Histoire du Canada

Ottawa et la reine Victoria : un mythe !

       Six villes canadiennes ont eu le titre de capitale du Canada soit Québec, Kingston, Montréal, Toronto et Québec (incendie du parlement) en alternance et Ottawa. Il y aura bientôt 162 ans, soit le 31 décembre prochain, qu’Ottawa a été désignée capitale du Canada-Uni.

       Québec a non seulement été la capitale du Canada, c’est-à-dire de la Vallée du Saint-Laurent, mais aussi celle de la Nouvelle-France. La ville est restée capitale à l’avènement du régime britannique. Quand le Canada a été divisé en Bas et Haut Canada, Québec a été la capitale du Bas-Canada et Niagara-on-the Lake, puis York (Toronto) ont été successivement capitales du Haut-Canada.

       Mais lors de l’union forcée des deux Canadas, le gouverneur a fait de Kingston la capitale du Canada-Uni. La population du Bas-Canada s’est opposée à ce choix ; elle aurait aimé voir Montréal ou Québec comme capitale. C’est au cours de ce débat (1841) que la ville de Bytown (Ottawa) ait été pour la première fois proposée pour devenir capitale. Mais la ville avait une si mauvaise réputation que la proposition a fait sourire. La question du choix d’une capitale est revenue en 1843. Trois noms ont été de nouveau proposés : Kingston, Montréal, Bytown. Et c’est Montréal qui a été choisie.

Incendie du parlement

       Montréal sera capitale pendant cinq ans, c’est-à-dire jusqu’en avril 1849 quand un groupe de tories a mis le feu à l’édifice parlementaire au moment où la Chambre décidait d’indemniser les familles qui avait subi des pertes matérielles aux mains des Britanniques et des volontaires pendant les troubles de 1837-1838.

       La session parlementaire de 1849 s'est terminée à Toronto. Par la suite, on a décidé d’alterner les réunions de la Chambre tous les 4 ans entre Toronto et Québec pour calmer les esprits. Pour le gouverneur Elgin, Toronto constituait un choix idéal, car elle ne comptait pas moins de 25 loges… orangistes !

       Des journalistes ne voyaient pas d’un bon œil la ville de Toronto. Un Torontois a même écrit que la ville était indigne du Parlement où la police était « condamnée pour incapacité et poltronnerie… » et où le crime restait impuni.

Un pays papiste

       En 1856, John Sandfield Macdonald a estimé que le temps était arrivé où la convocation du Parlement alternativement à Québec et Toronto devait être discontinuée. Ont alors été proposées comme capitale du Canada-Uni les villes de Hamilton, Kingston, Montréal, Ottawa et Québec. La Chambre d’assemblée a alors tenu un vote et Québec l’a emporté par 64 voix contre 56. Pour le Globe de Toronto, il était inadmissible de faire de Québec la capitale du pays « ...dans le centre d’une ville papiste, dans un pays papiste ! » À noter que pour le Globe, le Canada-Est (Québec) était un pays ! Le Globe a même demandé la séparation du pays si Québec devenait capitale.

       Au moment de l’ouverture de la session Ottawade 1856, à Toronto, un journaliste du Canadien a écrit : « Cette multitude qui ne formait qu’une masse compacte, offrait un aspect tellement différent de celui de la population de Québec que je me suis cru, pour un moment, lancé au milieu d’une horde de barbares ! »

       La joie des citadins québécois a été de courte durée, car le Conseil législatif prétendait ne pas avoir été consulté par la Chambre d’assemblée et a refusé de voter le budget nécessaire à la construction des édifices gouvernementaux. Sous cette volte-face, il faut voir l’intense lobbying des fameux barons du bois qui contrôlaient les forêts de l’Outaouais. C’est ainsi que les autorités gouvernementales « auraient décidé » de remettre le problème du choix d’une capitale permanente dans les mains de la reine Victoria.

       Edmund Walker Head, nouveau gouverneur général du Canada, a alors invité les cinq villes principales (Kingston, Montréal, Ottawa, Québec et Toronto) du pays à lui faire parvenir un mémoire à l’appui de leurs prétentions aux titre et rôle de capitale. Head avait alors déclaré qu’il serait inconvenant de sa part de paraître donner un avis au nom du Conseil exécutif sur une question soumise particulièrement à la discrétion de la reine.

Un parti pris

         La reine a-t-elle choisi le lieu de la nouvelle capitale ? En vérité, non. Ça, c’est de l’histoire dite « officielle », celle qu’un certain establishment aime propager pour créer des mythes fondateurs ! En effet, le monarque britannique règne, mais ne gouverne pas De fait, le gouverneur du Canada-Uni, dûment chapitré par les barons du bois, a un parti pris et privément, il écrit un mémoire confidentiel appuyant fortement le choix d’Ottawa (Bytown), et il est presque certain, dit-on, que la vigueur de son exposé a amené la reine à choisir Ottawa à la fin de 1857 (Head se trouvait en Angleterre à ce moment). De plus, les politiciens ne sont pas restés à l’écart : John A. Macdonald et George-Étienne Cartier, copremiers ministres du Canada-Uni, avaient passé une entente : la capitale à Ottawa contre la résidence permanente du gouverneur général… au Québec. Marché de dupes s’il en est un puisque l’entente ne sera pas respectée. En 1858, un vif débat à la Chambre a suivi cette décision : on a dû voter pas moins de 14 fois et il y a eu un remaniement du cabinet avant que le choix d’Ottawa soit confirmé comme capitale d’une confédération qui n’est, de fait, qu’une fédération. Enfin, c’est le 22 novembre 1865 qu’Ottawa est devenue une véritable capitale lorsque s’y est tenue une première réunion du cabinet des ministres. Quant à la première session du Parlement à Ottawa, elle s’ouvrira le 8 juin 1866. Toutefois, malgré son nom, le Canada n’est toujours pas une confédération.

SOURCES

BRAULT, Lucien, Ottawa, capitale du Canada, de son origine à nos jours, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1942, et Hull, 1800-1950, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1950.
Dictionnaire biographique du Canada.
Nos Racines, vol. 7 .

Le Canada en guerre 1914-1918

          Cette fin d'année marque le centième anniversaire de la Grande Guerre qui s'est terminée le 11 novembre 1918. Cent ans et le monde en subit toujours des répercussions, particulièrement dans les Balkans et au Moyen-Orient.

        Quel a été l'apport du Canada dans cette guerre mondiale qui a mis aux prises les impérialismes européens ? Le Dominion du Canada, qui n'était pas encore complètement indépendant alors, s'est trouvé automatiquement en conflit dès que la Grande-Bretagne a déclaré la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914. En quelques semaines, le Dominion a levé une trentaine de milliers de soldats, dont plus de 70% étaient nés en Grande-Bretagne. Mal équipés, les Canadiens ont été intégrés à l'armée impériale britannique dès leur arrivée en Europe. Cette armée, qui comprenait des Anglais, des Écossais, des Canadiens, des Australiens, des Néo-Zélandais, des Sud-Africains, des Indiens, etc., était commandée par le maréchal de triste réputation, Douglas Haig, qui sera surnommé le « boucher de la Somme ».

        Rapidement, le flot des engagements volontaires au Canada s'est tari. En effet, nombreux étaient ceux qui ne voulaient pas combattre pour défendre des Européens particulièrement belliqueux, de sorte qu'il a fallu décréter la conscription des Canadiens le 23 août 1917. Sur les 404 395 hommes conscrits, 380 510 ont interjeté aussitôt appel. Au mois de mai 1918, la United Farmers of Ontario a même organisé une marche de protestation sur Ottawa auquel s'est joint le Comptoir coopératif de Montréal ; il y a eu 5 000 marcheurs, dont 2 000 du Québec.

Les Canadiens Français

        Les Canadiens Français étaient, en grande majorité, contre la conscription et pour cause : l'armée canadienne était peu accueillante à l'égard des francophones, la presse anglophone leur était particulièrement haineuse et huit provinces sur neuf avaient déjà aboli l'usage de la langue française. Quoi qu'il en soit, des Québécois ont préféré s'engager dans la Légion étrangère pendant 22e regiment 1914 1918que des journaux de langue française réclamaient l'intégration des effectifs canadiens-français dans l'armée française pour qu'ils puissent combattre et mourir dans leur langue.

        Les soldats canadiens conscrits étaient loin d'être heureux de participer à cette guerre dévastatrice. Un conscrit a raconté en 1917 :

Il [le premier ministre Borden] est arrivé sur la parade avec des officiers, dans l’avant-midi. Il était en voyage en Angleterre, il venait voir les soldats. C’est effronté pas mal ! […] On était une quinzaine de pelotons, trente hommes par peloton […]. Là ça commence, le premier peloton commence à crier « chou ! chou ! chou ! » Pis ça crie ! Pis là les autres en arrière ça crie toute pareil. Oui, oui, les Anglais criaient pareil comme nous autres [rires]. C’étaient tous des Anglais de la province de Québec […].

Il était appuyé sur sa canne et il regardait à terre. Il nous regardait pas.

        Parmi les 425 000 Canadiens envoyés en Europe, il y avait des forestiers, des hommes qui pilotaient des péniches et qui exploitaient des voies ferrées secondaires et aussi de nombreuses infirmières. Plus de 350 000 hommes ont combattu dans les tranchées et 64 944 d'entre eux ont perdu la vie ce qui est énorme compte tenu du nombre de combattants canadiens. Le 15 septembre 1916, à Courcellette (France), le 22e bataillon canadien-français a été annihilé avec 776 morts sur 930 soldats !

Des statistiques

        Le Canada n'a pas fourni que des soldats. Son rôle le plus important a été de fournir des armes et des vivres  aux Alliés comme le montrent les données suivantes :

                                           Production d’armes                                                 Fournitures alimentaires

                                                 65 mns d’obus                                                           42% du blé des Alliés

                                                49 mns de caisses de cartouches                              38% de l’avoine     "    

                                                88 navires                                                                  67% du fromage   "

                                                2 500 avions                                                               2,23% du bœuf      "

        J'ajoute que tout le bacon produit au Canada pendant la Grande Guerre a été envoyé au Royaume-Uni.

        Mais qu'a gagné le Canada dans cette guerre ? Lors de la conférence impériale de 1917, le Royaume-Uni lui a officiellement reconnu un statut d'indépendance partielle. Mais la métropole s'est arrogé le gros lot en s'emparant des champs pétrolifères du Moyen-Orient et en convainquant ses colonies à se sacrifier pour lui. Ainsi, 21% des pertes britanniques ont été des soldats des colonies (dont les Canadiens) alors que les troupes coloniales françaises n'ont compté que pour environ 7% du total des morts français.

Une boucherie

        La Grande Guerre aura été une énorme boucherie dans laquelle les soldats ont servi de chair à canon. Les statistiques suivantes le montrent amplement :

                                                Hommes mobilisés : 65 mns *               Chevaux tués : ±10 mns

                                                     Soldats morts : 9,7 mns                         Obus tirés : 1,4 md

                                                     Disparus/prison. : 8,9 mns                     Habitations détruites : 300 000 (Belgique et France)

                                                     Soldats blessés :  +21 mns                    Usines détruites : 20 000                "           "

                                                     Gueules cassées : 300 000                   Empires démantelés : 4

                                                     Invalides : 6,5 mns                         

                                                     Civils tués : 9 mns

                                                     Veuves : 4 mns

                                                     Orphelins : 8 mns

*mns = millions. mds = milliards

Conclusion

                Les soldats de tous les pays belligérants sont malheureusement morts inutilement. En effet, 21 ans plus tard a éclaté la Seconde Guerre mondiale.

        En ce mois de novembre 2018, et plus particulièrement  le onzième jour, souvenons-nous de ces hommes et de ces femmes qui ont été sacrifiés pour des objectifs impérialistes et politiques.

Ah ! Si les morts de cette guerre

pouvaient sortir de leur tombe,

Comme ils briseraient ces monuments d'hypocrite pitié,

car ceux qui les y élèvent les ont sacrifiés sans pitié !

                               Louis Barthas, soldat

Sources :

CROCHET, Bernard et PIOUFFRE, Gérard, La 1re Guerre mondiale, Paris, éditions de Lodi, 2006.
DJEBABLA-BRUN, Mourad, Combattre avec les vivres - L'effort de guerre alimentaire canadien en 1914-1918, Québec, éd. du Septentrion, 2015.
LEGAULT, Roch et LAMARRE, Jean, La Première Guerre mondiale et le Canada, Montréal, Méridien, 1999.
PÉPIN, Carl, Mise au point sur la participation des  Canadiens à la guerre 14-18,
http://grande-guerre.org/?p=469 Le Québec et la Première Guerre mondiale, Bulletin d’histoire politique, Montréal, VLB, 2009.

Visites de Sarah Bernhardt au Canada

        Surnommée la voix d’or ou la divine, mais aussi l’Unique et le monstre sacré, Henriette Rosine Bernard dite Sarah Bernhardt est considérée comme ayant été la plus grande actrice du XIXe siècle. De fait, elle est devenue un mythe. Née le 22 octobre 1844 à Paris, elle sort du Conservatoire en 1862 et triomphe dès 1869. En 1880, elle fonde sa troupe de théâtre, puis part jouer à l’étranger : Angleterre, Danemark, États-Unis, Canada, Russie, etc. En décembre 1880, elle est à Montréal où 10 000 personnes se pressent dans la gare trop étroite pour l’accueillir aux cris de « Vive la France ». Le poète Louis Fréchette lui l’adresse un poème qui commence comme ceci : Salut Sarah ! Salut, Charmante Dona Sol !

        L’arrivée de la divine à Montréal ne faisait pas l’affaire de l’autoritaire évêque de Montréal, Mgr Fabre, qui venait de tonner en chaire contre l’immoralité de la littérature française et qui défendait à ses ouailles d’assister aux pièces de la célèbre comédienne française. N’empêche, maire, ministres, juges et avocats se pressaient pour assister aux quatre pièces jouées par la « divine » : Adrienne Lecouvreur, Froufrou, La Dame aux Camélias et Hernani.

        La divine revient à Montréal en 1891 et en 1896, triomphant à chaque représentation devant un parterre de gens d’affaires, de politiciens et d’étudiants malgré les condamnations des autorités religieuses. Mais sa plus grande tournée canadienne est celle qu’elle fait en 1905 à Montréal, Québec, Ottawa, Kingston et Hamilton. Quelques jours avant l’arrivée de la divine Sarah à Montréal, l’archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, demande à tous les journaux de refuser toute publicité de la troupe de Sarah Bernhardt. Puis, il déclare regretter l’invasion de Montréal par le théâtre, danger pour la moralité, pour les jeunes, véritable école du péché : Nous supplions donc nos pieuses familles, si attachées encore au devoir et à la vertu, d’être sur leurs gardes, de s’abstenir de ce qu’elles sauront être pour elles une occasion de péché […]

Un éclatant succès

        Toujours est-il que les représentations de Sarah Bernhardt au Théâtre Français remportent un éclatant succès. Dépité, Mgr Bruchési déclare : Malheureusement, un grand nombre d’autres n’ont tenu aucun compte de notre parole et sont allés entendre des drames dans lesquels l’Église est insultée et la morale chrétienne foulée aux pieds […] Parmi ces autres se trouve la fine fleur de l’élite montréalaise.

        Puis la tragédienne se transporte à Québec où les autorités religieuses de plusieurs paroisses ont ameuté la population contre Sarah et ses pièces de théâtre. La Française aurait eu le malheur de dire :Sarah Bernhardt 1880 Je n’entends rien à votre peuple. Il y a des Canadiens Anglais, des Canadiens Irlandais, des Canadiens Français, des Canadiens Iroquois ! Mais pouvez-vous me dire pourquoi vous vous appelez Canadiens Français ? Vous n’avez pas plus d’une goutte de sang français dans vos veines. Puis elle aurait ajouté : Vous avez progressé au cours des vingt-cinq dernières années, mais à… reculons. Ah oui ! Je comprends que vous êtes toujours sous le joug du clergé. Ses propos ont-ils été déformés ? Plusieurs l’affirment. Quoi qu’il en soit, à la suite d’une représentation où elle remporte un succès habituel, quelques centaines d’étudiants la chahutent et lui lancent des œufs, qui n’atteignent que son carrosse, et en criant : « À bas la juive ! Mort à la juive ! »

Dans la capitale fédérale

        Sarah Bernhardt n'a fait qu'une seule visite à Ottawa. Et bien que l’ensemble du clergé ignore la vedette française, Mgr Routhier demande expressément à ses ouailles d’éviter les lieux d’amusements. Et si le journal Le Temps accepte de publier les annonces de Sarah Bernhardt, il boude ses représentations. Quoi qu’il en soit, la « divine Sarah » est accueillie à Rideau Hall, pour dîner, par le gouverneur général et Lady Grey qui assistent à sa première représentation au théâtre New Russel.

        Le soir du 6 décembre, Sarah Bernhardt donne sa première représentation : Adrienne Lecouvreur. Près de 1 500 personnes sont venues la voir jouer ; seuls quelques sièges sont vides. À l’entracte, le couple vice-royal présente une gerbe de fleurs à la divine : des œillets rouges. La grande dame joue pendant trois heures et quart… et le public est enchanté.

        Le lendemain, les journaux anglophones de la capitale encensent la tragédienne. Le Temps, lui, est silencieux. Sans doute que son propriétaire, Flavien Moffet, ne veut pas indisposer l’évêque d’Ottawa. Toujours est-il que les journaux se montrent étonnés par la vivacité de Sarah Bernhardt qui joue le rôle d’une jeune femme alors qu’elle-même a 61 ans. Mais comme le dit le critique de l’Ottawa Journal, l’actrice semble avoir 20 ans de moins. Pendant un bref moment, il nous apparaissait impossible que ce rôle d’une belle et jeune femme puisse être joué par Bernhardt à 61 ans […] Mais l’illusion s’est produite. La pièce n’était pas encore jouée que c’est Adrienne Lecouvreur qui était sur scène, pas Sarah Bernhardt ; la jeunesse, le charme étaient là, de même que le pathos et l’horreur de la tragédie dans le palpable printemps de la vie.

        Étonnamment, une partie importante de l’audience n’avait qu’une pauvre connaissance de la langue française et pourtant elle suivait avec attention la pièce. À plusieurs reprises au cours de la représentation, les spectateurs applaudissent à tout rompre. Pour le critique de l’Ottawa Citizen, Sarah Bernhardt est unique dans le monde du théâtre dramatique.

        Le lendemain soir, Sarah Berhnardt jouait la Dame aux Camélias dans le même théâtre et avec autant de succès. Le 8 décembre, elle quitte Ottawa pour Kingston, puis Hamilton où elle joue aussi pour la première et dernière fois.

        Sarah Bernhardt revient à Montréal en 1911, en 1915 et en 1917. Sa tournée nord-américaine a pour but d’inciter les Étasuniens à entrer en guerre et de convaincre les Canadiens Français à s’enrôler pour aller défendre la mère patrie. Ses dernières représentations montréalaises n’ont pas le succès escompté : les francophones boudent la divine qui joue devant des salles à moitié pleines.

        Enfin, la « divine Sarah » meurt à Paris le 19 mars 1923. On lui avait amputé une jambe neuf ans plus tôt.

Sources

Hathorn, Ramon, Sarah Berhardt and the Bishops of Montreal and Quebec, CCHA Historical Stories (53) 1986, p. 97 à 210.
Heureux qui comme… Sarah Bernhardt, Magellan & Cie, Paris, s.d.
Le Temps (Ottawa) 6 et 7 décembre 1905.
The Citizen, (Ottawa) 7 décembre 1905.
The Ottawa Evening Journal (Ottawa)  6 et 7 décembre 1905.

La France a-t-elle abandonné le Canada ?

        La France est souvent accusée d'avoir abandonné le Canada aux Britanniques à la signature du traité de Paris en 1763. Est-ce vrai ? Voyons voir. La Guerre de Sept Ans commence en Amérique le 28 mai 1754 quand les Français construisent le fort Duquesne (Pittsburgh) dans la vallée de l'Ohio. Les colons britanniques, qui convoitent la vallée, en sont irrités et construisent un fort près de celui des Français : Fort Necessity.

        Le commandant du fort Duquesne envoie l'un de ses adjoints, le sieur de Jumonville, en délégation auprès de l'officier virginien, George Washington, futur président des États-Unis d'Amérique, en vue de le prier de quitter les terres du roi de France. Washington, âgé de 22 ans, attend avec ses alliés iroquois la petite troupe. Les Français arrivent, drapeau blanc en tête ; Jumonville se prépare à lire son ultimatum quand des soldats anglais tirent sur la troupe. Blessé, Jumonville est achevé par un chef iroquois ; neuf de ses soldats sont aussi tués. Les autres, au nombre d'une vingtaine, sont capturés. Avant même que la guerre soit déclarée, les Britanniques s'emparent de 300 navires et 6 000 marins français, geste de piraterie qui désorganise la flotte française.

        C'est le début de la guerre en Amérique. France et Grande-Bretagne envoient des troupes dans les coloniesSoldats francais 1757. Louis XV expédie 13 738 officiers et soldats en Nouvelle-France pour épauler les 80 000 habitants de la colonie, alors que les Britanniques en dépêcheront autour 20 000 pour épauler les 1 500 000 habitants de la Nouvelle-Angleterre. La Nouvelle-France est déjà en mauvaise posture, parce qu'en 1713, Louis XIV avait cédé une partie de l'Acadie aux Britanniques par le traité d'Utrecht qui avait mis fin à la Guerre de Succession d'Espagne. Les Britanniques contrôlait désormais une bonne partie du golfe Saint-Laurent.

Une guerre coûteuse en hommes et en argent

        À cause de l'incompétence, sinon de la paresse, des ambassadeurs français à Berlin et à Londres, la Prusse et la Grande-Bretagne deviennent des alliés. Louis XV s'allie alors à l'empire autrichien, un ennemi depuis 250 ans ! C'est une grave erreur, parce que l'Autriche a des objectifs qui ne cadrent pas avec ceux de la France. Quoi qu'il en soit, le 29 août 1756, la Prusse envahit la Saxe avant que l'Autriche tente de reprendre la Silésie qu'elle a perdue au cours de la guerre précédente. Ainsi, la France se laisse entraîner dans une guerre européenne, au côté de l'Autriche et de la Russie[i], contre la Grande-Bretagne et la Prusse, où elle n'a rien à gagner. La guerre, dite de Sept Ans, se déroule sur quatre continents : Afrique, Amérique, Asie et Europe.

        Les armées de Louis XV remportent pas moins 70 des 115 batailles terrestres qu'elles livrent aux Britanniques. En Nouvelle-France, les troupes franco-canadiennes obtiennent 24 victoires contre 14 pour leur ennemi. Mais les généraux français perdent les batailles les plus importantes alors que la marine britannique règne sur toutes les mers du globe et empêche les Français d'envoyer des renforts dans ses colonies.

        En dépit de ses nombreuses victoires, la France perd la guerre et tous ses territoires d'outre-mer. C'est ainsi que la Grande-Bretagne s'empare du Canada, de territoires en Inde et en Afrique, de même que de nombreuses îles à sucre des Antilles. Mais comme les commerçants anglais ne veulent pas voir le prix du sucre diminuer, les autorités britanniques décident de remettre une partie des îles à sucre antillaises à la France, mais de conserver le Canada. Le premier gouverneur anglais du Canada, James Murray, confie à un officier français : « Si nous sommes sages, nous ne le [Canada] garderons pas. Il faut que la Nouvelle-Angleterre ait un frein à ronger et nous lui en donnerons un qui l'occupera en ne gardant pas ce pays-ci. » Mais Londres n'écoute pas la sage suggestion de Murray et Louis XV n'a pas vraiment le choix de mettre fin à la guerre et de se retirer de la Nouvelle-France, car les coffres de l'État sont vides tellement le conflit lui a coûté cher. C'est donc par le traité de Paris, signé le 10 février 1763, que la Nouvelle-France tombe dans le giron des Britanniques. La Guerre de Sept Ans aurai coûté la vie à environ 500 000 soldats.

L'abandon volontaire

        Si la France n'avait pas eu d'autre choix que celui de céder le Canada, elle pouvait tout de même essayer de le reprendre. En effet, sous le benêt Louis XVI, la marine française se renforce tant et si bien qu'elle parvient à battre les Britanniques au cours de la guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1782). Le monarque français avait décidé d'appuyer militairement les insurgés états-uniens pour venger la France de sa défaite de 1763, ce qui Louisianeéquivalait à scier les pattes du trône sur lequel il était assis, puisque les États-Unis prônaient des idées républicaines qui feront fureur en France. Il envoie donc une dizaine de milliers d'hommes combattre auprès des insurgés. Mais dans un traité passé en 1778, Louis XVI s'engage auprès des États-uniens à ne pas reprendre son ancienne colonie canadienne. C'est ainsi que le roi a abandonné les Canadiens à ses ennemis.

                Napoléon Bonaparte n'est pas plus intéressé par l'Amérique que Louis XVI ne l'a été. De fait, la France est obnubilée par l'Europe alors que l'insulaire Grande-Bretagne donne priorité au grand large, ce qui est toujours le cas, pour preuve le Brexit. Le 30 avril 1803, Napoléon Ier, qui manque là carrément d'intuition, vend l'immense territoire de la Louisiane pour 15 millions de dollars et abandonne à leur sort 50 000 louisianais francophones et plus de 2 millions de km2 de territoire !

        Nous pouvons donc affirmer que ce sont Louis XVI et Napoléon Ier qui ont aveuglément abandonné l'Amérique francophone aux puissances anglo-saxonnes alors que Louis XV a manqué de discernement. L'histoire s'est toutefois chargée de venger Acadiens, Canadiens et Louisianais : Louis XVI a eu la tête tranchée en 1793 et Napoléon est mort en exil, à l'île Sainte-Hélène en 1821, dépouillé de tous ses titres impériaux. Si les monarques français, pourtant puissants (au XVIIIe siècle un Européen sur quatre était Français), avaient été plus clairvoyants, l'histoire du monde aurait été bien différente. Mais attention : il ne faut pas confondre le peuple français avec ses dirigeants.

Sources :

DZIEMBOWSKI, Edmond, La Guerre de Sept Ans, Québec, éd. du Septentrion, 2015.

CASTEX, Jean-Claude, Dictionnaire des batailles terrestres franco-anglaises de la Guerre de Sept Ans, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2006.

Hérodote, site Internet consulté le 6 septembre 2017 : https://www.herodote.net/28_mai_1754-evenement-17540528.php

Projet Montcalm, Société généalogique canadienne-française, site internet consulté le 6 septembre 2017 : http://sgcf.com/index.php?path=content&section=activites&subsection=projet&page=projet_montcalm

 

[i] La Russie a changé de camp en 1762 alors que l'Espagne s'est jointe à l'Autriche et à la France la même année.

Quel Canada 150 ?

       Cette année, le gouvernement canadien appelle à célébrer le Canada 150. Mais qu'est-ce que le Canada 150 ? Selon des journalistes d'Ici Radio-Canada à Ottawa-Gatineau, nous célébrons le 150e anniversaire du Canada. Selon l'animateur Gérald Filion, aussi de de Radio-Canada (7 juin 2017), nous fêtons le 150e anniversaire de la Confédération canadienne

        Posons-nous la question : depuis quand existe le Canada ? De fait, le mot Canada apparaît sur les cartes européennes dès 1543. Quand Champlain vient au pays en 1603, il écrit qu'il se rend « jusqu'au port de Tadoussac en Canada. » Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le Canada est une des colonies de la Nouvelle-France et les gens qui y sont nés n'hésitent pas à prendre le gentilé de « Canadien ».

        Dans les archives de l'Hôtel des invalides, à Paris, on trouve Canada cartele nom de Pierre Foubert, soldat du régiment de Berry, « Blessé a l'Epaule droite par un Coup de fet reçu dev.t Carillon en Canada [...] » Le Canada existait donc en 1758 et bien avant ; c'était clair dans l'esprit des autorités françaises d'alors. Dans l'acte de décès d'une certaine Geneviève Clark (1780-1842), morte à Orléans (France) le 9 novembre 1842, elle est dite « née à Québec au Canada. » Il y a alors un gouvernement, celui de la province du Canada.

        Le Canada a donc plus de 150 ans alors que le Canada actuel n'en a que 68 puisque Terre-Neuve n'en fait partie que depuis 1949. Cela dit, le Canada a obtenu son indépendance en 1931 à la suite du traité de Westiminster.

Une confédération ?

        Le Canada est-il une confédération ? Le constitutionnaliste, professeur à l'Université d'Ottawa et ancien ministre libéral du gouvernement québécois, Benoît Pelletier, a récemment écrit dans la revue Cap-aux-Diamants : « [...] le Canada n'a jamais été une confédération. Ni avant 1867 ni après. Le Canada est bel et bien une fédération, ainsi que l'indique le préambule de la loi de 1867. »

        Ainsi, il semble assez clair que Canada 150 signifie le 150e anniversaire du commencement de la fédération canadienne. Cela dit, le Québec n'est pas signataire de la constitution du Canada. Et pourtant, la constitution canadienne s'applique au Québec sans son consentement. Il y a là un paradoxe saisissant. Ainsi, elle permet qu'un peuple en domine un autre ; c'est légal, mais sûrement pas légitime.

Sources :

CARPIN, Gervais, Histoire d'un mot - L'ethnonyme Canadien de 1535 à 1691, Sillery, Les Cahiers du Septentrion, 1995.
CHAMPLAIN, Samuel de, Brief discours, chapitre 1.
ICI RADIO-CANADA, Ottawa-Gatineau, 7 juin 2017.
JÉRÔME, Bernard, Liste des Sartrouvillois reçus à l'Hôtel des invalides à Paris 1673-1796, in Stemma, cahier no 152, tome XXXVIII, 4e trimestre 2016, page 3554.
PELLETIER, Benoît, L'Acte (sic) de l'Amérique du Nord britannique de 1867 - Principes fondamentaux et évolution du fédéralisme canadien in Cap-aux-Diamants, No 129, printemps 2017.
RDI, Les Affaires, émission spéciale, 20 h, 7 juin 2017.

 

 

 

 

 

Peuples martyrs de l'Amérique : les Amérindiens.

        Les Amérindiens ont beaucoup souffert de l’arrivée des Européens sur notre continent. Non seulement ont-ils été dépossédés de leurs terres, mais des tribus ont fait l’objet de quasi-génocides et même de véritables génocides. Par exemple, en 1519, au Mexique, l’Espagnol Hernan Cortès et ses troupes ont massacré plus de 5 000 Amérindiens à Cholula en moins de 6 heures. Il y a eu l’utilisation massive d’esclaves amérindiens dans les mines d’Amérique du Sud. Dès leur arrivée sur le continent, des Européens ont fait ouvertement campagne pour l’élimination des Amérindiens. Ainsi, le poète et médecin américain Oliver Wendell Holmes père considérait les autochtones comme « l’ébauche au crayon rouge d’une humanité primitive. » Aux États-Unis, les autorités ont pratiqué le nettoyage ethnique en déplaçant et forçant des peuples autochtones à Massacre dindiens a hobokenvivre dans des endroits désertiques. Et là, je ne parle même pas de ces nombreuses nations qui ont été décimées par les maladies transmises involontairement, mais en connaissance de cause, par les Européens.

        Les Amérindiens du Canada ont aussi été maltraités. Par exemple, les Béothuks, Autochtones de Terre-Neuve, dont on ne parle jamais. Ils ont été pratiquement exterminés. Traqués par les colons britanniques, ils ont été réduits à une poignée en 1823. La dernière Béothuk connue a été capturée en 1823 par des colons et est décédée en 1829. Il me faut souligner que tuer un Béothuk n’est devenu un crime qu’en 1769 !

        Il y a aussi eu l’affaire Jeffrey Amherst (1717-1797), un général britannique qui méprisait les Amérindiens et les avait en aversion. En 1764, il a suggéré à un subalterne d’employer la variole comme arme de guerre en contaminant des couvertures qui seront distribuées aux membres de la tribu des Delaware qui assiégeaient un fort. Ce criminel a été honoré du nom d’une rue à… Gatineau !

 

Trahisons

        J'ajoute à tout cela que les traités que le colonisateur britannique, puis le gouvernement canadien n’ont pour la plupart pas respectés. Quand il y a eu des pourparlers à la suite de la guerre d’indépendance des États-Unis et de la guerre de 1812-1814, en vue de conclure un traité international, les nations autochtones n’ont même pas été invitées aux négociations bien qu’ils s’agissaient de l’échange et du partage de leurs terres. Le premier ministre du Canada, John A. Macdonald n'a pas hésité à contraindre à la famine les Autochtones de l'Ouest du pays et ainsi causé la mort de milliers d'entre eux. James Daschuck, professeur à l’université de Regina, a souligné ce fait très embarrassant pour Macdonald : « l’inconfortable vérité est que le Canada moderne est fondé sur un nettoyage ethnique et un génocide ».

        En 1763, le chef des Outaouais, Pontiac, allié indéfectible des Canadiens et des Français, avait créé une coalition autochtone pour chasser les Britanniques de leurs terres. Mgr Jean-Olivier Briand (1715-1794), alors évêque de Québec, a alors trahi les Amérindiens en incitant les Canadiens à s’engager dans la milice pour combattre Pontiac et les siens.

L'Outaouais des Amérindiens

        L’Outaouais était autrefois la terre des Algonquins (Anishnabeg) qui ont été depuis chassés du territoire urbain. Ils sont mentionnés pour la première fois quand Champlain les rencontre à Tadoussac en 1603. Il leur rend visite en 1613, il y a donc 400 ans, à l’île aux Allumettes, dans l’actuel comté de Pontiac. Les Algonquins seront, pendant 150 ans, les indéfectibles alliés des Français.

        Ce sont aussi des Algonquins qui ont aidé Philemon Wright, fondateur du canton de Hull, à s’établir à Gatineau. Ils étaient alors loin de se douter que cet établissement entraînerait l’exploitation abusive des forêts qui fera disparaître progressivement le milieu naturel qui les nourrissait.

        Dans les années 1850, on crée des réserves pour les Amérindiens dont les terres sont la propriété de l’État. Ainsi, les Autochtones ne pourront pas obtenir un acte de propriété dans une réserve. Dans l’Ouest, un système de laissez-passer a longtemps interdit aux Amérindiens de quitter leur réserve ! Aujourd’hui, on compte environ 2 300 réserves au Canada dont deux, en Outaouais : Lac Rapide et Kitigan Zibi.

        La réserve de Kitigan Zibi (rivière du Désert), qui compte aujourd’hui plus de 1 400 habitants, est située à Maniwaki. Elle a été fondée en 1853, à la demande des prêtres oblats et du chef Pakinawatik, pour protéger le territoire algonquin de la coupe de bois qui faisait fuir les animaux. Mais dans les années 1920, des troubles ont éclaté quand des entrepreneurs ont décidé d’exploiter les ressources forestières du territoire. Charles Logue, de connivence avec l’agent des Amérindiens, s'est fait donner des droits de coupe et a construit un moulin à scie contre l’avis du chef Chabot. La crise se réglera grâce à deux événements : l’incendie accidentel de la scierie ainsi que la faillite des Logue en 1929. Je souligne que le gouvernement fédéral a décidé de faire instruire les Algonquins en anglais bien qu’ils habitaient surtout au Québec.William commanda copie

        Le plus connu des Amérindiens de l'Outaouais est sans nul doute William Commanda (1913-2011), de son vrai nom (Étoile du matin). Chef de la communauté de Kitigan Zibi de 1951 à 1970, il a été choisi comme chef suprême du seul mouvement visant la création d'un gouvernement autochtone indépendant, le North American Indian Nation Government, en 1945. La création de ce gouvernement se voulait une réponse au gouvernement fédéral qui refusait alors tous droits aux peuples autochtones. Plusieurs de leaders qui ont soutenu la création de ce gouvernement, feront par la suite l'objet de poursuites de la part du gouvernement fédéral et seront été condamnés à des peines de prison pour… conspiration !

        Ancien trappeur et bûcheron, William Commanda a également été connu pour sa parfaite maîtrise de l'art de la construction de canots d'écorce. Mais c'est surtout en tant que gardien des wampums sacrés qu'il a été connu ces dernières années, dont le fameux wampum des Sept Prophéties considéré comme un document fondateur de la nation algonquine. Il a été depuis plusieurs années le guide spirituel d'un mouvement pacifique international, le Cercle des nations.

        Encore aujourd'hui, de nombreuses réserves autochtones du Canada sont privées d'eau courante et d'électricité. C'est le quart monde dans un pays qui compte parmi les plus riches de la planète

Sources :

Daschuck, James, Clearing the plains, 2013.
Dictionnaire biographique du Canada.
LEROUX, Manon, L’autre Outaouais – Guide de découverte du patrimoine, Gatineau, Pièce sur pièce, 2012.
MANN, Charles C.,1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb, Paris, éd. Albin Michel, 2005.
Sites Internet http://canada.grandquebec.com/communautes-autochtones/beothuks/ ; Wikipédia.

Détruit

       

Ignobles évêques francophobes (suite)

          Avec Fallon, on peut dire qu’une faction de l’Église aura été un puissant instrument d’assimilation des francophones à la langue anglaise en Ontario et même dans le comté de Pontiac, au Québec, comté qui relève encore, de nos jours, du diocèse de Pembroke, Ontario.

          Sans doute raciste, Fallon n'hésite pas à persécuter l’abbé Philip Gnam, curé d’origine néerlandaise, sous des prétextes futiles. Mal lui en a prend, car Gnam poursuivra, avec succès, Fallon devant la Cour suprême de l’Ontario. À Rome, on commence à avoir des doutes sur la valeur Fallon, mais l’évêque est inamovible et... le restera.

Un évêque au cerveau malade ?

          En juin 1912, Fallon triomphe : le gouvernement ontarien impose le fameux Règlement XVII qui abolit les écoles bilingues et, à toutes fins utiles, l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario puisque cette langue ne doit plus y être employée plus d’une heure par jour ; dans certaines écoles, elle sera même bannie des cours de récréation ! Or, selon de nombreux historiens ontariens, ce fameux règlement a sans doute été rédigé, ou à tout le moins inspiré par Mgr Fallon. Ce règlement violait, apparemment, l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

          Le 20 octobre 1919, le Parti des fermiers unis défait les conservateurs aux élections provinciales. Inquiet de voir que le Règlement XVII pourrait être altéré, Fallon déclare aux dirigeants du nouveau gouvernement : « Si vous enlevez la barre d’un T ou le point d’un I du Règlement XVII, je mettrai tout à feu ! » Quel bon chrétien !

          Enfin, âgé de 75 ans, Mgr Fallon meurt le 22 février 1931. Les Francos-ontariens peuvent emfin respirer plus à l’aise. Rendu inoffensif en 1927, le Règlement XVII  n'est abolit qu’en… 1944.

          On peut se demander si Fallon était atteint d’une sorte de maladie psychique. L’historien canadien, Mason Wade, n’a pas hésité lui à qualifier l’évêque de London de paranoïaque. Imaginez : Fallon, membre d’une congrégation française met tout en œuvre pour détruire la langue française… Et cet homme qui appuyait de tout cœur le projet d’indépendance de l’Irlande refusait aux francophones ontariens l’usage de leur langue à l’école et même à l’église !

Au Québec

          Au Québec, dans le comté de Pontiac, les choses ne sont allées guère mieux qu'en Ontario. Faisant parti du diocèse de Pembroke, Ontario, les francophones de ce comté sont aussi maltraités que leurs frères franco-ontariens.

          En 1916, Mgr Patrick Thomas Ryan, évêque de Pembroke, fait appliquer au Québec le programme d’enseignement de l’Ontario régi par le Règlement 17 dont le but est de faire disparaître la langue française. Il vise l’assimilation totale. Mgr Charles Leo Nelligan lui succède de 1937 à 1944. Selon le curé E. Marleau, « il n’est guère prudent[,] sous son épiscopat, de prendre parti pour les francophones ». Mais le pire arrive avec Mgr William Joseph SmitSmith evequeh, en fonction de 1945 à 1971, qui dit à propos d’enfants francophones : « I don’t even consider them as Catholics » et concernant la nomination d’un curé, « I don’t know yet, but there’ll be no damned Frenchmen there ». Quatre prêtres indignés signent une lettre destinée à Mgr Giovanni Panico, délégué apostolique, dans laquelle ils affirment qu’il « existe à Pembroke depuis plusieurs années un plan concerté d’anglicisation des nôtres ». La lettre n'aura aucun effet.

          Des dizaines de protestations auprès des gouvernements et du clergé du Québec ne donnent aucun résultat. Tous ceux en autorité préfèrent fermer les yeux plutôt que de provoquer la colère des Anglos-catholiques. Enfin, grâce à la ténacité de deux députés de Hull, Aimé Guertin et Oswald Parent, le pape Jean XXIII fonde, le 27 avril 1963, le diocèse de Hull. Mais, pour ne pas froisser Mgr Smith, il décide qu’on attendra son départ pour récupérer les paroisses de Quyon à Rapides-des-Joachims. Lorsque Mgr Smith remet enfin sa démission en 1971, son successeur, Mgr Joseph Raymond Windle, sommé de « régler le cas du Pontiac », organise une consultation auprès d’un certain nombre de catholiques et décide de conserver son territoire tel quel. Quelle est la nature de cette consultation? « Pourquoi les successeurs de Mgr Windle (Brendan O’Brian, Richard Smith et Michael Mulhall) ont-ils choisi de maintenir le Pontiac dans leur giron a demandé la Pontissoise Lise Séguin?» Le diocèse a refusé l’accès à ses réponses et aux faits et gestes des Mgrs O’Brien et Smith.

          En 2016, le Pontiac fait toujours partie du dicocèse de Pembroke sans que l'archevêque de Gatineau s'en trouve troublé. Pire encore, les habitants des Rapides-des-Joachims ne peuvent se rendre nulle part au Québec sans passer par l'Ontario. Aucun gouvernement québécois n'a voulu désenclaver cette terre québécoise, ce qui est proprement scandaleux.

Sources :

Bouvier, Luc, Les sacrifiés de la bonne entente, histoire des francophones du Pontiac, éd, Action nationale, 2010.
Choquette, Robert, Langue et religion - Histoire des conflits anglo-français en Ontario, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1977.
Séguin , Lise, Ceci se passe au Québec !, article sur Facebook, 4 mars 2016.
Sylvestre, Paul-François, Il y a 75 ans et Un évêque pyromane dans L’Express, 2006.