L'étonnante famille de Jérémie Babin

         Comme tous les parents, Jérémie Babin voulait que ses enfants réussissent dans la vie et il prendra les moyens pour atteindre ce but.

        Né le 30 juin 1808 à l'Acadie où il est baptisé à l'église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie le même jour, il épouse Flavie Pinsonneault le 15 novembre 1836 à Saint-Valentin. De ce mariage naîtront six enfants : Jérémie en 1837, Marie Aglaé en 1838, Jean Osias en 1840, Job Osiander en 1845, François en 1847 et Joseph en 1849. Fait étonnant, si les trois premiers enfants sont baptisés catholiques, le quatrième sera baptisé à l'Église baptiste, le cinquième dans un lieu inconnu et le dernier à l'église anglicane de Christieville au Québec.

        Sous l'influence de baptistes d'origine suisse de la Mission de la Grande-Ligne, les Babin se convertissent au protestantisme. Job est le premier des enfants Babin à être inscrit à la Grande-Ligne en 1845, Joseph vers 1847 et François vers 1850. Peu après la mort de Flavie Pinsonneault survenue vers 1857-1858, Jérémie père inscrit Jérémie, Job et Osias à la mission anglicane de Sabrevois soit pour des raisons de proximité ou par opportunisme. Joseph se joint à ses frères en 1860 alors que Marie-Aglaé, gravement handicapée, est reléguée dans une maison de pension à Saint-Jean (Iberville).

        Jérémie se remarie vers 1859, puis quitte le Québec pour les États-Unis, et s'établit à Kankakee, Illinois, en laissant un peu d'argent et la garde de ses enfants à son fils aîné sauf François, le cadet de la fratrie qu'il amène avec lui. Vers 1862, Job et Joseph rejoignent leur père à Kankakee, mais reviennent au Québec vers 1864 avant de retourner aux États-Unis en1866. Redevenu veuf, Jérémie épouse Caroline Lepage en 1870 à Kankakee dont il divorcera, puis meurt au même endroit en 1881.

        Chose pour le moins étonnante chez les Québécois de cette époque, les trois frères Babin étudient au Collège Bishop's de Lennoxville où ils obtiennent un baccalauréat ès art, soit en 1862 pour Osias, en 1863 pour Jérémie et en 1865 pour Job.

Jérémie fils

        Après un court stage à Trois-Rivières, Jérémie devient le pasteur anglican de Buckingham (aujourd'hui un quartier de Gatineau) en 1864. L'année suivante, il épouse Elizabeth Bailey Abbott, fille du pasteur de St-Andrew's (Saint-André-d'Argenteuil), de laquelle il aura deux enfants : Frances en (1866-1934), et Maude (1868-1940). En 1866, Jérémie abrite contre Abbott maude bac c 009479son gré sa sœur Marie-Aglaé que l'on trouve noyée dans la rivière du Lièvre le 12 avril 1866. Le pasteur est accusé de l'avoir assassinée. Après un procès tenu à Aylmer, Jérémie est reconnu innocent grâce au brio de son avocat et à l'inexpérience de l'avocat de la couronne, mais il se voit retirer son poste de pasteur.

        En 1868, Jérémie abandonne femme et enfants pour s'installer aux États-Unis, plus précisément à Cincinnati. Son épouse meurt de tuberculose à St. Andrew's le 11 novembre 1669. Quatre ans plus tard, Jérémie épouse Kate Moss (1843-<1910), à Louiseville, au Kentucky, dont il aura cinq enfants. Après avoir enseigné à Cooperstown, New York, il revient à Cincinnati où il dirigera, pendant quatorze ans, une école qu'il a fondée et qui atteindra une certaine renommée. Il meurt à la suite d'un accident de circulation au beau milieu de Cincinnati en 1913. Deux de ses enfants laisseront leur marque : Maude qui, sous le patronyme d'Abbot, deviendra une médecin réputée et experte mondiale en matière de cardiopathie congénitale, et Harry (1881-1956), qui deviendra pasteur épiscopalien.

Jean Osias

        Jean Osias entre dans la marine américaine en 1865 où il devient médecin. Il reçoit une « full commission » en 1876, puis est successivement promu commander et contre-amiral. En 1900, il demeure à Brooklyn, New York et il prend sa retraite en 1903. En 1869, il avait épousé Hattie Provost dont il a un fils en 1872, Provost Babin, qui deviendra un « naval officer ordinance ».

        Jean Osias, plus connu sous le prénom d'Hoseas, meurt le 25 octobre 1907 et il est inhumé au célèbre cimetière national d'Arlington en Virginie.

Job Osiander

        Job devient avocat vraisemblablement en 1870. Mais il ne pratiquera pas très longtemps, Babin harrycar il entreprend des études au General Theological Seminary de l'Église épiscopale de New York pour devenir pasteur. Après plusieurs années de diaconat, il est enfin ordonné pasteur en 1885 au Dakota. Il œuvrera en Californie, en Indiana, au Michigan et en Iowa auprès des Amérindiens. Puis il s'activera au Maryland ainsi qu'en Pennsylvanie et, enfin, à Schenevus, dans l'État de New York, où il prend sa retraite vers 1913. Toujours célibataire, il meurt à Schenevus le 28 décembre 1918.

François et Joseph

        On sait peu de chose de François sinon qu'en 1880 il vit à Medecine Lodge, au Kansas où il est stock raiser. Marié à une certaine Matilda, née au Wisconsin vers 1859 de parents canadiens, il a trois enfants dont deux sont nés au Michigan. Quant à Joseph, il devient enseignant à Kankakee où il épouse en 1876, Ida Clarida Wiltse dont il aura deux enfants. En 1880, on le retrouve agriculteur à Aroma, dans les environs de Kankakee. Il meurt de tuberculose à cet endroit le 10 avril 1883 à l'âge de 33 ans. Sa femme trépassera 23 ans plus tard (30 août 1906), à Chicago.

        Voilà en résumé l'histoire d'une famille québécoise au parcours exceptionnel.

Sources :

Lalonde, Jean-Louis, Babin, Job Osiander (1845-1918), s.l., 11 mai 2012.
Ouimet, Raymond, La mystérieuse affaire Babin, Montpellier, édtions des Hautes-Terres, 2007.