L'été des années 1950 dans le Vieux Hull

          Dans les années 1950, il n’y avait ni Nintendo ni télévision 24 heures par jour. La belle saison se vivait le plus souvent à jouer dehors. C’est l’heureuse époque où l’on pouvait se réunir en famille le dimanche puisque ce jour-là était férié pour tous ou presque.

          L’été commençait pour vrai le 22 juin, dernier jour d’école. Mais les vacances des uns, à une époque où la famille standard comptait en moyenne quatre enfants, étaient un temps très occupé pour les mères qui passaient alors tout leur temps avec la marmaille.

          L’école terminée, tous ceux et celles qui avaient accès à un vélo enfourchaient leur monture pour l’été. À cette époque, il y avait, grosso modo, quatre types de vélos populaires : le vélo ordinaire (1 vitesse,), celui à pneus dit « semi-ballounes », ceux dit à pneus « ballounes » et les bicyclettes dites automatiques, c’est-à-dire à plusieurs vitesses, généralement trois, qui étaient l’apanage des plus riches. Les vélos à pneus « ballounes » étaient généralement enfourchés par les filles.

          Le vélo servait à s’affranchir de la maison, du voisinage pour aller à la découverte Parc fontainede la ville et pour faire la baignade au parc Moussette que l’on appelait alors « Luna », ou au Flat Rock dit aussi les « quatre piscines » (sur les bords de la rivière Rideau) ou encore à Mooney’s Bay et à Britannia ; les plus aventureux allaient se baigner à la Gappe (baie sur les terrains des usines Eddy) aux divers « ponts noirs » (ponts ferroviaires) de la région : rivière Gatineau, rivière Rideau. Les jeunes allaient aussi à la pêche au quai de Hull ou à celui de Pointe-Gatineau, au pont Alonzo-Wright, etc.

          Tout en étant simples, les jeux des enfants faisaient appel à l’imagination : les filles jouaient à la maman avec des poupées ou avec des personnages découpés dans les catalogues de Dupuis ou Eaton, au paradis (carreaux tracés sur le sol, à la corde à danser, au « bolo » ou au ballon-prisonnier, alors que les petits garçons jouaient aux cowboys (tous les garçons avaient au moins une arme-jouet), dans le sable avec des camions-jouets en fer, à la balle-molle, etc.

          Certains enfants avaient le bonheur (pas toujours volontaire) de passer une semaine ou deux dans une colonie de vacances. Les familles de l’Île de Hull, qui en avaient les moyens ou qui étaient assez pauvres pour obtenir la gratuité, envoyaient leurs enfants au camp Saint-Stanislas, à Low, propriété des Oblats. Là, les enfants étaient répartis en divers dortoirs, selon leur âge et leur sexe.

          Pendant que les ados parcouraient la ville à vélo, les enfants qui demeuraient en ville et dont les parents n’avaient pas de chalet ou de maison d’été (l’immense majorité), bénéficiaient de l’animation de l’Oeuvre des terrains de jeu (OTJ).

          Les parcs de nombreuses villes du Québec étaient animés par l’OTJ où des moniteurs et monitrices, dont certains étudiaient au scolasticat dans le but de devenir prêtres, prenaient la responsabilité des enfants de 9h à 12 h et de 13 h à 16 h, du lundi au vendredi.

Chanter le bonheur

          Moniteurs et monitrices organisaient des matchs de balle, de ballon, racontaient des histoires fantastiques, prêtaient des balles, des gants de balle, des bâtons, des raquettes. Et ils faisaient chanter les enfants :

Lundi matin, l’empereur, sa femme et son p’tit prince…
Ne pleure pas Jeannette, allez zim boum boum...
Quand tu sortiras, biquette, biquette, biquette, quand tu sortiras biquette de ce trou-là…
Va va ma petite Jeannette, va va le printemps reviendra…

          Au parc Fontaine, il y avait, sans doute vers 1958 ou 1959, un moniteur barbu que les rockers du coin avaient pris en grippe, mais que la plupart des jeunes adoraient. Ce moniteur était un fan de Guy Béart dont il nous chantait les chansons en s’accompagnant à la guitare : L’eau vive, Le chapeau, Le quidam…

          Évidemment, nous apprenions par cœur ces belles chansons de Béart. Un jour, les enfants en avaient ramené une nouvelle à la maison dont les paroles étaient : Qu’on est bien, dans les bras d’une personne du sexe opposé, qu’on est bien dans ces bras-là… Or, cette chanson était interdite de diffusion sur les ondes radio. Je vous laisse imaginer les réactions des mères qui entendaient leurs enfants chanter à tue-tête, au rythme du va-et-vient des balançoires…

Sarault Bobby          La saison des terrains de jeux se terminait par l’élection (pratique de la démocratie) d’un roi et d’une reine du terrain dont l’un a vécu quelques instants de célébrité : le chanteur Robert Bobby Sarault dont la reine était Carole Boivin (parc Fontaine). Enfin, des olympiques municipaux clôturaient la saison des terrains de jeu.

Les belles soirées d'été

          Les soirées étaient plus calmes parce que l’on mettait les enfants au lit tôt, même avant le coucher du soleil. De nombreuses soirées se passaient au parc Fontaine, dit alors Flora, où les équipes de balle-molle (fast-ball) de la Ligue commerciale s’affrontaient de nombreux soirs par semaine. Certains matchs attiraient jusqu’à 3 000 personnes qui s’assoyaient tout autour du champ de balle dans des chaises de parterre. Et c’était gratuit ! La saison 1957 a été lancée par Amanda Allarie, la fameuse maman du populaire téléroman Les Plouffes.

          Des enfants, qui avaient installé dans leur brouette des cuves remplies de glace et de breuvages, circulaient entre les spectateurs en criant : Coke, Pepsi, Seven-Up, Ginger Ale... Derrière l’arrêt-balle, M. Romanuk dit Jos. Patates, faisait frire les meilleures patates en ville dans sa voiture tirée par l’unique cheval de Hull alors que dans une petite bicoque de la rue Papineau, les Nault vendaient de la bière d’épinette maison.

          Dans l’Île de Hull, les soirées se passaient assis sur le perron avant de la maison à jaser entre mêmes membres de la famille, avec les voisins ou ceux qui se promenaient dans le quartier. Les ados fréquentaient les cinémas, à Hull : le Laurier, le Cartier, le Montcalm, ou le cinéma de Paris ; à Pointe-Gatineau : le Laurentien, et à Ottawa : le Français où les rats disputaient la vedette aux acteurs ou encore le Rideau. D’autres passaient leur soirée à la Salle Notre-Dame ou Saint-Joseph, à pratiquer de la boxe ou du judo, ou encore dans des réunions de la J.E.C. alors que d’autres se divertissaient dans les nombreuses salles de billard et de quilles de la ville.

          Tous savaient que l’été tirait à sa fin quand la radio et les journaux annonçaient le début de l’Exposition du Canada central. Elle commençait par un défilé de fanfares et chars allégoriques qui partait de l’aréna de Hull pour se diriger au parc Landsdowne à Ottawa.

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