1914 : la Grande Guerre, les Canadiens français et l'Outaouais

          À la suite de l’assassinat de l’archiduc Joseph Ferdinand de Habsbourg et de sa femme, Sophie, le 28 juin 1914 à Sarajevo (voir texte intitulé : Il y a 100 ans : l'attentat qui déclencha la Grande Guerre), l’Autriche-Hongrie sert, le 23 juillet, avec l’accord de l’Allemagne, un ultimatum en dix points à la Serbie avec l’obligation de donner une réponse favorable au plus tard le 26 juillet. Celle-ci, appuyée de la Russie, répond favorablement à l’ultimatum, le 25 juillet, sauf pour un point qui précise que les enquêteurs austro-hongrois pourront enquêter sur le territoire Serbe.

          Le 24 juillet la Russie, qui se fait protectrice des populations slaves d’Europe, avait ordonné la mobilisation générale d’une partie de son armée dans le but de faire pression sur l’Autriche-Hongrie. Le 25 juillet l’Autriche-Hongrie, encouragée par les militaires allemands, rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie, puis lui déclare la guerre le 28 juillet 1914. Ce même jour, un volontaire de 16 ans de l’armée serbe, Dŭsan Donovic, est tué à Belgrade par un coup de fusil tiré d’un vaisseau de la flotte austro-hongrois du Danube.

          Europe1914

          La France, alliée de la Russie (et du Royaume-Uni), ordonne à ses troupes de se retirer à 10 kilomètres des frontières avec l’Allemagne en vue de faire baisser la tension. Le 30 juillet, la Russie ordonne à son armée la mobilisation générale. Inquiète, l’Allemagne qui a peur d’être prise en tenaille par la Russie et la France, proclame « l’état de danger de guerre » et demande à la Russie, qui refuse, de suspendre la mobilisation, et à la France de ne pas soutenir la Russie. À la suite de la réponse négative de la Russie, l’Allemagne lui déclare la guerre le 1er août. La France décrète alors la mobilisation générale. Le 2 août, l’Allemagne, qui a signé une entente avec l’Empire ottoman, envahit le Luxembourg, adresse un ultimatum à la Belgique, dans lequel elle réclame le passage libre de ses troupes, et un autre ultimatum à la France qui réclame sa neutralité. Devant les fins de non-recevoir des Belges et des Français, l’Allemagne leur déclare la guerre le 3 août. Les dés sont jetés : 19 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, dont 65 mille Canadiens, perdront la vie à cause du bellicisme des militaires de l’époque dans une guerre qui durera 4 longues années.

Le Canada français et la guerre

          Dès que l’Allemagne procède à l’invasion de la Belgique, le Royaume-Uni, qui se tenait garant de la neutralité du petit royaume, déclare la guerre à l’Allemagne. Le Canada, alors colonie de l’Angleterre, entre automatiquement en guerre. Les journaux du pays rapportent que la population est enthousiaste à la participation du Canada à la guerre qui ne compte alors que 3 000 soldats. Tous les belligérants croient que le conflit s’achèvera avant Noël. Erreur !

          Ledroit19140804Le journal Le Temps d’Ottawa, favorable à la participation des Canadiens à la guerre écrit, le 5 août : « Le Canada doit envoyer de l’aide à la Grande-Bretagne et un important contingent d’hommes […] » Ce même journal rapporte, dans une autre page, qu’au-delà de 500 jeunes hommes de Hull « […] ont montré le plus grand enthousiasme […] » à la participation du pays à la guerre au cours d’une manifestation dans la cour du collège Notre-Dame.

          Le journal Le Droit est beaucoup moins enthousiaste que son concurrent ottavien. Le 5 août, il écrit :

Et pourquoi les Canadiens français iraient-ils exposer leur vie pour la gloire du peuple anglais ?

Pour prouver notre loyauté à la couronne britannique ?

Nous avons prouvé cette loyauté hors de tout doute en 1775, en 1812 et en 1813. Nous en a-t-on tenu compte ?

À ces époques mémorables, nous avons, nous les Canadiens français, sauvé l’honneur du drapeau anglais, nous avons conservé le Canada à la couronne britannique, et depuis, au nom de cette même couronne, les Anglais n’ont cessé de nous persécuter et de vouloir arracher de nos cœurs les plus nobles sentiments. Ils ont voulu nous étouffer dans les provinces Maritimes (sic), au Manitoba, dans les Provinces (sic) de l’Ouest, et voilà que les forces les plus formidables des Anglais en ce pays coalisent pour empêcher 250,000 Canadiens français de l’Ontario de conserver dans leurs foyers leur langue maternelle…

          Le journal Le Temps, favorable à la participation des francophones à cette guerre, répond au journal Le Droit, le 6 août :

À côté de cette prose écœurante, nous avons heureusement le plaisir de lire dans d’autres journaux des phrases qui réflètent (sic) la véritable âme canadienne-française qui puise son patriotisme dans ses attaches françaises et dans sa loyauté à l’Angleterre.

          Le journal Le Temps n’était probablement pas au diapason des ses lecteurs, car il disparaît avant la fin de la Grande Guerre. Quant à la population francophone, elle sera en majorité rébarbative à l’enrôlement militaire des siens dans cette guerre qui n’était pas la sienne et dans laquelle elle n’avait rien à gagner.

Sources :

DUROSELLE, Jean-Baptiste, La Grande Guerre des Français 1914-1918, Paris, éd. Perrin, 2002.
Le Devoir (Montréal) 28 juillet 2014.
Le Droit (Ottawa) 5 août 1914.
Le Temps (Ottawa), 5 et 6 août 1914.
PÉPIN, Carl, La guerre des Canadiens-Français dans Revue historique des armées sur le site Internet http://rha.revues.org/7426#tocto1n1

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