Catherine de Baillon : une énigme insoluble ? (I)

          S'il est une fille du roi qui fait parler d'elle chez les généalogistes nord-américains, c'est bien Catherine de Baillon, dont le mystère de la vie en France reste entier[i]. Nous en connaissons plus sur son frère, sa sœur et ses demi-sœurs que sur elle-même, ce qui n'est pas peu dire.

       Nous savons, grâce à divers documents judiciaires et notariés, que Catherine est née sans doute aux Layes[ii], en mai 1645. Elle est la cinquième des enfants d'Alphonse de Baillon, mais la troisième de Louyse de Marle[iii]. Alphonse avait épousé, en 1627, Claude Dupuy, de laquelle il avait eu deux enfants, Élisabeth et Claude-Marie, dont les noms apparaissent souvent dans les registres de Saint-Nom-de-Lévis et de Neauphle-le-Chastel. Devenu veuf, Alphonse épouse en secondes noces Louyse de Marle de qui il aura cinq enfants, dont un qui ne semble pas avoir vécu.

Sa fratrie

       Le premier enfant d'Alphonse et de Louyse se nomme Antoine. Né en 1643, il fait carrière auprès du duc de Verneuil, oncle de Louis XIV, comme page, écuyer et premier écuyer, puis auprès du Grand Dauphin comme lieutenant de sa louveterie. Enfin, il se voit confier le poste de gouverneur du Pont-de-l'Arche, sans doute grâce au duc de Montausier, pair de France, gouverneur de la Normandie. Par ailleurs, il fréquente une femme du clan Montausier, Marie Marthe Druel de Beauregard[iv], originaire de Normandie, qu'il épousera en février 1683 à la suite d'un contrat de mariage signé par plusieurs grands personnages du royaume, dont Louis XIV et sa femme, Marie Thérèse d'Autriche.Les layes

       Antoine n'est pas resté inconnu en vallée de Chevreuse : il y a été parrain d'Antoine Couillabin, le 18 avril 1658, à Saint-Nom-de Lévis, puis de son neveu, Antoine Jules Pocquet, le 24 avril 1676, à Senlisse. Il est aussi parrain de quatre autres enfants, mais cette fois à Vemeuil, où il habite jusqu'à la mort du duc.

       Le deuxième enfant du couple, Louise, naît en 1644. Le nom de cette dernière apparaît neuf fois comme marraine en vallée de Chevreuse : la première fois à Saint-Nom-de-Lévis, en 1655, alors qu'elle n'a que 11 ans. En 1673, elle épouse un petit noble, originaire de Flamanville en Normandie, Jacques Pocquet, sieur de Champagne, brigadier des gardes du duc de Montausier, dont elle aura trois enfants. À sa mort, survenue en 1681, Pocquet était premier brigadier des gardes du duc de Crussol ; il a été inhumé aux Layes en présence des curés de Cernay, des Layes, de Saint-Forget, de Senlisse, de Flamanville, et d'un prieur et d'un sous-prieur[v]! Louise se remarie, après neuf mois de deuil, avec Jacques Stoup, écuyer, officier de la vénerie du duc d'Orléans ; elle est enceinte de trois mois[vi]. Stoup sera parrain d'au moins cinq enfants dans la vallée de Chevreuse et témoin à dix mariages.

       En ce qui concerne Catherine, son nom n'apparaît pas une fois aux registres des Layes, ni dans les registres des paroisses environnantes comme Auffargis, Les Essarts-le-Roi, le Mesnil-Saint-Denis, Saint-Nom-de-Lévis ou autres lieux proches. Mais alors, où a-t-elle résidé ? On se doit d'avancer l'hypothèse suivante : Catherine n'a jamais vécu avec sa famille si ce n'est dans son enfance. D'ailleurs, lors de son mariage avec Jacques Miville, le 12 novembre 1669, à Québec, elle dit que ses parents sont de Montfort l'Amaury, une localité située à environ quinze kilomètres au nord des Layes, ce qui semble indiquer qu'elle ne connaissait pas le lieu précis de résidence de ses parents. Or, ceux-ci ont toujours vécu aux Layes et à Saint-Nom-de-Lévis[vii]. Catherine aurait-elle passé son adolescence et les débuts de sa vie adulte ailleurs, chez d'autres membres de la famille ? Peut-être. Elle avait deux tantes qui portaient son prénom et qui auraient pu être ses marraines : Catherine de Baillon, épouse de Jean de la Roche, écuyer, sieur de Saint-Amant, et Catherine de Marle, épouse de Jehan Fleury, sieur de Violette. (À suivre)


[i] L'auteur remercie Mme Nicole Mauger, son associée de longue date dans cette recherche sur Catherine de Bâillon et des siens, pour sa contribution.

[ii] Aujourd'hui, Les Layes fait partie de la commune des Essarts-Ie-Roi, dans le département des Yvelines et se situe à environ 45 kilomètres au sud-est de Paris.

[iii] Elle était enceinte d'un quatrième enfant à la mort de son mari en novembre 1648. Cet enfant ne semble pas avoir vécu.

[iv] Une de ses sœurs, Élisabeth, était l'épouse de Daniel Clinet de la Chastaigneraye, trésorier des enfants de France. Une autre, Catherine, était femme de chambre du duc d'Anjou.

[v] État civil des Layes conservé dans la commune des Essarts-le-Roi.

[vi] Ce couple aura deux enfants.

[vii] Aujourd'hui Lévis-Saint-Nom.

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