La Saint-Valentin

          La Saint-Valentin se veut encore aujourd’hui la pratique d’un mythe qui est la source essentielle de toutes les relations humaines : l’amour. Et saint Valentin n’y est… pour rien !

          On se perd en conjectures sur l’identité de saint Valentin tellement les saints de ce nom apparaissent nombreux. Mais ce saint, qui apparaissait au martyrologe aurait été un prêtre saisi et décolleté (rapetissé à la hauteur des épaules ou du col !) à la fin du IIIe siècle (270). Mais personne n’a réussi à faire le lien entre lui et la fête de l’amour qui semble être une invention poétique de la fin du XIVe siècle et qui aurait été élaboré en fêtes et jeux amoureux à la cour de France au début du XVe siècle.

 Saint valentin mosaique         Les Français ne se sont pas les premiers à fêter l’amour. Des chercheurs disent que la coutume d’envoyer des mots d’amour le 14 février est associée avec les dies februatus ou les purifications du rite des Lupercales (en l’honneur de Lupercus, dieu loup, dieu de la fécondité). Ainsi, au cours de la course des Luperques, des officiants nus ou couverts d’un pagne couraient en tenant un fouet fait de lanières de peau de bouc et ils frappaient les femmes qui se présentaient à eux, celles-ci espérant par ce moyen devenir fertiles. Fécondité exige (c’est avant la fécondation in vitro), il y avait par la suite accouplement à la suite d’un choix de partenaires.

          Quoi qu’il en soit, le plus ancien document traitant de la Saint-Valentin est La Charte de la Cour d’amour de l’année 1401 rédigée à Mantes. Cette charte a été présentée par le prince du tribunal de l’Amour à tous les nobles et autres personnes connues qui au présent et à l’avenir recevront cette lettre d’amour. C’est ainsi que le roi Charles VI, à la demande d’Isabelle de Bavière, a décidé qu’il y aurait une « feste de puy d’amour » solennelle et joyeuse le premier dimanche de tous les mois commençant en février. « Et le jour prochain de la Saint-Valentin, le 14e de février prochain, quand les petits oiseaux recommencent à chanter, il y aura une messe chantée à l’église Sainte-Catherine du Val des Écoliers à Paris pour le saint martyr et, le même jour, cette charte sera leu devant le public […] » Vous avez sans doute remarqué le lien fait entre l’amour, les petits oiseaux et le printemps… Quoi qu'il en soit, cette charte de l’amour n’a pas aidé la cause de saint Valentin puisque le 14 février 1969, il s’est vu évincer du calendrier liturgique par un décret papal.

          L’amour, ça s’exprime de nombreuses façons. En 1906, Athanase Mainville, un charmant jeune homme de l'Île-aux-Allumettes, fréquente une belle et jolie jeune femme, l'une des plus belles filles de l'île, Herméline Vaillancourt. Cuisinier dans les chantiers de l'Outaouais, Athanase est un joyeux luron qui aime à chanter ses amours sur l’air d’un psaume) :

-Avec qui te marieras-tu,
 Jean mon fils, royal David ?
 Avec qui te marieras-tu,
 Jean mon ami?

-Avec la plus bell' des fill's que j'pourrai trouver,
 Pèr', pensez-y donc !
 Pensez-vous qu'j'vas prendre un vieux laideron
 Comme y en a qui font ?
 Non, belle dam', non !

 Mainville athanase vaillancourt hermine 1906         Un jour qu'il marche avec Hermine – c'est ainsi qu'il la nommait – peu après qu'une forte pluie ait détrempé la terre, il la prend dans ses bras et la soulève pour traverser une mare d'eau qui leur barre le chemin. Galant homme, Athanase voulait éviter que son amie de cœur salisse ses souliers ou même sa robe. Mais ce jeune garçon est aussi un pince-sans-rire. Arrivé au milieu de la mare, il l'interroge : « M'aimes-tu Hermine ? » À cette question, la jeune fille répond par un éclat de rire. Sur un ton enjoué, Athanase la menace alors de la laisser choir si elle ne lui répond pas favorablement. Herméline qui rit de plus belle répond négativement juste pour voir la réaction de son prétendant. Celui-ci ne tarde pas à réagir. « Puisque c'est comme ça » lui dit-il…Et en même temps, de la laisser tomber dans la mare boueuse. Et plouf ! Savez-vous quoi ? Ce couple a vécu ensemble 59 ans !

          Il y a des couples qui s'aiment tellement qu'ils restent inséparables pendant toute leur vie. Vivre l'un sans l'autre est une chose insupportable pour ces amants inconditionnels, car chez eux le couple ne forme plus qu'une seule personne ; le je s'efface devant le nous. Cette fusion de deux personnes est tellement authentique que lorsque l'un meurt, il n'est pas rare que l'autre le suive de près dans la mort.

          L'épicier W.H. Lyons était, au tournant du siècle, un homme bien connu à Hull où il s'y était établi en 1865. La soixantaine bien sonnée, il avait commencé à ralentir ses activités professionnelles, car il était tombé en bas d'une échelle d'une maison en construction lors d'une tournée d'inspection comme évaluateur de la Ville. Le 26 avril 1900, il a perdu presque tout dans la conflagration qui a détruit la majeure partie de la ville. Mais en moins de huit mois, il a courageusement reconstruit ses propriétés et forcé le retour de la prospérité. Comblé par la vie, Lyons qui avait six enfants était depuis longtemps marié à une femme qui l’adore.

          Dans la nuit du 5 décembre 1900, l'épicier mourait dans sa maison de la rue Chaudière. Terriblement accablée par cette mort subite, la veuve a subitement été atteinte de paralysie. Trois jours après l'inhumation de son mari, elle a succombé à son tour au cours de la nuit.

          Les époux Robidoux aussi ont été de véritables inséparables. Nés à six mois d'intervalle, Louis Robidoux et Marcelline Dagenais se sont établis à la Pointe-Gatineau vers 1860. À une heure du matin, le dimanche 18 avril 1926, Marcelline mourait à l'âge de 85 ans et 6 mois. Le même soir, vers les 22 heures 30, son mari expirait à son tour.

SOURCES

Documentation personnelle.
Guitard, Michelle, La Saint-Valentin, origines, histoire, collection, Gatineau, Musée canadien de la poste, 2003.
Ouimet, Raymond, Histoires de cœur insolites, Hull, éd. Vents d’Ouest, 1994
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