Histoire locale

Catégorie qui traite de l'histoire de l'Outaouais.

Les ponts de l'Outaouais

         À combien d’endroits peut-on traverser la rivière des Outaouais à pied sec sans emprunter un traversier ? Nous pouvons traverser la rivière à onze endroits : Témiscaming-Thorne (barrage), Rapides-au-Joachim (barrage), le pont de l’Île-aux-Allumettes (île aux Allumettes-Pembroke), Portage-du-Fort (barrage), le pont Champlain, le pont ferroviaire Prince-de-Galles, le pont des Chaudières, le pont du Portage, le pont Interprovincial (dit Royal Alexandra), le pont Cartier-Macdonald et le pont du Long-Sault (Grenville-Hawkesbury) qui a remplacé le vieux pont Perley.

         Le plus intéressant de ces ponts, du moins pour l’histoire, est le pont Chaudière. Autrefois appelé Union, il est le premier pont à franchir la rivière des Outouais. Commencée en 1826 sa construction se termine en 1828. Ce pont est composé d’une série de sept ponts sautant entre les îles et les promontoires rocheux. La travée la plus longue est celle qui franchit la chute de la « Grande Chaudière » sur une distance de 70 mètres. La série de ponts est construite sur des arches de pierre, mais aussi sur des arches de bois, avec un tablier en madriers. Six ans après son inauguration, le pont est en mauvais état et on étend deux chaînes sous la structure pour la renforcer. Un accident est évité de justesse quand on le ferme à la circulation le 5 mai 1836, car il s’écroule l’après-midi du 18 mai.

         C’est sur le premier pont Union que Jos. Montferrand a livré bataille, seul contre une cinquantaine de shiners, au-dessus de la travée qui franchit la chute de la « Grande Chaudière ». L’historien canadien Benjamin Sulte a écrit qu’après cette bataille, le sang coulait du parapet du pont dans la rivière !

         Les travaux du deuxième pont Union ne commenceront qu’en mai 1843. Il s’agit d’un pont suspendu à de gros câbles d’acier retenant la superstructure. Le pont est inauguré avec éclat le 17 septembre 1844. Chose intéressante, le pont est surveillé par un ingénieur qui, matin et soir, resserre ou desserre les câbles d’acier pour compenser la dilatation ou la contraction dues aux écarts de température. En 1899, le pont, miné par l’humidité des chutes et la fumée des usines, est remplacé par un pont en poutre d’acier, semblable à celui que nous voyons aujourd’hui et reçoit le nom de pont Chaudière. Très endommagé dans le Grand feu du 16 avril 1900, il est réparé avant d’être remplacé en 1919 par l’actuel pont (série de six ponts). Soulignons qu’à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le pont Chaudière était l’endroit privilégié par les dépressifs pour s’y suicider.

Le pont Interprovincial

         Le deuxième pont le plus intéressant est sans contredit le pont Interprovincial aussi appelé pont Royal Alexandra. En 1880, pendant la construction du pont Prince-de-Galles sur la ligne ferroviaire de la compagnie Quebec, Montreal, Ottawa and Occidental (qui sera vendu au Canadian Pacific en 1882), la compagnie Pontiac, Pacific Junction Railway, qui exploitait un chemin de fer entre Aylmer et Waltham, reçoit l’autorisation d’étendre son service jusqu’à Ottawa. Un groupe de 27 hommes d’affaires de la région, dont le président de la compagnie ferroviaire dépose une proposition en mars 1890 pour construire un pont à péage pour les trains, les voitures et les piétons entre la Pointe Nepean et le petit village amérindien à Hull.

         Les travaux de construction du pont devaient commencer en 1892 et seConstruction pont interprovincial facebook terminer en cinq ans. Le 20 avril 1892, on lève la première pelletée de terre en même temps sur les deux rives de l’Outaouais. Mais à cause de problèmes de financement, la construction est reportée de plusieurs années. En 1894, la Ville d’Ottawa souscrit 150 000 dollars à la construction du pont à la condition express que les droits de péage soient abolis. À Gatineau (Hull), un groupe d’hommes d’affaires, mené par le marchand Basile Carrière, s’oppose en vain à la construction du pont en arguant qu’il aura pour effet de détourner leur clientèle commerciale vers le centre-ville d’Ottawa. (L’avenir a donné raison à Basile Carrière.)

         La construction du pont est confiée à H.J. Beemer de Montréal alors que la structure d’acier est fabriquée par la fameuse Dominion Bridge de Montréal. Les travaux de construction commencent le 7 octobre 1899. Ils s’avèrent plus difficiles que prévu parce que le fond de la rivière compte une couche de dépôts (bran de scie, écorces, etc.) d’environ 18 mètres de profondeur. Le pont est à cinq travées, larges de 19 mètres et d’une longueur totale de 563 mètres. La voie ferrée passe entre deux voies pour voitures et tramways. La travée principale du pont, qui est de 169 mètres, est, en 1901, la plus longue au Canada et la quatrième au monde. Pour construite l’approche à la pointe Nepean, il a fallu miner 39 500 verges cubes de roc. En novembre 1900, 400 hommes travaillaient à la construction du pont sur lequel il y aura eu un accident mortel.

         Enfin, la construction du pont est achevée le 12 décembre 1900. Le pont, que l’on appelle tout simplement Interprovincial, est inauguré le 18 février 1901 soit deux mois avant le début de la circulation ferroviaire régulière (22 avril 1901). En septembre 1901, le nom du pont est changé pour celui de Royal Alexandra (reine de l’époque) durant la visite du duc de Cornwall (futur George V). Toutefois, la population conservera le nom d’Interprovincial bien que d’anciens travailleurs l’aient aussi appelé Beemer. Le pont Interprovincial est sans doute le plus beau de la région.

         Ce fameux pont Interprovincial a subi au moins deux incendies. Il faut savoir que le tablier du pont d’acier était fait de longues planches de bois. Pas étonnant qu’il ait brûlé. Le premier incendie a lieu le 15 mai 1907. On pense que des tisons échappés de la cheminée d’un train en auraient été la cause. Le deuxième incendie a lieu le 29 mars 1946. C’est un incendie spectaculaire. Comment a-t-il commencé ? Voici ce qu’en m’a dit un témoin de l’époque qui a longtemps gardé le secret pour lui de peur de ne pas être cru (on peut s’imaginer la bataille judiciaire qui aurait suivi entre la Hull Electric et la E.B. Eddy, si cet homme parlé à cette époque). Ce jour-là, mon témoin, M. Majeau, barbier chez M.S. Fortin, rue Laurier, s’adonne à regarder dehors. Que voit-il ? Un p’tit char électrique (tramway) de la « Belt Line » (Hull Electric) qui effectue un virage rue Baillot. D’une boîte située au-dessus des boggies du tramway s’échappe de l’étoupe enflammée. Lui même éteint de ses pieds une « touffe » de feu sur la rue. Il y en a d’autres qui tombent sur le pont. Et c’est peu après le passage du tramway que le feu a éclaté sur le tablier du pont.

         Et quel feu spectaculaire ? Non seulement détruit-il une partie du tablier du pont, mais il se communique à la pitoune entassée dans la cour à bois de la E.B. Eddy. Pendant plusieurs heures, on a eu peur de voir le Grand Feu de 1900 se répéter. L’incendie ne dure pas moins de quatre jours et consume 15 000 cordes de bois. Une fois l’incendie éteint, les pompiers de Hull n’ont jamais plus redémarré le moteur de deux autopompes une fois arrêté. Ils ont dû en faire installer de nouveaux.

Un nouveau pont ?

         Enfin, vous savez sans doute que notre chère Commission de la capitale nationale (CNN), qui me semble peu au courant du protocole de Kyoto puisqu’elle doit croire qu’il n’y a pas assez de véhicules dans notre région, a commandé une étude pour la construction de deux autres ponts entre Gatineau et Ottawa. Saviez-vous que c’est en décembre 1935 que les autorités municipales de Deschênes, avec l’appui des députés de leur circonscription, ont demandé la construction d’un pont entre Britannia et le village de Deschênes ? À l’époque, on estimait que ce pont aurait une longueur de 500 mètres et qu’il coûterait 100 000 dollars. L’histoire radote, n’est-ce pas  ?

Sources :

Brault, Lucien, Les liens entre deux villes, 1989.
Le Temps (Ottawa), 1899-1901.
Documentation personnelle

La célèbre affaire Dasken

          En 1970, les entreprises Dasken veulent construire, dans l'ancienne ville de Hull, six immeubles en hauteur, quatre de dix étages et deux de seize étages, sur un terrain de la rue Saint-François dont le zonage ne serait pas apparu clair. Le maire Marcel D'Amour fait alors appel au conseiller juridique de la Ville, Me Roy Fournier (il est aussi député-ministre libéral), pour obtenir une opinion que le premier magistrat de la Ville ne trouve pas suffisamment explicite. Le Conseil municipal demande alors un deuxième avis juridique à son conseiller qui répond que la Ville peut accorder un permis de construction sur le terrain en question. C'est ainsi que débute la célèbre « affaire Dasken » qui éclaboussera la gent politicienne hulloise.

            L'Association des propriétaires des Jardins Taché, dirigée par l'avocate Renée Joyal, est contre ce projet qu'elle contestera, avec succès, jusqu'en Cour suprême. Mais comme la Ville a accordé un permis de construction en toute bonne foi, le maire estime qu'il ne doit pas laisser tomber le promoteur qui a déjà investi deux millions de dollars et refuse d'accorder un permis de démolition de l'immeuble inachevé tel que l'ordonne la Cour suprême le 20 décembre 1971. Le député fédéral de Matane, Pierre de Bané, exige la démission des autorités municipales et principalement celle du maire D'Amour.

            La Ville organise alors une consultation des propriétaires hullois qui, à 76 %, sont en faveur de la réalisation du projet Dasken. Le 22 février 1972, le conseil municipal adopte une résolution pour autoriser le conseiller juridique de la ville, Me Roy Fournier, député et ministre du gouvernement québécois, à envoyer une telle requête à Québec. C'est le député libéral de Hull, Oswald Parent, qui en fait la demande au gouvernement de Robert Bourassa.Monument dasken

            Au mois d'août 1972, la Ville organise un référendum dans les secteurs concernés par le règlement de zonage pour le changer. Les résidants refusent le changement.  La Ville conteste  les victoires juridiques de l'Association en allant voir le ministre et le sous-ministre des Affaires municipales pour obtenir l'adoption d'un projet de loi privé qui légaliserait la construction du projet Dasken. Ministre et sous-ministre sont d'accord avec la demande hulloise. Puis le Conseil municipal obtient un rendez-vous avec le premier ministre Robert Bourassa pour obtenir son accord à l'adoption du projet de loi privé. Juste avant la rencontre, le député-ministre Roy Fournier a un entretien avec Robert Bourassa. Or, quand le maire et des membres de son conseil entrent dans le bureau du premier ministre, ils n'y trouvent pas Roy Fournier qui est soudainement devenu injoignable pour le Conseil municipal et même pour le premier ministre, pour qu'il vienne expliquer lui-même l'avis juridique qu'il avait auparavant donné au Conseil municipal de Hull. La station radiophonique CJRC crie au scandale :

On assiste maintenant à un tripotage en règle au niveau politique. On ne peut accuser les contribuables de chercher noise à des décisions municipales [...] l'erreur fut commise, que ce soit à cause de favoritisme politique, partisan ou non.

            Le barreau du Québec dénonce cette ingérence politique pour annuler une décision de la Cour suprême. Le barreau a gain de cause. Les demandes sont rejetées par l'Assemblée nationale. Le maire, qui admettra qu'un avocat puisse errer, n'accepte pas qu'il se cache pour ne pas avoir à s'expliquer ni soutenir son avis juridique. L'affaire Dasken éclabousse terriblement Marcel D'Amour. Il se voit attaquer de toute part, particulièrement par la presse dont un journaliste de Québec, Benoît Lavoie, résume ce qui est convenu d'appeler « L'affaire Dasken » :

 ...tous les acteurs de cette pénible affaire ont [...] un lien commun, un lien sacré qui est celui du parti libéral du Québec. Il y a d'abord Marcel D'Amour, maire de Hull, qui, avant son accession à la mairie et alors qu'il exerçait un commerce dans l'un des immeubles appartenant aux frères Bourque, avait dû fermer ses portes ou à défaut, consentir une cession volontaire de ses biens; selon la déclaration de M. Pierre Bourque, en décembre 1970, M. D'Amour leur devait toujours la somme de $12,000 pour loyer, laquelle ne lui était pas réclamée. M. Pierre Bourque était secrétaire trésorier de l'exécutif de l'Association libérale du comté de Hull et ami intime de M. Oswald Parent, député de Hull, ministre d'État aux Affaires intergouvernementales et membre du Conseil du Trésor. Selon des informations non démenties de l'époque, c'est grâce à l'organisation de M. Parent que M. D'Amour dut sa réélection à la mairie en novembre 1970. Il faut nommer enfin Me Roy Fournier, député libéral de Gatineau et solliciteur général du Québec qui fut conseiller juridique de la municipalité de Hull jusqu'au 29 avril 1970 alors que Me Marcel Beaudry, président de l'Association libérale de Hull et organisateur en chef de M. Parent, prenait la relève.

            Marcel D'Amour doit alors révéler ses affaires personnelles pour éliminer les malveillantes insinuations qui sont colportées à son égard sur ses relations avec les frères Bourque, premiers détenteurs du terrain Dasken, et démontre qu'il a contracté une dette envers la Banque Provinciale pour payer la faillite de son commerce. La famille D'Amour souffre énormément de cette affaire commentée ad nauseam par les médias. Les enfants sont mal à l'aise et souffrent des quolibets que leurs camarades d'école leur adressent. Marcel D'Amour quitte alors la mairie et accepte un poste que l'on lui offre à la Commission de révision du bureau de l'évaluation, à la Communauté régionale de l'Outaouais. Il remet sa démission le 13 septembre 1972. Quant à Roy Fournier, il quitte la politique le 2 août 1972, puis est nommé... juge à la Cour provincial du Québec !

            Cette bataille terminée, il restait une dernière étape : faire démolir, aux frais de Dasken, les édifices en construction, soit un bâtiment de deux étages et un autre de sept étages. Dasken ayant déclaré faillite, ce sont les membres de l’Association qui firent démolir les édifices, en partie à leurs frais. L’entrepreneur chargé de la démolition sera accueilli par une foule enthousiaste massée sur la rue Saint-François.

            De l'affaire Dasken, il reste aujourd'hui un monument – Enfin le soleil –  fait des restes de l'immeuble démoli et un enseignement étudié dans les cours d'urbanisme et de droit municipal du Québec.

Sources :

Barrière, Carole, Justice et politique ou l'affaire Dasken in Revue juridique Thémis, no 3, 1972.
Le Droit (Ottawa), 21 décembre 2012.

 

L'Affaire Tissot : une campagne antisémite

          Pendant les noires années 1930, les taux de chômage oscillent entre 20 % et 35 %. Cette situation est propice à l’émergence de groupuscules d’extrême droite qui tiennent la communauté juive responsable à la situation économique ! On a oublié que l’Outaouais a eu, elle aussi, ses antisémites.

          Le Canada n’est pas imperméable au courant idéologique d’extrême droite qui déferle sur l’Europe. En 1933, des Swastikas Clubs voient le jour au Canada anglais. À Montréal, en 1934, un illuminé, Adrien Arcand, fonde le Parti national socialiste chrétien : ce sont les « chemises bleues ».

          Le nationalisme d’Arcand est résolument fédéraliste et… antisémite. Il faut dire que Mussolini et Hitler ont la cote auprès de nombreux politiciens, même au Canada. Par exemple, en 1935, l’année même où Hitler supprime les droits civiques des Juifs en Allemagne, William Lyon Mackenzie King, le premier ministre Arcand adriendu Canada, écrit dans son journal : « Hitler et Mussolini, quoique dictateurs, se sont vraiment efforcés de procurer aux masses [divers bienfaits] et ainsi s’assurer leur appui. […] La manière dictatoriale était peut-être nécessaire afin de retirer ces bienfaits aux privilégiés qui les monopolisaient jusque-là […] » Les supposés privilégiés sont évidemment les démocrates et les… Juifs.

          Bien avant King, le premier ministre du Canada, R.B. Bennett, chef du Parti conservateur, a même été l’un des bailleurs de fonds du journal fasciste Le Goglu d’Adrien Arcand et de Joseph Ménard ! Cet hypocrite n’hésitera pourtant pas à assister à l’ouverture de la United Palestine Appeal, en novembre 1934, au côté du commerçant juif d’Ottawa, A. J. Freiman.

          Comme la crise qui a débuté à la fin de 1929 perdure, on cherche des coupables. Les Swastikas Clubs, Canadian Nationalist Party et Parti national socialiste chrétien ont trouvé le responsable de nos malheurs : le Juif ! Il faut dire que les Juifs de cette époque ont le dos large. Rappelons-nous que les catholiques récitaient encore une prière à l’intention des juifs « perfides » au cours de leurs cérémonies du Vendredi saint, prière qui ne sera abolie qu’en 1960. Je souligne toutefois que ces organisations fascistes ne comptent pas beaucoup de membres. On pense qu’au plus fort de son existence, le Parti national socialiste chrétien aurait compté tout au plus 2 000 adhérents.

          Adrien Arcand et Joseph Ménard publient, à partir de 1934, le journal montréalais Le Patriote lequel est aussi diffusé à Ottawa. Ce journal est avant tout un organe antisémite qui ne cesse d’injurier les commerçants juifs. Par exemple, le numéro du 11 juillet 1935 : Un autre pouilleux [Juif] qui se lamente ; le 25 septembre 1935 : Les Juifs « Fils de Satan » ; le 3 août 1935 : Protégez vos filles et vos femmes ! Évitez-leur tout contact avec le Juif !, etc.

Antisémitisme à Ottawa 

         C’est dans ce cadre que débute, à Ottawa, à l’hiver 1935, une campagne antisémite d’une rare violence verbale.

          Dans la capitale fédérale se trouve une minorité raciste. Celle-ci s’exprime à travers deux médiums : L’Achat chez-nous, organisation apparemment créée pour défendre les commerces canadiens-français (mais qui s’attaque aux commerces juifs), et le journal Le Patriote (Montréal) dans lequel paraît une « Chronique d’Ottawa » rédigée le plus souvent par un ou des auteurs anonymes. Celui qui assure la diffusion du journal à Ottawa est un policier, Jean Tissot.

 Tissot jean         Né en Belgique, le policier Tissot arrive au Canada avec son épouse et deux enfants en 1908. Il se joint aux forces policières de la Ville d’Ottawa où il devient détective. Cet excellent catholique, membre du Tiers-Ordre de Saint-François, de la Société Saint-Vincent-de-Paul et de la Ligue du Sacré-Cœur, a toutefois une idée fixe délirante portée par la haine. Pour lui (et je cite), « […] le Juif est un chancre dans la société qu’il faut extirper au plus vite si la paix et la prospérité doivent revivre. »

          Comment est-il arrivé à cette conclusion ? Il l’a lui-même expliqué dans une lettre adressée au journal Le Devoir (Montréal) le 12 août 1935 : « Durant mes vingt-cinq années de service, j’eus l’occasion d’observer le parasite le plus destructeur de la création : la gent hébraïque. J’ai vu le Juif de près […] Je l’ai vu à l’œuvre s’emparant du commerce chrétien, s’enrichissant au moyen de l’incendie, la banqueroute frauduleuse, l’usure, le recel, la contrebande, le trafic du vice. » Notons que ce  personnage est un membre de La Patente dont le nom officiel est l’Ordre de Jacques-Cartier.

         Chef de file de l’Achat chez-nous à Ottawa, le policier est aussi devenu chroniqueur du journal antisémite montréalais Le Patriote et distribue de la documentation raciste et haineuse. Poursuivi en justice par A. J. Freiman, propriétaire du célèbre magasin à rayons Freiman, rue Rideau, pour libelle, le policier est suspendu de ses fonctions, condamné pour libelle et enfin contraint à démissionner.

          La commanderie Dollard de l’Ordre de Jacques-Cartier, autrement appelé La Patente (organisme secret visant la promotion des Canadiens-Français), met alors sur pied un Comité de défense qui organise des assemblées dans les salles paroissiales de la région et au Monument national où l’on prononce des discours antisémites et anticommunistes.

          L’accusation de libelle n’amoindrit pas le moins du monde les convictions racistes de l’ex-policier qui, à la demande de la Patente, se présente comme candidat anticommuniste aux élections fédérales de 1935 dans le comté d’Ottawa-Est. Le Belge a l’appui de l’avocat Joseph-Ulric Vincent, fondateur du Monument national et de plusieurs hommes d’affaires.

          Il lance sa campagne électorale au Monument national entouré de deux membres du Parti national socialiste chrétien : l’avocat montréalais Saluste Lavery et le Dr Paul-Émile Lalanne, médecin avorteur et bras droit d’Adrien Arcand. Toutefois, le journal Le Droit, propriété des O.M.I., appuie son adversaire, le député libéral Edgar Chevrier. Bien que défait, l’ex-policier obtient quand même 3 899 voix. Chevrier étant nommé quelques mois plus tard au poste de juge à la Cour suprême de l’Ontario, l’ex-policier représente sa candidature dans Ottawa-Est en 1936. Défait, cette fois par le Libéral Pinard, il obtient quand même 3 449 voix.

          Au lendemain de sa seconde défaite électorale, l’ex-policier est aux abois. Il n’a plus d’emploi et le journal Le Patriote a cessé de paraître. La Patente vole à son secours. Le secrétaire de la commanderie Dollard écrit, avec la permission de la Chancellerie, à tous les membres de l’Ordre : «  […] vient faire un appel pressant aux XC (commanderies) - sœurs en faveur d'un de ses frères, M. Jean Tissot, que son dévouement, pour l'expansion économique des Canadiens-Français dans la Capitale a rendu victime de son patriotisme. […] à, la suite de la distribution d'un de ces derniers [pamphlets], dans lequel il attaquait avec tant de raison en particulier le juif Frieman (sic) d'Ottawa […] il fut poursuivi pour libelle. Entre-temps, des influences juives, afin de mieux terrasser ce Canadien-Français qui mettait à découvert toutes leurs turpitudes, réussirent à lui faire perdre sa position à l'hôtel de ville qu'il occupait depuis près de 25 ans. »

          La campagne d’Achat chez nous conduite par l’Ordre de Jacques-Cartier est un échec. Et le journal Le Patriote est bien obligé d’admettre que la majorité des Canadiens français n’hésite pas à faire ses achats dans des magasins propriétés de Juifs, ce qui est tout à l’honneur des NÔTRES.

Source :

OUIMET, Raymond, L'Affaire Tissot : Campagne antisémite en Outaouais, Montpellier, Écrits des Hautes-Terres, 2006.

Louis Riel et ses complicités outaouaises

         Mars 1874. Les membres de la Chambre des communes, à Ottawa, sont sur le qui-vive : des rumeurs font état de la présence du chef métis Louis Riel, fondateur du Manitoba, à Hull et à la Pointe-Gatineau. Or, celui-ci est activement recherché par la police de l’Ontario pour l’exécution, en 1870, de Thomas Scott, un rebelle orangiste qui avait tenté de renverser, par la force, le gouvernement provisoire du Manitoba dirigé par Riel.

        La population métisse a confiance en Louis Riel et n’hésite pas à en faire son représentant au gouvernement fédéral. En février 1874, Riel est élu une seconde fois député de Provencher. Peu après, le chef métis se rend à Ottawa où il est accueilli à la gare de chemin de fer par un ancien confrère du petit séminaire de Montréal, le docteur Joseph Beaudin, qui le cache chez lui, à Hull, rue Principale (promenade du Portage).

       Lorsque s'ouvre la session du Parlement du Canada, le 26 mars 1874, la grande question est de savoir si Riel aura l'audace de venir occuper son siège à la Chambre des communes comme représentant de la circonscription électorale manitobaine de Provencher. Le 30 mars, Riel, accompagné du docteur Fiset, député de Rimouski, et de plusieurs compagnons agissant comme garde du corps, se rend au parlement pour prêter serment.

       Riel sait bien qu’il ne peut officiellement se présenter à la Chambre sans être arrêté par la police d’Ottawa. D'ailleurs, un certain Fred Davis a demandé l’émission d’un mandat d’arrestation à son encontre et une assemblée d’orangistes a lieu pour convoquer tous les « frères et amis » de l’Ontario. Sommé par la Chambre des communes de prendre son siège et d’expliquer sa conduite, Louis Riel évite sagement d’obtempérer à l’ordre pour le moins perfide.Louis Riel

       De plus, un député conservateur de l’Ontario, et grand-maître du fanatique ordre d’Orange, Mackenzie Bowell, présente une motion demandant l'expulsion immédiate du député Riel, absent de son siège. Les discours succèdent aux discours. Certains sont violents. Bien que Riel n'ait pas encore été trouvé coupable du crime dont on l’accuse et que le premier ministre John A. Macdonald ait promis l’amnistie aux membres du gouvernement provisoire du Manitoba, Riel, qui ne s'y trouve pas autrement qu'en esprit, est expulsé de la Chambre des communes par un vote de 123 voix contre 68 et le siège de Provencher déclaré vacant. Mgr Alexandre-Antonin Taché, évêque de Saint-Boniface, outré du comportement de Macdonald au sujet de ses promesses d'amnistie, écrit à un collègue : « Le Très honorable John A. Macdonald a menti (excusez le mot) comme ferait un voyou. »

      Recherché par les polices ontariennes qui, motivées par la haine plus que par la justice, ont juré de mettre la main sur le défenseur des Métis, mort ou vif, Riel change de cachette tous les jours ou presque pour brouiller les recherches et ne sort qu’accompagné d’une garde du corps composée de quelques patriotes dirigés par les Hullois Michel Navion et Damien Richer. Cela ne l’empêche toutefois pas d’assister à des séances de la Chambre des communes du haut de la galerie des spectateurs.

      Selon Adrien Moncion, contemporain de Louis Riel, ce dernier se rend au parlement presque tous les soirs « ...habillé comme un gentleman, le tuyau de castor sur la tête, la chaîne de montre au bedon, la canne à la main ; tantôt, il se déguisait en bon habitant, avec des habits râpés et des souiers de boeu aux pieds. » Sous différents déguisements, Riel nargue la police. On dit même qu’un certain soir, en sortant de la Chambre des communes, il a demandé une chique à un policier sans que celui-ci ne se doute un instant de l’identité de son interlocuteur.

Un réseau de complicités

      Le 7 avril, environ 500 francophones s’assemblent au village de Hull pour appuyer Riel. Une autre réunion a lieu en même temps à la Pointe-Gatineau. Jamais les policiers ontariens n’auraient pu arracher Louis Riel des mains de ces hommes parce que, d’après Adrien Moncion, « ...pour nos gâs (sic), se battre c’était comme aller aux noces. » La population est aux aguets et une centaine d’hommes se donnent le mot pour venir au secours de Riel au cas où on s’en prendrait à lui. Ils ont convenu de se rassembler à l’appel d’un certain Joseph Pariseau, gardien de la pompe à incendie, rue Duke (Leduc), à Hull.

         Mais les sbires orangistes ont flairé les traces de Riel et celui-ci convient qu’il vaut mieux quitter Hull. Accompagné d’Isaïe Richer et d’Adrien Moncion, Riel se rend à Angers, chez Xavier Moncion, père d’Adrien, où il reste environ deux semaines. Puis il revient dans la région de Hull. Il loge d’abord chez un certain Dumontier de la Pointe-Gatineau et ensuite chez Aldebert Quesnel qui demeurait rue Wellington, à Hull. Comme on peut le constater, Louis Riel bénéficie d’un réseau de complices bien organisé. Et ce réseau est non seulement composé d’amis, mais aussi de parents bien ancrés dans la région. En effet, une tante de Louis, Marie-Louise Riel – surnommée la Sauvagesse et aussi l’Ange gardien de la rivière (Lièvre) – qui a épousé Robert Richard McGregor en 1826 à Oka, a trois enfants et vit habituellement au lac McGregor.

         Riel retourne à la Pointe-Gatineau où sa tante, Marie-Louise Riel, lui a fixé un rendez-vous. Celle-ci, accompagnée de son petit-fils Régis McGregor, le conduit à Buckingham, probablement chez François Latour époux d’Élisabeth McGregor. Enfin, Louis Riel gagne Montréal où il loge chez sa tante Lucie Riel, épouse de John Lee, avant de partir pour Saint-Paul, au Minnesota, où il arrive le 19 mai 1874.

Les pendards

         De retour au Manitoba, Riel est réélu pour une troisième fois député de Provencher. Mais le gouvernement fédéral a proscrit le chef métis qui s’exile aux États-Unis où il y épouse une jeune métisse, Marguerite Monet dite Belhumeur. Rentré au Canada, Riel participe à rébellion des Métis et des Amérindiens de l’Ouest en 1885. Mais les rebelles sont défaits par les troupes canadiennes beaucoup plus nombreuses. Riel se rend alors à la police à cheval du Nord-Ouest.

         Louis Riel est jugé à Regina pour haute trahison et condamné à mort. La condamnation soulève un tollé de protestations presque partout au Québec, protestations auxquelles le premier ministre conservateur du Canada, John A. Macdonald, qui est favorable aux orangistes pour des raisons bassement électorales, aurait répondu : « Même si tous les chiens de la province de Québec aboient, Riel sera pendu. » Le 16 novembre 1885, Riel est pendu haut et court.

SOURCES :

Boutet, Edgar, Le bon vieux temps à Hull, tome 1, Hull, éd. Gauvin, 1971.
Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11.
Lalonde, Violet, Louis Riel, manuscrit dactylographié, incomplet, ANQ-O, P1000, D65.
Lapointe, Pierre-Louis, Buckingham, ville occupée, Hull, éd. Asticou, 1984.
Le Droit (Ottawa) 27 février et 13 mars 1924, témoignages de Florimond Desjardins et d’Adrien Moncion.
Ouimet, Raymond, Hull : Mémoire vive, Hull, éd. Vents d’Ouest, 1999.

La grippe espagnole en Outaouais et à Ottawa

          Depuis plusieurs semaines, la maladie d’Ebola fait les manchettes des médias d’information du monde entier, car c’est là une maladie contagieuse et mortelle. Ce n’est pas la première fois, dans notre histoire qu’une maladie mortelle aura frappé notre continent. En 1918, c’est la grippe espagnole qui a fait des siennes en tuant de 20 millions et 40 millions de morts en 1918. L’Outaouais n’a pas échappé à cette grippe. Échappera-t-elle à la maladie d’Ebola ?

          Le terme « grippe » vient du mot allemand grippen (saisir) et il a été introduit en Europe lors de l’épidémie de 1742. Il met en relief la soudaineté de l’affection. Les Italiens ont donné à cette maladie le nom d’influenza qui souligne l’influence du froid dans le déclenchement des épidémies. Les Anglo-Saxons l’ont adopté pour en faire l’abréviation flu. La grippe, qualifiée à tort d’espagnole, a pris naissance en Extrême-Orient. À l’automne de 1917, les Allemands l’ont signalé sur le front de l’est, en Russie, et en avril 1918 elle fait son apparition en Allemagne et en France. En mai suivant, elle frappe à Madrid au moment même où une grande affluence de personnes vient visiter la capitale espagnole.

          Le 18 septembre 1918, une nouvelle nous parvient des États-Unis à laquelle on n’accorde pas trop d’attention. Elle traite de nombreux cas de grippe circonscrits à l’intérieur des camps militaires. Le 23 septembre, on parle de marins américains morts sur leur navire, dans le port de Québec, et transportés à la morgue municipale sans que des précautions n’aient été prises pour pallier les dangers de la contagion. Dès le 22 septembre, la grippe a déjà fait un premier mort à Victoriaville en la personne de Lucien Deshaies, 17 ans, du 169, rue Saint-Patrick, à Ottawa.Grippe espagnole

          Dans l’Outaouais et l’Est ontarien, on signale les premières manifestations de la grippe espagnole à Ottawa, le 26 septembre, et à Hull vers le 1er octobre. Le 2 octobre, la ville d’Aylmer dénombre déjà cinq décès dus à l’épidémie. À Hull, comme ailleurs au Québec, on ne croit pas que l’épidémie de grippe puisse prendre des proportions extraordinaires. Le 7 octobre, le docteur Aubry déclare au journal Le Droit que la grippe espagnole : « [...] n’a généralement pas le caractère de gravité qu’on semble lui donner, si elle est bien traitée et si l’on prend les soins et le temps nécessaire afin d’arriver à la guérison complète [...] »

          La grippe se répand très rapidement. À Aylmer, les autorités dénombrent 500 cas de grippe et 14 décès. À Ottawa, les dirigeants municipaux ordonnent la fermeture des écoles et des théâtres dès le 5 octobre. Le village de Quyon compte 3 morts les 5 et 6 octobre. Le journal Le Droit du 2 octobre précédent fait état de 800 morts à Boston, dont 152 en 24 heures !

          Le 7 octobre, on compte déjà 700 cas de grippe en traitement à Hull. Les absences dans les écoles sont très élevées. À l’école Saint-Thomas-d’Aquin, une institutrice a signalé l’absence de 19 enfants de sa classe; les autres classes se trouvent dans le même état. Le 9 octobre, le Conseil municipal ordonne la fermeture des écoles de la ville.

Une mortalité en forte hausse

          Le 11 octobre, le Bureau de santé de la ville d’Ottawa signale l’apparition de 600 à 700 nouveaux cas de grippe espagnole et 14 décès au cours des deux derniers jours. La situation est telle que Mgr J. O. Routhier, administrateur du forte diocèse d’Ottawa, décide d’annuler tous les offices religieux dominicaux dans les églises de la capitale.

 Mort faucheuse         Des familles entières sont frappées par l’épidémie qui donne un surcroît de travail considérable aux médecins et aux pharmaciens. Ces derniers se plaignent de l’abondance des appels téléphoniques qu’ils reçoivent « à propos de tout et de rien ». « On oublie, a déclaré l’un d’eux, que nous avons actuellement quatre fois plus d’ouvrage qu’en temps ordinaire et on paraît s’être donné le mot pour nous faire faire de longues et nombreuses courses pour porter des petites commandes. Nous sommes fatigués par le surcroît nécessaire de travail [...] »

          Le 15 octobre, le Bureau de santé de Hull ordonne l’inhumation, dans les 24 heures suivant le décès, des corps des victimes de la grippe espagnole. Quatre jours plus tôt, on avait appris que la ville de Québec comptait 156 décès depuis le début du mois et qu’Ottawa dénombrait 4 341 cas de grippe. Du 15 au 22 octobre, cette dernière ville comptera 336 décès. À Hull, les choses ne vont guère mieux puisque du 13 au 19 octobre, on inscrit 53 décès dans les registres des cimetières catholiques de la ville.

          Le Droit du 25 octobre écrit qu’il est nécessaire « [...] que chacun reconnaisse la main de Dieu appesantie sur le monde entier et implore le Tout-Puissant d’éloigner l’épidémie. » Les oblats de Hull estiment, quant à eux, que c’est Dieu lui-même qui a envoyé ce terrible fléau au monde pour le châtier et n’hésitent pas à ajouter que ne pas le reconnaître serait pousser trop loin l’aveuglement.

          Dans l’ancienne ville de Hull, la grippe a causé près de 200 décès d'ocobre 1918 à janvier 1919. Dans l’ensemble du Québec, 406 074 personnes ont été atteintes par la grippe et 13 139 en sont mortes. L’épidémie semble avoir touché un peu plus durement l’Outaouais que l’ensemble du Québec. Dans l’ancien comté d’Ottawa, 20,3 % (3,4 % en sont mortes) de la population a été touchée par la grippe contre 17,4 % dans la province. À Hull, c’est le groupe des 18-39 ans qui a été la cible privilégiée de l’épidémie avec 37,1 % des décès. En temps normal, ce groupe ne comptait pourtant que pour 6,5 % des décès. Et la très grande majorité de ces jeunes personnes demeuraient en quartier ouvrier. Chose intéressante, aucun médecin de la ville ni aucun prêtre, infirmière ou pharmacien n’a succombé à cette grippe.

Sources :

Annuaire statistique du Québec, 1918, 1919 et 1920.
Le Droit (Ottawa), septembre 1918 à mars 1919.
Le Spectateur (Hull), 1911 et 1912.
Registres des inhumations du cimetière Notre-Dame de Hull, 1900 à 1921.
Registre des inhumations du cimetière Très-Saint-Rédempteur de Hull, automne 1918.

Ces noms de rues controversés

         Au cours des dernières semaines, deux articles du journal Le Droit, écrit à la suite d'une plainte d'un citoyen gatinois ont semé un certain émoi dans la population. En effet, un conseiller municipal et un citoyen ont de la difficulté à accepter comme noms de rues ceux de Philipp-Lenard et d'Alexis-Carrel. En effet, ces deux personnages, bien que récipiendaires de prix Nobel, sont loin d'incarner des modèles de vie. Le premier, Lenard (1862-1947), d'origine austro-hongroise, a remporté le prix Nobel de physique en 1905. Mais il a été un nazi antisémite et idéologue de la physique aryenne dans les années 1930 et 1940. Le second est le Français Alexis Carrel (1873-1944) qui a obtenu le prix Nobel de médecine en 1912. Pétainiste, pronazi et antisémite, il a aussi fait la promotion de l'eugénisme, c'est-à-dire de l'élimination pure et simple d'humains qu'il estimait indésirables.

         La Ville de Gatineau devrait-elle faire remplacer ces noms de rues par d'autres noms plus acceptables aux yeux des citoyens ? Si elle décidait de le faire, il faudrait qu'elle en fasse disparaître d'autres pour les mêmes motifs ou pour des raisons tout aussi valables. Par exemple, le propriétaire de l'ancien journal hullois Le Spectateur, Ernest-Eugène Cinq-Mars (1873-1925), a commis quelques articles antisémites dans son journal au début du siècle passé. Et que dire des boulevard et parc Moussette ? Ils ont été nommés d'après l'ancien maire de Hull, Alphonse Moussette (1892-1952), lequel a été condamné en 1943 pour avoir protégé le vice commercialisé dans sa ville. Il y a aussi l'ancien maire de Hull Edmond-Stanislas Aubry (1860-1936), dont une place et une rue portent son nom. Il a été déchu de sa charge, en 1895, pour corruption.

Ces « grands » personnages

         Mais il n'y a pas que ces personnages qui ont une rue à leur nom sans l'avoir méritée. Certains de ceux-là ont fait ce qu'on appelle la « grande histoire » militaire ou politique et leurs noms apparaissent dans les dictionnaires. Pensons au général britannique Jeffrey Amherst (1717-1797) : il méprisait au plus haut point les Amérindiens. Devenu commandant en chef des troupes britanniques, il forme le plan ignoble d'exterminer les Amérindiens. En effet, dans sa correspondance avec le colonel Bouquet, un mercenaire suisse employé par les Britanniques, on trouve le dialogue suivant : « Ne pourrions-nous pas tenter de répandre la petite vérole parmi les tribus indiennes qui sont rebelles ? Il faut en cette occasion user de tous les moyens pour les réduire. »

– Je vais essayer, répond le colonel, de la répandre, grâce à des couvertures que nous trouverons le moyen de leur faire parvenir.

– Vous ferez bien de la répandre ainsi, dit le général, et d’user de tous autres procédés capables d'exterminer cette race répugnante.

         On peut ajouter à cette courte liste le nom de la reine Victoria (1819-1901). En effet, c'est sous son règne que le Royaume-Uni est devenu l'une desEnfant camp de concentration copie puissances les plus agressives du monde et que les Britanniques ont créé les premiers camps de concentration en Afrique du Sud. Ils y enfermaient les femmes, les vieillards et les enfants des Boers, et des membres de tribus indigènes alliées.

         Changer le nom d'une rue pour une autre parce que son titulaire n'a pas eu un comportement respectable n'est pas chose facile, car on sait souvent peu de choses sur les personnages que l'on honore. Et si l'on se mettait à fouiller dans la vie de toutes les personnes, on trouverait sans doute beaucoup de choses qui nous scandaliseraient – combien de ces hommes glorifiés ont battu leur femme ? Mais ce qui scandalise aujourd'hui ne scandalisait pas nécessairement autrefois. Ainsi, devrait-on changer les toponymes qui portent le nom de Pierre-Elliot Trudeau (1919-2000), ancien premier ministre du Canada, parce que celui-ci a déjà été antisémite dans sa jeunesse et qu'il a déjà frappé son épouse ?

         Évidemment, un toponyme ça se change. En 1967, quand le général et président de la République française Charles de Gaulle a crié, au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, « Vive le Québec libre ! », on a changé le nom de la rue qui portait son nom à Ottawa. Toutefois, on trouve de nos jours, dans la capitale fédérale, un… Amherst Crescent ! Cherchez l’erreur…

Sources :

Banque de toponymie de la Ville de Gatineau.
Le Droit (Gatineau-Ottawa), 17 septembre 2014. Article de Mathieu Bélanger.
LESTER, Normand, Le livre noir du Canada anglais, Montréal, Les Intouchables, 2001, p. 44 à 46.
Metro (Montréal), 20 avril 2010.
Nuit Blanche (Montréal), numéro 118, printemps 2010, http://72.10.139.201/AfficherPage.aspx?idMenu=0&idPage=347

Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_concentration#mediaviewer/File:LizzieVanZyl.jpg

Cimetières de l'Outaouais

         Chaque année, en septembre, les cimetières de la région programment une cérémonie-souvenir. Autrefois, cette cérémonie attirait des milliers de personnes qui venaient se recueillir sur la tombe de parents et amis. Aujourd’hui, elle attire moins de monde et les cimetières sont peu fréquentés. Et pourtant, pour qui sait lire et sait voir, il y a là de belles choses à voir, des histoires à raconter.

          À l’entrée d’un cimetière, j’ai lu un jour : « Vous qui passez ici, priez Dieu pour les trépassés ; ce que vous êtes ils ont été, ce que sont, un jour serez[1]. » C’est au cimetière que l’on se rend compte que la vie a une fin et que personne n’échappe à la mort.

          En dépit du caractère définitif du cimetière, il y a beaucoup à voir dans une nécropole, et même de très belles choses. Dans les cimetières reposent toutes les peines, tous les espoirs et toutes les vanités du genre humain ; l’homme y perpétue l’image qu’il se fait de lui. Fidèle reflet de nos villes, le cimetière immortalise l’individu, mais aussi sa classe sociale et parfois son appartenance ethnique. On trouve là des stèles de toutes les époques de notre histoire locale, des pierres qui marquent les lieux de sépulture d’illustres personnages d’autrefois, des croix de fer si rouillées qu’on n’y distingue plus les noms qui y ont été gravés jadis et, bien souvent, une fosse commune où on y ensevelit les sans-le-sou, les plus humbles de notre société ou les pendus, et les individus non identifiés.

          Longtemps, les morts ont été inhumés dans un cimetière qui était situé tout autour de l’église. Sainte-Rose-de-LimaÀ cause de la communion qui unit tous les fidèles, l’Église désirait que les morts demeurent près des vivants. Les « meilleures places » étaient celles qui entouraient le mur de l’église, car elles « reçoivent la pluie du ciel qui a dégouliné sur le toit d’un édifice béni… »

          On a aussi longtemps inhumé dans les églises. La tradition veut que les plus pieux (ou les plus riches ou encore les plus puissants) soient enterrés le plus près possible du chœur et ainsi de suite par cercles concentriques jusqu’aux limites du cimetière.

          Le silence de la mort n’a pas toujours été le seul attribut des cimetières. Adjacents aux églises, les cimetières avaient, au moyen-âge, un droit de franchise et d’immunité. Ainsi, plus d’un délinquant y vivait de longues années pour échapper au châtiment des autorités (voir à ce sujet La Chambre des dames de Jeanne Bourrin) en vaquant à leurs activités de travail ou de loisirs. Les proscrits y tenaient donc des échoppes ; des foires et même des marchés saisonniers s’y tenaient épisodiquement.

Les cimetières de l'Outaouais

          Nos cimetières regorgent d’art et d’histoire et pourtant nous les visitons si peu. Dans celui de Montebello, le calvaire est l’œuvre du réputé sculpteur sur bois Louis Jobin (1845-1928) dont l’atelier était situé à Sainte-Anne-de-Beaupré. Le Calvaire est composé de trois personnages : un Christ en croix, la Vierge et Marie-Madeleine. Jobin a aussi sculpté une Sainte-Anne en compagnie de sa fille Marie.

          On trouve encore dans nos cimetières le souvenir de nombreux personnages de notre histoire. Ainsi, dans le cimetière de St. James, boulevard Taché, à Hull, se dresse fièrement, dans un enclos borné par des clôtures de fer, un obélisque de granit rose qui indique le lieu de sépulture des fondateurs de Hull, Philemon Wright, et son épouse, Abigail Wyman. L’obélisque est entouré de monuments plus petits qui marquent les tombes de ses nombreux descendants. L’escalier de pierre qui mène à la sépulture de la famille William Francis Scott, ancien maire de Hull, est envahi par des pousses d’arbres et d’arbustes.

          Boulevard Fournier, à Hull, se trouve le  cimetière Notre-Dame d’une superficie de 13 hectares. On a commencé à y enterrer les morts en 1872 et de 1886 aux années 1930, on y aurait recueilli plus de 45 000 dépouilles ! Le portail d’entrée en pierre taillée a été construit en 1902 d’après les plans de l’architecte hullois, Charles Brodeur. Il est surmonté d’une statue de l’Ange de la mort sonnant la trompette du jugement dernier. Fabriquée en cuivre martelé, la statue a été réalisée par le sculpteur québécois Arthur Vincent (1852-1903) dont c’est la dernière œuvre d’importance.

Portail cimetiere notre dame          De nombreuses personnalités sont inhumées au cimetière Notre-Dame de Hull. Parmi celles de stature nationale, notons la comédienne, auteure et critique Laurette Larocque, mieux connue sous le nom de Jean Despréz (1906-1965), et le fondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), Marcel Chaput (1918-1991). Parmi les personnalités locales, notons le père Louis-Étienne Reboul (1827-1877), fondateur de la paroisse de Hull ; l’acteur et metteur en scène René Provost (1903-1966), père du comédien Guy Provost ; la pianiste et poétesse Clara Lanctôt (1886-1958) ; l’allumettière Donalda Charron (1886-1967) qui a dirigé la fameuse grève des « faiseuses d’allumettes » de la E.B. Eddy en 1924 ; Marcelline Dumais (1850-1916), propriétaire de la maison où a commencé le Grand feu de Hull en 1900, le peintre Jean Alie (1925-1997), etc. Le plus beau cimetière de la région est sans doute le Beechwood. On y trouve un monument au Parti communiste du Canada (ML) preuve que le communisme est bien mort !

          Chacun des cimetières de la région a ses particularités et ses célébrités. À Aylmer, le cimetière Saint-Paul est un véritable jardin public de 4,5 hectares. Créé en 1840, il invite les promeneurs à retrouver l’ancienne coutume de visiter ses morts. Dans le cimetière catholique de Buckingham se trouve la tombe de deux syndicalistes assassinés le 8 octobre 1906 par les sbires de la MacLaren : Thomas Bélanger et François Thériault. À Bryson (Pontiac), une pierre noire en forme deux cœurs enlacés rappelle le souvenir de la famille... Jolicoeur !

          Il n’y a pas que les grands cimetières, il y en a aussi des petits : dans le West Templeton Cemetery, chemin du rang 3 (sur le bord de l’autoroute 50), reposent les restes de quelques familles d’origine écossaise et plus particulièrement la famille Kerr. Route 148, près du Cheval blanc, se trouve un cimetière privé où sont inhumés les membres de la famille Dunning. Et rue de l’Épée, à Gatineau, on trouve un tout petit cimetière abandonné dans lequel il y a trois ou quatre monuments, pour la plupart renversées, soit celles des Barber, Davidson et Langford. À Papineauville, se trouve le monument de Benjamin Papineau, en son temps premier ministre du Canada-Uni.

          Il y a aussi en Outaouais une chapelle funéraire privée, celle des Papineau. Construite en 1855 à Montebello, on y a inhumé non seulement le patriote Louis-Joseph Papineau et plusieurs de ses enfants, mais aussi son épouse, Julie, qui a fait l’objet d’une biographie et d’un roman à succès, ce dernier intitulé : Le roman de Julie Papineau.

POUR EN SAVOIR PLUS

Cimetière Barber :  https://sites.google.com/site/cimetierefamilialbarber/ 
Jardins du souvenir : http://lesjardinsdusouvenir.com/

SOURCES

Documentation personnelle.
GAGNON, Serge, Mourir hier et aujourd'hui, Québec, Les Presses de l'Université Laval, 1987.
MÉTAYER, Christine, Au tombeau des secrets, Paris, éd. Albin Michel, 2000.


 

[1] Montfort-l'Amaury, Yvelines, France.

L'incendie de l'église Notre-Dame de Hull : accident ou crime ?

          Il y avait, autrefois à Gatineau, dans le secteur Hull, aux intersections des rues Victoria, Laurier et Notre-Dame-de-l'Île, une splendide église appelée Notre-Dame-de-Grâce. C’était la troisième église construite dans ce quadrilatère. La première, dite chapelle de chantiers, avait été érigée en juin 1846 et était dédiée à Notre-Dame-de-Bonsecours. Transformée en école paroissiale en 1869, elle est détruite en 1873 à la suite d'un incendie. En 1868, on a commencé la construction du deuxième temple, une vaste église en pierre, qu'un incendie détruira le 5 juin 1888  dans la conflagration du « feu du marché ».Hull notre dame 1888 copie 1

          Construite de 1888 à 1892, la nouvelle et dernière église a été inaugurée le 25 décembre 1892. De style romano-byzantin, elle mesurait 58 mètres de long et son clocher culminait à 79 mètres. Cette église, qui pouvait contenir par moins de 3 100 personnes dont 1 134 au sous-sol, avait un maître-autel surmonté d’une gigantesque statue de Notre-Dame-de-Grâce, qui tenait dans ses bras l’Enfant-Jésus, fichée dans une niche bleu ciel et encadrée par deux archanges dorés. Un extra-terrestre qui serait entré dans cette église aurait conclu que les Hullois avaient pour principale divinité une femme. Il faut se rappeler que la paroisse Notre-Dame-de-Grâce était dirigée par les Oblats de Marie-Immaculée (O.M.I.), un ordre religieux consacré à la mère de Jésus.

Incendie accidentel ou criminel ?

          Le dimanche 12 septembre 1971, vers 5 heures 30, le curé Gilles Hébert appelle les pompiers parce qu’il a vu de la fumée s’échapper de l’extrémité du clocher, plus précisément du socle sur lequel reposait la croix lumineuse. Il communique de suite avec l’employé de la paroisse qui se rend aussitôt sur les lieux. Ce dernier veut monter au clocher, convaincu en tant qu’électricien il peut éviter le déclenchement d’un incendie sérieux. Mais le directeur du Service des incendies le lui interdit. Le directeur, accompagné d’un de ses hommes, s’aventure alors à l’intérieur du clocher, qui abrite de grosses cloches, pour repérer la source de la fumée. Cet à ce moment-là que les flammes jaillissent de la flèche du clocher qui, en quelques minutes, est transformée en torche.

 Ndg feu         Montés dans l’échelle de 30 mètres, les pompiers constatent vite que les jets d’eau ne peuvent atteindre la flèche du clocher, trop haute (je rappelle que le clocher culminait à 79 mètres au-dessus de la rue). Pire encore, à cause de travaux, rue Champlain, la pression de l’aqueduc – un problème récurrent à Hull – était réduite. Vers 7 heures 30, le clocher et ses quatre cloches, qui pèsent ensemble quatre tonnes, s’effondrent, dans un énorme fracas, partie sur le toit de l’église, partie sur la pelouse du bâtiment. Les flammes s’attaquent ensuite à la structure de bois du toit et aux pièces de cuivre qui le recouvre. Les trois lustres qui pendent au-dessus de la nef se détachent de la voûte et s’effondrent dans l’allée centrale. Mais la voûte et l’intérieur de l’église résistent aux flammes et bien que sérieusement endommagée, l’église n’est pas irréparable.

            Toutes sortes de rumeurs ont circulé sur la cause de l’incendie de l’église Notre-Dame-de-Grâce et la plus persistante veut que l’incendie ait eu une origine criminelle. En effet, moins d’un an plus tôt, l’hôtel de ville avait brûlé dans un incendie aux causes si nébuleuses que des fonctionnaires ont cru que la Gendarmerie royale du Canada n'y était pas étrangère : des policiers avaient déjà allumé des incendies, ailleurs au Québec, dans le cadre de la lutte contre le Front de la libération du Québec. Et puis, le député provincial du comté de Hull, Oswald Parent, avait voué le Vieux-Hull à la destruction… Puis trois jours après l’incendie, le curé Hébert, sans doute aiguillé par son conseil provincial, déclarait : « […] est-ce important de reconstruire un édifice de cette envergure sur ce terrain ? » Ainsi a commencé cette rumeur d'incendie criminel.

            Des gens ont même témoigné avoir vu un homme marcher sur la toiture de l'église, peu avant l'incendie, après être sorti du clocher de l'église ce qui était impossible. En effet, la pente de la toiture était trop glissante et trop raide pour pouvoir s'y aventurer en marchant.  Cela dit, il a été démontré que l’incendie était d’origine électrique. Un mois avant le feu, un témoin avait remarqué que la croix du clocher n’avait pas sa luminosité habituelle. Et un soir ou deux précédant l’incendie, un employé de la paroisse s’était aperçu que les lumières de la croix étaient éteintes. Il s’était dit qu’il irait voir ce qui n’allait pas dès qu’il en aurait le temps.

La démolition

            « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », prétend un vieux dicton. Ainsi, en février 1972, l’éditorialiste du journal Le Droit, un quotidien alors propriété de la communauté des O.M.I., Claude Saint-Laurent, écrit avec mépris : « Il convient de souligner ici que l’architecture de cet édifice n’impressionne personne et que son seul mérite, ou à peu près, est de représenter un type de construction populaire au XIXe siècle au Québec. »Eglise notre dame

            Bien sûr, la Ville de Hull et la Société historique de l’ouest du Québec se sont opposées à la démolition du temple parce qu’elles reconnaissaient sa valeur historique et patrimoniale. Même le député a cherché à préserver l'immeuble religieux. Mais la paroisse était en voie de disparition, et ce, pour deux raisons : non seulement la pratique religieuse diminuait-elle à un rythme qui s’accélérait, mais de nombreuses expropriations de maisons étaient en cours à Hull. Déjà, une partie du quartier situé autour de la rue Hôtel-de-Ville avait été démolie pour être remplacée par les immeubles Jos-Montferrand, Place d’Accueil et Place du Portage. On avait aussi commencé à exproprier tout le côté ouest de la rue Maisonneuve et le côté sud de la rue Saint-Laurent (des Allumettières). Ainsi, les Oblats ont-ils constaté, avec raison, que la paroisse n’aurait bientôt plus assez de paroissiens pour défrayer les coûts d’entretien d’une église aussi vaste. En 1972, l'église tant aimée succombe sous le pic des démolisseurs. Ses objets de culte et artistiques sont dispersés aux quatre vents : la lampe du sanctuaire se trouve maintenant dans l'église de Montebello.

            Avec la destruction des lieux de mémoire identitaires tels l’hôtel de ville, l’église Notre-Dame-de-Grâce et le palais de justice, la ville de Hull a amorcé, au début des années 1970, un déclin qui l’a conduite, trente ans plus tard, à sa disparition, et ce, parce qu’une ville sans mémoire est une ville sans avenir pour ses citoyens.

Sources :

Archives de la Ville de Gatineau.
Documentation personnelle.
Le Droit (Ottawa), septembre 1971, février 1972.
OUIMET, Raymond, Une ville en flammes, Hull, éd. Vents-d'Ouest, 1994.

 

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