Petite histoire du premier jour de l'année

          Chaque année, à date fixe, douze coups d’horloge sont précédés de bonnes résolutions et suivis d’embrassades. Pourquoi ce jour-là ? En a-t-il toujours été ainsi ? Évidemment, je parle du Nouvel An. Retour sur l’histoire de notre calendrier.

          La conception du temps dans les sociétés disparues est à peu près inconnue. La première mesure du temps était certainement liée à la nécessité de prévoir l’apparition de la pluie et du soleil, pour suivre et contrôler le renouvellement des ressources alimentaires. On pense que l’astrologie constitue la source des calendriers primitifs. Par exemple, à Babylone, la mesure du temps était lunaire. En Égypte antique, le premier jour de l’année était le premier jour du premier mois de la saison de l’inondation des cultures par le Nil. En Chine, le début de l’année était déterminé par chaque empereur, début qui oscillait entre les divers mois de la saison froide.

          En 46 avant notre ère, Jules César, en tant que Pontifex Maximus, a décrété que le début de l’année commençait le premier quantième du mois dédié à Janus (le mois de janvier) et réalignait le calendrier romain qui avait pris 90 jours d’avance (calendrier julien). Divinité aux deux visages, l’un tourné vers l’avenir tandis que l’autre s’attardait encore sur le passé, Janus leur semblait une divinité de bon augure pour glisser au Nouvel An d’autant plus qu’elle était invoquée avant toute autre divinité. C’est donc l’avènement du calendrier julien encore utilisé aujourd’hui par les Églises orthodoxes serbes et russes.

          Janus est un dieu païen. Du coup, les chrétiens chCalendrier ancienerchèrent d’autres dates, même si le calendrier continuait imperturbablement à aller de janvier à décembre. La seule étape importante leur sembla longtemps Pâques, qui demeure la fête par excellence des orthodoxes. Réuni par l’empereur Constantin en 325, le Concile de Nicée fixa la Résurrection le dimanche suivant la pleine Lune d’après l’équinoxe de printemps. Il s’agissait donc, comme aujourd’hui, d’une date… mobile ! Fallait-il du coup commencer l’année à Pâques? Certains pays l’ont fait, comme l’ancien royaume de France. Mais sous Charlemagne, l’année commençait à Noël.

          La Provence et l’Autriche avaient fixé le début de l’année à l’Annonciation, qui tombe comme il se doit neuf mois avant Noël : le 25 mars. D’autres jours ont été élus. Citons le 1er mars, à Venise le 1er septembre à Constantinople ou le 25 décembre. Il faut dire que le plus grand désordre horloger régnait parallèlement. Ni le commerce ni les transports n’avaient encore exigé le temps GMT. Quoi qu’il en soit, en 1564, le roi de France, Charles IX, fixait le premier jour de l’année au 1er janvier.

Vers un calendrier international

          La Franche-Comté, qui était alors terre d’Empire a adopté le 1er janvier comme début de l'année en 1575, la Lorraine, principauté indépendante en 1579, l’Écosse royaume encore libre en 1600, l’Église romaine en 1622 et la Russie en 1725. Mais ce n’est qu’en 1752 que le Royaume-Uni a adopté cette date. Et parmi les premières mesures d’Atatürk (Turquie), en 1927, a figuré l’adoption du calendrier occidental. Le Japon avait agi de même en 1872.

          Certains pays n’ont pas eu qu’à changer la date du premier jour de l’An, mais aussi leur calendrier. En effet, parce que pour que le 1er janvier puisse véritablement s’ancrer dans l’année, au XVIe siècle, il restait une réforme à accomplir. Le calendrier julien, remontait comme son nom le suggère à l’Antiquité, était un peu généreux. Au bout d’un millénaire et demi, il accusait une erreur de onze jours sur la réalité. L’Église catholique, qui entendait rythmer l’année, s’est chargée d’y mettre bon ordre. Le pape Grégoire XIII en 1582, a fait directement passer les fidèles du 4 au 15 octobre. Un coup de force scandaleux pour les protestants et les orthodoxes qui aimaient mieux être en désaccord avec les saisons que d’accord avec un catholique. Les premiers attendirent 1700, voire 1752, pour suivre l’exemple. Ainsi, l’année 1701, à Genève, a commencé ainsi non pas le 1er, mais le… 12 janvier.

          L'histoire du premier jour de l'An et de notre calendrier n'est pas finie. En effet, La Révolution française a créé un calendrier basé sur le système décimal. Ainsi, l’année commençait le 1er vendémiaire (22 septembre, premier jour de l’automne. Ce calendrier sera abandonné en 1805. Il n’aurait été employé qu’environ douze ans. Le calendrier républicain sera réutilisé pendant 15 jours et seulement dans le Journal officiel lors de la Commune de Paris en 1871. Une autre réforme, elle, est restée mort-née. La Société des Nations, en 1922, l’ONU, après 1945, ont songé à créer des calendriers universels, avec 13 mois de 28 jours. Les États-Unis y ont opposé leur veto, invoquant les convictions… religieuses de ses habitants.

SOURCES

Attali, Jacques, Histoires du temps, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1982.
La Tribune de Genève, 31 décembre 2001 ; Wikipédia.

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