Louis Étienne Delille Reboul : un prêtre hors du commun I

       S’il est un pionnier de l’Outaouais qui mérite notre reconnaissance, c’est bien le père oblat Louis Étienne Delille Reboul. Le journaliste Ernest Cinq-Mars, qui a rédigé la première histoire de l’ancienne ville de Hull, écrivait, en 1908 : « Le R.P. Reboul, se trouvant à Hull en face de tout à commencer, commença tout. »

       Né en France à Saint-Pons (Ardèche) le 4 décembre 1827, Louis Reboul est le septième d’une famille de neuf enfants. Il entre au séminaire en 1840 et quand un père oblat de Montréal se rend en France, sa parole convaincante décide la vocation oblate de Reboul. En 1852, Mgr Joseph Eugène de Mazenod, fondateur des missionnaires oblats de Marie Immaculée, l’élève à la prêtrise.

       En 1853, les Oblats dépêchent Louis Reboul au Canada. Il se rend à Bytown (Ottawa) où sa communauté est établie depuis 1848. Dans un premier temps, il sert d’auxiliaire à Mgr Guigues dans les différentes missions du diocèse puis, de vicaire à La Visitation de South-Gloucester. Dès 1854, Reboul se consacre aux missions. Il passe les étés de 1854 et 1855 à la Baie James et lance l’œuvre des chantiers. En 1856, il est à Maniwaki, lieu à partir duquel il visite les missions de la Gatineau et de la Baie James.

       Au printemps 1858, Reboul est nommé chef de la mission des chantiers. À partir de cette époque, il visite, chaque hiver, une soixantaine de chantiers de l’Outaouais où il dit la messe et confesse les bûcherons de toutes nations. L’hiver terminé, le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cages et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Aux Chaudières (Hull), les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter la chute des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown, le père Durocher avait fait construire à Hull, en 1846, une chapelle qu’il avait dédiée à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui a surtout été connue sous le vocable de « chapelle des chantiers ». On dit que souvent Reboul prêchait aux bûcherons et cageux, à partir du balcon de la chapelle.

       En 1860, l’évêque d’Ottawa charge Reboul de la desserte des catholiqLouis Étienne Delille Reboulues de la future ville de Hull. Dès cette époque, le prêtre ardéchois devient la véritable cheville ouvrière des Chaudières. En 1864, il agrandit la chapelle puis voit à l’organisation de deux écoles, l’une pour garçons et l’autre pour filles. En 1872, il est nommé président de la commission scolaire de Hull qu’il dirigera pendant 5 ans. Il s’attelle à la construction d’une école en pierre pour les garçons et obtient que les Frères des écoles chrétiennes viennent y enseigner.

       La chapelle des chantiers étant devenue trop petite, il commence, en 1868, la construction d’une grande église en pierre qui deviendra le siège de la paroisse Notre-Dame en 1871. Le père Henri Tabaret, supérieur du Collège d’Ottawa, écrit en 1871 : « La construction de l’église avance. Le P. Reboul qui en a la direction s’en donne à cœur joie, car vous savez qu’il n’est jamais plus heureux que lorsqu’il est au milieu des ouvriers. » Au grand déplaisir des Hullois, un autre que Reboul est alors nommé curé de la nouvelle paroisse : le père Charpeney.

L'âme de Hull

       Reboul est alors l’âme de Hull, celui à qui on s’adresse quand il y a des problèmes à régler. Quand le tocsin se fait entendre, il arrive le premier sur les lieux, organise les moyens de protection, applique les échelles et monte sur les toits ou se précipite dans les maisons enflammées pour y arracher des flammes quelque personne ou objet. Son ascendance sur ses concitoyens est considérable. Un jour, deux hommes décident d’aller vider leur querelle sur une petite île sise au beau milieu de la rivière des Outaouais, entre Hull et Ottawa, pensant qu’ils seraient là en sûreté. Deux cents hommes les suivent pour assister à la bataille qui promet d’être spectaculaire, sanglante même. Quand Reboul apprend le projet des deux hommes, il saute dans un canot et arrive bientôt sur la petite île bondée d’hommes excités. Sans hésiter un instant, il sépare les belligérants et met fin au combat, séance tenante. Puis, il réprimande les spectateurs qui bêtement avaient encouragé la violence.

       Hull est alors en très grande partie le fief de la famille Wright, ce qui fait obstacle au progrès de la future ville : 50 ans après l’arrivée de Philemon Wright, Hull n’est qu’un petit hameau d’une demi-douzaine de maisons. Et pourtant, Wright avait reçu des instructions du gouverneur Dalhousie pour l’établissement d’un village qui n’a pas encore vu le jour. Wright et ses descendants acceptent bien de louer leurs terrains aux nouveaux venus, mais refusent de les vendre à ceux qui désirent y construire leur maison. Ce régime de propriété, appelé « constitut », est un sérieux handicap à la fondation et à l’expansion d’un véritable établissement urbain. Pas étonnant que les nouveaux arrivants dans la région choisissent de s’établir à Bytown qui compte alors plus de 7 000 habitants.

       Heureusement, il y a Reboul, véritable homme à tout faire qui a aussi à cœur le bien-être matériel des Hullois avec lesquels il n’hésite pas à travailler à l’aménagement de services collectifs. C’est lui qui obtient du gouvernement les fonds nécessaires à la construction d’un pont sur le ruisseau de la Brasserie dont il surveillera lui-même les travaux. Il ne se contente pas de diriger les ouvriers, mais travaille autant qu’eux, s’exposent au soleil, à la neige, à la pluie et au froid, passant des journées entières avec des vêtements humides ou mouillés, ne pouvant comprendre qu’on put le plaindre. Pas étonnant que les Hullois aient tant aimé cet homme. À suivre...