Un bilan de la Grande Guerre

La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal !
La guerre des tuques

Si j’aurais su, j’aurais pas venu.
La guerre des boutons

Ah ! Si les morts de cette guerre pouvaient sortir de leur tombe,
 comme ils briseraient ces monuments d'hypocrite pitié,
car ceux qui les y élèvent les ont sacrifiés sans pitié !
Louis Barthas

          Quand la Grande Guerre commence à l’été de 1914, soldats et militaires de hauts rangs sont convaincus qu’ils seront de retour à la maison pour Noël. Et on croit que les armées remporteront des batailles avec des charges de cavalerie dignes de celles des armées napoléoniennes. Mais la guerre a changé. Or, il appert que les généraux européens n’ont retenu aucun enseignement de la guerre civile des États-Unis (1861-1865) qui a fait pas moins de 620 000 morts. La mitrailleuse de 1865 ne tirait guère plus de 300 coups à la minute et n’était pas du tout fiable,Affiche 1914 tandis que celle de 1914 en tire pas moins de 700 à la minute. Pendant que le canon de 1865 tirait au plus 8 coups à la minute, celui de 1914 en tire 20. À la mitrailleuse, la Grande Guerre ajoute la mitraillette, les chars d’assaut, les gaz asphyxiants, les lance-flammes, les canons qui tirent à très longue distance des obus énormes, les ballons dirigeables et les avions qui bombardent et mitraillent les villes, etc. La Grande Guerre aura été un déluge d’acier et de fer ainsi qu'un vaste de champ de souffrances.

          Les pertes sont si énormes que dans les premiers mois on cache à la population la vérité sur le nombre de morts dans les batailles. Pas étonnant quand on sait que juste pour les mois d’août et septembre 1914, les armées françaises perdent 313 000 hommes (morts, disparus et prisonniers). À vrai dire, les généraux de cette époque sont peu soucieux de la vie de leurs hommes. Le maréchal Ferdinand Foch est partisan de l’offensive à outrance qui entraîne de lourdes pertes pour l’armée française. Le général Douglas Haig se voit surnommer « Boucher de la Somme » par ses hommes. Les hommes politiques canadiens, comme ceux gouvernements alliés, envoient, sans état d’âme, ses citoyens, ses soldats au sacrifice. Ainsi, le 15 septembre 1916 à Courcelette, le Royal 22e bataillon, seule unité francophone canadienne, perd pas moins de 806 hommes sur un total de 930 après avoir grappillé quelques mètres à l’ennemi.

Bilan statistique

          Voici donc le triste bilan statistique de la Grande Guerre tiré des recherches les plus récentes en ce domaine.

Hommes mobilisés :                             65 millions
Soldats morts :                                       9,7 millions (dont 64 944 Canadiens)
Soldats disparus/prisonniers :                8,9 millions
Soldats blessés :                                  +21 millions
Gueules cassées :                                  300 000
Invalides :                                                6,5 millions
Civils tués                                                9 millions (dont 2 000 Canadiens)
Veuves :                                                  4 millions
Orphelins :                                              8 millions
Nombre de chevaux tués :                   ±10 millions
Avions fabriqués :                                   60 000
Obus tirés :                                           +1 milliard
Habitations détruites :                             300 000 (France et Belgique)
Usines détruites :                                      20 000 (France et Belgique)
Coût des destructions :                         110 milliards $ ($ de 1918)
Coût de la guerre :                                300 milliards $ ($ de 1918)
Empires effondrés :                             4

          Les conséquences de la Grande Guerre, outre les souffrances humaines, auront été gigantesques et se font encore sentir de nos jours : effondrement et disparition des empires allemand, austro-hongrois, ottoman (dépecé) et russe ; apparition de nouveaux États (Estonie, Finlande, Lituanie, Lettonie, Pologne, Tchécoslovaquie, Turquie, Ukraine et 22e bataillon 1915Yougoslavie) ; révolution en Russie et coup d’État des communistes qui s’y emparent du pouvoir ; perte de la prééminence de l’Europe dans le monde au profit des États-Unis d’Amérique ; prise de pouvoir des fascistes en Italie et des nazis en Allemagne ; déficit de naissance de 20 millions d’enfants ;  partage du Moyen-Orient entre Britanniques et  Français avec l'accord Picot-Sykes en 1916 ; trahison des Britanniques à l’endroit de leurs alliés Arabes** avec la déclaration Balfour qui annonce que la Grande-Bretagne est favorable à la création d’un foyer national juif en Palestine ; endettement de l’Europe au profit des États-Unis.

          La Grande Guerre aura été une boucherie bien inutile et coûteuse. L’historien américain de l’économie, E. L. Bogart, a estimé, en 1919, que le coût du conflit, pour chacun des belligérants européens, avait été quatre fois supérieur à leurs PIB respectifs de 1913. Et puis, vingt et un ans après sa conclusion, une Seconde Guerre mondiale a éclaté et met en cause les mêmes belligérants que ceux de 14-18 (bien que l’Italie ait changé de camp). Elle fera encore plus de victimes que la Première.

Notes :

* Mutilés du visage
** Les Arabes avaient aidé les Britanniques à conquérir la Palestine en échange de la promesse de la création d’un grand royaume arabe unitaire au Moyen-Orient qui aurait compris la Palestine.

Sources :

Apocalypse : la 1ère Guerre mondiale (TV5).
Le Devoir (Montréal), 16 mai 2014, page B1.
Enseigner la Première Guerre mondiale, site Internet http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/bac/1GM/sujets/europe_1918.htm
Hérodote.net
Historia, mars 2014, no 807.
Musée de la Grande Guerre, Meaux, France.
La Presse (Montréal), 28 juin 1914.

 

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