Ignobles évêques francophobes (suite)

          Avec Fallon, on peut dire qu’une faction de l’Église aura été un puissant instrument d’assimilation des francophones à la langue anglaise en Ontario et même dans le comté de Pontiac, au Québec, comté qui relève encore, de nos jours, du diocèse de Pembroke, Ontario.

          Sans doute raciste, Fallon n'hésite pas à persécuter l’abbé Philip Gnam, curé d’origine néerlandaise, sous des prétextes futiles. Mal lui en a prend, car Gnam poursuivra, avec succès, Fallon devant la Cour suprême de l’Ontario. À Rome, on commence à avoir des doutes sur la valeur Fallon, mais l’évêque est inamovible et... le restera.

Un évêque au cerveau malade ?

          En juin 1912, Fallon triomphe : le gouvernement ontarien impose le fameux Règlement XVII qui abolit les écoles bilingues et, à toutes fins utiles, l’enseignement du français dans les écoles de l’Ontario puisque cette langue ne doit plus y être employée plus d’une heure par jour ; dans certaines écoles, elle sera même bannie des cours de récréation ! Or, selon de nombreux historiens ontariens, ce fameux règlement a sans doute été rédigé, ou à tout le moins inspiré par Mgr Fallon. Ce règlement violait, apparemment, l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

          Le 20 octobre 1919, le Parti des fermiers unis défait les conservateurs aux élections provinciales. Inquiet de voir que le Règlement XVII pourrait être altéré, Fallon déclare aux dirigeants du nouveau gouvernement : « Si vous enlevez la barre d’un T ou le point d’un I du Règlement XVII, je mettrai tout à feu ! » Quel bon chrétien !

          Enfin, âgé de 75 ans, Mgr Fallon meurt le 22 février 1931. Les Francos-ontariens peuvent emfin respirer plus à l’aise. Rendu inoffensif en 1927, le Règlement XVII  n'est abolit qu’en… 1944.

          On peut se demander si Fallon était atteint d’une sorte de maladie psychique. L’historien canadien, Mason Wade, n’a pas hésité lui à qualifier l’évêque de London de paranoïaque. Imaginez : Fallon, membre d’une congrégation française met tout en œuvre pour détruire la langue française… Et cet homme qui appuyait de tout cœur le projet d’indépendance de l’Irlande refusait aux francophones ontariens l’usage de leur langue à l’école et même à l’église !

Au Québec

          Au Québec, dans le comté de Pontiac, les choses ne sont allées guère mieux qu'en Ontario. Faisant parti du diocèse de Pembroke, Ontario, les francophones de ce comté sont aussi maltraités que leurs frères franco-ontariens.

          En 1916, Mgr Patrick Thomas Ryan, évêque de Pembroke, fait appliquer au Québec le programme d’enseignement de l’Ontario régi par le Règlement 17 dont le but est de faire disparaître la langue française. Il vise l’assimilation totale. Mgr Charles Leo Nelligan lui succède de 1937 à 1944. Selon le curé E. Marleau, « il n’est guère prudent[,] sous son épiscopat, de prendre parti pour les francophones ». Mais le pire arrive avec Mgr William Joseph SmitSmith evequeh, en fonction de 1945 à 1971, qui dit à propos d’enfants francophones : « I don’t even consider them as Catholics » et concernant la nomination d’un curé, « I don’t know yet, but there’ll be no damned Frenchmen there ». Quatre prêtres indignés signent une lettre destinée à Mgr Giovanni Panico, délégué apostolique, dans laquelle ils affirment qu’il « existe à Pembroke depuis plusieurs années un plan concerté d’anglicisation des nôtres ». La lettre n'aura aucun effet.

          Des dizaines de protestations auprès des gouvernements et du clergé du Québec ne donnent aucun résultat. Tous ceux en autorité préfèrent fermer les yeux plutôt que de provoquer la colère des Anglos-catholiques. Enfin, grâce à la ténacité de deux députés de Hull, Aimé Guertin et Oswald Parent, le pape Jean XXIII fonde, le 27 avril 1963, le diocèse de Hull. Mais, pour ne pas froisser Mgr Smith, il décide qu’on attendra son départ pour récupérer les paroisses de Quyon à Rapides-des-Joachims. Lorsque Mgr Smith remet enfin sa démission en 1971, son successeur, Mgr Joseph Raymond Windle, sommé de « régler le cas du Pontiac », organise une consultation auprès d’un certain nombre de catholiques et décide de conserver son territoire tel quel. Quelle est la nature de cette consultation? « Pourquoi les successeurs de Mgr Windle (Brendan O’Brian, Richard Smith et Michael Mulhall) ont-ils choisi de maintenir le Pontiac dans leur giron a demandé la Pontissoise Lise Séguin?» Le diocèse a refusé l’accès à ses réponses et aux faits et gestes des Mgrs O’Brien et Smith.

          En 2016, le Pontiac fait toujours partie du dicocèse de Pembroke sans que l'archevêque de Gatineau s'en trouve troublé. Pire encore, les habitants des Rapides-des-Joachims ne peuvent se rendre nulle part au Québec sans passer par l'Ontario. Aucun gouvernement québécois n'a voulu désenclaver cette terre québécoise, ce qui est proprement scandaleux.

Sources :

Bouvier, Luc, Les sacrifiés de la bonne entente, histoire des francophones du Pontiac, éd, Action nationale, 2010.
Choquette, Robert, Langue et religion - Histoire des conflits anglo-français en Ontario, Ottawa, éd. de l’Université d’Ottawa, 1977.
Séguin , Lise, Ceci se passe au Québec !, article sur Facebook, 4 mars 2016.
Sylvestre, Paul-François, Il y a 75 ans et Un évêque pyromane dans L’Express, 2006.