Catherine de Baillon, mystérieuse fille du roi

          Les filles du roi, jeunes femmes envoyées en Nouvelle-France pour se marier, intéressent beaucoup de généalogistes et d'historiens depuis plusieurs années. Si on sait presque tout sur la vie en Nouvelle-France de ces filles à marier, on ne sait toutefois presque rien sur leur vie en France. Pourquoi ont-elles quitté la France ? L'ont-elles quitté volontairement ? Étaient-elles orphelines ? Filles rebelles ? On tout cas, l'une des plus belles énigmes est celle de Catherine de Baillon.

          Né aux Layes (département des Yvelines) en 1645 du mariage d'Alphonse de Baillon (1590-1648), écuyer, sieur des Enclaves et de la Massicotterie, et de Catherine de Marle (1612-1680), Catherine perd son père en novembre 1648, mais sa mère se remarie, avec Marq d'Amanzé (1616-1669), écuyer, sieur de la Fond. Par après, on n'entend plus parler de Catherine, en France, cNd des layesjpgomme si elle avait grandi à part de sa famille. Elle arrive à Québec en 1669 avec un contingent de 150 jeunes femmes tirées de l'hôpital de La Salpêtrière à Paris. L'ursuline, Marie de l'Incarnation, écrivait alors à son fil en octobre 1669 : « [...] il y en a de toutes conditions, il s'en est trouvé de très-grossières, et de très-difficiles à conduire  [...] » Elle ajoutera : « Il y en a d'autres de naissance et qui lui ont donnée [à Anne Gasnier, recruteuse] plus de satisfaction. » Catherine de Baillon était, de par ses parents, de noble naissance.

          Catherine avait deux demi-sœurs, nées du mariage de son père avec Claude Dupuy en 1639 : Élisabeth, née en 1633 et mariée à Paul Hanot, notaire et procureur du roi à Neauphle-le-Château ; Claude Marie, née en 1635 et mariée à Gilles Thiboust, commis aux aides et greffier de la prévôté de Neauphle-le-Château. Cadette de la famille, elle a un frère, Antoine, né en 1643, marié à Marthe Deruel de Beauregard ; une soeur : Louise, née en 1644, mariée à 1) Jacques Pocquet, écuyer, sieur de Champagne, brigadier des gardes du duc de Montausier, 2) Jacques Stoup, écuyer, sieur de Courmont, officier de la vénerie du duc d'Orléans.

          La famille de Catherine avait de puissants alliés. Parmi eux, Jehan de Fleury, écuyer, lieutenant de la galère La Patronne, lieutenant de la louveterie du roi, gentilhomme de la grande bannière du roi, chevalier du Saint-Empire et seigneur des Violettes. Il avait épousé la sœur de Loyse de Marle, Catherine, en 1645. Fleury, était le fils d'un célèbre architecte, René Fleury, contrôleur général des bâtiments du roi, et le neveu de Jehan Desmaretz (1595-1676), seigneur de Saint-Sorlin. Ce dernier était un personnage considérable. Ami intime du cardinal de Richelieu, il a été l'un des fondateurs de l'Académie de la langue française, secrétaire général de la marine du Levant, poète et dramaturge.

          Ce qui rend encore plus incompréhensible la venue de Catherine de Baillon en Nouvelle-France est la carrière de son frère, Antoine. D'abord page d'Henry Gaston de Bourbon, bâtard du roi Henri IV, évêque de Metz, il devient écuyer, puis premier écuyer du même homme devenu duc de Verneuil. À la mort du duc survenu en 1682, Antoine devient lieutenant de la louveterie du Gand Dauphin de France. Et à son mariage avec Marthe Deruel de Bauregard en 1686, il devient gouverneur du château du Pont-de-l'Arche en Normandie. Ce qui est encore plus surprenant est la liste des personnes qui ont assisté à la signature de son contrat de mariage. Parmi les plus considérables :

Louis XIV
Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France
Louis de France, dauphin
Marie-Anne Christine de Bavière, épouse du dauphin
Charlotte Séguier, duchesse de Verneuil
Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier
Antoinette Servien, duchesse de Sully
Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès
Marie-Julie de Sainte-Maure, duchesse d'Uzès
Julie de Crussol
Gabrielle Angélique de La Motte-Houdancourt, duchesse de La Ferté
Françoise-Julie de Grignan, belle-fille de la célèbre épistolaire, madame de Sévigné
Etc.

 Massicotterie         Malheureusement, Antoine n'a pas bénéficié longtemps de ses puissantes relations, car il meurt en août 1685 en laissant une épouse enceinte qui meurt en couche en avril 1686.

          Avec de telles relations, on ne peut faire autrement que se demander pourquoi Catherine de Baillon a quitté la France pour s'établir dans la vallée du Saint-Laurent ? Elle y a épousé Jacques Miville en novembre 1669, donné naissance à sept enfants en onze ans et, rendu l'âme en 1688 à La Pocatière à l'âge de 42 ans. Elle aurait dû normalement vivre la vie que ses sœurs ont eue, et ce, dans le relatif confort du XVIIe siècle. Mais tel n'a pas été son cas. Et en dépit d'une dot de mille livres, Catherine n'aura pas eu la vie facile d'autant plus que son mari a fait faillite en 1675 pour devenir, par la suite, simple fermier de Charles Aubert de La Chesnaye.

          Aujourd'hui, Catherine de Baillon compte plusieurs centaines de milliers de descendants en Amérique du Nord. Vous en êtes peut-être un. Qui sait ?

Pour en savoir plus :

OUIMET, Raymond et MAUGER, Nicole, Catherine de Baillon : enquête sur une fille du roi, Sillery, éditions du Septentrion, 2001, troisième tirage, 268 pages.

OUIMET, Raymond, La fortune d'Antoine de Baillon, frère de Catherine, in « Les mémoires de la Société généalogique canadienne-française », vol. 66, no 1, cahier 283, printemps 2014, p. 25 à 31.