Histoire du père Noël au Québec

          Le Noël du Québec est passé presque inaperçu pendant longtemps. Tout au plus fréquentait-on la messe de minuit et confectionnait-on un petit réveillon savouré en famille.

          Le Québec aura résisté longtemps au père Noël. Dans les années 1940, il y a encore une majorité de francophones qui donne ses cadeaux au jour de l’An, jour des étrennes. Au début du siècle, les parents donnaient des fruits aux enfants sages et des morceaux de charbon ou des pelures de patates à ceux qui n’avaient pas été gentils pendant l’année.

          Ce sont les commerçants, les marchands qui finissent par imposer aux Canadiens francophones la fête de Noël, puis le Père Noël pour attirer dans leurs magasins la population. Ils poussent les parents à leur rendre visite avec leurs enfants pour y rencontrer le Père Noël. Alors que la société traditionnelle était axée vers les besoins, la nouvelle société est orientée vers le désir.

          C’est ainsi que Noël supplante peu à peu le jour de l’An, et ce, au grand plaisir de l’Église catholique – dans un premier temps – qui voit enfin le jour de l’An, fête essentiellement païenne, détrôné par Noël, fête chrétienne. Le clergé n’avait toutefois pas prévu que le père Noël éclipserait le « p’tit Jésus » comme distributeur des cadeaux et que la consommation effrénée remplacerait l’aspect religieux de la fête qui l’emportera, et de loin, sur la principale fête religieuse : Pâques. Ainsi, plus on avance dans le XXe siècle du Québec, plus les symboles chrétiens s’effacent au profit d’une vision purement commerciale du temps des fêtes.

          Dans Noël au Canada, publié en 1900 par Louis Fréchette, Santa Claus est celui qui, sa hotte pleine de jouets, fait la tournée des maisons et exauce les vœux des enfants sages. De fait, Santa Claus s’impose dans la publicité montréalaise vers 1890-1900.

          Ceux et celles qui résistent à l’invasion du Québec par Santa Claus font flèche de tout bois, parce que non seulement le bonhomme a conquis les vitrines des magasins et les affiches des marchands, mais aussi parce qu’il a commencé à pénétrer dans les maisons des catholiques pour y détrôner, dans le cœur des enfants, le petit Jésus. Ainsi, certains n’hésitent-ils pas à diaboliser Santa Claus. Par exemple, un certain abbé Dugas accuse Santa Claus de détourner l’esprit des enfants « des belles crèches de l’Enfant Jésus » et, en général, de trahir le recueillement spirituel et familial des fêtes.

          Plus encore, au cours de la guerre de 1914-1918, on monte une campagne de dénigrement à l’encontre de ce « prince de la camelote teutonne », de ce fantoche « made in Germany ». Il a donc fallu rebaptiser Santa Claus et c’est « saint Nicolas », puis le « bonhomme Noël » et enfin le « père Noël » qui gagnera le cœur des francophones.

          Nombreux sont ceux qui s’attaquent non seulement à Santa Claus, mais aussi à l’esprit commercial de Noël en faisant savoir que cette fête encourage la célébration d’au moins trois des sept péchés capitaux de la tradition catholique : l’avarice, la gourmandise et l’envie.

          Il n’y a pas que les francophones qui résistent à Noël, de nombreux anglophones s’insurgent aussi contre la commercialisation de cette fête. Par exemple, des journaux anglophones de Montréal n’hésitent pas, en 1910, à qualifier Noël de hold-up annuel. Pour eux, Santa Claus est un ogre insatiable.

          Quoi qu’il en soit, dans les années 1950 Noël supplantera définitivement le jour de l’An comme journée de remise des étrennes ou cadeaux, et le Père Noël remplacera sans appel le « petit Jésus » comme distributeur de ces cadeaux.

Sources :

Warren, Jean-Philippe, Hourra pour Santa Claus, Montréal, Boréal, 2006.

Site Internet Notre famille.com.

Documentation personnelle

×