Catherine de Baillon : une énigme insoluble ? (II)

Les oncles de Catherine

       On ne sait rien ou presque des de la Roche, si ce n'est que leur mariage a eu lieu vers I601[i] et que le mari était l'un des cent gentilshommes ordinaires de la maison du roi et homme d'armes de la compagnie de Monsieur, frère unique du roi Henri IV. Notons toutefois que le couple aurait déjà été âgé d'une soixantaine d'années dans la décennie de 1640. L'autre couple était relativement bien nanti : Jehan de Fleury demeurait à Paris, quai des Célestins, paroisse Saint-Paul, avec sa famille et ses sœurs Louise et Lucresse. Il avait eu pour père un homme connu, René Fleury qui, avant sa mort survenue en novembre 1645 à Paris, avait été architecte et contrôleur général des bâtiments du roi. Si Jehan n'a pas suivi les traces de son père, il a néanmoins fait une belle carrière dans l'entourage des grands du royaume : chevalier du Saint-Empire, lieutenant de la galère nommée La Patronne[ii], puis devient gentilhomme de la grande bannière du roi, gentilhomme de la grande vénerie du roi et lieutenant de la louveterie du roi. Il fréquente le beau monde et en 1651, il prête la somme de I 000 livres à Louis le Vau qui, en 1654, deviendra le premier architecte du roi. Chose remarquable, c'est lui, Le Vau, qui édifiera l'hôpital de La Salpêtrière en 1657. Coïncidence étrange, c'est de cet hôpital que partiront pour Québec, en 1669, les filles du roi, dont Catherine de Baillon.

Quai celestins 1       Par ailleur, Jehan de Fleury était aussi le beau-frère d'un personnage considérable : Jehan Desmarets, sieur de Saint-Sorlin (1595-1676), ancien intendant du cardinal de Richelieu, un des fondateurs de l'Académie française, il a été secrétaire général de la marine du Levant, contrôleur général de l'extraordinaire des guerres et poète. Ainsi, Jehan de Fleury avait sans doute les moyens de venir en aide à sa belle-sœur, Louyse de Marle, même s'il avait lui-même cinq enfants, trois garçons et deux filles. Ajoutons qu'il semble avoir été relativement proche de sa belle-sœur, puisqu'il avait été tuteur de ses enfants à la mort d'Alphonse de Baillon. D'ailleurs, Louyse et Jehan  correspondaient comme en fait foi un certificat du 28 novembre 1655[iii].

Mise à l'écart ?

       Pourquoi Louyse de Marle aurait-elle confié sa fille cadette à un parent ? Parce qu'elle était démunie ? Il est vrai qu'à la suite de la mort de son époux, en novembre 1648, elle avait été « réduitte à mourir de faim[iv] ». Mais cette pauvreté n'a pas perduré puisque le 17 mai 1649, elle convolait en secondes noces avec un Gévaudané, Marq d'Amanzé, sieur de Lafon. Ainsi, l'absence de Catherine de Baillon, dans les registres des paroisses de la vallée de Chevreuse, reste encore inexplicable.

       Catherine aurait-elle été mise à l'écart ? En tout cas, le 11 octobre 1673, Louyse de Marie faisait donation de tous ses biens à son fils Antoine de Baillon, mais donnait 600 livres à sa fille cadette non sans souligner que ce n'était pas la première fois :

[...] pour tous leurs droits quelle pouvoit pretendre en la Succession Laquelle Somme luy sera payé Moytié Six mois Apres Le deceds de lad. donnatrice et lautre moytié Six mois apres Sans Aucun Interest declarant lad. damoiselle donnatrice Avoir fourny dautre Sommes Notables pour lad. damoiselle Catherine baillon qui font plus que Son esgallité Avec lad. Louise de baillon son Autre fille[v].

       À la mort d'Antoine de Baillon, survenue au mois d'août 1685, Catherine est écartée de la succession comme si elle avait été une étrangère[vi]. Or, la famille savait qu'elle vivait encore et qu'elle résidait en Nouvelle-France. Et les héritiers de Catherine mettront 59 ans pour récupérer la part de leur mère dans la succession de leur oncle mort sans testament.

En résumé :

           Catherine de Baillon n'apparaît pas dans les registres de la vallée de Chevreuse ;

Sans être riche, la mère de Catherine vit confortablement ;

La famille de Catherine a des alliés dans l'entourage des grands du royaume ;

Catherine est une des 150 filles à marier tirées de la Salpêtrière pour le Canada ;

Louyse de Marle déclare avoir donné plus à Catherine qu'à son autre fille Louise ;

Catherine est ignorée lors du partage de la succession de son frère.

Conclusion

       Si nous ne relevons pas le nom de Catherine de Baillon en vallée de Chevreuse, il faut conclure qu'elle n'y a pas vécu longtemps. A-t-elle habité chez la parentèle ou a-t-elle été placée à la Salpêtrière dès l'ouverture de l'hôpital ? Quels rapports entretenait-elle avec sa famille ? Ces questions sont toujours sans réponse et l'énigme de Baillon reste entière. Néanmoins, nous pouvons toujours espérer qu'un jour un document répondra à nos questions.

 


[i] Contrat de mariage du 18 mai 1601, cité dans les Mémoires de la Société de généalogie canadienne-française, vol. 1,1944, page 39.

[ii] La Patronne était la seconde galère la plus importante de la flotte française. Elle était montée par le lieutenant général des galères.

[iii] ANF, Paris, MC/ET/LlV/320.

[iv] Archives départementales des Yvelines, Registre des audiences du baillage de Chevreuse, 11 novembre 1658, B287.

[v] ANF, Paris, Y227 F679, minutier Douer et Coutellier, 11 octobre 1673. Acte de donation de Louise de Marie à ses enfants.

[vi] Pour de plus amples détails, voir OUIMET, Raymond et MAUGER, Nicole, Catherine de Bâillon, enquête sur une fille du roi, Québec, Éditions du Septentrion, 2011.

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