltigeurs. Enfin, le cortège défile dans les rues de Hull où on entend les cloches de l’église Notre-Dame pleurer la mort du fondateur de la paroisse. À mesure que la procession avance, la foule recueillie, pressée sur le bord des rues et même montée sur le toit des maisons, ne cesse de croître.

       À l’église de Hull, Mgr Eugène Duhamel, évêque d’Ottawa, qui prononce l’oraison funèbre de Reboul s’écrie : « Citoyens de Hull, vous n’oublierez jamais qu’il a été, je le dirai, le premier et le plus actif parmi ceux qui ont travaillé à la fondation et au progrès de votre jeune cité. » Enfin, on inhume le corps de Reboul dans l’église qu’il a lui-même construite. Son corps sera par la suite tranféré au cimetière Notre-Dame, boulevard Fournier, à la suite de la conflagration qui détruit l'église en 1888.

Sources 

BRAULT, Lucien, Hull 1800-1950, Ottawa, Les éditions de l'Université d'Ottawa, 1950.
CARRIÈRE, Gaston, Louis Reboul, o.m.i., 1827-1877, organisateur de la vie religieuse à Hull, Ottawa, Les éditions de l'Université d'Ottawa, 1959.

 

 

Louis Étienne Delille Reboul : un prêtre hors du commun I

       S’il est un pionnier de l’Outaouais qui mérite notre reconnaissance, c’est bien le père oblat Louis Étienne Delille Reboul. Le journaliste Ernest Cinq-Mars, qui a rédigé la première histoire de l’ancienne ville de Hull, écrivait, en 1908 : « Le R.P. Reboul, se trouvant à Hull en face de tout à commencer, commença tout. »

       Né en France à Saint-Pons (Ardèche) le 4 décembre 1827, Louis Reboul est le septième d’une famille de neuf enfants. Il entre au séminaire en 1840 et quand un père oblat de Montréal se rend en France, sa parole convaincante décide la vocation oblate de Reboul. En 1852, Mgr Joseph Eugène de Mazenod, fondateur des missionnaires oblats de Marie Immaculée, l’élève à la prêtrise.

       En 1853, les Oblats dépêchent Louis Reboul au Canada. Il se rend à Bytown (Ottawa) où sa communauté est établie depuis 1848. Dans un premier temps, il sert d’auxiliaire à Mgr Guigues dans les différentes missions du diocèse puis, de vicaire à La Visitation de South-Gloucester. Dès 1854, Reboul se consacre aux missions. Il passe les étés de 1854 et 1855 à la Baie James et lance l’œuvre des chantiers. En 1856, il est à Maniwaki, lieu à partir duquel il visite les missions de la Gatineau et de la Baie James.

       Au printemps 1858, Reboul est nommé chef de la mission des chantiers. À partir de cette époque, il visite, chaque hiver, une soixantaine de chantiers de l’Outaouais où il dit la messe et confesse les bûcherons de toutes nations. L’hiver terminé, le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cages et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Aux Chaudières (Hull), les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter la chute des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown, le père Durocher avait fait construire à Hull, en 1846, une chapelle qu’il avait dédiée à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui a surtout été connue sous le vocable de « chapelle des chantiers ». On dit que souvent Reboul prêchait aux bûcherons et cageux, à partir du balcon de la chapelle.

       En 1860, l’évêque d’Ottawa charge Reboul de la desserte des catholiqLouis Étienne Delille Reboulues de la future ville de Hull. Dès cette époque, le prêtre ardéchois devient la véritable cheville ouvrière des Chaudières. En 1864, il agrandit la chapelle puis voit à l’organisation de deux écoles, l’une pour garçons et l’autre pour filles. En 1872, il est nommé président de la commission scolaire de Hull qu’il dirigera pendant 5 ans. Il s’attelle à la construction d’une école en pierre pour les garçons et obtient que les Frères des écoles chrétiennes viennent y enseigner.

       La chapelle des chantiers étant devenue trop petite, il commence, en 1868, la construction d’une grande église en pierre qui deviendra le siège de la paroisse Notre-Dame en 1871. Le père Henri Tabaret, supérieur du Collège d’Ottawa, écrit en 1871 : « La construction de l’église avance. Le P. Reboul qui en a la direction s’en donne à cœur joie, car vous savez qu’il n’est jamais plus heureux que lorsqu’il est au milieu des ouvriers. » Au grand déplaisir des Hullois, un autre que Reboul est alors nommé curé de la nouvelle paroisse : le père Charpeney.

L'âme de Hull

       Reboul est alors l’âme de Hull, celui à qui on s’adresse quand il y a des problèmes à régler. Quand le tocsin se fait entendre, il arrive le premier sur les lieux, organise les moyens de protection, applique les échelles et monte sur les toits ou se précipite dans les maisons enflammées pour y arracher des flammes quelque personne ou objet. Son ascendance sur ses concitoyens est considérable. Un jour, deux hommes décident d’aller vider leur querelle sur une petite île sise au beau milieu de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, pensant qu’ils seraient là en sûreté. Deux cents hommes les suivent pour assister à la bataille qui promet d’être spectaculaire, sanglante même. Quand Reboul apprend le projet des deux hommes, il saute dans un canot et arrive bientôt sur la petite île bondée d’hommes excités. Sans hésiter un instant, il sépare les belligérants et met fin au combat, séance tenante. Puis, il réprimande les spectateurs qui bêtement avaient encouragé la violence.

       Hull est alors en très grande partie le fief de la famille Wright, ce qui fait obstacle au progrès de la future ville : 50 ans après l’arrivée de Philemon Wright, Hull n’est qu’un petit hameau d’une demi-douzaine de maisons. Et pourtant, Wright avait reçu des instructions du gouverneur Dalhousie pour l’établissement d’un village qui n’a pas encore vu le jour. Wright et ses descendants acceptent bien de louer leurs terrains aux nouveaux venus, mais refusent de les vendre à ceux qui désirent y construire leur maison. Ce régime de propriété, appelé « constitut », est un sérieux handicap à la fondation et à l’expansion d’un véritable établissement urbain. Pas étonnant que les nouveaux arrivants dans la région choisissent de s’établir à Bytown qui compte alors plus de 7 000 habitants.

       Heureusement, il y a Reboul, véritable homme à tout faire qui a aussi à cœur le bien-être matériel des Hullois avec lesquels il n’hésite pas à travailler à l’aménagement de services collectifs. C’est lui qui obtient du gouvernement les fonds nécessaires à la construction d’un pont sur le ruisseau de la Brasserie dont il surveillera lui-même les travaux. Il ne se contente pas de diriger les ouvriers, mais travaille autant qu’eux, s’exposent au soleil, à la neige, à la pluie et au froid, passant des journées entières avec des vêtements humides ou mouillés, ne pouvant comprendre qu’on put le plaindre. Pas étonnant que les Hullois aient tant aimé cet homme. À suivre...

Le secret de Raoul Denonville, l'homme qui n'a jamais été

       Raoul Denonville : on ne sait rien ou presque de ce personnage sinon qu'il serait né au Québec au début des années 1890, un 27 avril. Mais aucun document, aucun recensement n’en fait état. Mais nous savons, par contre, qu'il avait une sœur qui vivait à Hull (aujourd'hui Gatineau). Du moins l'a-t-il prétendu. On a dit que son accent était celui des gens des Cantons de l'Est et même celui d'un Français. Mais tous ces dires ne sont que spéculation : personne ne sait ni ne connaît l'origine de Raoul Denonville. Chose certaine, il était unilingue français – certains ont même qualifié son français de « joual ». Il savait lire, puisqu'il possédait de très nombreux numéros de l'édition française du Reader's Digest.

       La Grande Guerre (1914-1918) battait son plein quand Raoul Denonville est arrivé à River Valley, comté de Nipissing, dans le Moyen Nord ontarien, accompagné de Wilfred Jean. Les gens de River Valley ont alors cru que les deux hommes étaient des soldats déserteurs venus du Québec. Quoi qu'il en soit, ils se sont installés dans une cabane en bois rond, en haut du lac Grassie, où ils ont habité pendant toute la guerre et même pendant quelque temps après la paix signée. Puis Wilfred Jean s'en est allé.

       Denonville a passé presque toute sa vie à faire du trappage etDenonville raoul001 il vendait ses maigres prises à LaFrance Furs à Sudbury. Mais il a aussi travaillé à la scierie de Cockburn au lac Emerald où il a été draveur. Ses collègues ont dit qu'il travaillait fort et même souvent plus fort que les autres employés.

       L'homme croyait dans la capacité de la nature pour guérir des maladies ; il se soignait avec des racines et des herbes, car il détestait les médecins, les hôpitaux, les aiguilles et les pilules. Il prétendait que les aiguilles donnaient le cancer, que les pilules n'avaient aucun pouvoir de guérison et que certains médecins empoisonnaient leurs patients. Quand ses yeux ont été affligés de la cataracte, il est allé se faire opérer à Sudbury, suffisamment loin de son bled, River Valley, pour conserver un secret, un secret qu'il n'a jamais dévoilé.

       Denonville ne consommait pas d'alcool, mais a fumé jusque dans la soixantaine avancée. Quand l'heure de la retraite est arrivée, il a refusé de demander la pension de sécurité de vieillesse, car il estimait que les contribuables étaient déjà suffisamment taxés sans qu'ils aient à le soutenir financièrement. Une bonne âme qui a réussi à le ramener à la raison l'a aidé à remplir les papiers nécessaires à l'obtention de la pension à laquelle tous les Canadiens ont droit.

       À la fin de sa vie, Raoul vivait dans une cabane en bois rond près de la rivière Temagami. De nombreux concitoyens croyaient qu'il cachait de l'argent dans sa masure ou encore dans la doublure de ses vêtements.

Une partie du secret éventée

       Le 4 mars 1970, on trouve Raoul Denonville sur le plancher de son petit logement où il est étendu depuis quelques jours, inconscient. Une ambulance le transporte à l'hôpital Saint-Jean-de-Brébeuf, à Sturgeons Falls, pour lui sauver la vie. On lui enlève ses vêtements bien qu'il lutte pour empêcher qu'on lui retire son pantalon. Stupéfaction : on découvre que Raoul est... une femme ! Pas question de divulguer cette découverte même quand le patient meurt le 14 mai 1970. Le code de déontologie des autorités hospitalières, des médecins, des prêtres et autres professionnels s'y oppose. Mais la nouvelle fera très rapidement son chemin bien que les médecins et, plus tard, la maison funéraire Théorêt inscrivent, sur les papiers officiels, que Denonville est un mâle.

       La police, qui ne sait pas encore de quoi il en retourne, procède à la fouille de la cabane du disparu. On y trouve un coffre marqué aux initiales A. H., une valise et des vêtements. Dans un garde-robe, il y a des souliers et des couvre-chaussures de femme, des vêtements ainsi qu'un manteau. On trouve aussi un petit anneau pour femme et rien d'autre. Pas de petits pécules ni même le nom d'un parent.

        Qui était Raoul Denonville ? Bien qu'elle soit décédée depuis 48 ans et que madame Florence Serré en ait fait un sujet de recherche, les origines de l'homme/femme de River Valley restent toujours un mystère. Aujourd'hui, Raoul Denonville repose dans le cimetière de River Valley dans une concession anonyme.

Sources :

LABELLE, Wayne, West Nipissing Ouest, "River Valley resident died with his secret", s.l. n.d., pages 122 et 123.
SERRÉ, Florence, communication à l'auteur en mars 2018.
The North Bay Nuggett (North Bay), 1er avril 1971, article de Wayne LaBelle du Nugget Sturgeon Bureau.

 

 

Catherine de Baillon, mystérieuse fille du roi

          Les filles du roi, jeunes femmes envoyées en Nouvelle-France pour se marier, intéressent beaucoup de généalogistes et d'historiens depuis plusieurs années. Si on sait presque tout sur la vie en Nouvelle-France de ces filles à marier, on ne sait toutefois presque rien sur leur vie en France. Pourquoi ont-elles quitté la France ? L'ont-elles quitté volontairement ? Étaient-elles orphelines ? Filles rebelles ? On tout cas, l'une des plus belles énigmes est celle de Catherine de Baillon.

          Né aux Layes (département des Yvelines) en 1645 du mariage d'Alphonse de Baillon (1590-1648), écuyer, sieur des Enclaves et de la Massicotterie, et de Catherine de Marle (1612-1680), Catherine perd son père en novembre 1648, mais sa mère se remarie, avec Marq d'Amanzé (1616-1669), écuyer, sieur de la Fond. Par après, on n'entend plus parler de Catherine, en France, cNd des layesjpgomme si elle avait grandi à part de sa famille. Elle arrive à Québec en 1669 avec un contingent de 150 jeunes femmes tirées de l'hôpital de La Salpêtrière à Paris. L'ursuline, Marie de l'Incarnation, écrivait alors à son fil en octobre 1669 : « [...] il y en a de toutes conditions, il s'en est trouvé de très-grossières, et de très-difficiles à conduire  [...] » Elle ajoutera : « Il y en a d'autres de naissance et qui lui ont donnée [à Anne Gasnier, recruteuse] plus de satisfaction. » Catherine de Baillon était, de par ses parents, de noble naissance.

          Catherine avait deux demi-sœurs, nées du mariage de son père avec Claude Dupuy en 1639 : Élisabeth, née en 1633 et mariée à Paul Hanot, notaire et procureur du roi à Neauphle-le-Château ; Claude Marie, née en 1635 et mariée à Gilles Thiboust, commis aux aides et greffier de la prévôté de Neauphle-le-Château. Cadette de la famille, elle a un frère, Antoine, né en 1643, marié à Marthe Deruel de Beauregard ; une soeur : Louise, née en 1644, mariée à 1) Jacques Pocquet, écuyer, sieur de Champagne, brigadier des gardes du duc de Montausier, 2) Jacques Stoup, écuyer, sieur de Courmont, officier de la vénerie du duc d'Orléans.

          La famille de Catherine avait de puissants alliés. Parmi eux, Jehan de Fleury, écuyer, lieutenant de la galère La Patronne, lieutenant de la louveterie du roi, gentilhomme de la grande bannière du roi, chevalier du Saint-Empire et seigneur des Violettes. Il avait épousé la sœur de Loyse de Marle, Catherine, en 1645. Fleury, était le fils d'un célèbre architecte, René Fleury, contrôleur général des bâtiments du roi, et le neveu de Jehan Desmaretz (1595-1676), seigneur de Saint-Sorlin. Ce dernier était un personnage considérable. Ami intime du cardinal de Richelieu, il a été l'un des fondateurs de l'Académie de la langue française, secrétaire général de la marine du Levant, poète et dramaturge.

          Ce qui rend encore plus incompréhensible la venue de Catherine de Baillon en Nouvelle-France est la carrière de son frère, Antoine. D'abord page d'Henry Gaston de Bourbon, bâtard du roi Henri IV, évêque de Metz, il devient écuyer, puis premier écuyer du même homme devenu duc de Verneuil. À la mort du duc survenu en 1682, Antoine devient lieutenant de la louveterie du Gand Dauphin de France. Et à son mariage avec Marthe Deruel de Bauregard en 1686, il devient gouverneur du château du Pont-de-l'Arche en Normandie. Ce qui est encore plus surprenant est la liste des personnes qui ont assisté à la signature de son contrat de mariage. Parmi les plus considérables :

Louis XIV
Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France
Louis de France, dauphin
Marie-Anne Christine de Bavière, épouse du dauphin
Charlotte Séguier, duchesse de Verneuil
Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier
Antoinette Servien, duchesse de Sully
Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès
Marie-Julie de Sainte-Maure, duchesse d'Uzès
Julie de Crussol
Gabrielle Angélique de La Motte-Houdancourt, duchesse de La Ferté
Françoise-Julie de Grignan, belle-fille de la célèbre épistolaire, madame de Sévigné
Etc.

 Massicotterie         Malheureusement, Antoine n'a pas bénéficié longtemps de ses puissantes relations, car il meurt en août 1685 en laissant une épouse enceinte qui meurt en couche en avril 1686.

          Avec de telles relations, on ne peut faire autrement que se demander pourquoi Catherine de Baillon a quitté la France pour s'établir dans la vallée du Saint-Laurent ? Elle y a épousé Jacques Miville en novembre 1669, donné naissance à sept enfants en onze ans et, rendu l'âme en 1688 à La Pocatière à l'âge de 42 ans. Elle aurait dû normalement vivre la vie que ses sœurs ont eue, et ce, dans le relatif confort du XVIIe siècle. Mais tel n'a pas été son cas. Et en dépit d'une dot de mille livres, Catherine n'aura pas eu la vie facile d'autant plus que son mari a fait faillite en 1675 pour devenir, par la suite, simple fermier de Charles Aubert de La Chesnaye.

          Aujourd'hui, Catherine de Baillon compte plusieurs centaines de milliers de descendants en Amérique du Nord. Vous en êtes peut-être un. Qui sait ?

Pour en savoir plus :

OUIMET, Raymond et MAUGER, Nicole, Catherine de Baillon : enquête sur une fille du roi, Sillery, éditions du Septentrion, 2001, troisième tirage, 268 pages.

OUIMET, Raymond, La fortune d'Antoine de Baillon, frère de Catherine, in « Les mémoires de la Société généalogique canadienne-française », vol. 66, no 1, cahier 283, printemps 2014, p. 25 à 31.

Une femme de tête et de coeur : Laurette Larocque dite Jean Despréz

          Si les femmes d’aujourd’hui obtiennent leur lot de reconnaissances, elles peuvent remercier leurs devancières qui ont lutté sans relâche pour occuper dans la société une place équivalente aux hommes. Parmi ces devancières : Laurette Larocque dite Jean Despréz.

          C’est dans l’ancienne ville de Hull que Laurette Larocque naît le 1er septembre 1906 du mariage d’Adrien Larocque et de Rose-Alma Berthiaume. Adrien Larocque est propriétaire d’une librairie-papeterie à une époque où le livre est rare au Canada français. Cet environnement a très tôt influencé Laurette Larcoque. Non seulement son père fait-il partie du Cercle dramatique de Hull, mais son grand-oncle, Alfred Berthiaume y a joué Michel Strogoff en… 1895 !

          Dès l’âge de neuf ans, la petite Laurette organise des séances de théâtre pour ses camarades qui doivent remettre trois pinces à linge pour y assister. Pour s’assurer d’un nombre suffisant de spectateurs, elle confectionne des affiches que ses frères diffusent auprès des marchands.

          Laurette fait ses études secondaires au couvent Notre-Dame-de-la-Merci à Aylmer où elle organise nombre de séances de théâtre, dont Les Femmes savantes de Molière. Devenue jeune femme, elle sait provoquer au moyen de ses vêtements. Pis, elle se maquille. René Provost, père de Guy, dit de Laurette : « l’un des plus beaux brins de fille de Hull avec en plus un petit extra qui lui est bien personnel. »

          En 1922, Laurette travaille à la librairie de son père où elle dévore à longueur de journée livres et revues de toutes sortes. Puis un jour, elle tombe amoureuse d’un certain Oscar Auger qui a vu le jour à proximité de l’actuel théâtre de l’Île en 1901. Oscar, qui change son nom pour Jacques, est un jeune acteur à la voix grave dont Laurette boit littéralement les paroles, ce qui fait que la jeune femme opte résolument pour faire carrière, elle aussi, au théâtre.

          Avec Jacques Auger, Laurette fait des tournées en Outaouais et même à Montréal jusqu’au jour où son amoureux obtient une bourse pour étudier à Paris en 1929. Un an plus tard, et sans crier gare, Laurette va rejoindre son amoureux à Paris. Auger se sent pris au piège. Elle fait tant et si bien, que deux mois après son arrivée en France, elle réussit à se faire épouser par le beau Jacques Auger (25 novembre 1930) qui souvent lui reprochera : « Tu m’as envahi à Paris. » Dans la Ville lumière, Laurette étudie à la Sorbonne et chez des professeurs d’art dramatique. Cependant, le couple connaît rapidement le désenchantement surtout que Jacques boit plus que de raison.

Une femme aux multiples talents

          Le couple peine à survivre. Heureusement, Adrien Larocque leur envoie des mandats-poste Larocque lauretterégulièrement. Le couple revient au pays en 1933 et Laurette obtient un poste à l’Université d’Ottawa où elle enseigne la diction, la phonétique et la mise en scène. En même temps, elle fonde l’école de spectacle de Montréal. De plus, elle écrit pièces de théâtre et des contes. En 1938, elle obtient son premier rôle de comédienne professionnelle dans le radioroman Vie de famille auprès de Nicole Germain, Mimi d’Estée et Guy Maufette. L’année suivante, elle devient critique de théâtre dans le magazine Radiomonde. Les années 1930 annoncent déjà une femme exceptionnelle.

          Laurette Larocque est une femme sensuelle. Nombreux sont ceux, et surtout celles, qui lui reprochent ses blouses sans manches, ses décolletés, ses jupes au-dessus des genoux et ses robes moulantes sans compter la cigarette. Elle s’en fout royalement : c’est une femme émancipée et n’entend pas courber l’échine devant l’Église. Deux jolis contes offrant quelques situations osées pour l’époque, entraîne une rupture avec l’Université d’Ottawa dirigée par les Oblats de Marie Immaculée. N’empêche, Laurette écrira une pièce, Le miracle du frère André, qui obtiendra un joli succès au pays.

          En 1938, Laurette Larocque s’établit définitivement à Montréal. De mai 1939 à décembre 1943, elle ne publie pas moins de 24 nouvelles dans La Revue moderne tout en jouant au théâtre. De 1940 à 1943, elle écrit le radioroman à succès C’est la vie. Et à partir de 1938, Laurette Larocque commence à écrire sous divers pseudonymes, dont ceux de Carole Richard et Suzanne Clairval. Mais c’est un nom d’homme qu’elle finira par adopter une fois pour toutes – Jean Despréz – parce qu’elle s’est aperçue que trop souvent on lui retournait ses textes sous prétexte qu’une femme n’a pas à se sortir la tête de ses chaudrons !

          L’ère de Jean Desprez commence. Elle loue, à trois dollars par mois, une machine à écrire qui crépite sept jours sur sept et produit toute une flopée de radioromans : M’amie d’amour, Jeunesse dorée, Chez Rose, La Marmaille, Docteur Claudine, Yvan l’intrépide. Tous les matins de la semaine, elle collabore à une série d’entrevues à Radio-Canada, avec Jean-Maurice Bailly, qui s’intitule Sur nos ondes.

          Deux ans après la naissance de leur fille, le couple Auger-Larocque se sépare. À cette époque, Jean Despréz jouit déjà d’une immense popularité : à la fin des années 1940, elle bénéficie de revenus annuels de l’ordre de 50 000 dollars. En 1944, elle avait collaboré à la réalisation du film Le Père Chopin en écrivant les dialogues. Femme généreuse, Hubert Loiselle dira d’elle : « Quand un comédien était sans le sou, elle lui créait un personnage dans ses feuilletons. »

Une femme malheureuse

 Tombe laurette         Cette femme-orchestre ne prend guère soin de sa santé ; elle se surmène. Elle souffre de névralgie et de troubles gastriques, s’endort avec des somnifères. (Elle devient quasiment sourde au début des années 1960 et doit porter un appareil auditif dans chaque oreille.) Sa silhouette s’est alourdie et sa vue baisse. Pour mieux cacher son embonpoint, elle donne dans l’élégance tapageuse. Pourtant, cette femme n’a que 45 ans !

          Elle fait son entrée à la télévision en 1955 quand elle écrit une série de dramatisations historiques Je me souviens et vend, plus tard, l’idée d’un jeu culturel à la télévision d’État : Faites vos jeu. Mais son plus grand succès télévisuel a été le téléroman Joie de vivre qui a tenu l’affiche de 1959 à 1963, soit pendant 4 saisons.

          Jean Despréz femme-orchestre ? En voici la preuve. Elle dirige des courriers du cœur tant à la radio (CKLM) que dans les journaux (Photo-Journal et Télé-Radiomonde) et à la télévision (Radio-Canada). Pour accomplir cette tâche, elle s’entoure de spécialistes au besoin. Ainsi, pour nombre de femmes en plein désarroi, Jean Despréz devient synonyme d’espoir

          Et pourtant, Jean Despréz n’est pas heureuse. Elle a dit : « J’ai toujours été très mal aimée et très peu longtemps. J’ai raté mes amours complètement. Raté complètement. » Elle accepte mal de vieillir : elle subit 4 lissages en 10 jours. Elle meurt à Montréal dans la nuit du 26 au 27 janvier 1965. Elle a été inhumée au cimetière Notre-Dame, à Gatineau, dans la concession 329B. Le matin de sa mort, Mario Verdon dit, à la radio de CKLM : Elle est morte comme elle a vécu : dans un grand élan de générosité. »

Sources :

Archives du cimetière Notre-Dame de Hull.
BMS 2000.
La Rose, André et Simard, François-Xavier, Jean Despréz (1906-1965), Ottawa, éd. du Vermillon, 2001.

 

Marcel Chaput : le courage de ses opinions


            Peu de gens consacrent toute leur vie à une cause, et ce, même au prix de leur confort personnel. Retour sur la vie d’un ancien Hullois, cofondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale, Marcel Chaput.

           Marcel Chaput naît dans l’ancienne ville de Hull le 14 octobre 1918 du mariage de Narcisse Chaput avec Lucia Nantel. Il grandit au 49, rue Maisonneuve et fréquente le collège Notre-Dame des Frères des écoles chrétiennes. Grâce au frère Ernest, le jeune Chaput s’initie aux sciences et plus particulièrement à la chimie. Très engagé dans son milieu, il fonde les Emmaüs de Hull (aujourd'hui Gatineau).

          Si son père, Narcisse, était un nationaliste, c’est la servilité de certains des professeurs de Marcel, tant à l’École technique de Hull ainsi qu’à l’Université d’Ottawa, qui poussent le jeune Hullois à s’interroger sur l’avenir des francophones. En effet, plusieurs professeurs des années 1930, et ce, même à Hull, s’ingénient à enseigner exclusivement en anglais parce que c’est la langue de la majorité et celle de la fonction publique fédérale ! Ces lèche-bottes scandalisent Marcel Chaput qui exige le respect de ses droits à étudier et à passer ses examens en français.

Pour au contre le séparatisme ?

          Membre du réputé cercle Reboul de Hull, on demande un jour à Marcel de participer à un débat intitulé Pour ou contre le séparatisme. Il demande à l’organisateur : « Quel rôle me réservez-vous ? » – Marcel, je vous vois très bien dans le rôle du « méchant ». Vous êtes pour le séparatisme. C’est alors que Marcel Chaput se documente sur le séparatisme québécois pour enfin devenir séparatiste.

          Pendant la guerre, il est technicien en chimie au Conseil national de la recherche du Canada à Ottawa au Chemical Warfarechaput-marcel.jpg Laboratory. Le conflit terminé, il épouse Madeleine Dompierre, fille d’un boulanger de Hull, pour ensuite aller étudier à l’Université McGill à Montréal où il obtient un doctorat en chimie en 1952. Il revient en Outaouais et réintègre le Conseil national de la recherche du Canada, puis est transféré au ministère de la Défense nationale

          En 1959, Marcel Chaput fait venir à Hull Raymond Barbeau, chef de l’Alliance laurentienne, avec lequel il se lie d’amitié. Il écrit de nombreuses lettres aux journaux où il prend la défense des « méchants séparatisses » sans s’inquiéter de sa carrière. Il devient une tête d’affiche du mouvement séparatiste québécois dès 1960. Les fédéralistes le voient comme un dangereux agitateur, un illuminé dont la croisade est odieuse et malsaine. Le 10 septembre 1960, il participe à la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) dont il devient le vice-président.

Le courage de ses convictions

          Un jour, à la Chambre des communes, le député néo-démocrate, Douglas Fisher, pose une question au ministre de la Défense : « Ce Marcel Chapoot serait-il par hasard attaché à votre ministère ? » Ce qui fait que quelques semaines plus tard son gestionnaire lui dit : « Je vous préviens que si vous voulez garder votre poste, vous êtes mieux de vous taire. »

          Chaput ne se tait pas, au contraire, il continue à donner des conférences. À son lieu de travail, ses collègues le fuient ; on ne lui donne plus de dossiers à traiter. Pendant ses trois semaines de vacances, il rédige un livre : Pourquoi je suis séparatiste. Invité à parler au Congrès des affaires canadiennes à Québec, son employeur lui interdit de prendre congé. Chaput passe outre. À son retour au bureau, il est suspendu pour deux semaines sans salaire. Le 4 décembre 1961, il donne sa démission et quitte la Fonction publique fédérale.

          Ses patrons sont fort heureux de sa démission. Et à Hull, nombreux sont les gens qui pensent qu’il est fou ou, à tout le moins, illuminé. Imaginez : quitter un emploi fort rémunérateur pour faire l’indépendance du Québec ! La même année, Chaput devient le président du RIN. Mais il n’a pas une carrière politique très heureuse. À la suite de dissensions au RIN, il fonde le Parti républicain du Québec en novembre 1962, puis se joint au Front républicain indépendant. En 1965, il réintègre le RIN

          En 1968, le RIN se saborde pour donne toute la place au Parti Québécois. Bien qu’il n’ait jamais réussi à se faire élire député, Chaput n’abandonnera jamais la cause de l’indépendance du Québec. Et pourtant, cette cause lui coûte cher. Il a de la difficulté à se trouver des emplois. Fâcheuse ironie de l’histoire : l’Université McGill n’a pas hésité pas à lui offrir un poste alors que les universités francophones l’ont abandonné ! Enfin, il se lancera dans les affaires et deviendra  commerçant.

       marcel-chapu-cimetieret.jpg   Marcel Chaput n’est pas qu’un homme d’action, mais un homme de réflexion. Il est parmi les premiers au Québec à faire la promotion de la santé naturelle avec le naturopathe Raymond Barbeau. Toujours chimiste, il s’intéresse à la pollution et en 1971, il publie un dossier étoffé intitulé Dossier pollution qui sera vendu à 35 000 exemplaires. Pêcheur assidu dans les îles de Boucherville, il avait pu vérifier la détérioration des conditions de vie de la faune au Québec.

          En 1979, il est atteint de la maladie de Parkinson ; il meurt à Montréal le 19 décembre 1991 et est inhumé au cimetière Notre-Dame de Gatineau (Hull). Ironie de l’histoire (encore une fois), c’est une ville à forte minorité anglophone, Aylmer, qui a honoré la mémoire de Marcel Chaput en donnant son nom à une rue, et ce, au grand dam de l’ancien ministre libéral Oswald Parent qui ne pardonnait pas à son concitoyen nationaliste d’avoir eu le courage de ses convictions et sa fierté de Québécois.

Sources:

BRUNET, Jean-Marc, La Patriote, Marcel Chaput et son époque, s.l., l’Ordre naturiste social de Saint-Marc l’Évangéliste, 2006.

Le Droit (Ottawa) 1961, 1991.

Radio-Canada, 14 janvier 1979.

Wikipédia.

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