Le Noël des années 1950

         Trois choses annonçaient Noël dans les années cinquante : la neige, la publicité dans les médias et l’avent. À cette époque, le Canada français était majoritairement catholique et pratiquant. Le temps de l’avent s’échelonne sur quatre dimanches et a pour objectif de faire de ces semaines qui précèdent Noël une période d’attente patiente. Les catholiques devaient alors se préparer à Noël en faisant des « sacrifices » comme se priver de friandises, de desserts ou de danses.

         La semaine qui précédait Noël était celle des « quatre-temps ». Trois des jours de cette semaine – mercredi, vendredi et samedi – étaient consacrés au jeûne et à la prière. De l’avent, il ne reste plus aujourd’hui que le calendrier qui permet de faire le décompte jusqu’au 25 décembre.

          Dans les années cinquante, le Noël religieux est de plus en plus mis à mal par l’américanisation de cette fête qui, à l’origine, en était une d’espoir, puis d’amour. Les magasins invitent la population à venir acheter des cadeaux pour leurs proches. On attire les consommateurs au moyen de vitrines aux décorations multicolores, d’un défilé du père Noël, d’un père Noël qui accueille les enfants dans les magasins et qui écoute les demandes des enfants, ainsi que par des annonces dans divers médias.Noel voeux

         Dans la région, le père Noël élisait domicile, pendant un mois, à l’étage des jouets du magasin Freiman à Ottawa. Mais dès le mois d’octobre, Dupuis Frères, Eaton’s et Simpson’s Sears avaient distribué leur catalogue de Noël chez des milliers de famille de la région. Une grande partie de ces catalogues illustrés contenait des centaines de jouets.

         Dès la mi-novembre, on échangeait des vœux de Noël au moyen de cartes. Cette coutume, presque disparue, mais qui a atteint son apogée dans les années 1950, nous vient apparemment de France où, au XVIIe siècle, les enfants écrivaient un petit compliment ou un poème de leur plus belle main, sur une feuille de papier ornée d’une image, pour leur maître d’école ou pour leurs parents. Un homme d’affaires anglais, Henry Cole, aurait alors eu l’idée, au XIXe siècle, de fabriquer et de commercialiser des cartes de vœux en série pour Noël.

          Les cartes de vœux de Noël reçues étaient suspendues à une ficelle accrochée au mur de la cuisine ou du salon. On les comptait en se félicitant d’en avoir reçu plus que l’année précédente.

 Les décorations domestiques

          Presque toutes les familles installaient dans leur salon un sapin décoré de boules et d'ampoules lumineuses  bleues, rouges et vertes. En terre d’Amérique, c’est à Sorel qu’a été érigé en 1781, par la baronne Riedesel, épouse du général mercenaire allemand du même nom, le premier sapin de Noël décoré. Mais l’événement n’a pas eu de suite et ce n’est que dans les années 1840 que l’idée de décorer un sapin s’est répandue à travers le monde grâce aux journaux. D’abord à Paris, au jardin des Tuileries, en 1840, puis Londres en 1841. Au Québec, le sapin est devenu populaire dans le premier quart du XXe siècle.

          Pendant longtemps, la principale décoration a été la crèche, sans doute l’élément le plus touchant de la période des fêtes de fin d’année et qui suscitait le plus d’émerveillement. Venue du Moyen Âge et inspiré de l’évangile de saint Luc, cette tradition a été introduite en Amérique par les Français dès les premiers temps de la Nouvelle-France. D’abord érigée dans les églises, la crèche a commencé à pénétrer dans les maisons au XIXe siècle. Dans les années 1950, on la trouvait dans toutes les maisons du Canada français, le plus souvent placée sous le sapin, ou simplement sur un meuble. On peut aujourd’hui admirer des crèches grandeur nature à Rivière-Éternité, au Saguenay.

Noel creche          Noël se célébrait aussi en musique. D’abord avec des chants religieux. Le plus connu est sans contredit le Minuit chrétiens, composé en 1847 par Placide Cappeau et mis en musique par Adolphe Adam. Il a été chanté pour la première fois en Amérique à Noël 1858 dans l’église de Sillery. La messe de minuit était alors le moment le plus émouvant du temps des Fêtes. Le 25 décembre, tous les chemins du Canada français menaient à l’église pleine à craquer de fidèles venus célébrer la naissance d’un enfant Dieu, d’un enfant porteur d’espoirs.

         Dès les années 1930, les chansonnettes de Noël ont commencé à rivaliser avec les chants religieux grâce à la radio. Il y a eu celles de la Bolduc suivies de chansons américaines comme White Christmas, popularisée par Bing Crosby en 1942 (adaptée en français sous le titre de Noël Blanc) , qui ont remporté des succès que seul Tino Rossi, en 1946, avec Petit papa Noël, pourra égaler.

          Traditionnellement, les échanges des « étrennes », au Canada français, se faisaient au jour de l’An. Sous la pression du monde anglo-saxon, et plus particulièrement étasunien, les cadeaux seront échangés après la messe de minuit et à la suite du réveillon ou, comme aux États-Unis, le matin de Noël. C’est donc à partir des années 1950 que le Noël canadien-français a peu à peu été remplacé par le Noël des marchands, ce qui fait qu’aujourd’hui l’on voit de moins en moins de crèches sous les sapins et de plus en plus de cadeaux.

Sources :

Blais, Sylvie et Lahoud, Pierre, La fête de Noël au Québec, Les édtions de l’Homme, Montréal, 2007.
Le Droit (Ottawa), novembre et décembre 1959.
La Patrie (Montréal), novembre et décembre 1955.
Souvenirs d'enfance.

Joyeux Noël

Bonne et heureuse année 2015

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