Le français au Canada et l'inique Règlement XVII

         La lutte pour la conservation et l’enseignement du français au Canada n’a jamais cessé depuis l’Acte de l’Union en 1840. Aux premiers jours de la Confédération, le Free School Act établit en Nouvelle-Écosse l’école publique neutre et anglophone ; l’enseignement du français y est rigoureusement restreint. En 1871, le Common Schools Act supprime au Nouveau-Brunswick les écoles catholiques et bannit le français comme langue officielle. En 1877, c’est le Public School Act de l’Île-du-Prince-Édouard qui interdit le français dans les écoles de la province.

         En 1890, le gouvernement du Manitoba abolit les écoles séparées et interdit l’usage officiel de la langue française. En 1892, le Conseil des Territoires du Nord-Ouest abolit à son tour les écoles séparées. En 1905, en Saskatchewan, au cours élémentaire, une heure par jour est consacrée au français. En 1905, en Alberta, la loi scolaire ne permet l’usage du français comme langue d’enseignement que durant les première et deuxième années du cours primaire. En 1912, le Keewatin supprime les écoles confessionnelles et interdit l’enseignement du français. En 1916, le Manitoba supprime la langue française dans toutes les écoles primaires. En 1930, le premier ministre Anderson bannit le français des écoles de la Saskatchewan. C’est à croire qu’être francophone est incompatible avec la nationalité canadienne.

Le Règlement XVII

         En Ontario, la grande bataille contre le français commence en juin 1912 : le ministère de l’Instruction publique à Toronto, poussé par des fanatiques adversaires du français, édicte un règlement tristement célèbre connu sous le nom de Règlement XVII lequel mettait en vigueur une loi commune à toutes les écoles de l’Ontario, à savoir : « La langue de communication entre maîtres et élèves dans toutes les écoles de la province est la langue anglaise. »117296 grande assemblee protestation contre mgr On a vu, il y a quelques années, un règlement semblable être édicté dans les casinos de l’Ouest du pays : plus ça change, plus c’est pareil !

         Le premier ministre ontarien, un certain Whitney avait l’appui des fanatiques orangistes, des unilingues anglophones et du clergé catholique irlandais représenté par un certain évêque de triste mémoire, Mgr Fallon (oblat de Marie Immaculée), qui aurait même été le rédacteur du Règlement.

         Dans tout l’Ontario, mais surtout à Ottawa, c’est la stupeur suivie par une levée de boucliers. Dans la foulée du Règlement XVII, le Syndicat d’œuvres sociales, contrôlés à majorité par les Oblats de Marie-Immaculée, fonde (1913) le journal Le Droit dont la devise est : L’avenir est à ceux qui luttent. Le journal monte aux barricades pour dénoncer ceux qui osent s’acharner contre la langue française en Ontario. Cette même année, le gouvernement ontarien assouplit sa position : il permet que la lecture du français, la composition française et la grammaire française soient enseignées… en français, mais pas plus d’une heure par jour !

         Le 22 juin 1913, à Ottawa, a lieu une manifestation qui réunit de 7 000 personnes en faveur de la cause franco-ontarienne : les ténors québécois du nationalisme comme Olivar Asselin et Armand Lavergne viennent promettre l'appui de leur province. En même temps, le sénateur conservateur Landry demande en vain l'intervention du premier minisitre canadien Borden, tandis que le sénateur Thomas Chapais se fait dire par le premier ministre de l'Ontario que le Règlement XVII, règlement provincial ontarien, ne regarde pas les Québécois.

         La véritable lutte est commencée. L’Ottawa Citizen, particulièrement odieux, fustige ceux qui osent s’opposer à l’application du Règlement XVII. Au Québec, Olivar Asselin, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, amasse, par le truchement du « sou de la pensée française » plus de 15 000  dollars qui sont versés à l’Association canadienne-française des enseignants de l’Ontario pour les soutenir dans leur lutte.

         Les Franco-ontariens font tant et si bien que le gouvernement a peine à appliquer son inique règlement. Des élections reportent au pouvoir le gouvernement Whitney, ce qui montre combien ses politiques étaient appuyées par les Ontariens. Au même moment, la chicane éclate entre les prêtres francophones et les prêtres irlandais dirigés par l’évêque de London, Mgr Fallon, qui sera suivi plus tard par le non moins odieux archevêque d’Edmonton, Mgr O’Leary. À noter que les Irlandais font partie d’une nation qui a, à toutes fins utiles, perdu... sa langue !

         En 1915, le gouvernement ontarien remplace la Commission des écoles séparées d’Ottawa par ce qu’on a appelé « La petite commission » chargée d’embaucher des instituteurs qui appliqueront le Règlement. S’ensuivent alors des batailles pour contrôler les écoles. Fallon et ses acolytes demandent l’arrestation du président de l’ancienne Commission scolaire, Samuel Genest, qui est obligé de se cacher. Au même moment, les autorités fédérales demandent aux Canadiens-Français d’aller combattre pour leur pays sur les champs de bataille d’Europe, un pays qui refuse de reconnaître leur langue !

         En 1916, les parents décident que les enfants reprendront leurs études à l’école Guigues qu’ils occupent après avoir chassé les institutrices Lafond, traîtres à leur peuple. Pour empêcher les autorités de reprendre l’école, les mères assurent la garde du bâtiment jour et nuit, armées d’aiguilles à chapeau ! Ces femmes, avec l’aide de leur mari, viendront à bout de 25 policiers envoyés pour reprendre l’école. Le 16 janvier, parents et enfants osent défiler dans les rues de la ville pour réclamer le respect de leurs droits. En vain !

         Ce n’est qu’au printemps 1927, que le gouvernement de l’Ontario abrogera le Règlement XVII. Cette victoire n’en sera pas véritablement une puisque les écoles dites françaises ne seront jamais aussi françaises que les écoles anglaises du Québec le sont. Ainsi, à l’Académie de La Salle, dans les années 1960, la majorité des manuels scolaires étaient rédigés en anglais.

         Le XXIe siècle est commencé depuis treize ans et nous, francophones, sommes toujours là. Nombreux, toutefois, ceux et celles qui compris que pour continuer de vivre en français en Amérique du Nord il n'y a qu'un endroit : le Québec. La preuve en est que la capitale fédérale, Ottawa, n'est toujours pas bilingue.

Sources :

25e anniversaire de l’Amicale Guigues, inc.
Lamoureux, Georgette, Histoire d’Ottawa 1900-1926, tome IV, Ottawa, 1984.
Nos Racines.

 

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