Le journal Le Droit : une histoire de famille

       Nous avons appris, cet été, que le groupe Capitales Médias s'est mis sous la protection de la loi sur les faillites. Cela signifie que le quotidien régional interprovincial, Le Droit, pourrait bien disparaître. Ce serait, me semble-t-il, catastrophique, parce que nous serions en grande partie privés de nouvelles locales d'autant plus que ce journal est le seul qui dessert les Gatinois.

       Ma famille fréquente le journal Le Droit depuis ses tout débuts. Ce quotidien a été fondé à Ottawa en 1913 pour donner une voix aux francophones en lutte contre le Règlement 17 qui restreignait l'utilisation du français dans les écoles ontariennes. La mère nourricière de mon grand-père paternel, Virginie Taillefer Ouimet, a fait partie des gardiennes de l'école Guigues, armée d'une aiguille à chapeau pour interdire aux sbires du gouvernement ontarien d'intervenir contre les enseignantes.

Une femme de coeur

       Virginie s'intéressait, sans aucun doute, à l'instruction puisqu'elle a maintenu mon grand-père, David Turgon dit Ouimet, aux études jusqu'à l'âge de 16 ans, ce qui était assez rare à l'époque. Cette femme avait du courage à revendre : outre mon grand-père, fils de sa sœur Louisa, morte trop jeune, Virginie a aussi pris en élève trois autres enfants soit ceux de son autre sœur, Sophie, aussi décédée dans la fleur de l'âge. Avec une telle mère nourricière, il n'est pas étonnant que mon grand-père ait aussi été un fier abonné au journal Le Droit.Ouimet aurore david copie

       Ma mère a aussi grandi dans un foyer nourricier – elle était orpheline de mère –, celui de sa tante Adéline Mainville et de son oncle Aimé Godin qui vivait à Hull. Lui était marchand de glace et elle, femme de maison. Bien que tante Adéline n'ait fréquenté l'école que deux ans – elle était originaire de l'Île-aux-Allumettes –, et son mari jusqu'à l'âge de dix ans, ils lisaient consciencieusement Le Droit. Cet exercice a fait qu'Adéline a même un jour pu lire avec plaisir la biographie de Châteaubriand, preuve que la lecture quotidienne développe le niveau de compréhension et de culture du lecteur. Par contre, mon grand-père maternel savait à peine lire – il a commencé très tôt à travailler dans les chantiers de l'Outaouais comme marmiton et est devenu veuf à l'âge de 31 ans avec 4 enfants en bas âge. Je me souviens le l'avoir entendu qualifier le journal de « tapisserie » !

Lire pour apprendre

       J'ai donc évidemment grandi dans un foyer abonné au journal Le Droit, quotidien que mes parents lisaient assidûment, et ce, presque jusqu'à leur mort survenue à l'âge de 85 ans. Devant un tel exemple, j'ai commencé à lire Le Droit jeune, c'est-à-dire vers l'âge de sept ans. Je me souviens ne pas avoir alors compris la prononciation du groupe de lettres « ent », parce que parfois il fallait prononcer « en » et parfois « e ». C'est ma mère qui m'a montré à faire la distinction entre le mot qui finit en « en » et le verbe qui se termine en « ent ». Beaucoup plus tard, c'est avec fierté que j'ai participé à la rédaction de la chronique Mémoire vive dudit journal dans les années 1990.

       Il n'est donc pas étonnant que j'appuie le journal Le Droit dont nous avons besoin pour connaître et comprendre l'actualité locale. Une solution : la transformation du journal en coopérative des employés, de préférence à Gatineau où se trouve la grande majorité de son lectorat.