Histoire du Québec

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario (suite)

       Le village de Bytown, la future Ottawa, située sur la rive sud de la rivière des Outaouais, éclôt lors de la construction du canal Rideau. Le village prend rapidement de l'expansion. Dès 1843, la communauté des oblats de Marie-Immaculée s'y établi suivie deux ans plus tard par les sœurs Grises qui fondent, la même année, un orphelinat et un hôpital général. L'évêché de Bytown est créé en 1847. Pendant ce temps-là, Wright's Town (les Chaudières) peine à se développer. Il faudra l'arrivée et le concours de l'Américain Ezra Butler Eddy et du Français Étienne Delille Reboul pour que naisse la Ville de Hull en 1875. Mais Bytown, qui est devenue Ottawa, a pris une avance insurmontable sur la municipalité québécoise. En effet, la ville ontarienne est désignée capitale du Canada-Uni en 1857, puis capitale de la fédération canadienne en 1867. Dès 1871, les sœurs Grises la dotent d'un hospice pour vieillards qui dessert aussi la rive nord de l'Outaouais[1].

       Avant même la transformation de Wright's Town en Ville de Hull, sa population dépendait d'Ottawa pour quantité de services.. En 1900, Hull ne compte ni hôpital, ni orphelinat, ni hospice. Le Pontiac dépend tout autant de l'Ontario. Par exemple, la ville de Pembroke, Ontario, est dotée d'un hôpital dès 1878 et devient le siège d'un évêché en 1898 auquel le Pontiac reste assujetti même si Hull devient évêché en... 1963[2]. Et la petite ville de Renfrew, située non loin d'Ottawa, a son Victoria Hospital dès 1897. Et dire que ce n'est pas avant 1911 que la ville de Hull se dotera d'un hôpital alors que son orphelinat ne verra le jour qu'en 1928[3]. Le premier hôpital de l'Outaouais a été fondé à Maniwaki en 1902 et il sera suivi par celui de Buckingham en 1906. Quant à la Petite-Nation, elle dépend plus de la région montréalaise et d'Hawkesbury (Ontario) pour quantité de services que de Gatineau.

Le siège de l'Église catholique à Ottawa

       Il n'est pas étonnant que l'Outaouais soit dépendante de l'Ontario. Alors que l'Est ontarien s'est d'abord construit sur l'industrie agricole et la fonction publique, Hull 1926l'Outaouais s'est avant tout construit sur l'industrie forestière qui périclitera tout au long du XXe siècle. Comme les services existaient par delà la rivière des Outaouais et que le siège des communautés religieuses les plus importantes – les oblats et les sœurs Grises – était aussi situé dans la capitale fédérale, l'Outaouais n'a pu se développer comme les autres chefs lieu du Québec. Par exemple, il n'y a jamais eu de séminaire à Hull ni même de scolasticat alors qu'il y en avait dans des villes québécoises beaucoup moins importantes que la ville outaouaise. La population de la rive québécoise de l'Outaouais fréquentait le séminaire d'Ottawa, le scolasticat des oblats, le collège séraphique des capucins à Ottawa, le collège universitaire des dominicains à Ottawa, etc. Ce n'est qu'en 1981 que les études supérieures seront offertes en Outaouais avec la création de l'Université du Québec à Hull. Quand on pense que le réseau des universités du Québec a vu le jour en 1968 et que l'Université du Québec à Rimouski a vu le jour en... 1969 ! J'ajoute que l'université d'Ottawa a reçu sa charte en 1889.

       À une exception près, les journaux quotidiens francophones ont tous pignon sur rue à Ottawa, sauf La Tribune de Hull de 1960 à 1964 . Et bien qu'environ 80% des lecteurs du journal Le Droit vivent en Outaouais, ce quotidien est toujours situé à Ottawa. Toutefois, dans le domaine des médias électroniques, l'Outaouais a damé le pion à Ottawa avec sa station radiophonique CKCH fondée à Hull en 1933. Toutes les chaînes télévisées francophones de la région, à part Radio-Canada et TFO, sont situées à Gatineau.

Une région longtemps ignorée

       Depuis toujours, la dépendance de l'Outaouais vis-à-vis l'Ontario semble avoir fait l'affaire du gouvernement québécois qui n'a jamais investi autant dans cette région frontalière qu'en Mauricie où au Saguenay. Quant aux représentants de l'Outaouais à Québec, n'ont jamais été bien exigeants d'autant plus que plusieurs d'entre eux ont souhaité la venue d'un district fédéral. Devant l'inaction du gouvernement québécois en Outaouais, les élites hulloises ont fait appel au gouvernement fédéral dont ils se sont toujours sentis plus proches. Ainsi, en 1910, la Ville de Hull faisait appel à l'aide financière du gouvernement fédéral pour aménager son parc... de l'hôtel de ville. En 1942, le maire Raymond Brunet a même essayé de supprimer sa police municipale pour la remplacer par la Gendarmerie royale du Canada.

       Aujourd'hui, une partie de l'Outaouais peut compter sur ses propres forces pour se développer sauf le Pontiac qui est resté fortement dépendant de l'Ontario. Mais comme la dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario est plus que séculaire, elle est devenue une habitude.

SOURCES :

Archives des Oblats de Marie-Immaculée, Montréal, fonds 2D 20/13.
BARBEZIEUX, Alexis de, Histoire de la province ecclésiastique d’Ottawa et de la colonisation dans la vallée de l’Ottawa, Ottawa, 1897.
BERTRAND, André, Héritiers, témoins... Un peuple bâtisseur, Gatineau, 1990.
BOUCHER, Louis-Nathalie, La confession de Philemoin Wright, dans Hiedr encore, no 5, 2013, pages 39 et 40.
BOUTET, Edgar, Le bon vieux temps à Hull, tome 1, Hull, éd. Gauvin, 1971.
BRAULT, Lucien, Hull 1800-1950, Ottawa, éditions de l’Université d’Ottawa, 1950.
BROUSSEAU, Françine, Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984.
CARRIÈRE, Gaston, Louis Reboul, o.m.i. 1827-1877, organisateur de la vie religieuse à Hull, Ottawa, Les éditions de l’Université d’Ottawa, 1959.
LAMOUREUX, Georgette, Bytown et ses pioniers canadiens-français 1826-1855, Ottawa, 1978.
Notre-Dame de Grâce, Hull, Québec, 1892, Hull, Société de généalogie de l’Outaouais, 1992.
Le Droit (Ottawa), 1924.
Du premier hôtel de ville à la Maison du citoyen, sous la direction de Lucien Brault, Hull, éditions Asticou, 1981.
NEWTON, Michael, La maison Charron : symbole d'une vision contrariée, dans la rfevue Outaouais, 1988, Le Hull disparu, IHRO, page 11 à 17.

 


[1] Et l'hôpital Saint-Vincent, pour malades chroniques, a vu le jour en 1924.
[2] Gatineau ne deviendra archevêché qu'en 1990 alors que le rôle de l'Église catholique dans la société québécoise n'a plus d'importance.
[3] Pendant de nombreuses années, l'Église ottavienne  et la bourgeoisie franco-ontarienne se sont opposées à l’établissement d’un hôpital, d’un orphelinat et d'un évêché à Hull pour ne pas affaiblir le pouvoir des francophones d'Ottawa.

L'historique dépendance de l'Outaouais à l'égard de l'Ontario

            L'Outaouais dépend de l'Ontario depuis très longtemps, sinon depuis toujours. À cause de la faiblesse de sa population et des liens entre les populations des deux provinces, une habitude s'est créée en Outaouais de consommer les services offerts par et sur la rive ontarienne de l'Outaouais.

            Soulignons d'abord que de 1840 à 1867, les provinces actuelles de l'Ontario et du Québec étaient confondues dans l'Union des Canadas dont les anciennes colonies des Bas et Haut Canada étaient désormais appelées Canada-Est et Canada-Ouest. Ainsi les deux rives de l'Outaouais étaient unies sous un même gouvernement. Comme la rive nord de l'Outaouais est dotée d'une forêt dense, elle va se développer moins rapidement que la rive sud dont la qualité des terres lui était de beaucoup supérieure. Ainsi, l'industrie du bois va rapidement s'imposer en Outaouais

            C’est au printemps de 1800 que l’Américain, Philemon Wright, fonde le premier établissement permanent sur un territoire qui deviendra plus tard la ville de Hull[1]. Il tente de créer un village dans les environs de l’actuel Musée des civilisations dans les années 1820, mais ses exigences envers les habitants – il préfère le plus souvent louer les terrains èa un  prix particulièrement élevé, selon l'historien Michael Newton,ce qui a pour effet d'inciter les nouveaux venus à s’établir à Bytown (Ottawa)[2] – et l’état de ses finances personnelles ont vite fait de transformer ses efforts d’urbanisation en un échec dont les seuls vestiges sont la maison Charron[3]. La géographe Louis-Nathalie Boucher qui site l'archiviste Pierre-Louis Lapointe écrit dans la revue Hier encore (2013) : « Fondamentalement, Wright voit à demeurer propriétaire du sol. » Elle a aussi cité Joseph Bouchette qui a écrit dans son rapport de 1825 : « Tout le village est la propriété de Philemon Wright and Sons ; circonstance qui explique que sa population et ses établissements tardent à se développer. »

          Cinquante ans après l’arrivée du « fondateur », la future ville de Hull n’est encore qu’une petite bourgade, d’au plus une centaine de personnes employées par les Wright, appelée Wright's Town, par Wright, Chaudières par les francophones et parfois Hull du nom du canton[4]. Un certain John J. Bigsby, qui avait visité le hameau en 1850, a écrit qu’il était composé de : ...half a dozen good houses and stores, a handsome Episcopal Church, and many inferior buildings[5]. À cette époque, le conseil du canton de Hull siège au village de Chelsea.

Un hameau qui stagne

            Il y a peu de catholiques aux Chaudières et ceux-ci obtiennent des secours religieux de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Ottawa, municipalité qui bénéficie d'un personnel religieux catholique depuis 1827. En avril 1840, l’abbé Brady écrit à Mgr Bourget : « Il n’y a à Chelsea ni à Buckingham, ni à Templeton une maison où je puisse me retirer [...] Je me suis donc installé aux Chaudières et là je me trouve au centre de mes missions [...] C’est ici, aux Chaudières, que devrait être construite l’église des deux cantons de Hull et de Templeton si l’on pouvait y faire consentir tout le monde ; mais ça [sic] été impossible dans le temps. »

          Le 8 octobre 1840, Mgr Bourget ordonne : Les chaudieres en 1830« ...que le canton de Templeton avec le village des Chaudières jusqu’au chemin de Brigham [actuel boulevard Saint-Joseph] y compris la terre d’Andrew Leamy qui est au-delà du chemin, forment la nouvelle mission de Saint-François-de-Sales de Gatineau. » À cette époque, les habitants du hameau des Chaudières sont peu nombreux et la très grande majorité est de religion protestante. Les catholiques du canton de Hull n’habitent pas sur les bords de la rivière des Outaouais, mais plutôt à l’intérieur des terres, à Chelsea, où on érige la mission Saint-Étienne en 1840.

          Les Chaudières sont bien situées au point de vue géographique. C’est là où le bois coupé dans les chantiers est assemblé en cage et acheminé à Québec par la rivière des Outaouais. Mais les nombreux cageux, soudain oisifs, doivent attendre cinq ou six jours pour sauter les chutes des Chaudières. Pour les prémunir contre les dangers de Bytown – bordels et tavernes –, le père Durocher fait construire à Hull, en 1846, une chapelle[6] qu’il dédie à Notre-Dame-du-Bonsecours, mais qui sera surtout connue sous le nom de « chapelle des chantiers ». Ce premier lieu de culte catholique à Hull sert d’abord et avant tout aux milliers de raftmen qui, en route pour Québec, doivent passer quelques jours aux Chaudières. Et c’est autour de cette chapelle que prendra forme le « village d’en bas », hameau à l’origine de la ville de Hull.

          À partir de 1855, les prêtres du Collège d’Ottawa[7], c’est-à-dire les oblats, commencent à dire la messe à la « chapelle des chantiers » tous les dimanches. Hull a commencé à se développer depuis l’arrivée, en 1851, d’Ezra Butler Eddy (1827-1906) qui y fonde divers établissements, dont une allumière et une scierie. En 1861, on érige en mission la desserte de Hull. Sept ans plus tard, c’est-à-dire en 1868, le père Louis-Étienne Reboul (1827-1877) commence la construction d’une vaste église en pierre dont le sous-sol est ouvert au culte en 1870. En 1871, la paroisse Notre-Dame de Hull est érigée canoniquement et confiée aux Oblats de Marie-Immaculée.

 

À SUIVRE...


[1] Wright est propriétaire de tout le territoire du canton de Hull.

[2] NEWTON, Michael, La Maison Charron : symbole d'une vision contrariée, Outaouais (IHRO), Lù Le Hull disparu, page 13. Notons que Nerwton appelle la partie est du village de Hull le « village d'en-bas». Il est intéressant de savoir que le premier pont qui a relié les deux rives de l'Outaouais, le pont Union, a été construit en 1828 par le colonel John By fondateur de Bytown.

[3] Maison située dans le parc Jacques-Cartier, à la hauteur de la rue Verdun.

[4] Bytown compte alors plus de 7 000 habitants.

[5] Cité par Brousseau, Françine, dans Historique du nouvel emplacement du Musée national de l’Homme à Hull, Collection Mercure, Histoire no 38, Ottawa, 1984, page 15. Traduction : ...une demi-douzaine de bonnes maisons et magasins, une jolie église épiscopale et plusieurs bâtiments secondaires.

[6] Grâce à une souscription de 1 000 dollars des hommes de chantier, et à un don deux terrains, situés à l’intersection des actuelles rues Laurier et Papineau, par Ruggles Wright. Notons que les Oblats se sont établis à Bytown en 1844 et qu’ils y assuraient le service à la cathédrale.

[7] La future université d’Ottawa.

La religion de nos parents

       Il y a une petite soixantaine d'années, l’Église catholique dominait presque tous les secteurs de la société québécoise, sauf les secteurs industriels. Il faut dire que plus 95% de la population était alors de foi catholique. Par exemple, dans une petite municipalité comme l’ancienne ville de Hull (aujourd'hui incluse dans la ville de Gatineau), outre plusieurs paroisses, l’Église dirigeait le journal local, c’est-à-dire Le Droit d’Ottawa, la station radiophonique CKCH, les centres de loisirs, l’Organisation des terrains de jeux sans compter de nombreuses organisations dans lesquelles la population était enrégimentée : enfants de Marie, Ligue du Sacré-Cœur, Dames de Sainte-Anne, l’Association du Saint-Rosaire perpétuel, la Société de Tempérance, les croisés, les scouts, les guides, les actions catholiques, etc. Il y en avait pour tous les goûts, tous les sexes, tous les âges. Et chacune de ces organisations avait son aumônier. Rien ne se passait dans une paroisse catholique sans que le curé ne le sache. Des curés allaient même jusqu’à débusquer les amoureux qui se caressaient dans les fourrés des parcs…

       Les autorités religieuses régissaient le quotidien de ses fidèles. Par exemple, elles avaient dressé une liste d’ouvrages, appelée l’Index, que les catholiques n’étaient pas autorisés à lire, accompagnée des règles de l’Église au sujet des livres. Le but de cette liste était d’empêcher la lecture d'ouvrages qui contredisaient ou critiquaient l’Église et d’éviter ainsi que les fidèles ne se détournent de leur foi. À l’Index, on trouvait les livres des auteurs tels Alexandre Dumas, père et fils, Balzac, Victor Hugo, etc. L’Église valorisait alors l'ignorance et la soumission, multipliait les tabous, gérait à coups d'interdits et infligeait une culpabilité morbide même à des enfants innocents.

Le catéchisme

      La pratique religieuse s'apprenait très tôt. Généralement, la maman enseignait auxCatechisme 1954001 enfants à dire leurs prières. Souvent, la première prière apprise s’adressait au « p’tit Jésus » et à l’ange gardien. Puis, selon les convictions de la mère, elle enseignait à l’enfant le Notre Père ou le Je vous salue Marie. À l’école, l’enfant devait apprendre le Catéchisme catholique qui contenait « Ce que nous devons croire, ce que nous devons faire, ce que nous devons avoir pour aller au ciel. » Celui des années 1940 contenait 519 questions et réponses, celui des années 1950, en contenait… 992 ! La prière centrale du catéchisme, celle qu’il fallait absolument savoir par cœur pour faire sa première communion était le Je crois en Dieu qui contient apparemment « les principales vérités révélées que nous devons croire pour aller au ciel. »

      À 7 ans, l’âge de la raison, les enfants faisaient leur première communion, après avoir été confirmés par l’évêque du diocèse, et se confessaient (sacrement de la pénitence) pour la première fois à un prêtre qui les absolvait de leurs péchés. Les catéchismes scolaires de cette époque disaient alors qu’il y avait quatre types de péchés : le péché actuel, le péché mortel, le péché véniel et les péchés capitaux. La confession commençait alors par la formule suivante : « Mon père, bénissez-moi parce que j’ai péché. Je me confesse à Dieu et à vous, mon père… » Ensuite, le pécheur disait « Mon père, je m’accuse de… » Il fallait alors nommer tous les péchés commis en soulignant le nombre de fois qu’ils avaient été commis. Enfin, la confession se terminait par la formule : « Je m’accuse encore de tous les péchés de ma vie ; j’en demande pardon à Dieu, et à vous, mon père, la pénitence et l’absolution. »

      Il y avait plusieurs moments forts dans la pratique du catholicisme. D’abord le baptême qui est le sacrement « qui efface le péché originel et fait d’un enfant un chrétien ; la confirmation qui est le sacrement par lequel « un baptisé devient un parfait chrétien, un apôtre et un soldat du Christ. » Outre ces derniers, il y a cinq autres sacrements : eucharistie (communion), pénitence, extrême-onction, le mariage, et le plus important, au dire des prêtres d’alors, l’ordre, sacrement par lequel un homme (et seul un homme) devient un ministre sacré de l’Église catholique.

Hors de l'Église point de salut !

      Les catholiques étaient appelés à célébrer obligatoirement (donc, aller à la messe) sept fêtes religieuses : Noël, la Circoncision (jour de l’An), l’Épiphanie, Pâques, l’Ascension, la Toussaint et l’Immaculée Conception. Les catholiques devaient s’abstenir de manger de la viande tous les vendredis de l’année, pendant le carême, etc. On leur conseillait fortement de se confesser tous les premiers vendredis du mois. Les catholiques avaient aussi l’obligation de recevoir la communion au moins une fois par année, pendant le temps pascal qui va du mercredi des Cendres au dimanche de la Quasimodo (premier dimanche après Pâques). Ne pas faire ses Pâques c’était être en état de péché mortel. Et mourir en état de péché mortel c’était passer l’éternité en enfer.

Ecole st jos hull 1922      Les catholiques devaient aller à la messe tous les dimanches et les fêtes d’obligations. Le catéchisme des années 1950 dit : « Hors de l’Église, point de Salut ! » Ce qui veut dire que « celui qui par sa faute n’appartient pas à l’Église catholique et meurt sans se repentir ne peut pas aller au ciel. »

      Le péché mortel était alors défini comme une « désobéissance grave qui offense Dieu et nous enlève la vie surnaturelle. » Or mourir avec sur la conscience un seul péché mortel, c’était se condamner à l’enfer pour l’éternité. Désobéir aux commandements de Dieu était un péché mortel ; la contraception était un péché mortel, etc. Dans les classes des écoles décorées d'images religieuses, il arrivait que l'on raconte aux enfants qu’une religieuse, morte à l’âge vénérable de 80 ans, avait commis le seul péché mortel de sa vie la veille de son trépas, ce qui lui avait mérité l'enfer pour l’éternité. Alors que l’on priait autour de son cercueil, elle s'était soulevée pour dire : « Ne priez pas pour moi : je suis damnée ! » Ça enlevait l’envie de faire un péché mortel à moins d'en rire. L’Église de cette époque voyait l'homme comme un monstre, égoïste, veule, lubrique et lâche qui, laissé à lui-même, ne ferait que du mal, à lui-même et à son prochain, bref, essentiellement comme un pécheur.

      Ceux et celles qui avaient publiquement fauté, comme les Patriotes de 1837-1838, ont été inhumés dans des fausses situées à l’extérieur des limites des cimetières catholiques ou même dans des fosses préalablement désacralisées !

Sources :

Le catéchisme des provinces ecclésiastiques, de Québec, Montréal et Ottawa, Québec, 1944.
Catéchisme catholique, Québec 1954.
Le Devoir (Montréal) 12 mars 2008.
Souvenirs d'enfance de l'auteur

Noël au Québec dans les années 1930

          Le krach boursier 1929, qui s’est transformé en une importante dépression économique dès le printemps 1930, a eu des répercussions énormes sur la population québécoise. Songeons qu’en 1933, la pire année de la dépression, plus de 25% des travailleurs (34% à Montréal) étaient sans emploi. Pas d’assurance chômage (pardon, assurance emploi !) ni de Bien être social pour les familles ; elles ne pouvaient compter que sur les solidarités familiales (importantes) et la charité publique.

          La population avait faim. En avril 1934, 400 à 500 chômeurs manifestaient aux abords des bureaux de l’Assistance publique à Hull. Ils demandaient une distribution plus généreuse des secours et des vêtements chauds pour les hommes qui travaillaient à des travaux d’utilité publique. Les polices municipale et provinciale sont intervenues et ont dispersé les hommes après avoir arrêté le principal meneur, un certain Jean-Paul Lafontaine. Le même soir, le maire Lambert déclarait que la Ville n’était pas en mesure de faire plus pour ses chômeurs dont les organisations étaient injustement taxées de communistes.

          La vie était à ce point difficile que le nombre des naissances au Québec, de 87 527 qu’il était en 1925, chute à 75 267 en 1935. Même les animaux souffraient de la faim. Les chômeurs faisaient preuve d’imagination pour permettre à leur famille de survivre. Certains s’improvisaient affûteurs de couteaux, pelleteurs de neige ou réparateurs d’automobiles. Quant aux femmes, elles géraient du mieux qu’elles le pouvaient le famélique budget familial et s’adonnaient à la couture à domicile (par exemple, elles fabriquent des couvertures avec des poches de farines), à des travaux faiblement rémunérés et, parfois, à la prostitution. Heureusement, il y avait la solidarité. Les gens de la ville pouvaient souvent compter sur des parents restés à la campagne qui partageaient les fruits de leur potager.

          Évidemment, les travailleurs protestaient. En 1934, 600 bûcherons de l’Abitibi, payés un maigre 26 $ par mois, se mettaient en grève ; 77 d’entre eux ont été arrêtés pour avoir fait « sédition ». Le 20 décembre 1934, on en condamnait 13 à des peines variant de 4 à 12 mois de prison et les 64 autres à des condamnations avec sursis.

          À cette époque, le communisme progressait même au Québec. L’Église catholique était inquiète. Dans un message publié le 23 décembre 1933, l’éditorialiste du journal Le Droit écrivait :Soupe polulaire C’est Noël dans quelques heures. […] Des quatre coins du monde, monte la plainte, l’immense plainte de la plèbe qui souffre. […] Et au travers de ces voix, déjà aigries et fielleuses, circulant en vitesse et déjà ne cachant plus l’appel des éléments subversifs de l’ordre social : cri de guerre qui redit aux foules, comme celui des Princes du peuple dans la Passion : Détruisez, renversez, clouez au pilori cet ordre qui est né pour la jouissance du petit nombre […]

          Dans ce cadre de vie désespérant, les chansons de Mary Travers dite la Bolduc ont permis aux nôtres de passer à travers la crise économique des années 1930  qui ne s’est achevée qu’avec la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939. Elle a chanté sur tous les tons les hauts et les bas de la dépression. Sa chanson Le jour de l’An a été enregistrée le 14 novembre 1930. Un mois et demi plus tôt, elle chantait :

Mes amis je vous assure que le temps est bien dur
Il faut pas s'décourager ça va bien vite commencer
De l'ouvrage i'va en avoir pour tout le monde cet hiver
Il faut bien donner le temps au nouveau gouvernement

Ça va v'nir puis ça va v'nir
Ah! mais décourageons-nous pas
Moi J'ai toujours le cœur gai et j'continue à turluter !

Et Noël dans tout ça ?

          Dans les années 1930, les francophones du Canada ne fêtaient pas Noël comme aujourd’hui. De fait, aujourd’hui, Noël est la grande fête de la « sainte consommation » (seulement 11 % des Québécois estiment que Noël est un moment de recueillement). Il y a à peine 60 ans, Noël était une fête religieuse qui commençait par la messe de minuit et suivi du réveillon, ou par un réveillon suivi de la messe du matin. L’extrait suivant du poème Conte de Noël, écrit par Émile Coderre dit Jean Narrache montre bien l’importance de la messe de minuit pendant la crise :

Conte de Noël (1939)

Vous parlez d’un veill’ de Noël !
C’nuit-là, i’ poudrait à plein ciel ;
I’ vous faisait un d’ces frets noirs
Qu’on g’lait tout grandis su’ l’trottoir.

Ça traversait mon capot d’laine
Comm’ si ç’avait été d’l’inyienne.
Le mon’, ça passait en band’s drues ;
Y’en arrivait d’tout’s les p’tits rues,

L’nez dans l’collet et puis l’dos rond
En tâchant d’longer les perrons,
Chacun à deux mains su’ son casque
Pour pas qu’i’ par’ dans la bourrasque.
On s’dépéchait tous pour la messe,

Vu que l’gros bourdon d’la paroisse
Grondait les premiers coups d’minuit
Qu’ça faisait comm’ trembler la nuit.
… Noël ! Noël ! La joie d’la fête
Me montait du cœur à la tête !…

          Peu de francophones échangeaient des cadeaux – qu’on appellaient étrennes – à Noël. De fait, les échanges de cadeaux se faisaient au Jour de l’An, et ce, jusqu’au début des années 1950. Généralement parlant, seuls les Canadiens de langue anglaise et une certaine bourgeoisie francophone sacrifiaient au nouveau dieu, le père Noël, qui avait commencé à pénétrer dans nos foyers vers la fin du XIXe siècle ; la célèbre famille Papineau l’avait adopté et l’Église condamné parce qu’il représentait le matérialisme et mercantilisme !

          Les cadeaux étaient modestes et rares pendant la Dépression : une bonne moitié de la population n’avait pas les moyens d’acheter des cadeaux. Et quand il y en avait, c'était souvent des oranges (0,25 $ la douzaine, soit le salaire horaire légal en 1931) et des pommes, enfouies dans des bas, pour les enfants qui avaient été gentils, et des morceaux de charbon ou, pire encore, des pelures de patates pour ceux qui ne l’avaient pas été. Je vous laisse imaginer la tête que faisait alors l’enfant qui recevait un tel présent ! N’empêche, on savait s’amuser, de Noël au jour des Rois, avec des chansons à répondre agrémenté de « p’tits remontants » fabriqués à la maison.

 

SOURCES

BAnQ, enregistrements sonores 1930.
La Presse (Montréal), 6 décembre 2008.
L’Action catholique (Québec), 19 avril 1934.
Le Droit (Ottawa), décembre 1933 et 1934, avril 1934.
Le Petit Journal (Montréal), décembre 1930, 1931 et 1932.
Narrache, Jean, Quand j’parl’ pour parler – Poèmes et proses – Anthologie présentée par Richard Foisy, Montréal, l’Hexagone, 1993, p. 100.

Les rites funéraires de notre passé

          Il n’y a pas si longtemps, novembre était le mois des morts. En moins de cinquante ans sont disparus la plupart des cérémonies et des rites d’antan qui accompagnaient le décès d'une personne. Même le décorum a été jeté aux oubliettes de l’histoire. Mais la mort, elle, est toujours présente même si l'on meurt rarement à la maison aujourd'hui, mais plutôt à l’hôpital, et que la plupart des défunts ne voient plus leur corps exposé, mais incinéré.

        Pensons à ceux et celles qui mouraient à la maison, ce qui a été le cas jusqu'au début des années 1960. On faisait d’abord taire la radio voire le téléviseur. Chez certains, on allait jusqu’à voiler les sources de lumière et même les miroirs de la maison afin que l’âme du défunt ne soit tentée de se mirer à loisir, retardant ainsi ou compromettant son entrée au paradis. Aujourd’hui, dans des hôpitaux de la région, il arrive encore que le personnel ouvre la fenêtre de la chambre où la personne est décédée, pour permettre à son âme de quitter ce monde[1].

         Ensuite, on accrochait un crêpe à la porte si le défunt y était exposé : noir pour un homme, gris ou violet pour une femme, et blanc pour un enfant. Si une dépouille mortelle gisait dans la maison un dimanche, on croyait généralement qu’un autre décès serait à déplorer dans la famille au cours de l’année. Puis, les proches du défunt observaient le deuil pendant un an (voilette des femmes appelée pleureuse et abandonnée au milieu du XXe siècle) – le grand deuil –, et pendant six autres mois le demi-deuil qui permettait d’assortir aux vêtements noirs du grand deuil des vêtements blancs ou violets. Quant aux hommes, ils portaient à leur bras un brassard noir. La personne qui ne suivait pas ces règles s’exposait à la réprobation générale. Je me souviens, enfant, avoir vu une femme arriver à la maison funéraire, les ongles recouverts d’un vernis rouge pompier ! Ça avait fait jaser… Et nul n’aurait osé venir à la maison mortuaire ou aux funérailles vêtu de vêtements de travail ou de sport ; chacun se mettait « sur son trente-six ».

         Pendant tout le temps que durait le deuil, on évitait de danser et même d’écouter musique joyeuse ou radio. Pour garder vivace le souvenir du disparu, on faisait imprimer des cartes mortuaires, avec la photo de la personne décédée, que l’on remettait aux parents et amis de la famille. Cette dernière pratique est revenue à la mode ces derniers temps.

Les vêtements de deuil

         Il s’agissait, dans des temps très anciens, de marquer les personnes qui vivaient en compagnie du défunt, de façon à les tenir à l’écart, à n’avoir de contact avec elles que de loin et à éviter ainsi toute contagion possible. Les proches du défunt s’interdisaient de sortir ou tout au moins de se mêler à la société des autres pendant un temps déterminé. Ils acceptaient ou on leur imposait des vêtements de forme ou de couleurs spéciales pendant un temps variable selon les sociétés, les civilisations, les époques.

         Tant à la résidence de la dépouille (jusque dans les années 1950) Lumina aubeequ’à la maison funéraire, on veillait le corps pendant trois jours (à la maison, on le veillait aussi la nuit). Puis venait le jour des funérailles à l’église. Il y avait trois classes de funérailles plus la simple absoute et la cérémonie des anges réservée aux bébés. Dans la 1re classe, l’église était toute tendue de noir et la grand-messe funèbre, accompagnée par les chants d’un chœur, était dite par trois prêtres (diacre, sous-diacre). Pour mettre en valeur le cercueil du défunt, on dressait provisoirement, au centre de l’église (allée centrale, près de la sainte table), un catafalque – sorte d’estrade funéraire sur laquelle était déposée le cercueil et qui le dégageait du sol – et dont l’élévation, la pompe et les ornements indiquaient l’importance, le rang social, du disparu.

         L’inhumation se déroulait, en présence d’un prêtre et d’un ou deux enfants de chœur, généralement au cimetière paroissial (parfois sous le plancher de l’église), lequel était alors divisé en deux parties : celle consacrée – elle comprenait aussi la fausse commune où l'on enterrait les indigents – et l’autre profane où on y inhumait les juifs, les hérétiques, les apostats, les schismatiques, les suicidés et les pécheurs publics. Une autre partie était réservée aux enfants morts sans baptême. L’hiver, la dépouille mortelle était entreposée dans un charnier (parce que la terre est trop dure) et inhumée seulement au printemps au cours d’une cérémonie collective.

         Jusqu’en 1963, l’Église a frappé d’interdit la crémation. Encore aujourd’hui, l’islam la proscrit tout comme l’orthodoxie juive. La première crémation au Canada au eu lieu au cimetière Mont Royal, à Montréal, le 18 avril 1902 lorsque le corps du sénateur Alexander Walker Ogilvie a été incinéré.

         Et jusqu’à la moitié du XIXe siècle, les monuments funéraires permanents ont été rares au Québec. À preuve la lettre suivante d’un paroissien qui, en 1813, s’adresse à l’évêque :

Je prends la liberté d’écrire à Votre Grandeur à l’égard d’une tombe que je désirais ériger dans le cimetière de Laprairie à la mémoire de ma pauvre défunte femme… Ne m’imaginant point qu’il put y avoir aucune objection […]  [le curé lui a dit] ne pourrait me le permettre sans que j’eus la permission de votre grandeur.

        Ces rites funéraires jetés aux orties font qu'il n'est pas rare que des concierges trouvent dans les casiers d'un édifice à logements multiples des urnes funéraires qui y ont été oubliées ou simplement abandonnées par les locataires qui ont quitté l'immeuble. Autre temps autres mœurs ou indifférence et disparition du respect envers celle ou celui qui n'est plus ? Bien malin celui qui saura répondre à cette question,

 

Sources:

GAGNON, Serge, Mourir hier et aujourd’hui, Québec, Les Presses de l’université Laval, 1987 .
Cap-aux-Diamants, « Patrimoine et rites funéraires », no 107.
Souvenirs personnels.

 

 

[1] J'en ai été témoin à l'hôpital de Hull à la mort de ma mère en 2010.

La rivière des Outaouais III

LES EXPÉDITIONS MILITAIRES FRANÇAISES           

          Un grand danger guettait les voyageurs qui naviguaient sur l’Outaouais : l’Iroquois qui détruit la Huronie en 1648-1649 et qui est en guerre avec les Français et leurs alliés. Pour échapper au massacre, 400 Hurons s’exilent à l’île d’Orléans, en 1649, par le chemin de l’Outaouais. La magnifique chute des Chaudières est devenue un lieu de tragédies. En 1642, une Algonquine, dont l’Histoire n’a malheureusement pas retenu le nom, est faite prisonnière par des Iroquois qui dévorent ses enfants. Désespérée, elle se jette dans le tourbillon de la chute d’où les guerriers ennemis la retirent pour la tuer de leurs mains.

Une embuscade

En 1661, les célèbres aventuriers Médard Chouart des Groseillers et Pierre-Esprit Radisson, Coureurs des boisainsi que leurs alliés algonquins, tombent dans une embuscade qui leur est tendue près de l’actuel pont Interprovincial, à Hull. Les deux hommes étaient alors en route pour le lac Supérieur. Le voyage s’était poursuivi sans incident jusqu’aux Chaudières quand, à la tête du premier portage, l’avant-garde de l’expédition est accueillie par des coups de fusil et par des cris. Radisson écrit, plus tard : « Un canot va d’un côté, un autre va de l’autre. Quelques hommes atterrissent et courent de tous côtés. C’est la confusion générale. » La troupe se ressaisit rapidement et réussit à mettre pied sur la terre ferme. Elle construit, en moins de deux heures, un petit fortin avec des arbres abattus en toute hâte.

       Les Iroquois observent les Français et les Algonquins tapis dans leur réduit. Ils capturent un Algonquin téméraire qu’ils rôtissent pour ensuite le manger. À la faveur de la nuit, des Groseillers, Radisson et leurs alliés algonquins réussissent à s’échapper de leur fortin à la barbe des Iroquois.

À la conquête de la baie d’Hudson

       Des convois de fourrures, des expéditions militaires amérindiennes et françaises sillonnent régulièrement la rivière des Outaouais. L’une des plus spectaculaires expéditions du XVIIe siècle à franchir les Chaudières est celle du chevalier de Troyes. En 1685, des marchands anglais, dirigés par le traître Radisson, s’établissent à la baie d’Hudson où ils construisent un certain nombre de forts. Le gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis de Denonville, décide d’expulser les Anglais de la baie et confie le commandement de l’expédition au chevalier Pierre de Troyes. La troupe, composée de 30 soldats des troupes de la Marine et de 70 miliciens, quitte Montréal le 30 mars 1686. Ses officiers sont Canadiens : le premier lieutenant est Jacques Lemoyne de Sainte-Hélène et le second, le fameux Pierre Lemoyne d’Iberville. Les deux frères ont amené avec eux leur frère cadet, Paul, sieur de Maricourt. De Troyes raconte que le 19 avril « ...nous décampames de fort bonheur pour aller à un lieu nommé la chaudière [...] Nous passames la rivière du lièvre [...] et nous fumes camper à deux lieues plus haut (rivière la Blanche) où tous les canots à cinq ou à six nous vinrent joindre le lendemain. »

  Soldat cie franche de la Marine     Le 21 avril, l’expédition s’arrête au pied de la chute des Chaudières où le père Silvy y dit la messe. La troupe ne se remet en branle que le surlendemain. Elle franchit la chute de la Grande-Chaudière, les rapides de la Petite-Chaudière puis les rapides des Chesnes. Le 24 avril, elle atteint le portage des Chats (Quyon). Enfin, le 19 juin, après avoir effectué plus d’une centaine de portages, l’expédition arrive à la baie James qu’elle reconquiert de brillante façon.

Les dernières expéditions

       Quatre ans après l’expédition militaire du chevalier de Troyes, une autre expédition prend le chemin de l’Outaouais pour porter secours au poste de Michillimakinac, menacé par les Iroquois. Le comte de Frontenac, alors gouverneur de la Nouvelle-France, décide d’y faire parvenir du secours. Il y dépêche le sieur de Louvigny, avec une troupe de 113 hommes, qui quitte Montréal le 22 mai 1690. Le 2 juin, la troupe fait halte à 3 lieues au-dessus des Chats (Quyon). On aperçoit deux canots iroquois au bout d’une pointe. Louvigny décide d’envoyer à leur rencontre une trentaine d’hommes montés dans 3 canots et une soixantaine d’hommes par voie de terre pour prendre l’ennemi à revers. Devant le feu nourri des Iroquois, la flottille n’a d’autre choix que celui de se retirer après avoir perdu 4 hommes. Pendant ce temps, l’expédition terrestre donne en plein dans une embuscade. Le choc est brutal, le combat sanglant. Après avoir tué une trentaine d’ennemis, les Français retraitent dans leurs canots en amenant avec eux 4 prisonniers dont un sera mangé par les Hurons et les Outaouais. Enfin, l’expédition atteint Michillimakinac sans autres difficultés.

       En juin 1728, une grande expédition militaire française traverse notre région pour la dernière fois. Elle compte pas moins de 400 soldats et miliciens, de même que 700 à 800 Amérindiens. Commandée par le major de Ligneris, elle se rend en Indiana pour y soumettre les Amérindiens de la nation des Renards.

La rivière des Outaouais II

Les explorateurs d'un continent

          À la suite des explorations de Samuel de Champlain, nombre d’explorateurs suivent l’Outaouais pour parcourir l’Amérique du Nord dans tous les sens. Les Français rêvent de posséder l’Amérique et de marier leurs enfants à ceux des Amérindiens pour fonder une nouvelle nation. Le territoire qu’ils explorent est immense. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, ils colonisent ou explorent le Canada de Terre-Neuve aux montagnes Rocheuses et pas moins de 31 des 50 États des États-Unis, des Grands Lacs au golfe du Mexique !

          La route de l’Outaouais permet d’atteindre deux grands réservoirs de fourrures : la baie d’Hudson et les Grands Lacs ou « Pays d’en haut ». Pour se rendre dans les Pays d’en haut, le voyageur qui part de Montréal remonte l’Outaouais jusqu’à la rivière Mattawa, suit ce cours d’eau jusqu'au lac Nipissing pour ensuite naviguer sur la rivière des Français qui se jette dans le lac Huron. À son arrivée à Michillimakinac, poste situé à l’extrémité ouest du lac Huron, le voyageur a parcouru environ 1 200 kilomètres en un peu moins de 40 jours !

À la découverte de l’Amérique

          Le fameux explorateur du Mississippi, Louis Jolliet, est sans doute l’un des hommes les plus connus de l’histoire de la Nouvelle-France à fouler le sol de l'actuelle région de l'Outaouais. Il emprunte cette rivière pas moins de quatre fois entre 1668 et 1672. En 1668, le père Marquette, qui deviendra le compagnon de Jolliet, franchit les chutes des Chaudières alors qu’il s’en va fonder la mission Saint-Ignace à Michillimakinac. En 1669, Cavelier de La Salle, Jollietqui désire découvrir le passage qui lui permettrait d’atteindre la Chine, navigue lui aussi sur l'Outaouais avec 22 compagnons, en route pour les chutes du Niagara où il construit un fort.

          Des dizaines de canots sillonnent avec régularité la rivière des Outaouais soit pour apporter des fourrures à Montréal soit pour conduire des aventuriers et des soldats à la baie d’Hudson ou dans les Pays d’en haut, soit pour échanger des fourrures à Montréal contre des objets fabriqués en France.

          Au XVIIe siècle, le plus grand chef algonquin de l’Outaouais est un certain Paul Tessouat. Il passait pour être la « terreur de toutes les nations, même de l’Iroquois ». On ne pouvait d’ailleurs naviguer au-delà de son fief, l’île aux Allumettes, sans lui acquitter un droit de passage. En 1643, Tessouat descend l’Outaouais pour se rendre à Ville-Marie (Montréal) où il se fait baptiser ; son parrain est Paul Chomedey de Maisonneuve, le fondateur de Montréal, et sa marraine, Jeanne Mance.

La Grande Rivière

          Katche-sippi est le nom que les Algonquins donnent à l’Outaouais et que les Français traduisent par Grande Rivière. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le peuple des Outaouacs, qui habite dans la région de Green Bay (Wisconsin), échange tant de fourrures aux Français que la principale rivière qui conduit à leur territoire finit par prendre leur nom, c’est-à-dire celui d’Outaouais, en français moderne, et plus tard d’Ottawa en anglais. Mais les coureurs des bois ne suivent pas toujours l’Outaouais pour se rendre aux Chaudières. Les frères Gastineau dit Duplessis, par exemple, des Trifluviens qui font la traite des fourrures, viennent à la rencontre des Algonquins au portage des Chaudières, par la Saint-Maurice puis la Gatineau.

Vers la mer de l’Ouest

          En 1684, Daniel de Greysolon du Lhut remonte l’Outaouais pour aller fonder des postes de traite dans l’Ouest et trouver l’océan Pacifique. Il se rend jusqu’à l’extrémité ouest du lac Supérieur et explore une partie du Minnesota . Une ville, Duluth, y pAlgonquin 2orte aujourd’hui son nom. Et bien avant que les automobiles de marque Cadillac roulent sur les routes de l’Outaouais, Antoine Laumet de Lamothe, sieur de Cadillac, futur fondateur de la ville de Détroit (Michigan) remonte la rivière des Outaouais et franchit les Chaudières, en septembre 1694, en route vers Michillimakinac où il remplace le commandant de la place, Louvigny.

          Les plus grands explorateurs du régime français à naviguer sur l'Outaouais sont sans aucun doute les La Vérendrye, père et fils qui, tels des géants, ont chaussé les bottes de sept lieues pour enjamber le continent. Dès l’âge de 14 ans, Pierre Gaultier de La Vérendrye rêvait d’atteindre la grande mer de l’Ouest, l’océan Pacifique ; quatre fois au moins il franchira le « saut des Chaudières ». En juin 1731, il quitte Montréal en route pour Michillimakinac et se rend jusqu’à l’emplacement actuel de Winnipeg ; il refait le même itinéraire en 1738 et 1741, poussant toujours plus loin ses explorations. En 1742-1743, ses fils, Pierre et Louis, parcourent l’est du Montana, les plaines du Wyoming, traversent le Dakota et se trouvent en vue des montagnes Rocheuses le 1er janvier 1743. (À suivre...)

L'hiver au temps de jadis

         Ah ! l’hiver ! On dirait que depuis une trentaine d’années les Canadiens ne sont plus adaptés à cette saison ; un grand nombre va le passer qui en Floride qui à Cuba ou à la Martinique. Aujourd’hui, 15 cm de neige constitue une… tempête et pendant cinq mois c’est à qui « chialera » le plus fort. Sommes-nous devenus des mésadaptés saisonniers ? Des « moumounes » ?

        Une forte portion de la population ottavienne et outaouaise ne cesse de maugréer contre l’hiver à la suite d'une tempête de neige. Les journaux sont remplis de lettre des lecteurs qui se plaignent du retard dans le déneigement des rues, d’autres grognent contre les temps froids pendant que des centaines de milliers de snowbirds fuient le pays. J’ai même vu une lettre dans laquelle le signataire demandait à la ville de Gatineau de faire en sorte que ses équipes de déneigement entrent en action avant le début d’un tempête. Pourquoi faire ? Attraper les flocons de neige au vol avant qu’ils ne touchent terre ?

Le temps des adaptations

        Les Amérindiens étaient fort bien adaptés à l’hiver canadien et rapidement, les premiers arrivants européens ont adopté leurs modes de transports et vestimentaires : pensons au toboggan, à la traîne qui servait à transporter du bois ou des marchandises, aux raquettes, aux lunettes de soleil (simples planchettes perforées d’une fente pour diminuer les effets de la réverbération du soleil sur la neige), au parka en peau d’original, d’ours ou de caribou, aux mitasses, aux mocassins et aux chapeaux en poil pour se protéger du froid.Quebec hiver 001

        Les Européens comprennent fort vite que la construction de maisons en pierre comme en Europe répond mal aux nécessités locales, parce que les pierres, gardant le froid, il se forme sur elles un frimas qui transmet une fraîcheur malsaine ; la maison est alors difficile à chauffer. Les colons saisissent alors qu’il vaut mieux construire les maisons en bois avec des toitures à haut grenier pour supporter le poids de la neige. Ensuite, le colon remplace le foyer par le poêle, qui devient l’âme de la maison canadienne, parce que la fonte et la tôle répandent mieux la chaleur (surtout si le tuyau de fumée conduisant à la cheminée courait dans la maison).

        À leurs souliers, les Québécois mettent des grappins sinon il serait presque impossible de gravir les côtes de la Vieille Capitale. Et puis, pendant les longues veillées d’hiver, les Canadiens profitent de l’arrêt des grands travaux pour s’amuser de Noël jusqu’au Mardi gras.

Maudit hiver !

        Il y a toujours eu des personnes pour grogner contre l’hiver. Déjà au XVIIe siècle, le baron de Lahontan écrivait dans son journal : « Je ne puis vous rien dire encore de ce païs, si ce n’est qu’il y fait un froid à mourir. » Mais tous ne voient pas cette saison du même œil. Le père Paul Le Jeune trouve des qualités à l’hiver. Il écrit, en 1632-1633 : « Voicy les qualitez de l’hyver, il a esté beau & bon, & bien long. Il a esté beau, car il a esté blanc comme neige, sans crottes & sans pluye…Il a esté bon, car le froid y a esté rigoureux… Il y avoit par tout quatre ou cinq pieds de neige, en quelques endroicts plus de dix, devant notre maison une montagne.

        Dans la mémoire populaire. les hivers d’antan sont toujours plus rudes que les hivers contemporains, et ce, depuis toujours. Ainsi, en avril 1721, le père Pierre François-Xavier de Charlevoix écrit : « On a beau dire que les hyvers ne sont plus aussi rudes, qu’ils l’étoient il y a quatre-vint ans, & que, selon toutes les apparences, ils s’adouciront encore dans la suite… » On avait oublié que l’hiver de 1667-1668 avait été pluvieux et doux à tel point qu’en février 1668 on naviguait en canot sur le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Lévis !

L'hiver outaouais

        L’Outaouais n’est pas tellement différent du reste du Québec. En 1884, il est tombé pas moins de 5 mètres (16½ pieds) de neige sur la région, l’année suivante, 3½ mètres (11½ pieds). Mais en 1881-1882, il est tombé 17 pieds de neige sur la ville de Québec. Pourtant, on ne relève guère de plaintes dans les journaux du temps, même si la machinerie pour déblayer les rues est inexistante. On tape la neige dans la rue au moyen d’un rouleau. Il arrive évidemment un moment où il faut bien la ramasser. On embauche des hommes qui l’enlèvent à la pelle et la mettent dans un tombereau qui déverse son chargement dans la rivière. Il faut aussi nettoyer les rues du crottin des chevaux et les enfants d’Ottawa donnent à ces hommes le nom évocateur de « crottes-knockers », parce qu’ils frappent à l’aide d’un bâton les pommes de routes gelées pour les amasser en un même endroit.

 Hiver quebec 002       L’hiver de 1905 est tellement dur, qu’à la suite d’une tempête qui souffle pendant 3 jours et aggravée par de forts vents, certains chemins de la région sont couverts de pas moins de… 3 mètres de neige ! Mais la pire tempête enregistrée au Québec est celle des 17 et 18 janvier 1827 : en 48 heures, il est tombé près de 2 mètres de neige sur Montréal. Mais le 2 février 1903, il n’y avait pas un millimètre d’épaisseur de neige dans la région ; l’hiver était fini.

        Enfin, c’est le plus souvent dans la tête que l’hiver est pénible. N’est-ce pas à partir de Noël, la plus belle fête du christianisme, que les journées commencent à s’allonger ? Noël est une promesse : celle de l’enfant qui deviendra un adulte, celle du retour de la lumière, donc d’un printemps qui succédera à l’hiver. Alléluia !

Sources :

Asticou, cahier no 38, juillet 1988.
BAnQ, procès de Jacques Bigeon, 1668.
CARLE, Pierre et MINEL, Jean-Louis, L’Homme et l’Hiver en Nouvelle-France, Montréal, Hurtubise HMH, 1972.


 
×