Vivre au XVIIe et XVIIIe siècles

       Dans notre siècle d'abondance, nous avons peine à comprendre combien la vie était rude voilà 300 à 400 ans. Selon Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), ingénieur de Louis XIV, les mendiants et miséreux formaient alors 10% de la population de France, les pauvres, 50%. Ceux qui avaient un peu de biens, mais embarrassés de dettes, 30%. Sur les 10% restant, il n’y avait pas 6 000 familles « qu’on puisse dire véritablement à leur aise. » Les élites nobles et bourgeoises ainsi que l’Église possédaient la terre que travaillait une paysannerie largement illettrée et misérable.

       Les disparités de revenus étaient énormes. Par exemple, la duchesse de Montpensier (1627-1693) dite la Grande Mademoiselle avait une dot de 800 000 livres. Un engagé en Nouvelle-France recevait entre 75 et 100 livres par année. La solde annuelle d'un soldat des compagnies franches de la Marine n'était de 108 livres au XVIIIe siècle.

       Les paysans avaient des conditions de vie particulièrement fragiles. Il suffisait  qu’une récolte s’annonce médiocre pour que le prix des céréales, qui constituaient la base de l’alimentation populaire s’envole, et que les « manouvriers », c’est-à-dire ceux qui ne possédaient rien et louaient leur travail, soient au bord de la famine. Le régime alimentaire des paysans était monotone et précaire. Ils mangeaient des bouillies de céréales et des soupes de légumes, du pain surtout, très peu de viande et quasi exclusivement du porc. La situation était meilleure en Nouvelle-France parce que la nourriture était plus facilement accessible qu'en France, et ce, grâce à ses forêts giboyeuses et ses rivières poissonneuses.

       La vie était pénible, fragile même, et l'hygiène sommaire. On avait très peu de vêtements et souvent pas plus d'une chemise ou d'une robe. En France, un enfant sur quatre mourait au cours de sa première année et il n’y avait guère plus de 2 enfants sur 4 qui arrivaient à l’âge adulte. L’espérance de vie d’une personne de 20 ans dépassait rarement la trentaine d'années. En Nouvelle-France, la vie était plus douce parce que la population était moins dense qu'en France et mieux nourrie. Aussi atteignait-elle les 40 ans au XVIIe siècle. Ainsi, vieillir relevait quasiment du miracle. En 1680, 94,5% de la population avait moins de 46 ans.

Jeune femme a sa toilette       Une simple infection, il y a 400 ans, pouvait conduire directement à la mort quel que soit les moyens financiers du malade parce l'ignorance du médecin était alors abyssale. Aussi soignait-il ses patients avec des saignées qui affaiblissaient le patient ou des médicaments comme des tablettes d'yeux d'écrevisses, de la poudre de corne de cerf, du mercure, des testicules de castor, de la térébenthine, du vitriol de Chypre, etc. Et les sages-femmes procédaient à l'accouchement de leurs parturientes sans même se laver les mains avant d'intervenir.

Les odeurs en milieu urbain

Dans les villes, l'odeur était pestilentielle. L’auteur allemand Patrick Süskind a fait, dans son roman intitulé Le Parfum, une description assez réaliste des odeurs parisiennes de l’époque qui suivit :

À l’époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l’urine, les cages d’escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton [...] Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient [...] Car en ce XVIIIe siècle, l’activité délétère des bactéries ne rencontrait aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité humaine, qu’elle fût constructive ou destructive, aucune manifestation de la vie en germe ou bien à son déclin, qui ne fut accompagnée de puanteur.

       En effet, à cette époque les citadins vidaient encore leur pot de chambre dans la rue. Il n'était donc pas étonnant d'y trouver des amas d'immondices, des membres de bêtes mortes, des cochons, etc., souvent responsables d'épidémie comme la peste. Les villes du Grand Siècle et de celui des Lumières n'avaient rien avoir avec les images idylliques du cinéma américain.

       Il était difficile d'avoir une bonne hygiène d'autant plus qu'il n'y avait pas d'aqueduc qui dirigeait l'eau vers les logements. À la campagne les paysans pouvaient utiliser l’eau des ruisseaux pour se laver quand elle n'était pas gelée. En ville, y compris dans la noblesse et la bourgeoisie, on pratiquait la « toilette sèche», c'est-à-dire que les personnes se frottaient le corps avec un linge blanc et des onguents, et employaient du parfum pour dissimuler l’odeur. À partir du XVIIIe siècle, la pratique de l’ablution connaît un renouveau progressif dans la toilette avec l’apparition d’objets jusqu’alors inusités comme le bidet et la demi-baignoire italienne.

       En conclusion, nous pouvons nous estimer chanceux de vivre au XXIe siècle. Mais qu'en sera-t-il pour nos petits-enfants ?

Sources :

BURGUIÈRE, André, http://www.vousnousils.fr/2016/11/18/comment-vivait-on-au-xviiie-siecle-596029
LACHANCE, André, Les marginaux, les exclus et l'autre au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Montréal, éditions Fides, 1996.
LACROIX, Claudine, Mortalité adulte et longévité exceptionnelle au Québec ancien, mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de maître es sciences en démographie, Université de Montréal, octobre 2009.
PETITFILS, Jean-Christian, Louis XIV, Paris, éd. Perrin, 1995.
SÜSKIND, Patrick, Le parfum, Paris, Le livre de poche, 1988.

 

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