Histoire générale

Boucherie à Courcelette - 1916

          Au mois de septembre dernier (2016), je me suis rendu à Courcelette, dans le département de la Somme en France pour voir les lieux cimetière où se sobt battu les soldats du 22e bataillon devenu depuis le Royal 22e régiment

          Au cours de la guerre 1914-1918, la bataille de la Somme (France) a fait rage durant plus de quatre mois (1er juillet au 18 novembre 1916) et aura entraîné plus d’un million de pertes chez les Alliés et les Allemands. Les Canadiens, qui se trouvaient à l’origine dans le secteur d’Ypres, avaient raté les premiers mois de combat, mais ils sont arrivés dans la Somme début de septembre 1916.

          Le 15 septembre, trois divisions du Corps expéditionnaire canadien lancent une attaque sur les lignes ennemies pour capturer les ruines restantes du village de Courcelette défendu par les Allemands. Deux nouvelles armes vont aider les troupes dans leur assaut. Plutôt que d’attendre, comme cela se faisait auparavant, la fin des bombardements de leur artillerie avant de charger au travers de la zone séparant les lignes avancées des deux camps, les Canadiens progressent derrière un barrage d’artillerie « roulant » qui s’enfonce régulièrement dans les lignes allemandes, maintenant les soldats ennemis dans leurs abris, jusqu’à être au contact de l’adversaire, prêts à engager le combat.

          La deuxième nouveauté est le char d'assaut. Six tanks participent à la bataille de F;ers-Courcellete (un char supplémentaire est gardé en réserve). Bien que lents, lourds et difficiles à manœuvrer, ces chars, immenses et imposants, constituent une arme psychologique efficace contre les Allemands. L’équipage de chacun d’entre eux est composé d’un officier et de sept hommes. Cinq fantassins sont également affectés à chaque engin, avec pour mission de débarrasser les victimes susceptibles d’entraver la progression du véhicule.Courcelette

          S’il est vrai qu’aucun de ces chars, sauf un, ne réussit à atteindre ses objectifs — soit en raison d’une panne mécanique, soit parce qu’il se retrouve immobilisé, incapable de poursuivre sa route, soit parce qu’il est frappé par un tir de mortier —, il n’en demeure pas moins qu’ils sèment la terreur dans les rangs ennemis et poussent un certain nombre d’Allemands à se rendre à leur seule vue. Courcelette est prise par le Corps expéditionnaire canadien le premier jour de l’assaut — l’une des rares victoires alliées sur la Somme — au prix de milliers de victimes canadiennes.

          Le lieutenant-colonel Louis-Thomas Tremblay commente cette opération, la première d'envergure à laquelle participe le 22e, en ces termes: «Nous comprenons très bien que nous allons à l'abattoir. La tâche paraît presque impossible avec si peu de préparation dans un pays et sur un front que nous ne connaissons pas du tout. Cependant, le moral est extraordinaire et nous sommes déterminés à montrer que les Canadiens ne sont pas des lâcheurs.» Le 22e bataillon réussit à prendre Courcelette. Tremblay avouera: « Si l'enfer est aussi abominable que ce que j'ai vu à Courcelette, je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi d'y aller.»

          Les pertes occasionnées par la bataille de Flers-Courcelette sont lourdes pour les troupes canadiennes. À lui seul, le 22e bataillon aura perdu, à Courcelette, 776 hommes sur les 900 qui le composaient avant le combat.

          Que reste-t-il, à Courcelette, de ces soldats canadiens-français qui sont morts au combat ? Rien ou presque. Un monument a bel et bien été élevé en mémoire des soldats morts au cours de la bataille de Flers-Courcelette, mais le souvenir des hommes du 22e n'y est aucunement évoqué. Sur le monument, on peut lire le texte suivant :

           L'ARMÉE CANADIENNE PRIT UNE PART GLORIEUSE À LA RUPTURE DU FRONT ALLEMAND SUR CES CÔTES PENDANT LA BATAILLE DE LA SOMME 3 SEPT.-18 NOV. 1916

       Aucune mention du 22e bataillon n'apparaît dans ce lieu commémoratif dont le terrain a été cédé par la France. Ce bataillon n'aurait pas existé, n'aurait pas combattu, son n'aurait été guerre différent dans le Mémorial canadien de Courcelette. Cela m'a rappelé cette réplique de ma mère quand, adolescent, j'avais pensé m'engager dans l'Aviation royale canadienne : « Je n'ai pas fait des enfants pour en faire de la chair à canon ! » Comme elle avait raison.

Sources :

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/la-bataille-de-courcelette/
Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/bilan/pages/evenements/248.html
PÉPIN, Carl, Le blogue de Carl Pépin, https://carlpepin.com/2009/03/16/quand-le-22e-bataillon-canadien-francais-se-fit-massacrer-la-bataille-de-cherisy-ou-la-memoire-quebecoise-impossible/
L'Encyclopédie canadienne, http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/la-bataille-de-courcelette/
Mémorial canadien à Courcelette.

Au diable la politesse !

          Il y a huit ans, j’ai vu, au cours d’un baptême collectif, un père vêtu d’un « marcel », de jeans effilochés, et de bottines de construction, un autre avait gardé sa casquette sur la tête – on l’a vu aussi à la messe dite pour Cédrika Provencher à la suite de sa disparition (c'était un meurtre). Dans un resto, une serveuse m’a récemment dit : C’est quoi tu veux ? Et que dire des jurons à la Mike Ward ? Dans un certain collège de notre région, les autorités ont été si molles qu’elles ont laissé un de leurs professeurs sacrer à tous les quatre ou cinq mots pendant son enseignement, et ce, pendant des années. Bel exemple ! Pas étonnant que les Latino-Américains nous appellent les Los Tabarnacos...

De l'huile dans les rouages

          La politesse, comme l’huile dans les rouages, a pour fonction de polir les gestes, les discours et les comportements dans les interactions humaines. Malheureusement, la bienséance, la politesse et le savoir-vivre sont en voie de disparition avancée.

          Qu’on l’appelle le savoir-vivre, la civilité, la bienséance, les bonnes manières ou la courtoisie, tout le monde sait depuis toujours que sans la politesse la vie en société serait insupportable. La politesse a donc une histoire et les règles qu’elle impose n’ont jamais cessé de changer. Mais même si on ne mange plus avec ses doigts depuis l’invention de la fourchette, si le baisemain venu d’Angleterre nous paraît aujourd’hui démodé, si on ne vouvoie plus ses parents, ses enfants ou son conjoint, et si on ne demande plus la main de sa promise en gant, on devrait encore savoir qu’il ne faut pas mettre ses coudes sur la table et que même si on a une furieuse envie de mettre son poing sur la figure de quelqu’un, il faut savoir lui dire bonjour ou merci.

          La politesse, c’est des règles toutes simples qui nous permettent de pouvoir vivre ensemble sans avoir envie de s’entretuer La politesse c’est d’abord et avant tout le souci de l’Autre. Au XVIIe siècle, Bacon disait : La politesse est le vêtement de l’esprit. Elle doit servir, comme les habits de tous les jours, qui n’ont rien de trop recherché et cachent les défauts du corps : elle ne doit pas empêcher l’esprit d’agir librement.

La Bible

          La première et la plus importante règle en matière de bonne conduite est la gentillesse et la considération des autres. Cette règle immuable émane de la Bible et c’est le deuxième commandement le plus important après celui d’aimer Dieu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

          Dans la Bible on trouve : « Dites toujours "Merci" ;Politesse c'est une façon de faire des éloges aux autres et un principe de base des bonnes manières; n'oubliez pas de dire "Excusez-moi", "S'il vous plaît", "Je vous en prie", "Bonjour" et "Au revoir". » (COLOSSIENS 3:15 ; 1  THESSALONICIENS 5:18 ; 3 JEAN 14).

          Une autre recommandation pleine de bon sens : « Soyez plein d'égards et ne mettez personne dans l'embarras ; traitez les autres comme vous aimeriez que l'on vous traite. Pensez à la façon dont vous pourriez mettre les gens à l'aise. Ne rabaissez jamais personne par des plaisanteries de mauvais goût ou des surnoms malvenus. » (1 CORINTHIENS 13:4 ; PHILIPPIENS 2:4 ; LUC 10:27)

          Ne vous adressez pas à une personne âgée ou à quelqu'un de plus âgé par leur prénom, à moins qu'ils ne vous y aient invité. Levez-vous à l'arrivée d'une personne âgée ou d'un invité dans la pièce, et ne vous asseyez pas tant que vous ne leur avez pas proposé un siège. (1 PIERRE 5:5)

Comme vous pouvez le constater, ce n’est pas d’hier que l’on enseigne la bienséance.

Le vous

Les Italiens de la Renaissance ont codifié la politesse. Les Français du Grand Siècle ont inventé la galanterie. Puis, on a publié de plus en plus de livres sur le sujet. Le plus connu est sans doute celui de Berthe Bernage publié dans les années 1930.

L’usage du vous a longtemps prédominé dans la société française, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le philosophe des Lumières Jean-Jacques Rousseau, auteur de Émile, ou de l’éducation (1762), juste avant la Révolution, recommande ainsi le tutoiement systématique dans la famille. Aujourd’hui, l’usage du tutoiement est de plus en plus répandu, notamment parmi les jeunes générations. On attribue généralement cette évolution à l’influence de la langue anglaise, dans laquelle le pronom « you » est perçu comme l’équivalent du « tu » français, ce qui n’est pas nécessairement vrai. Or, c’est le système scolaire qui l’a fait disparaître au Québec. Ainsi, il y a près de trente ans, ma fille aînée s’est fait menacer, par son professeur de la Secondaire V, de ne pas recevoir de réponse si elle ne le tutoyait pas !...

Le jour de l'An de jadis

C'est dans le temps du jour de l'An
On s'donne la main et on s'embrasse,
C'est le bon temps d'en profiter
Ça n'arrive qu'une fois par année !

          Le jour de l'An a longtemps été la fête par excellence des Québécois. Tous le célébraient dans la gaieté avec parents et amis. Mais la veille, on passait la « guignolée », mot qui vient de l’expression « Au gui l’an neuf ! » Cette quête était généralement effectuée par des jeunes gens qui allaient de porte en porte  dans les rangs des campagnes ou les rues de la paroisse au son de la musique. On espérait recueillir pour les indigents des aumônes en nature afin d’égayer leur temps des Fêtes.

          Le groupe qui passait la guignolée ne prenait pas d’assaut les maisons ; il y avait un cérémonial à respecter. On entonna d’abord la chanson « La guignolée », que tous connaissaient par cœur, battant la mesure avec de longs bâtons. Le maître et la maîtresse de la maison ouvraient alors la porte et invitaient les guignoleux à entrer. On servait au groupe beignes et rasades de rhum, puis on leur remettait en don diverses victuailles. On visitait ainsi presque toutes les maisons de la paroisse. La quête terminée, on divisait en lots les produits récoltés, avant de se rendre cette fois-ci chez les plus démunis.Benediction

          Arrivait le jour de l’An, lequel est célébré le 1er janvier depuis 1564 ; avant cette année-là, l’année commençait généralement le 1er avril. Cette journée est exceptionnelle, car, la veille, les enfants se sont couchés en pensant aux étrennes qu’ils recevront le lendemain matin. On dit aux enfants que c’est l’Enfant Jésus qui est passé pendant la nuit et qui a laissé des étrennes. Les étrennes sont généralement des bonbons ou des fruits qui seront remplacés, à la fin du XIXe siècle par des jouets, souvent faits maison. La tradition de remettre les cadeaux au jour de l'An s'est maintenue dans plusieurs familles jusqu'au début des années 1960.

          Si Noël était la fête de la petite famille, le jour de l’An rassemblait la parenté, et avec leur trâlée d’enfants, frères et sœurs se retrouvaient chez leurs parents ou grands-parents, après s’être arrêtés chez des amis et cousins pour leur souhaiter la bonne année. Dès que la plus grande partie de la parenté était réunie, le plus vieux des enfants demandait à son père la bénédiction du jour de l’An. Puis on se souhaitait la bonne année et « le Paradis à la fin de vos jours » en se serrant la main ou en s’embrassant. On se mettait ensuite à table dans un brouhaha indescriptible où chacun faisait bombance. Dans certaines familles, on laissait une place vide à la table, la « place du pauvre » au cas où quelque étranger se serait présenté.

          Le repas terminé, on tassait la table. Puis chacun y allait d’une chanson, souvent reprise en chœur, d’autres jouaient une partie carte. Enfin, on commençait à danser au son du violon, puis du phonographe, parfois jusqu’au petit matin, les enfants étant déjà couchés dans tous les lits de la maison, au nombre de quatre ou cinq par lit, sur le sens de la largeur.

La fête des Rois

          Le jour de l’An achevé, le temps des Fêtes continuaient. La fête des « Rois », le 6 janvier, clôturait ce temps de l’année. C’est une très vieille fête préchrétienne. Chez les juifs, les Grecs et les Romains, on élisait un « roi du festin » pour tourner le pouvoir en dérision. En 1512, le Jour de lan 16pape Jules II décida de donner un nouveau sens à la fête des Rois. Dorénavant, les catholiques étaient tenus d’assister à la messe. On fêtera l’Épiphanie, pou rappeler la visite des rois mages à la crèche, un événement précédemment confondu avec la fête de Noël.

          Ce jour-là, au Québec, les paroissiens se présentaient à la messe, mais se retrouvaient par la suite à la maison pour le repas des Rois. Comme au Moyen Âge, on élisait roi, fût-elle une femme, la personne qui trouvait la fève dans le gâteau des Rois. On l’affublait d’une couronne puis on buvait à sa santé. Le repas terminé, on faisait à nouveau la fête jusque tard dans la nuit.

Sources :

Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, éd. cédérom.
Provencher, Jean, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, éd. du Boréal, 1988.
Souvenirs personnels.

Pontiac, chef des Outaouais

          On ignore précisément où et quand est né Pontiac (entre 1712 et 1725), et les témoignages du XIXe siècle ne concordent pas sur l’appartenance tribale de ses parents. Chose certaine, il devient le chef de guerre des Outaouais, tribu algique, de Détroit.

          Des quelque trente premières années de la vie de Pontiac, il ne reste aucune trace. On sait que quelques centaines de guerriers outaouais vivaient aux abords de Détroit au XVIIIe siècle, c’est-à-dire dans une agglomération située en face de la capitale des Pays d’en haut.

          Pontiac est un allié indéfectible des Français. En 1755, pendant la guerre de Sept Ans, une armée britannique commandée par Edward Braddock se met en route pour prendre le fort Duquesne (Pittsburgh). Pontiac aurait été au nombre de 800 à 1 000 Amérindiens qui, avec la garnison française, infligent une terrible défaite aux Anglais non loin du fort menacé. Environ 300 Outaouais de Détroit et 700 de Michillimakinac séjournent au poste jusqu’en 1756. Éclaireurs vigilants, ils multiplient les raids dans les colonies anglaises. Un an plus tard, Montcalm fait venir un certain nombre de ces Algonquiens (algiques) à Montréal. Le marquis les amènera en expéditionPontiac chef 1 contre le Fort William Henry (ou fort George ; maintenant Lake George, N.Y.). Avant d’attaquer, il compte parmi ses effectifs 30 Outaouais du bourg de Pontiac.

          Quand en 1759 une partie des Outaouais décident de passer dans les rangs des Anglais – la défaite française était alors facile à prévoir – méfiant, Pontiac hésite. Mais la succession des événements ne lui donne pas le choix, les Français étant vaincus à Québec puis à Montréal.

Des alliés bien traités par les Français

          Les Français pourvoyaient les Amérindiens en munitions et les comblaient de services gratuits et de présents. Les Anglais ne tiennent pas à maintenir cette habitude. Néanmoins, dans l’attente de règlements régissant de nouveaux rapports commerciaux, le commandant de Détroit, Donald Campbell, essaie tant bien que mal de maintenir les coutumes de troc suivies jusqu’alors par les Français. Sir William Johnson, surintendant des affaires des Amérindiens du Nord, conseille au général Jeffery Amherst, commandant en chef, de permettre qu’on continue à donner des vivres et des munitions aux indigènes. Amherst répond : « lorsque le commerce se fera comme nous l’entendons, ils seront capables de se procurer eux-mêmes ces choses auprès des traiteurs ». Le régime britannique amène d’autres changements dans l’Ouest : désormais, la traite des fourrures ne se pratiquera qu’aux postes et le trafic du rhum sera totalement supprimé.

          Les Amérindiens sont déçus et  ne tardent pas à protester. En juin 1761, selon Campbell, ils incitent « toutes les nations, de la Nouvelle-Écosse jusqu’au pays des Illinois, à prendre la hache de guerre contre les Anglais ». Alarmé, Johnson convoque une grande conférence de paix à Détroit en septembre 1761. Un fort contingent de troupes l’y rejoindra et complétera l’occupation de tous les postes nouvellement conquis. Juste avant d’arriver à Détroit, Johnson reçoit d’Amherst une lettre qui interdit l’usage d’acheter la bonne conduite des autochtones avec des dons. Il trouve la décision si imprudente qu’à la réunion il n’en dit mot aux Amérindiens et leur offre même des présents. Ce n’est pas Pontiac qui tient à Johnson un discours au nom des Outaouais. On ne saurait dire s’il a simplement voulu laisser parler un chef civil plus âgé, Mécatépilésis, ou s’il a choisi de se taire parce que déjà il ne croyait plus à la possibilité d’un accommodement avec les Britanniques. Les harangues finies, non sans amertume, les Amérindiens ont bientôt conscience de la mise en vigueur des mesures secrètes d’Amherst. Au printemps de 1762, à la fin de la saison de la chasse, ils subissent une grave pénurie de rhum, de poudre et de plomb. Johnson exhorte Amherst à revenir aux usages français de la traite, mais le général rejette son avis.

          Le bruit court alors d’une éventuelle reprise de Québec par les Français, ce qui encourage les Amérindiens à la révolte. À l’été de 1762, un conseil se réunit clandestinement au village de Détroit. Des chefs outaouais, sauteux, hurons, potéouatamis et d’autres du lac Supérieur y assistent avec deux Canadiens. On ignore les motifs du rassemblement. En tout cas, ils sont belliqueux et Pontiac en est assurément l’instigateur, car il est chez lui chef de guerre.

          Comme les Ouiatanons dans l’Ouest, les Tsonnontouans animent un foyer de rébellion dans l’Est en 1762. C’est un soulèvement de tous les Amérindiens qu’ils entendent promouvoir.

          Revenu de la chasse au printemps de 1763, Pontiac veut déclencher une réaction armée. Assuré de l’appui et de la venue des Potéouatamis et de Hurons il convoque un premier conseil secret le 27 avril. Environ 460 guerriers s’y rendent. Un plan d’attaque est élaboré. Trois jours plus tard, 40 à 60 Amérindiens s’introduisent dans le fort Détroit. Ils prétextent vouloir « danser Le Calumet » aux occupants et reconnaissent l’état de la garnison et la situation des magasins.

          Une deuxième conférence a lieu chez les Potéouatamis. Le projet de rébellion se précise. En mai 1763, Pontiac décide d’assiéger le fort de Détroit et de dresser des embuscades à ses approches. Des victimes parmi les fermiers sont vite faites et, en amont de la rivière, des Sauteux attaquent un détachement dont ils tuent quatre hommes parmi lesquels deux officiers. La révolte s’étend à tous les Pays d’en haut et d’éclatantes victoires en marquent l’ampleur.

Exterminer les Amérindiens

          Les Ouiatanons, Kicapous et Mascoutens s’emparent du fort Ouiatanon (près de Lafayette, Ind.) le 1er juin et, le lendemain, les Sauteux prennent Michillimakinac. Les troupes anglaises abandonnent par la suite le fort Edward Augustus (Green Bay, Wisc.). Le 27 mai précédent, en Pennsylvanie, les Loups et les Tsonnontouans avaient occupé. l’établissement de William Chapman, puis assiégé le fort Pitt (autrefois le fort Duquesne). Tôt en juin, les Chaouanons rejoignent les Loups. Les Tsonnontouans brûlent Venango (Franklin, Penn.) vers le 16 juin et, quelques jours plus tard, ils se rendent maîtres du fort de la rivière au Bœuf (Waterford, Penn.). Le 21 juin, en compagnie de 200 Outaouais, Hurons et Sauteux de Détroit, ils s’emparent du fort de la Presqu’île (Erie, Penn.).

 Amherst         Les capitulations des postes anglais augmentent considérablement le prestige de Pontiac à l’ouest des Appalaches. Les Anglais ne tardent pas à réagir en envoyant des troupes dans les régions rebelles. Pire encore, l’ignoble Amherst (il a de nombreuses municipalités et rues à son nom) et le colonel Henry Bouquet mettent au point un plan : fournir aux Amérindiens des couvertures infectées de la variole afin d’exterminer les Amérindiens, plan qui sera partiellement mis en œuvre.

          Enfin, la nouvelle de la signature du traité de Paris fait son œuvre. Pontiac se voit abandonner par plusieurs des siens. Mais il ne délaisse pas pour autant ses activités rebelles et fomente des troubles un peu partout. Enfin, il consent à la paix à la condition que les Britanniques ne considèrent pas la cession des forts français des Illinois comme leur donnant droit de posséder le pays entier et de le coloniser : les Français n’étaient installés chez eux qu’à titre de tenanciers et non de propriétaires ce que les Anglais acceptent (traité non respecté). Pontiac devient alors loyal à la couronne britannique au grand dam de plusieurs de ses alliés. C’est ainsi qu’une tribu d’Illinois décide la mort de Pontiac qui est assassiné le 20 avril 1767 à Kaskakia, Illinois. Des Français emportent alors son corps de l’autre côté du Mississipi et l’enterrent à Saint-Louis (Missouri), avec tous les honneurs.

Sources :

Dictionnaire biographique du Canada.
Lester, Normand, Le livre noir du Canada anglais, Montréal, Les Intouchables, 2001.

La tragédie du mont Obiou

          1950 a été décrétée « année sainte » par le pape Pie XII et à cette occasion, il invite les catholiques du monde entier à faire pèlerinage à Rome.

          L’année sainte correspond à une année déterminée durant laquelle le pape proclame des célébrations pouvant produire des indulgences plénières. Celles-ci « remettent les peines temporelles dues pour les péchés » et s’obtiennent à quatre conditions : confession, communion, visite de quatre basiliques majeures et prières. Depuis 1470, le jubilé se fait tous les 25 ans. L’année jubilaire de 1950 est dite « Année du grand pardon » ou « Grand retour ».

          On sait combien le pèlerinage était populaire au Québec. Pensons à ceux de Sainte-Anne-de-Beaupré, du Cap-de-la-Madeleine ou de l’oratoire Saint-Joseph. Pour faire connaître l’appel du pape, quatre évêques forment, dès le début de 1950, un comité national canadien pour transmettre l’invitation.

 Annee sainte         Des milliers de Canadiens, dont dix mille francophones, se rendent à Rome et les journaux publient les noms des partants de même que des photos de groupes de pèlerins qui s'y rendent par avion ou par bateau.

          Un des groupes de pèlerins, composé de 120 personnes âgées en moyenne de 48 ans, dont Mgr Maurice Roy et le ministre Camille Pouliot, monte à bord du navire Columbia le vendredi 13 octobre 1950, à Québec. Ces pèlerins ont payé leur voyage 860 $ chacun. À cette époque, cette somme est relativement importante compte tenu du fait que le salaire moyen d’un ouvrier ne dépassait guère les 2 000 $ par année. Pour 40 des 120 de pèlerins, il n’y aura pas de retour.

          La traversée de l’océan est difficile : tous les pèlerins souffrent du mal de mer. Ils ont peine à assister aux conférences données sur le navire par les prêtres qui les accompagnent. Enfin, le groupe débarque à Lisbonne (Portugal) le 22 octobre ; il entreprend un véritable marathon de visite de lieux dits « miraculeux ». À peine arrivé, le groupe se rend à Fatima où il prie pendant deux heures pour la conversion de la Russie.

          Deux jours plus tard, il a déjà quitté le Portugal et se trouve en France, plus précisément à Lourdes. Le 25 octobre, il est à Tours et il assiste au dévoilement d’une dalle-souvenir à l’Ermitage Saint-Joseph : c’est-là que mère Marie de l’Incarnation avait révélé son projet de mission en Nouvelle-France. Par la suite, il groupe se rend à Paris, et après un pèlerinage au Sacré-Cœur de Montmartre, il parvient, le 29 octobre, à la basilique de Lisieux.

          Enfin, le 31 octobre, les pèlerins canadiens arrivent à Rome où, dès leur arrivée, ils suivent une procession de la basilique Sainte-Marie-Majeure jusqu’à Saint-Pierre. Et le lendemain, avec 700 000 autres fidèles et 650 cardinaux et évêques, ils assistent à la proclamation du surprenant dogme de l’Assomption de la Vierge.

          Le pèlerinage n’est pas fini. Après avoir été reçu en audience par le pape (12 personnes), le groupe assiste à la béatification de Marguerite Bourgeois. Plusieurs pèlerins n’hésitent pas à dire qu’ils se croient dans « l’antichambre du Ciel ». Plusieurs sont dans l’antichambre de la mort et ne le savent pas.

Un terrible accident

          Le 13 novembre 1950, 40 des 120 personnes du groupe de pèlerins prennent l’avion pour revenir au pays. L’appareil, baptisé le Pèlerin canadien, est un DC-4 Skymaster exploité par la compagnie aérienne Curtiss-Reid Air Tours de Cartierville. Pendant la guerre, ce même appareil avait servi au transport de l’amiral américain C.W. Nimitz.

          Le vol qui devait partir à 8 h est retardé par suite d’une audience accordée par le pape à tous les Canadiens qui se trouvent alors à Rome. La compagnie aérienne en profite pour faire l’inspection des quatre moteurs du DC-4. En début d’après-midi, 40 des 120 pèlerins montent à bord de l’avion en compagnie de 18 ou 20 autres personnes. (Mgr Vachon, archevêque d’Ottawa, avait annulé son voyage de retour à la dernière minute.)

          À 14 h 16, l’avion s’envole ; le plan de vol prévoit une escale à Paris après le contournement des Alpes. Vers 17 h 3, l’aéronef qui a subitement dévié de sa route se fracasse sur le mont Obiou à 2 700 mètres d’altitude et entraîne dans la mort tous les occupants.         Pendant trois jours, une centaine de sauveteurs alpins retirent des débris les restes des occupants de l’appareil de même qu’une imposante masse de dollars américains liés par un fil rouge. Des rumeurs circuleront autour du massif de l’Obiou sur des enrichissements inattendus dans la région. Parmi les débris de l’appareil, on trouve un lot de montres dorées, astucieusement disposées en auréoles et qui auraient échappé au douanier parce que la poitrine d’une femme s’offrait alors comme un sanctuaire inaccessible.

          Les corps des victimes sont d’abord entreposés dans un dépositoire à GrenobleDc4 puis inhumés temporairement, en juin 1951, au Petit Sablon, cimetière magnifiquement situé dans la perspective du mont Saint-Eynard (un dernier corps sera trouvé en septembre 1951). Enfin, en 1955, 53 victimes reçoivent leur sépulture définitive à La Salette-Fallavaux.

          Un des passagers, l’abbé Romano Mocchiutti, prêtre de rite byzantin, verra sa dépouille mortelle transportée en Italie en Alfa-Roméo, limousine qu’un carrossier a transformée pour l’occasion. Or, cet abbé était membre de l’organisation anticommuniste ProRussie et devait être attaché au secrétariat outaouais du délégué apostolique, Mgr Antoniutti.

Un mystère

          Que cachait donc l’avion ? Souvenons-nous qu’en 1950, nous sommes en pleine guerre froide. En 1949, le Vatican émettait un décret menaçant d’excommunication les Français qui « apporteraient leur concours aux communistes ». La chasse aux communistes, appelée « maccarthysme » (du nom du sénateur américain du même nom), est en cours depuis le mois de février, et la guerre en Corée fait rage depuis le mois de juin. De nombreux religieux sont arrêtés et enfermés dans des camps de concentration derrière le « rideau de fer ».

          L’abbé Mocchiutti aurait-il transporté, dans ses bagages, des documents secrets destinés à desservir les intérêts soviétiques dans la guerre de Corée ? C’est la thèse du géographe Louis-Edmond Hamelin. Pour empêcher ces documents de se rendre à destination, les services secrets soviétiques mettent en place l’opération ZACHVAT, consistant à détourner l’avion, sans doute vers l’Autriche. L’équipe de l’opération est composée de deux personnes : une certaine Valentina, une ravissante tigresse russe de 36 ans, et d’un Méditerranéen, Amilcar, gorille obéissant aveuglément à Valentina.

          Mais deux personnes pour détourner un avion à une époque où cela n’est pas encore courant, c’est peut-être trop peu. Quoi qu’il en soit, il y a peut-être eu lutte dans l’appareil qui a brusquement dévié de sa course pour enfin s’écraser sur l’Obiou le 13 novembre 1950. Le Canada ne mènera aucune enquête officielle sur ce fameux écrasement.

Sources:

Hamelin, Louis-Edmond, L’Obiou : Entre Dieu et Diable, éd. du Méridien, 1990 ; journaux d’époque ; documentation personnelle.

Le deuil de Monsieur de Montespan

          Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan avait le bonheur, croyait-il, d’avoir épousé la plus belle femme du royaume de France : Françoise-Athénaïs de Rochechouart Mortemort. La très jolie jeune femme, demoiselle d’honneur de la reine, est un jour remarquée par le roi, Louis XIV – qui aurait pu être qualifié d'obsédé sexuel n'eut été de son rang –, lequel s’intéressait beaucoup plus aux reliefs de la géographie féminine qu’aux besoins de ses sujets. Louis XIV voulait attirer dans sa couche la belle Françoise-Athénaïs qui suppliait son mari de l’emmener en Gascogne pour la soustraire aux avances du Roi-Soleil. Fort de la vertu de sa femme, Louis-Henri de Montespan se refusa à quitter Paris et la cour du roi.

          Pendant que M. de Montespan guerroyait dans le Roussillon, la vertu de Françoise-AthénaïsMontespan 2 tomba au champ d’honneur du lit de Louis XIV. De retour de guerre, M. de Montespan apprit que sa femme était dorénavant la maîtresse du roi. La première surprise passée, la réaction du marquis fut violente : il asséna sur la joue de sa femme une gifle qui laissera sa trace pendant quelques jours. Quelque peu soulagé par cette violente réaction, Louis-Henri signifia à son épouse que, roi ou pas, son amant ne trouvera aucune complaisance chez le marquis de Montespan qui mit en œuvre tous les moyens possibles pour faire rentrer les choses dans l'ordre. Et pendant quelques semaines, Louis-Henri fit un tapage épouvantable à la cour pour flétrir l'attitude indigne d'un monarque qui, pour son bon plaisir, foulait aux pieds tous les principes de la famille, de l'honneur et de la religion. Le roi tout puissant commença à en avoir assez du marquis de Montespan et ordonna son exil.

Un grand deuil

          S'enfonçant chaque jour un peu plus dans sa douleur et sa colère, le marquis en arriva à une action étonnante, à une bravade que seul un Gascon courageux pouvait imaginer. Il savait qu'il avait perdu définitivement sa femme, que la cour lui était désormais interdite, et qu'il lui fallait regagner sa lointaine Gascogne. Mais il ne partira pas sans faire un coup d'éclat qui lui rendra son honneur perdu et mettra, pensait-t-il, les rieurs de son côté.

          Nous sommes au début de l’année 1669. Le marquis de Montespan va quitter Paris. Pendant que le roi préside son Conseil, on voit arriver dans la cour du château le plus étrange attelage qui se soit jamais vu : la lourde berline de voyage du marquis est ornée des plus arrogantes armes parlantes de son nouvel état : les plumets fichés aux quatre coins de la voiture ont été remplacés par des bois de cerf les plus gigantesques que ses gens ont pu se procurer, de grands voiles noirs donnent au carrosse la plus funèbre apparence, rehaussée de surcroît par un sombre attelage de chevaux à la robe d'ébène. Le marquis, quant à lui, a revêtu les vêtements du grand deuil et c'est dans cet équipage qu'il vient s'installer sans la moindre vergogne au milieu de la salle des pas perdus par où le roi va quitter son Conseil. Les courtisans, affolés d'une pareille audace, s'éloignent autant qu'ils le peuvent du trop compromettant marquis qui se retrouve bientôt seul, au milieu du vestibule, face à la porte par où va sortir le roi. Lorsque le roi sort enfin de son Conseil, il s'arrête, étonné et après un court instant de silence, il interroge le marquis : « Pourquoi tout ce noir, monsieur ? »

— Sire, réplique sans se troubler le marquis, je porte le deuil de ma femme !

— Le deuil de votre femme ? interroge Louis XIV un peu surpris.

— Oui, Sire, pour moi elle est morte et je ne la reverrai plus... »

          Puis il s'incline dans une révérence arrogante et, devant tous les courtisans effarés, il tourne les talons avec la plus grande désinvolture, puis regagne son carrosse funèbre avec lequel il traverse la France pour se rendre dans sa Gascogne natale.

Des funérailles

 Montespan         À peine parvenu dans ses domaines, il lance à tous les seigneurs du voisinage une invitation à la solennelle messe d'obsèques qui met un terme à sa vie conjugale. Imaginez le spectacle de cette cérémonie funèbre autour d'un cercueil vide, transporté en grand apparat jusqu'à la chapelle du village, dans le carrosse aux cornes de cerfs plus que jamais tendu de noir ! C'est avec éclat que le marquis de Montespan veut que tout le pays de Gascogne sache qu'il n'accepte pas et que si quelqu'un, en cette affaire, a perdu l'honneur, ce n'est pas le mari, mais celui qu'il appelle le voleur d'épouse...

          Françoise-Athénaïs, marquise de Montespan, ne se contente pas de son titre de marquise et réclame celui de duchesse. Mais pour être duchesse, il faut que son mari soit duc. C’est ainsi que le roi décide de faire M. Montespan duc. Il apprend la nouvelle par sa femme et lui oppose le refus le plus dédaigneux, comme toujours formulé de la façon la plus percutante : « Sa Majesté a fait huit ou dix enfants à mon épouse sans m'en dire un mot, il peut bien lui faire présent d'un duché sans pour cela m'appeler à l'aide... Si Madame de Montespan rêve des ambitions, la mienne est depuis quarante ans satisfaite : je mourrai marquis à moins d'une catastrophe imprévue... »

          Le marquis de Montespan est mort à Toulouse en 1701 à l’âge de 61 ans. Il a signé son testament comme ceci : « De Pardaillan de Gondrin Montespan, époux séparé quoique inséparable. » Son épouse décèdera six ans plus tard à l’âge de 66 ans.

Sources :

BARATON, Alain, Vice et Versailles, Paris, Le Livre de Poche, 2011.
CASTAGNON, Robert, Gloires de Gascogne, éd. Loubatières.

Nos ancêtres les femmes (suite)

          Pendant longtemps, les Églises chrétiennes (et encore aujourd’hui l’islam) ont considéré la femme comme un instrument de la tentation diabolique. Saint Jérôme, persuadé de l’ardeur dévorante de la femme, dira aux hommes : « Quiconque aime trop son épouse est adultère. » De nombreux autres saints rabaissent la femme : dont saint Augustin qui décrète : «  Homme, tu es le maître, la femme est ton esclave, c'est Dieu qui l'a voulu. » Plus tard, saint Thomas enfoncera le clou : « La femme a été créée plus imparfaite que l'homme, même quant à son âme. » La maternité inspire même le dégoût : saint Jérôme, qui a dû être un homosexuel qui s’ignorait, trouve aux femmes enceintes « un aspect hideux » et saint Ambroise clame : « Heureuses les stériles ! » Mais le champion de la misogynie et de la bêtise est saint Odon de Cluny (879-942, abbé de Cluny en 927 (il a inventé la notation musicale) qui, au Xe siècle, déclare à propos de la femme : «  Nous, qui répugnons à toucher du vomi et du fumier, comment pouvons-nous désirer serrer dans nos bras ce sac de fientes ? » On se demande bien comment ces hommes peuvent encore conserver leur statut de saint alors qu'ils méprisaient la moitié du genre humain.

          Les Pères de l'Église ont voulu faire oublier que Jésus était l'ami des femmes. Souvenons-nous qu’un jour Jésus entra chez Marthe et Marie. Pendant que Marthe s’affairait à un service compliqué, Marie s’était assise au pied de Jésus pour écouter sa parole. Marthe, sans doute un peu frustré dit alors : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider » Et Jésus de répondre : « C’est Marie qui a choisi la meilleure part. »

          L’Église catholique, qui a pourtant peur de la femme, va finir par la défendre, au XIIe siècle,Fernand lematte jeune femme au bain 1341518385 org contre l’irresponsabilité des hommes. En effet, au Moyen âge les hommes utilisaient les femmes comme bon leur semblait. L’homme répudiait facilement son épouse pour en prendre une deuxième ou une troisième, en mettant à la porte la légitime et ses enfants. Les monastères d’Europe étaient encombrés de femmes et d’enfants expulsés des lieux où ils vivaient. Il fallait civiliser les hommes. C’est ainsi que l’Église fit du mariage, qui était alors un acte privé, un acte public en l’élevant au rang de sacrement. Ainsi, les hommes furent alors tenus de s’engager publiquement envers leur femme.

         Mais être femme reste difficile, très difficile. Lady Flemming, gouvernante de Marie Stuart, a été chassée de la cour pour s’être vantée d’avoir été remarquée « bibliquement » par Henri II. Et Françoise de Rohan a été exilée parce que le duc de Nemours, lui ayant fait un enfant, l’avait ensuite abandonnée au lieu de l’épouser comme il l’avait promis.

         Encore en 1900, la femme a la réputation d’être un être faible, incapable de contrôler ses émotions. Ainsi, lors du grand feu de 1900, à Hull, on dit des femmes : « Des femmes de pauvres familles s'agenouillaient dans la rue et demandaient au ciel de les épargner. D'autres furent trouvées évanouies dans leur demeure. »  Au regard de la loi, la femme reste mineure même quand elle prend époux. C’est l’homme qui décide. La femme ne conquiert sa majorité que dans le veuvage. S’il a pris longtemps aux hommes d’avoir le droit de vote, il a en pris encore plus pour les femmes dont on discutera, en Cour suprême du Canada, en 1928, si elle est une personne ou non.

Les pionnières

          En 1927, cinq femmes, soit Irene Parlby, Emily Murphy, Nellie McClung, Henrietta Muir Edwards et Louise McKinney, signent une pétition réclamant que la Cour suprême du Canada se penche sur l'expression « personnes qualifiées » de l'article 24 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, 1867 et détermine si elle comprenait les femmes comme étant des personnes admissibles à la nomination au Sénat. Après que la Cour eut rendu sa décision selon laquelle l'expression n'englobait pas des personnes de sexe féminin, les requérantes ont interjeté appel devant le Comité judiciaire du Conseil privé en Angleterre. Le 18 octobre 1929, le Comité a infirmé la décision de la Cour suprême et a jugé que « personnes qualifiées » de l'article 24 comprenait les femmes et que les femmes étaient « admissibles au processus de nomination et au poste de membre du Sénat du Canada » (Dominion Law Reports, [1930] 1 DLR).

         De toutes les femmes qui ont été les « fondatrices » du Québec on a d’abord retenu le nom de religieuses : Marie Guyart, dite de l’Incarnation, Marguerite Bourgeois, Jeanne Mance, Marguerite d’Youville... On a surtout traité des femmes ayant fait carrière dans des communautés ou ayant eu un mari célèbre. De toutes nos ancêtres, les premières qui ont fait parler d’elles, en bien et en mal, sont les « filles du roi ». On écrit sur elles depuis plus de trois siècles, souvent à tort et à travers. Si on connaît relativement bien leur comportement en Nouvelle-France, on ne sait rien ou presque par contre de la vie de ces filles dans la mère patrie et des raisons qui les ont poussées à s'établir en Amérique. Il reste tant à faire pour connaître et faire connaître l'histoire des femmes, et ainsi reconnaître leur part dans la marche de l'humanité...

LE GUIDE DE LA BONNE ÉPOUSE
Tiré de la revue Housekeeping Monthly, 13 mai 1955.

Assurez-vous que le souper est prêt. Pour votre mari, planifiez d’avance, même la veille, un repas délicieux et juste à temps pour son retour [du travail]. Ainsi, vous lui montrez que vous avez pensé à lui et que ses besoins vous préoccupent. La plupart des hommes ont faim quand ils arrivent à la maison et la perspective d’un bon repas (particulièrement leur met préféré) fait partie de l’accueil chaleureux dont ils ont besoin.

  1. Préparez-vous. Prenez 15 minutes pour vous reposer ; ainsi, vous serez fraîche quand il arrivera. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez épanouie. Il a passé une journée auprès de gens exigeants.

  2. Soyez joyeuse, au moins un peu, et plus intéressante pour lui. À cause de la journée qu’il a eue, il a peut-être besoin d’être requinqué et cette tâche vous revient.

  3. Faites disparaître le désordre. Faites une dernière inspection des principales pièces de la maison avant l’arrivée de votre mari.

  4. Ramassez les livres d’école, jouets, papier, etc. et époussetez les tables.

  5. Pendant les mois les plus froids de l’année, vous devriez lui préparer un feu de foyer pour qu’il puisse se détendre au coin de l’âtre. Votre mari aura alors l’impression d’être dans un havre d’ordre et de paix, ce qui aura pour effet de vous requinquer à votre tour. Après tout, voir à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle.

  6. Préparer les enfants. Prenez quelques minutes pour laver les mains des enfants et leur visage (s’ils sont petits), peignez leurs cheveux et, au besoin, changez leurs vêtements. Ce sont de petits trésors chéris et il aimerait les voir comme étant tels. Abaissez le niveau de bruit. Au moment de son arrivée, éliminez les bruits de laveuse, sécheuse ou aspirateur. Exhortez les enfants au calme.

  7. Soyez heureuse de le revoir.

  8. Accueillez-le avec un sourire chaleureux et montrez-lui que vous voulez sincèrement lui plaire.

  9. Écoutez-le. Vous avez peut-être une douzaine de choses à lui dire, mais le moment de son arrivée n’est pas le temps propice. Laissez-le parler d’abord. Rappelez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres.

  10. Faites sienne la soirée. Ne vous plaignez pas s’il arrive tard ou s’il soupe à l’extérieur, ou ailleurs pour s’amuser sans vous. Essayez plutôt de comprendre son monde de stress et de tension, et son réel besoin d’être à la maison et de relaxer.

  11. Votre but : veiller à ce que votre maison soit un havre de paix, d’ordre et de tranquillité où votre mari peut refaire ses forces physiques et spirituelles.

  12. Ne l’accueillez pas avec des plaintes et des problèmes.

  13. Ne vous plaignez pas s’il arrive en retard pour le souper et même s’il passe la soirée à l’extérieur. Tenez cela comme étant insignifiant en comparaison avec ce qu’il peut avoir subi pendant la journée.

  14. Mettez-le à l’aise. Faites-le asseoir dans une chaise confortable ou s’étendre sur le lit de la chambre. Préparez-lui un breuvage chaud ou froid.

  15. Préparez son oreiller et offrez-lui de lui retirer ses chaussures. Parler d’une voix basse, réparatrice et plaisante.

  16. Ne lui posez pas de question sur ces actes ou ne mettez pas en doute son jugement ni son intégrité. Rappelez-vous : il est le maître de la maison et à ce titre il appliquera toujours sa volonté équitablement et objectivement. Vous n’avez pas le droit de le contester.

  17. Une bonne épouse sait toujours où est sa place.

Nos ancêtres les femmes

          Qui peut dire le nom de sa première ancêtre matrilinéaire ? La mienne est Marie Garnier (Charles et Jeanne Labraye), engagée avec son mari, Olivier Charbonneau, à La Rochelle le 5 juin1659, arrivée à Montréal le 20 septembre1659. C’est drôle, mais la plupart des généalogistes que je rencontre ne connaissent souvent pas l’identité de leur première ancêtre.

          Il suffit de consulter brochures, fascicules, livres et dictionnaires pour se rendre compte que les femmes, au Québec, sont ignorées par la généalogie et par l’histoire. À en croire les écrits de la majorité des généalogistes, la paternité est une certitude et la maternité un terme médical ! Dans nos livres d’histoire, on devise sur des ancêtres du moyen-âge dont le nom de la mère de leurs enfants est inconnu. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que les femmes sont de plus en plus nombreuses à faire de la généalogie et de l’histoire, et pourtant la généalogie féminine et l’histoire des femmes sont à peine plus populaires aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a un quart de siècle.

          De nombreux ouvrages ont été publiés sur les pionniers de la Nouvelle-France. Pensons, par exemple, aux ouvrages de Jacques Saintonge (Nos ancêtres) et de Robert Prévost (Portraits de familles pionnières), ainsi que le fameux ouvrage Nos racines dont chaque fascicule, on s’en souviendra, contenait une biographie d’ancêtre. Aucun de ces ouvrages n’a consacré de notices biographiques à des femmes. À les lire, on a l’impression que les femmes – pourtant la moitié des sociétés de toutes époques – n’ont été qu’accessoires. Saluons par contre le fichier Origine, le premier instrument de recherche qui traite les femmes comme des personnes, des ancêtres à part entière, et ce livre de Robert Prévost, Figures de proue du Québec. Évocation de 700 femmes « dépareillées ».

         La femme est pourtant la composante essentielle de la famille. La preuve en est que les foyers monoparentaux sont d’abord et avant tout composés de femmes chefs de famille, et que les familles se désunissent généralement après la mort de la mère. De plus, la maternité est un état biologique que l’on peut constater de visu alors que la paternité n’a bien longtemps été qu’un acte de foi. Je dis été, parce qu’aujourd’hui, l’ADN peut démontrer la paternité.

Le péché originel 

         Comment se fait-il que la femme ait été laissée de côté et le soit encore de nos jours, particulièrement en généalogie et en histoire ? Il faut dire que ce n’est pas d’hier que la femme est traitée comme une personne sans importance ou pire, comme une tentatrice ou un mal nécessaire. Cela remonte à loin dans notre histoire et celle du monde. Pensons à Ève qui aurait fait chuter Adam et à cause de qui nous naîtrions tous avec le… péché originel !Gertrude desmarais 1929

          Les évangélistes Luc et Mathieu ont voulu démontrer que Jésus a réalisé la promesse des écritures, faites jadis au roi David par l'intermédiaire du prophète Natan[1], qui disait que le roi sauveur attendu devait être un descendant de David. Ils font ainsi une généalogie de Jésus qui établit l'ascendance de Joseph, son père, jusqu'à Adam pour le premier, et à Abraham pour le second (Mathieu 1.1 à 1.17 et Luc 3.23 à 3.4). La première se décline comme suit : Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda engendra... Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle est né Jésus.

          Je vous fais grâce de la seconde, car les deux généalogies ne coïncident pas. En effet, Mathieu prétend que le père de Joseph était Jacob alors que Luc dit qu'il s'appelait Héli. Notons que Luc est moins catégorique que Mathieu à l'égard de la paternité de Joseph. Il a écrit que Jésus : « ...était fils, croyait-on, de Joseph [...] »  Il omet cependant d’écrire que Jésus était le fils de Marie. Mais là où les deux généalogies sont rigoureusement exactes, c’est pour les mères : apparemment, les ancêtres de Jésus n’en avaient pas. Autre déclaration contradictoire : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint... Mais voilà, si Joseph est le géniteur de Jésus, le dogme de la virginité de Marie devient caduc, car on voit mal l'intérêt qui peut s'attacher au fait, très hypothétique, d'une appartenance de Joseph à la maison de David. Comment se fait-il que les évangélistes, pour démontrer leur point de vue, n'ont pas plutôt eu recours à la généalogie de Marie qui, elle aussi, était apparemment de la maison royale de David ?

          Après les personnages de l’Ancien Testament, pas tous recommandables, celui qui prend le plus de place dans la littérature féminine et l’histoire du monde chrétien est la Vierge Marie. Or, ce personnage irréel est un modèle inaccessible. À l’opposé du genre humain, elle est née sans la tache originelle, elle a conçu un enfant par l’entremise du Saint-Esprit, elle est restée vierge avant, et pendant la conception de son enfant et même après l’accouchement. Elle aussi est la mère d’un dieu. De fait, ses attributions la placent carrément au rang de déesse.

          Complètement obnubilée par le modèle de la mère de Jésus, l’Église catholique a emboîté le pas au judaïsme et a marginalisé la femme. Les juifs disaient : « Mieux vaut brûler la Torah que de la confier à une femme. » Ainsi, les recommandations de saint Paul (l’homme misogyne par excellence et néanmoins saint) ont déterminé la condition de la femme dans l'Église catholique et, par conséquent, dans la société civile. Dans une lettre aux Corinthiens, il écrit : « Il est bon pour l'homme de s'abstenir de la femme. Toutefois, pour éviter tout dérèglement, que chaque homme ait sa femme et chaque femme son mari. » Paul estimait que le mariage était mieux que l'enfer, mais moins bien que la chasteté du célibat. Cette pensée devait en inspirer d'autres qui feront de la femme une personne de rang inférieur, et ce, pendant longtemps. Aux Éphésiens il déclare : « ...femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur. Car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Église... » L'apôtre condamnait la femme à obéir à l'homme, car à son avis elle était une dangereuse séductrice :

Pendant l'instruction la femme doit garder le silence, en toute soumission. Je ne permets pas à la femme d'enseigner ni de dominer l'homme. Qu'elle se tienne donc dans son silence. C'est Adam, en effet, qui fut formé le premier. Ève ensuite. Et ce n'est pas Adam qui fut séduit, mais c'est la femme qui, séduite, tomba dans la transgression. Cependant, elle sera sauvée par sa maternité...

          Voilà pourquoi la femme a si longtemps été représentée comme un obstacle au salut des hommes, comme une machine à faire des enfants, et que l'Église lui refuse, aujourd'hui encore, l'accession à la prêtrise.

À suivre...



    [1] Deuxième livre de Samuel, 2 S 7.12.