Histoire du Canada

Ignobles évêques francophobes

          L'histoire de la francophonie canadienne en est une de nombreuses injustices parce que les francophones ont le malheur de constituer une minorité dans un océan d'anglophones peu respectueux de leurs droits. L'un des ennemi les plus implacables des francophones a été l'ignoble Mgr Michael Francis Fallon, oblat de Marie Immaculée et évêque du diocèse de London en Ontario. Il a passé une bonne partie de sa vie à humilier les francophones et à mettre en œuvre des politiques d'assimilation.

          Aîné de sept garçons, Michael Francis Fallon naît le 17 mai 1867, à Kingston (Ontario) du mariage de Dominic et Bridget Egan Fallon. Il fait des études secondaires au Kingston College Institute, passe une année à l’Université Queen’s de Kingston, puis étudie à l’Université d’Ottawa où il obtient un B.A. en 1889. Il entre par la suite au Grand séminaire d’Ottawa et est ensuite admis au noviciat des pères oblats, d’abord à Aix-la-Chapelle, puis à Rome. En 1894, il décroche un doctorat en théologie au Collège grégorien et, le 29 juillet de la même année, il reçoit les ordres chez les oblats de Marie Immaculée.

Une communauté française

          La communauté des oblats de Marie-Immaculé a été fondée à Aix-en-Provence le 25 janvier 1816 par Eugène de Mazenod, prêtre français de Marseille dont il deviendra évêque en 1837. La congrégation française s'établit au Canada en 1841, à la demande de Mgr Bourget, plus précisément à Montréal et Ottawa. Il est étonnant de constater que les autorités religieuses n’ont pas relevé une fêlure dans le caractère de Fallon, fêlure qui se révélera dès 1897. En effet, Fallon commence sa carrière comme professeur de littérature anglaise à l’Université d’Ottawa où il est nommé vice-recteur en 1896. On dit de lui qu’il secondera le recteur « avec le plus affectueux dévouement et qu’il se consacrera de la manière la plus efficace à la marche régulière et à la prospérité de la grande œuvre confiée à la Congrégation. »

          En 1897, Fallon tourne « le français en ridicule en présence de ses étudiantsFallon canadiens-français. » Notons que les parents de Fallon étaient nés en Irlande. Parlaient-ils encore le gaélique, l’ont-ils même enseigné à leurs enfants ? On ne le sait pas. En 1898, l’Université d’Ottawa, qui était devenue une institution presque totalement anglophone, redevient presque exclusivement française, ce qui ne fait pas l’affaire de Fallon, lequel fait tout de même semblant de se soumettre. Mais il s’active hypocritement en coulisse. Démasqué, il est relevé de ses fonctions et nommé curé de la paroisse Saint-Joseph d’Ottawa. Il dit à qui veut bien l’entendre qu’il est objet « d’une conspiration délibérée ourdie à Montréal et à Ottawa. » Bien qu’il soit devenu curé, il continue à enseigner à l’université où il entretient des relations hostiles avec les francophones

          En 1901, les oblats nomment Fallon supérieur à Buffalo, N. Y. Bien qu’il ait volontiers accepté cette promotion, il écrit plus tard : « À mes yeux, la décision du père Tatin était un ordre. Je ne l’ai pas accepté de bon cœur. » Des amis de Fallon décident de demander publiquement que Fallon reste à Ottawa et certains vont jusqu’à prétendre que l’Université d’Ottawa a été fondée pour servir les catholiques anglophones du Canada, ce qui est faut puisque, dès les débuts, elle a été bilingue.

          Des personnages importants du milieu irlandais d’Ottawa offrent alors 5 000 dollars par année pendant 10 ans à l’Université à la condition que le père Fallon soit nommé recteur et que les catholiques anglophones obtiennent une certaine part dans l’administration de l’Université. Selon Mgr Duhamel, archevêque d’Ottawa, les Irlandais visaient à faire de l’Université une institution exclusivement irlandaise.

          L’université refuse l’offre d’argent sachant bien que la promesse risque de ne pas être tenue d’autant plus qu’une offre semblable avait déjà été faite, contre l’obtention d’un contrat d’un million de dollars du gouvernement Laurier si le confesseur du premier ministre faisait pression auprès de son pénitent. Chose faite et le contrat attribué, la promesse n’avait pas été tenue.

          À Buffalo, Fallon devient citoyen des États-Unis. Plus jamais il ne redeviendra sujet britannique. En dépit de son caractère controversé et bien que sixième sur la liste des candidats au siège épiscopal de London, Ontario, Fallon est nommé évêque le 14 novembre 1909. Le diocèse ontarien comprenait alors de nombreuses paroisses francophones et les relations religieuses entre les francophones et les anglophones allaient relativement bien. Avec Michael Francis Fallon, ce sera la guerre linguistique, car l’homme voue une haine féroce aux journaux, hommes politiques et religieux canadiens-français.

Un évêque méprisant

          Quand l’administrateur apostolique du siège vacant de London, Mgr J. E. Meunier, demande à Fallon s’il accepterait une adresse présentée par le clergé francophone de London, le nouvel évêque rétorque qu’il répondra… plus tard. Deux mois plus tard, Meunier communique à Fallon le texte anglais de l’adresse qu’il se propose de faire à son sacre et ajoute : « Si vous me le permettez, je répéterai en français, mais en quelques phrases seulement. » Fallon accepte et approuve le texte anglais, mais poursuit :

Je ne crois pas sage d’ajouter quoi que ce soit à l’adresse officielle du clergé. Cette addition, même de quelques phrases, me placerait dans une position que je ne veux pas occuper à mon entrée dans le diocèse. Nous devrons donc nous en ternir à l’adresse.

          C’est là une véritable déclaration de guerre aux francophones de son diocèse. Dès 1910, Fallon remet en question les écoles bilingues et l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario. Le Free Press de Détroit, un journal étasunien, écrit : « Le diocèse de London va être le foyer d’agitations d’où se déclencheront les hostilités contre les écoles bilingues. »  Fallon commence à faire des pressions auprès du gouvernement pour interdire l’enseignement du français

          En août 1910, les évêques de l’Ontario délèguent Fallon auprès du gouvernement pour traiter du système scolaire catholique. Dès lors, le vers est dans le fruit : Fallon met tout en œuvre pour bannir le français de l’Ontario. En effet, il estime que le catholicisme ne peut se répandre en Amérique du Nord que si la langue anglaise devient la langue commune de tous les catholiques.

          Au mois de septembre 1910, Fallon interdit l’enseignement du français dans les écoles séparées de son diocèse. Il prive les francophones de prêtres qui parlent leur langue et va jusqu’à empêcher l’emploi de cette langue dans des églises de son diocèse. À suivre...

Pontiac, chef des Outaouais

          On ignore précisément où et quand est né Pontiac (entre 1712 et 1725), et les témoignages du XIXe siècle ne concordent pas sur l’appartenance tribale de ses parents. Chose certaine, il devient le chef de guerre des Outaouais, tribu algique, de Détroit.

          Des quelque trente premières années de la vie de Pontiac, il ne reste aucune trace. On sait que quelques centaines de guerriers outaouais vivaient aux abords de Détroit au XVIIIe siècle, c’est-à-dire dans une agglomération située en face de la capitale des Pays d’en haut.

          Pontiac est un allié indéfectible des Français. En 1755, pendant la guerre de Sept Ans, une armée britannique commandée par Edward Braddock se met en route pour prendre le fort Duquesne (Pittsburgh). Pontiac aurait été au nombre de 800 à 1 000 Amérindiens qui, avec la garnison française, infligent une terrible défaite aux Anglais non loin du fort menacé. Environ 300 Outaouais de Détroit et 700 de Michillimakinac séjournent au poste jusqu’en 1756. Éclaireurs vigilants, ils multiplient les raids dans les colonies anglaises. Un an plus tard, Montcalm fait venir un certain nombre de ces Algonquiens (algiques) à Montréal. Le marquis les amènera en expéditionPontiac chef 1 contre le Fort William Henry (ou fort George ; maintenant Lake George, N.Y.). Avant d’attaquer, il compte parmi ses effectifs 30 Outaouais du bourg de Pontiac.

          Quand en 1759 une partie des Outaouais décident de passer dans les rangs des Anglais – la défaite française était alors facile à prévoir – méfiant, Pontiac hésite. Mais la succession des événements ne lui donne pas le choix, les Français étant vaincus à Québec puis à Montréal.

Des alliés bien traités par les Français

          Les Français pourvoyaient les Amérindiens en munitions et les comblaient de services gratuits et de présents. Les Anglais ne tiennent pas à maintenir cette habitude. Néanmoins, dans l’attente de règlements régissant de nouveaux rapports commerciaux, le commandant de Détroit, Donald Campbell, essaie tant bien que mal de maintenir les coutumes de troc suivies jusqu’alors par les Français. Sir William Johnson, surintendant des affaires des Amérindiens du Nord, conseille au général Jeffery Amherst, commandant en chef, de permettre qu’on continue à donner des vivres et des munitions aux indigènes. Amherst répond : « lorsque le commerce se fera comme nous l’entendons, ils seront capables de se procurer eux-mêmes ces choses auprès des traiteurs ». Le régime britannique amène d’autres changements dans l’Ouest : désormais, la traite des fourrures ne se pratiquera qu’aux postes et le trafic du rhum sera totalement supprimé.

          Les Amérindiens sont déçus et  ne tardent pas à protester. En juin 1761, selon Campbell, ils incitent « toutes les nations, de la Nouvelle-Écosse jusqu’au pays des Illinois, à prendre la hache de guerre contre les Anglais ». Alarmé, Johnson convoque une grande conférence de paix à Détroit en septembre 1761. Un fort contingent de troupes l’y rejoindra et complétera l’occupation de tous les postes nouvellement conquis. Juste avant d’arriver à Détroit, Johnson reçoit d’Amherst une lettre qui interdit l’usage d’acheter la bonne conduite des autochtones avec des dons. Il trouve la décision si imprudente qu’à la réunion il n’en dit mot aux Amérindiens et leur offre même des présents. Ce n’est pas Pontiac qui tient à Johnson un discours au nom des Outaouais. On ne saurait dire s’il a simplement voulu laisser parler un chef civil plus âgé, Mécatépilésis, ou s’il a choisi de se taire parce que déjà il ne croyait plus à la possibilité d’un accommodement avec les Britanniques. Les harangues finies, non sans amertume, les Amérindiens ont bientôt conscience de la mise en vigueur des mesures secrètes d’Amherst. Au printemps de 1762, à la fin de la saison de la chasse, ils subissent une grave pénurie de rhum, de poudre et de plomb. Johnson exhorte Amherst à revenir aux usages français de la traite, mais le général rejette son avis.

          Le bruit court alors d’une éventuelle reprise de Québec par les Français, ce qui encourage les Amérindiens à la révolte. À l’été de 1762, un conseil se réunit clandestinement au village de Détroit. Des chefs outaouais, sauteux, hurons, potéouatamis et d’autres du lac Supérieur y assistent avec deux Canadiens. On ignore les motifs du rassemblement. En tout cas, ils sont belliqueux et Pontiac en est assurément l’instigateur, car il est chez lui chef de guerre.

          Comme les Ouiatanons dans l’Ouest, les Tsonnontouans animent un foyer de rébellion dans l’Est en 1762. C’est un soulèvement de tous les Amérindiens qu’ils entendent promouvoir.

          Revenu de la chasse au printemps de 1763, Pontiac veut déclencher une réaction armée. Assuré de l’appui et de la venue des Potéouatamis et de Hurons il convoque un premier conseil secret le 27 avril. Environ 460 guerriers s’y rendent. Un plan d’attaque est élaboré. Trois jours plus tard, 40 à 60 Amérindiens s’introduisent dans le fort Détroit. Ils prétextent vouloir « danser Le Calumet » aux occupants et reconnaissent l’état de la garnison et la situation des magasins.

          Une deuxième conférence a lieu chez les Potéouatamis. Le projet de rébellion se précise. En mai 1763, Pontiac décide d’assiéger le fort de Détroit et de dresser des embuscades à ses approches. Des victimes parmi les fermiers sont vite faites et, en amont de la rivière, des Sauteux attaquent un détachement dont ils tuent quatre hommes parmi lesquels deux officiers. La révolte s’étend à tous les Pays d’en haut et d’éclatantes victoires en marquent l’ampleur.

Exterminer les Amérindiens

          Les Ouiatanons, Kicapous et Mascoutens s’emparent du fort Ouiatanon (près de Lafayette, Ind.) le 1er juin et, le lendemain, les Sauteux prennent Michillimakinac. Les troupes anglaises abandonnent par la suite le fort Edward Augustus (Green Bay, Wisc.). Le 27 mai précédent, en Pennsylvanie, les Loups et les Tsonnontouans avaient occupé. l’établissement de William Chapman, puis assiégé le fort Pitt (autrefois le fort Duquesne). Tôt en juin, les Chaouanons rejoignent les Loups. Les Tsonnontouans brûlent Venango (Franklin, Penn.) vers le 16 juin et, quelques jours plus tard, ils se rendent maîtres du fort de la rivière au Bœuf (Waterford, Penn.). Le 21 juin, en compagnie de 200 Outaouais, Hurons et Sauteux de Détroit, ils s’emparent du fort de la Presqu’île (Erie, Penn.).

 Amherst         Les capitulations des postes anglais augmentent considérablement le prestige de Pontiac à l’ouest des Appalaches. Les Anglais ne tardent pas à réagir en envoyant des troupes dans les régions rebelles. Pire encore, l’ignoble Amherst (il a de nombreuses municipalités et rues à son nom) et le colonel Henry Bouquet mettent au point un plan : fournir aux Amérindiens des couvertures infectées de la variole afin d’exterminer les Amérindiens, plan qui sera partiellement mis en œuvre.

          Enfin, la nouvelle de la signature du traité de Paris fait son œuvre. Pontiac se voit abandonner par plusieurs des siens. Mais il ne délaisse pas pour autant ses activités rebelles et fomente des troubles un peu partout. Enfin, il consent à la paix à la condition que les Britanniques ne considèrent pas la cession des forts français des Illinois comme leur donnant droit de posséder le pays entier et de le coloniser : les Français n’étaient installés chez eux qu’à titre de tenanciers et non de propriétaires ce que les Anglais acceptent (traité non respecté). Pontiac devient alors loyal à la couronne britannique au grand dam de plusieurs de ses alliés. C’est ainsi qu’une tribu d’Illinois décide la mort de Pontiac qui est assassiné le 20 avril 1767 à Kaskakia, Illinois. Des Français emportent alors son corps de l’autre côté du Mississipi et l’enterrent à Saint-Louis (Missouri), avec tous les honneurs.

Sources :

Dictionnaire biographique du Canada.
Lester, Normand, Le livre noir du Canada anglais, Montréal, Les Intouchables, 2001.

L'assassinat de D'Arcy McGee

            Ottawa, 7 avril 1868, 2 h 30. La nuit est claire. Une lune exceptionnellement brillante éclaire la capitale fédérale qui sommeille. Le député de Montréal-Ouest, Thomas D’Arcy McGee, quitte la Chambre des communes en compagnie du député de Perth, Robert MacFarlane, pour se rendre à sa maison de pension. McGee est satisfait de lui ; il vient de prononcer l’un des plus beaux discours de sa carrière de politicien, un discours qui a duré pas moins de 80 minutes. En dépit de l’heure tardive, près d’une quarantaine de personnes se trouvait dans les galeries réservées au public pour l’entendre.

  Mcgee          Thomas D’Arcy McGee est né en 1825 dans une Irlande pauvre et occupée depuis des siècles par les Anglais. Il émigre avec sa famille aux États-Unis en 1842. Très rapidement, il y prononce des discours hostiles aux autorités britanniques : « Les souffrances endurées par les gens de ce malheureux pays [l’Irlande], livré aux mains d’un gouvernement cruel, sectaire et despotique, sont connues de tous [...] Nés dans l’esclavage, et élevés dans l’esclavage depuis le berceau, les gens de ce pays ne savent pas ce qu’est la liberté. » Propriétaire de journaux, il exhorte ses concitoyens à soutenir la lutte nationaliste des Irlandais. McGee retourne plus tard en Irlande (1845-1848) où il contribue à élaborer des plans d’une révolution irlandaise. De retour aux États-Unis à la fin de 1848, il s’attaque au clergé catholique irlandais (cause de l’échec de la rébellion) provoquant ainsi la rupture avec les nationalistes. Notre homme s’établit alors à Montréal en 1857 où il vient défendre les intérêts des Irlandais. En décembre de la même année, il devient député de Montréal-Ouest et travaille à l’établissement de la fédération canadienne. Mais voilà, au cours d’une crise en Irlande, McGee s’oppose à l’émergence d’une république irlandaise et propose pour son pays d’origine le modèle canadien. De nombreux nationalistes irlandais ne lui pardonneront pas sa volte-face.

            À l'angle des rues Metcalfe et Sparks, McGee quitte son collègue MacFarlane pour s’engager dans la rue Sparks, direction ouest. Depuis un mois, il habite à la Toronto House, maison de pension et bar public, tenus par une certaine dame Trotter et situé au 71, Sparks.

            Arrivé à la porte de la Toronto House, McGee sort ses clefs et en insère une dans la serrure de la porte d’entrée. À l’intérieur de la maison, madame Trotter entend du bruit. Elle se lève et va ouvrir la porte. Au même moment, elle entend un coup de feu et en voit l’éclair. Devant elle, Thomas d’Arcy McGee s’effondre, mort, une balle dans la nuque.

Patrick James Whelan

            Les autorités gouvernementales se convainquent rapidement que les responsables de l’assassinat de McGee sont les féniens, association paramilitaire nord-américaine vouée à la lutte nationaliste irlandaise. Les rumeurs d’attentats terroristes se multiplient à ce point que le gouvernement prend peur et suspend la loi de l’habeas corpus, loi qui assure le respect des libertés individuelles. On arrête plusieurs personnes dont Patrick James Whelan, tailleur de 28 ans originaire d’Irlande, qui a sur lui un revolver de calibre .32 dans lequel une cartouche a été récemment remplacée. Il a aussi sur lui une boîte de cartouches. L’examen de l’arme à feu montre que celle-ci a déjà servi.

            Le procès de Patrick James Whelan commence le 7 septembre 1868, à 10 h 25, au palais de justice d’Ottawa ; il est présidé par le juge en chef de la cour du banc de la reine, William Buell Richards. À sa droite, un observateur : le juge Christopher Armstrong, de la cour du comté de Carleton. Le procureur de la couronne est l’Irlandais James O’Reilly qui a pour seul assistant l’avocat Robert Lees. Ces deux hommes affrontent une formidable défense composée de cinq avocats. Non seulement ce nombre de défenseurs surprend-il, mais leur apparition crée une véritable commotion parmi l’assistance, et pour cause. Le premier est l’un des meilleurs avocats au Canada : Hillyard Cameron. Or, cet homme de loi n’est rien de moins que le grand maître de l’ordre d’Orange de l’Amérique du Nord britannique, une organisation composée de fanatiques irlandais anti-catholiques. Dix ans plus tôt, Cameron a défendu avec succès un orangiste accusé de s’en être pris à McGee pendant une émeute à Toronto. Furieux, les orangistes accusent Cameron de défendre Whelan pour de l’argent dont ils estiment la somme à 10 000 dollars ! Le second est l’avocat unijambiste Matthew Crooks Cameron, secrétaire provincial de l’Ontario. Cinq mois plus tôt, Cameron avait signé une proclamation publique promettant une récompense de 3 500 dollars pour l’arrestation de l’assassin de McGee.

            Tout concourt à la culpabilité de Whelan. Fervent nationaliste irlandais et très critique envers McGee, il avait suivi le député de Montréal-Ouest James p whelanà Ottawa, laissant sa femme à Montréal, où il assistait régulièrement au débat de la Chambre des communes, plus particulièrement quand McGee parle. De plus, Whelan avait déjà rendu visite à McGee sous un faux nom pour soi-disant l’avertir d’un crime en préparation.

            N’avaient été témoins du crime que deux personnes : le tireur et un certain Jean-Baptiste Lacroix qui vit aux Chaudières (plaines Le Breton). Mais cet homme, qui affirme avoir assisté au meurtre et avoir vu le meurtrier, ne le reconnaîtra pas lorsqu’il sera mis, une première fois, en sa présence. Et de nombreux témoins n’hésitent pas dire qu’il est un menteur invétéré.

Coupable ou non coupable ?

            Les défenseurs de Whelan trouvent pourquoi une balle du revolver de l’accusé est différente des autres. Un jour de février, une jeune servante répondant aux doux noms d’Euphémie Lafrance, qui faisait le ménage de la chambre de Whelan, joue par curiosité avec l’arme à feu de Whelan et, par accident, l’arme se décharge et la blesse au bras.

            Mais il faut un coupable au meurtre. Vers la fin du procès, le premier ministre John A. Macdonald, accompagné de son épouse, se rend au tribunal et s’assoit au côté du juge. Nul doute que le jury est impressionné par la présence du premier d’entre les Canadiens. Évidemment, Whelan est jugé coupable. Deux fois Whelan ira en appel et deux fois, le juge qui a entendu le premier procès participera aux tribunaux d’appel. Whelan était-il coupable ? Peut-être. Mais chose certaine, on le voulait coupable et il a été pendu le 11 février 1869 à Ottawa.

            En 1972, on a retrouvé la boîte de balles que Whelan avait sur lui. Une étude scientifique a montré que la balle qui a tué McGee n’était pas de la même marque que celles que Whelan avait sur lui. Enfin, en octobre 1973, le revolver de Whelan est retrouvé après avoir été perdu pendant un siècle. Les analyses balistiques, conduites par des experts, n’ont pas été concluantes.

Sources :

Dictionnaire biographique du Canada, Les Presses de l’Université Laval, 2003.
Slattery, T.P., They got to find me guilty yet, Toronto, Doubleday Canada Ltd, 1972.

 

Le français au Canada et l'inique Règlement XVII

         La lutte pour la conservation et l’enseignement du français au Canada n’a jamais cessé depuis l’Acte de l’Union en 1840. Aux premiers jours de la Confédération, le Free School Act établit en Nouvelle-Écosse l’école publique neutre et anglophone ; l’enseignement du français y est rigoureusement restreint. En 1871, le Common Schools Act supprime au Nouveau-Brunswick les écoles catholiques et bannit le français comme langue officielle. En 1877, c’est le Public School Act de l’Île-du-Prince-Édouard qui interdit le français dans les écoles de la province.

         En 1890, le gouvernement du Manitoba abolit les écoles séparées et interdit l’usage officiel de la langue française. En 1892, le Conseil des Territoires du Nord-Ouest abolit à son tour les écoles séparées. En 1905, en Saskatchewan, au cours élémentaire, une heure par jour est consacrée au français. En 1905, en Alberta, la loi scolaire ne permet l’usage du français comme langue d’enseignement que durant les première et deuxième années du cours primaire. En 1912, le Keewatin supprime les écoles confessionnelles et interdit l’enseignement du français. En 1916, le Manitoba supprime la langue française dans toutes les écoles primaires. En 1930, le premier ministre Anderson bannit le français des écoles de la Saskatchewan. C’est à croire qu’être francophone est incompatible avec la nationalité canadienne.

Le Règlement XVII

         En Ontario, la grande bataille contre le français commence en juin 1912 : le ministère de l’Instruction publique à Toronto, poussé par des fanatiques adversaires du français, édicte un règlement tristement célèbre connu sous le nom de Règlement XVII lequel mettait en vigueur une loi commune à toutes les écoles de l’Ontario, à savoir : « La langue de communication entre maîtres et élèves dans toutes les écoles de la province est la langue anglaise. »117296 grande assemblee protestation contre mgr On a vu, il y a quelques années, un règlement semblable être édicté dans les casinos de l’Ouest du pays : plus ça change, plus c’est pareil !

         Le premier ministre ontarien, un certain Whitney avait l’appui des fanatiques orangistes, des unilingues anglophones et du clergé catholique irlandais représenté par un certain évêque de triste mémoire, Mgr Fallon (oblat de Marie Immaculée), qui aurait même été le rédacteur du Règlement.

         Dans tout l’Ontario, mais surtout à Ottawa, c’est la stupeur suivie par une levée de boucliers. Dans la foulée du Règlement XVII, le Syndicat d’œuvres sociales, contrôlés à majorité par les Oblats de Marie-Immaculée, fonde (1913) le journal Le Droit dont la devise est : L’avenir est à ceux qui luttent. Le journal monte aux barricades pour dénoncer ceux qui osent s’acharner contre la langue française en Ontario. Cette même année, le gouvernement ontarien assouplit sa position : il permet que la lecture du français, la composition française et la grammaire française soient enseignées… en français, mais pas plus d’une heure par jour !

         Le 22 juin 1913, à Ottawa, a lieu une manifestation qui réunit de 7 000 personnes en faveur de la cause franco-ontarienne : les ténors québécois du nationalisme comme Olivar Asselin et Armand Lavergne viennent promettre l'appui de leur province. En même temps, le sénateur conservateur Landry demande en vain l'intervention du premier minisitre canadien Borden, tandis que le sénateur Thomas Chapais se fait dire par le premier ministre de l'Ontario que le Règlement XVII, règlement provincial ontarien, ne regarde pas les Québécois.

         La véritable lutte est commencée. L’Ottawa Citizen, particulièrement odieux, fustige ceux qui osent s’opposer à l’application du Règlement XVII. Au Québec, Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, amasse, par le truchement du « sou de la pensée française » plus de 15 000  dollars qui sont versés à l’Association canadienne-française des enseignants de l’Ontario pour les soutenir dans leur lutte.

         Les Franco-ontariens font tant et si bien que le gouvernement a peine à appliquer son inique règlement. Des élections reportent au pouvoir le gouvernement Whitney, ce qui montre combien ses politiques étaient appuyées par les Ontariens. Au même moment, la chicane éclate entre les prêtres francophones et les prêtres irlandais dirigés par l’évêque de London, Mgr Fallon, qui sera suivi plus tard par le non moins odieux archevêque d’Edmonton, Mgr O’Leary. À noter que les Irlandais font partie d’une nation qui a, à toutes fins utiles, perdu... sa langue !

         En 1915, le gouvernement ontarien remplace la Commission des écoles séparées d’Ottawa par ce qu’on a appelé « La petite commission » chargée d’embaucher des instituteurs qui appliqueront le Règlement. S’ensuivent alors des batailles pour contrôler les écoles. Fallon et ses acolytes demandent l’arrestation du président de l’ancienne Commission scolaire, Samuel Genest, qui est obligé de se cacher. Au même moment, les autorités fédérales demandent aux Canadiens-Français d’aller combattre pour leur pays sur les champs de bataille d’Europe, un pays qui refuse de reconnaître leur langue !

         En 1916, les parents décident que les enfants reprendront leurs études à l’école Guigues qu’ils occupent après avoir chassé les institutrices Lafond, traîtres à leur peuple. Pour empêcher les autorités de reprendre l’école, les mères assurent la garde du bâtiment jour et nuit, armées d’aiguilles à chapeau ! Ces femmes, avec l’aide de leur mari, viendront à bout de 25 policiers envoyés pour reprendre l’école. Le 16 janvier, parents et enfants osent défiler dans les rues de la ville pour réclamer le respect de leurs droits. En vain !

         Ce n’est qu’au printemps 1927, que le gouvernement de l’Ontario abrogera le Règlement XVII. Cette victoire n’en sera pas véritablement une puisque les écoles dites françaises ne seront jamais aussi françaises que les écoles anglaises du Québec le sont. Ainsi, à l’Académie de La Salle, dans les années 1960, la majorité des manuels scolaires étaient rédigés en anglais.

         Le XXIe siècle est commencé depuis treize ans et nous, francophones, sommes toujours là. Nombreux, toutefois, ceux et celles qui compris que pour continuer de vivre en français en Amérique du Nord il n'y a qu'un endroit : le Québec. La preuve en est que la capitale fédérale, Ottawa, n'est toujours pas bilingue.

Sources :

25e anniversaire de l’Amicale Guigues, inc.
Lamoureux, Georgette, Histoire d’Ottawa 1900-1926, tome IV, Ottawa, 1984.
Nos Racines.